En 1813, vicaire-général de l'évoque de Bayonne
3. Voy. détails biographiques; B. de Lagrèze, La Société et les Mœurs en Béarn, p. 446.
4. C'est ce qui est dit ô&ns la Statistique générale des Basses-Pyrénées, t. 1, p. 155; Pau, Vignaucour, 1858; et dans Larousse, Dictionnaire. -^ En. 1790, il était professeur de théologie à l'Université de Pau; voy., ci-dessus, p. 290.
Constitution civile du Clergé, il émigra. Rentré en France, quelque temps avant rétablissement de TEmpire, il vécut à Paris, où il sut se faire de nombreuses et puissantes relations; par elles, il put être connu de M. de Fontanes, Grand-Maître de TUniversité, qui apprécia ses mérites.
Lorsqu'il prit en main l'administration de l'Académie de Pau, M. l'abbé Eliçagaray adressa aux professeurs de son ressort une Instruction, où, après leur avoir rappelé les devoirs qu'ils devaient remplir, il disait :
Elles sont nobles ces fonctions, puisqu'elles ont pour objet de former des hommes instruits et vertueux. C'est là, en effet, le double but de l'éducation. C'est l'idée qu'ont eue même les philosophes du Paganisme. C'est parce qu'elle tend à diriger le cœur, comme à répandre des lumières dans l'esprit, qu'on en peut dire avec vérité ce que disait Henri IV, dans le prélude des règles qu'il donna à l'Université de Paris, que d'elle dépend le bonheur particulier comme celui de la Société, et qu'elle est la source principale et infaillible de la prospérité des peuples et des souverains.
Cette Instruction aux professeurs se terminait par un long paragraphe tout à la louange pompeuse du Grand-Maître de l'Université, M. de Fontanes, qui avait fait nommer M. l'abbé Eliçagaray Recteur de l'Académie de Pau :
Intermédiaire entre vous, Messieurs, et le Chef suprême du corps honorable auquel nous appartenons, il me sera doux de lui transmettre les succès que vous obtiendront votre mérite, votre zèle et vos efforts. Si, comme moi, vous aviez été à portée de voir et de connaître ce digne Chef, alors vous regarderiez son estime et son approbation comme la récompense la plus flatteuse de vos travaux ; alors, non seulement vous admireriez avec toute l'Europe ses rares talents, ses connaissances variées, la profondeur de son esprit jointe aux grâces d'un style enchanteur ; alors, non seulement vous verriez en lui l'homme d'Etat, l'homme de lettres
et le magistrat ; mais vx)us sauriez que ce n'est là pour ainsi dire que la moindre partie de son mérite. L'esprit de discernement et de justice, les intentions les plus pures et le zèle le plus ardent, des principes droits et religieux, une estime profonde pour ses sublimes fonctions et les personnes qu'il trouve dignes d'y coopérer, le caractère le plus doux, le cœur le plus aimant, l'âme la plus belle et la plus généreuse ; voilà. Messieurs, une esquisse de cet homme précieux qu'un Grand Souverain, à la pénétration de qui rien n'échappe, a su distinguer et associer à ses immenses travaux, dès les premiers jours de son règne, et que la Providence, dans sa miséricorde, a mis à la tête de cette branche de l'administration, que nous pouvons et devons nous représenter comme la plus grande et la plus essentielle de toutes, parce que c'est d'elle que découle nécessairement le bien ou le mal sur tout le reste. Pénétrons-nous, Messieurs, de cette dernière et importante vérité, et nous marcherons avec autant de courage que de rapidité et de succès dans la glorieuse carrière où nous entrons sous des auspices aussi heureux.
Avec rAcadémie, on avait institué à Pau une Faculté des lettres, dont les cours se faisaient au Lycée même. M. Tabbé Eliçagaray en était le professeur de philosophie et le doyen ; les chaires d'histoire et de littérature étaient occupées par MM. de Nays-Candau et Bégat; Tun avait été conseiller au Parlement de Navarre, et l'autre, qui professait la rhétorique au Lycée, était un ancien Oratorien.
Le 6 mai 1811, « M. Bégat fît devant une assemblée nombreuse et brillante Fouverture de son cours de littérature à la Faculté des lettres par un discours qui fut couvert des plus vifs applaudissements ». M. le Recteur le complimenta en ces termes :
Monsieur le professeur, je partage la satisfactiou de votre brillant auditoire sur les principes et le style de votre excellent discours. Il y a longtemps que je demandais à notre Chef suprême un membre de cette Congrégation célèbre* qu'il aime, et qui a
1. Voy., quelques lignes plus haut : — M. Bégat, ancien Oratorien .
rendu de si grands services à Tinstruction publique. Il n'a retardé raccomplissement de mes vœux, que pour mieux servir mon cosur et les intérêts de cette Académie.
