Ci-dessus, p. 22, par erreur, Ramond
premiers employés des bureaux de S. E. le ministre avaient bien voulu me déclarer que je n'avais à porter au Collège de Pau que ce qui m'était personnellement nécessaire... J'y ai trouvé un appartement sans aucun meuble, pas même une chaise pour m'asseoir... » — Le pauvre homme I — Les appartements du censeur, M. d'Arassus, et de l'aumônier, M. l'abbé Martin *, étaient tout aussi « dénués de mobilier » que celui du proviseur. — « Je n'ignore point, continuait M. l'abbé Ramon, que les dépenses (qu'il y aurait à faire) appartiennent aux frais de premier établissement, et que la ville devrait les supporter; mais l'inutilité des démarches déjà faites par le Conseil académique auprès des autorités de cette ville pour des dépenses non moins urgentes a dû vous convaincre, monsieur le Recteur, qu'on ne peut attendre d'heureux résultats de nouvelles propositions que vous pourriez leur adresser. »
Force fut de recourir au ministère de l'Instruction publique.... On obtint enfin ce qui était nécessaire pour que proviseur, censeur et aumônier fussent assez convenablement logés au Collège.
L'abbé Ramon avait Vutile, il voulut se procurer Vagréable, pour en faire profiter aussi et ses collaborateur et ses élèves. Persuadé qu' « un des meilleurs moyens de récréation pour les gens de lettres et d'études était incontestablement un billard », — ce sont h\ ses propres termes, — il fit Tacquisition d'une belle table pour ce jeu, au prix de 1,000 fr. prélevés sur le boni de rétablissement.
11 avait eu le dessein de transformer Tancien Collège des Barnabites de Lescar en maison de campagne, dont aurait joui le Collège de Pau. Mais les dépenses
1.11$ èiAieni or. foDctioDs depuis le mois de septembre fSîà.
à faire étaient si considérables, qu'il dut renoncer à la réalisation de son projet. Le 18 septembre 1827, il en informait ainsi M. le recteur de l'Académie : — « Quand je me joignis à M. le préfet des Basses- Pyrénées pour demander que l'ancien Collège de Lescar fût accordé au Collège royal de Pau pour servir de maison de campagne, j'ignorais le délabrement complet où se trouvent les bâtiments dudit Collège. Ayant voulu, depuis la concession qu'avait daigné nous faire le Conseil royal de l'Instruction publique, vérifier la situation des lieux par moimême, je me suis transporté, il y a peu de jours, avec M. l'architecte du Collège au Collège de Lescar, et, d'après le rapport qui m'a été fait, les frais de réparation pour la moitié seulement des bâtiments, en laissant l'autre moitié tomber d'elle-même, se monterait à plus de cent vingt mille francs. Dès lors je me vois forcé, à mon grand regret, à ne point accepter la donation à nous faite par l'Université*. J'ai l'honneur de vous prier, monsieur le Recteur, de transmettre à S. E. le ministre de l'Instruction publique l'expression de ma vive reconnaissance pour la faveur qu'elle avait daigné accorder au Collège royal de Pau, et, à la fois, l'expression de mes regrets de me voir dans l'impossibilité d'accepter ladite donation, le Collège n'ayant point un revenu suffisant pour faire face aux dépenses. Il m'eût été très agréable de contribuer à la conservation de ce Collège, véritable monument public; mais les intérêts du Collège dont l'administration m'a été confiée, seraient trop lésés pour que je puisse consentir à m'en mêler davantage à l'avenir. » L'abbé Ramon ne réussit pas non plus, quand il voulut, dans les choses de l'enseignement, modifier
1. L'Université était propriétaire de ce Collège (décret du 11 déc. 1808).
OU améliorer. — Aucun professeur, disait-il dans une lettre adressée au Recteur, ne s'occupe de l'ensemble de la littérature, et, si les élèves sortent du Collège sachant composer un morceau oratoire, presque toujours ils ignorent complètement ce qu'est une ode, une élégie, un apologue, etc. Ils connaissent à peine ce que c'est que poésie épique, dramatique, didactique, bien loin de posséder les règles de ces diverses sortes de poésies et d'en connaître les meilleurs modèles. Toutes ces connaissances paraissent cependant fort utiles, et l'on peut dire presque qu'en ne connaissant que la rhétorique, on ne connaît qu'une partie qui est tout au plus le dixième de la littérature. — Le proviseur proposait donc d'établir au Collège royal un cours de littérature française et latine, qui aurait lieu trois fois la semaine pendant une heure ou une heure et demie. L'on y admettrait les classes de seconde, de rhétorique'et de philosophie, et même quelques personnes du dehors, dont la moralité serait bien connue. Un professeur du Collège pourrait en être chargé, sans que les finances en souffrissent; une cotisation de dix francs par an exigée de chaque assistant suffirait à lui assurer des honoraires convenables. — Très bien! Ce cours de littérature n'eût pas été sans avantages; mais était-il aussi nécessaire que le prétendait le proviseur, puisqu'il ne s'agissait, à son dire, que d'apprendre aux élèves ce qu'étaient Vode au « vol ambitieux », V élégie « en longs habits de deuil », Yépopée et la poésie didactique ? N'y avait-il pas au Collège un professeur de rhétorique fort distingué, qui savait par les meilleures leçons former d'excellents élèves? Le Conseil d'Académie, présidé par le Recteur, M. l'abbé Jourdan, jugea qu'il n'y avait point de suite à donner à la proposition du proviseur. — Il aurait dû en accueillir favorablement une autre qui
avait été faite en môme temps : le proviseur demandait qu'il y eût un cours spécial pour l'enseignement de l'histoire et de la géographie dans les classes, depuis la cinquième jusqu'à la rhétorique et même la philosophie. Ce cours « de cinq leçons par semaine » n'exigerait, d'après lui, qu' « une dépense de cinq à six cents francs, qui serait supportée par le Collège sans aucun espoir de la recouvrer, mais qui, certes, ne serait pas perdue pour le bien des études ». — Ce progrès ne devait être accompli que plus tard dans les maisons de l'Université, mais tout autrement, au mieux des intérêts de l'enseignement historique et des fonctionnaires qui en sont chargés.
M. l'abbé Ramon était officier de l'Université*. On l'avait nommé proviseur, et il n'avait pas même le grade de bachelier ès-lettres. Il était tout disposé, il est vrai, à prendre par collation Mes diplômes de docteur ès-lettres et de bachelier ès-sciences. — Dans la correspondance officielle où se trouvent ces renseignements, on lit encore que le censeur, M. d'Arassus, ayant déjà versé dans la caisse de l'Académie de Cahors ^ les fonds exigés pour l'acquisition de la licence dans l'ordre des lettres et dans celui des sciences, s'attendait à recevoir bientôt ses diplômes. — En qualité de proviseur et de censeur du Collège royal, MM. Ramon et d'Arassus étaient membres de la « Commission substituée à la Faculté des lettres pour l'examen des candidats au baccalauréat » (voy., ci-dessus, p. 348) ; ils faisaient donc des bacheliers sans l'être eux-mêmes; ils devaient avoir de singulières « grâces d'état ».
1 . On dirait aujourd'hui « officier de l'Instruction publique ».
2. Moyennant finance, sans avoir à passer aucun examen, en vertu d'un arrêté du 23 mai 1809.