Pour l'examen des candidats au grade de bachelier ès-lettres, la Faculté fut remplacée, en 1816, par une Commission composée du proviseur du Lycée, du censeur, des professeurs de philosophie, de rhétorique et de mathématiques ou de physique. Le proviseur remplissait les fonctions de doyen.
L'Académie de Pau avait été établie au Lycée ; le pavillon du sud-ouest fut, jusque vers 1834, affecté au logement du Recteur ; les bureaux étaient tout à côté *. Elle subsista jusqu'à la fin de septembre 1848. Nous aurons plus loin l'occasion de parler des Rec^ teurs qui succédèrent à M. l'abbé Eliçagaray ; ce furent, en 1816, M. Tabbé Jourdan, et, à partir de 1830, MM. Loyson et Boucley.
On sait que, dans les Lycées qu'avait créés le génie impérial, le régime était tout militaire. Il y avait un capitaine instructeur, des compagnies, des sei'gents, des caporaux. Les élèves avaient des fusils; on faisait l'exercice. Le roulement du tambour appelait à la récréation comme à la classe. — Dans les classes renseignement devait être, avant tout, un moyen
1. Dans ces bureaux avait été employé le sieur Latapie, qal fût plus tard le 4 vicooite do contrebande. d'Asfeld « ; voy.. ci-dessus, p. 14. — On lit daos des dtK'uments que l'on a bien voulu nous communiquer — : • Nous, soussignéSi déclarons avoir connu particulièrement le sieur Latapie, lorsqu'il était employé aux bureaux de l'Académie. Nous certifions que, pendant tout ce temps-là, le susdit I^îapie nous a paru avoir une tète mal organisée et un caractère bizarre : des idées souvent sans liais*.'»n et quelquefois extraTagantes annon- «paient un Ueran^nneiit de cerveau qui pou voit être attribué à de yiolentes attaques de nerfs. pout-<Hre morne d'epilepsie. Nous ajoutons que d, malgré le peu d*u:il;to qu'on retirvnt de ce mauvais copiste. M. le Recteur roccupa pendant ;> uns, co no fut quo par o^rvt ot (^r considération pour des parents trèsostiutabies jVAr leur prv>bi".o. •• — En foi de quoi. Pau, 23 oct. 1819. — Lâfoitb, Pyvviseu.r : — Domk.msis. Secrétaire tfe lAcidirme.
B'exciter l'enthousiasme des conquêtes et de pré- "senter à rimagination des jeunes gens la gloire des armes comme le dernier terme de la grandeur humaine.
« On nous parlait sans cesse de l'empereur, a dit un Lycéen de ce temps-là ; on en parlait plus que de Dieu. L'aumônier nous faisait réciter le Catéchisme de l'Empire, où nous apprenions que nous devions aimer l'empereur, lui obéir, et que, d'après Vapôtre Saint Paul, ceux qui n'obéiraient pas à Sa Majesté l'empereur et roi, et n'éprouveraient pas d'amour pour lui, encourraient la damnation éternelle. On nous apprenait que la France était, quelques années avant notre naissance, en proie à de cruels tyrans, que le sang coulait à flots, que l'empereur était venu, et que tout s'était calmé sous sa main comme par miracle. Il avait pacifié la France et vaincu toute l'Europe'. »
Au Lycée de Pau, d'après un Prospectus^ publié en t8l2 par le Recteur- Proviseur, M. l'abbé Eliçagaray, les élèves, dont le nombre s'était déjà considérablement accru, étaient divisés en cinq sections : — la première, sous le nom de Division d'Elite, était composée de ceux qui, offrant une garantie de leur bonne conduite par les sentiments d'honneur qu'on leur connaissait, restaient sans surveillant particulier, soit dans les études, soit dans les récréations; — la seconde se formait de ceux qui avaient plus de 15 ans; — les élèves de 12 â 13 composaient la troisième section ; — dans la quatrième se trouvaient ceux qui étaient au-dessous de cet âge; — la cinquième se composait des écoliei-s à demi et à quart de pension.
Indépendamment des boursiers, des élèves à pension entière et des externes, on en recevait à demi et à quart de pension. Cette mesure avait pour objet de faciliter à la ville de Pau — qui, un instant, avait compté sur la gratuité complète, — tous les moyens de donner l'éducation aux enfants; la ville y avait, certes ! des droits par la générosité et le zèle avec lesquels elle avait contribué à toutes les réparations et à toutes les dépenses nécessaires pour assurer l'établissement du Lycée.
Le prix de la pension entière était de 650 francs, payés par trimestre et d'avance. Dans cette somme n'était pas comprise la rétribution due à l'Université par toutes les maisons d'éducation ; elle était de 30 francs par élève.
Tout écolier pensionnaire devait apporter le trousseau réglementaire : — un habit de drap bleu sans revers, taillé droit sans aucune découpure et teint avec rindigo-pastel, collet et parements bleu de ciel, doublure de serge, même couleur que le collet, poches dans les plis de l'habit, boutons jaunes, en entier de métal, portant le mot Lycée au milieu, et autour, en légende, de Pau; — veste et culotte, môme- couleur que l'habit; — un habit-veste, une petite veste et une culotte de drap; le tout de même couleur que ci-dessus; — deux chapeaux français; huit cravates, quatre de mousseline blanche, quatre de soie noire, etc.
Les récréations avaient lieu dans les cours intérieures du Lycée; « aux grandes chaleurs de l'été, on faisait traverser aux élèves le grand enclos qui mesure 18 arpents pour les conduire au bosquet et sous le taillis* coupés par des allées ».
Le Prospectus vante les dortoirs qui « sont beaux,
1 . Ce taillis fut déraciné vers 1830 ; il occupait la partie nord de notre boiquet.
bien aérés et disposés très commodément pour la surveillance ». Chaque élève avait sa petite chambre, de laquelle il ne pouvait jamais communiquer avec celles de ses voisins. Tout y avait été « fait en grand et sans épargne, grâce aux soins, au zèle et à la générosité de la ville de Pau ».
La surveillance générale et la direction du travail des élèves étaient, comme aujourd'hui, confiées au Censeur. Celui-ci avait sous ses ordres des maîtres d'études, « choisis avec toute l'attention que méritent les fonctions importantes qu'ils exercent ». Le Proviseur et les chefs de l'Académie faisaient des visites fréquentes dans les dortoirs, dans les cours, dans les classes. Ils assistaient souvent aux repas, aux promenades et aux récréations, et saisissaient toutes les occasions, que présentent ces exercices, d'insinuer, avec douceur, des leçons de vertus morales et sociales. Le Censeur, qui présidait toujours au réfectoire, et souvent le Proviseur, suspendaient quelquefois la lecture pour parcourir les tables, examiner les mets et relever les manquements aux égards et aux bienséances reçues dans le monde.
Les soins de l'infirmerie, « vaste, exposée au grand air », étaient confiés à « des personnes pieuses et charitables ». Le Lycée avait un médecin « très attentif, qui excelle dans son art », M. le docteur Terrier, et « un habile chirurgien, M. le docteur Fourticot, pour le traitement des maladies qui sont de son ressort ».
Le prix de la demi-pension était de 250 francs, non compris les 60 francs qui étaient dûs par tous les externes pour complément du traitement des professeurs, et les 30 francs de droits attribués à l'Université ; en tout 340 francs, moitié de la pension entière, qui, avec les 30 francs de rétribution, montait à
680 francs. Les demi-pensionnaires dînaient et goûtaient au Lycée, où, non seulement ils profitaient des mêmes études et exercices que les pensionnaires, mais encore des leçons d'écriture et de dessin. On leur fournissait les livres, papier, plumes et encre.
Pour le quart de pension, on payait 90 francs, plus les 60 francs des professeurs et les 30 francs de TUniversité, en tout 180 francs. Moyennant cette somme, les élèves goûtaient au Lycée, et, pour l'enseignement, les études et les fournitures, ils avaient les mêmes avantages que leurs condisciples à pension entière ou à demi-pension.
Les externes n'étaient admis qu'aux classes, et payaient 60 francs * pour les professeurs et 30 francs pour l'Université ; ils étaient tenus d'assister à la messe et aux instructions religieuses les dimanches et les jeudis, et à vêpres les dimanches et fêtes.
Pour l'enseignement religieux, la seconde section des élèves ^ était confiée à l'aumônier ' du Lycée. Deux autres ecclésiastiques étaient chaînés des trois dernières divisions, et M. le Recteur faisait lui-même à la première et à tous ceux des élèves externes qui avaient fait la première communion une conférence sur les fondements de la Foi, c'est-à-dire sur les preuves de la divinité de la religion chrétienne. Ces instructions avaient lieu les dimanches et les fêtes
1 . La rétribution scolaire des externes avait été fixée par le ministre, le 24 août 1808, à 60 fr. par an, non compris la rétribution universitaire, au lien de 90 que demandait le Bureau d'administration.