‹ Histoire du Lycée de PauChapitre 27 sur 193 · Ms. delà Bibliothèque de Pau · texte numérisé non relu

Ms. delà Bibliothèque de Pau

2. Aux Archives Départementales, D. 10, il est fait mention d'une lettre de Louis XIU à l'évêque d'Oloron, du 25 octobre 1620, sur rétablissement des Jésuites en Béarn. Nous ne savons point si, dans cette lettre, il était question de Tinstitution du Collège à Pau. Le roi était parti du Béarn depuis quatre jours, lorsqu'il écrivit à l'évoque d'Oloron ; il se trouvait à Bordeaux le 25 octobre. On lit dans l'Histoire du Collège de Guyenne que « le 25 octobre 1621, des exercices oratoires avaient lieu au Collège ; pendant que les assistants prêtaient Toreille à Targumentation de M* Hegate, qui parlait fort éloquemment, ils furent avertis tout à coup que le roi venait d'arriver du Béarn. . . La séance fut interrompue, les jurais se hâtèrent de courir au portail des Salinièros, où ils trouvèrent en effet Louis XHI, dans son carrosse, en compagnie de M. le duc du Maine, de MM, d'£pernon et de Luynes ». » Archives de la ville de Bordeaux, BB : Registres de la Jurade. Fragment du Registre de 1621.

— Il y a lieu de s'étonner que l'auteur de l'Histoire du Collège de Guyenne, qui est toujours si rigoureusement exact, ait admis, sans aucune remarque, cette assertion que Louis XIII arrivait du Béarn à Bordeaux, le 25 octobre 1621.

— La chronologie du voyage de ce roi en Béarn est fixée par plusieurs documenls imprimés, en 1620 même, à Lyon et à Paris ; voy. l'abbé Puyol Louis XIII el le Béarn, p. 506.

dans des articles d'un ancien journal de ia localité ', conservés au Lycée; ils sont signés D. [V. Lespy]. Ces articles contiennent des extraits du Compte-rendu de l'Institut des ci-deDant soi-disans Jésuites, des titres de leur établissement à Pau... par MM. de Belloc et de Mosqueros, le fils, conseillers au Parlement '\ On lit dans ['Observateur des Pyrénées du 5 juillet 1844 :

Notre Collège fut fondé par les membres do la Société de .Têsus. La façade sud du premier bâtiment porte en chiffres de fer la date de 1640. Mais il n'est pas facile de préciser en quelle année on commença la construction du Collège. 11 résulte seulement d'investigations minutieuses qui furent faites en 1762-63, que les fondements de cet édifice ne furent pas jetés avant 1608, et qu'on se mit à le bâtir peut-être dès l'année 1623. Voici ce que MM. de Belloc et de Mosqueros disent dans leur Compte-rendu :

M D'après un collationnô des lettres-patentes du mois de janvier 1623, le roi Louis XIll ayant égard i supplication du clergé du Béarn et des Catholiques de la môme province, permet aux Jésuites de fonder à Pau une maison et collège de leur Ordre, avec tel nombre de religieux, classes et régents qu'ils aviseront, tant pour les humanités, que pour la philosophie et la théologie; à cet eflet, il les autorise à. prendre et accepter les lieux, places et rentes, revenus et bienfaits qui leur pourroot être conférés jusqu'à concurrence de 12.000 liv. de revenu annuel, pour en jouir, y résider et exercer toutes les fonctions de leur Ordre, comme ils font dans les autres lieux de leurs élablissemens.

1 Les Jésuites ne pouvant espérer que les sujets du

. VObserBsteuT des Pyrénéen, 3, 7, lî juillet 1844.

. A Pau, de l'iraprimerlu de J. P. VigoBncour, pré

Neuoe ina3). — Rua Neudc, oujourci'lml rua Bemsdotlv.

Béarn soient en état de leur conférer promptement des bienfaits relatifs aux 12.000 liv. de revenu que le Roi leur a permis d'accepter, pour ne point retarder l'exécution d'un établissement aussi utile, Sa Majesté, par lettres-patentes du mois de mars 1622, dotte le collège d'une rente annuelle de 12.000 liv., à la prendre sur ses domaines du Béarn, pour être employée à l'entretien du recteur, régens et religieux, qui s'occuperont à instruire la jeunesse ès-lettres humaines, rhétorique, mathématiques, philosophie, théologie, et vacqueront aux autres exercices et fonctions de leur Ordre; et pour donner plus de célébrité à ce collège, il en fait une fondation et dotation royale, comme Henry-le-Grand en usa pour le collège de La Flèche ^ ; il veut qu'il puisse se prévaloir des mêmes honneurs et avantages dont jouissent les autres collèges de fondation et dotation royale, et particulièrement celui de La Flèche.

« Il paraît surprenant que dans les lettres-patentes du mois de janvier, ni dans celles du mois de mars 1622, il ne soit fait mention d'aucun établissement antérieur à ces lettres, d'autant plus que nous trouvons dans le continuateur de M. de Thou, dans l'inventaire de Serres et dans le Mercure français, que, lors Henry IV eut établi la religion catholique en vertu de l'édit de Nantes dans les parties du royaume, dans lesquelles on avait cessé de l'exercer, le Conseil Souverain de Béarn envoya des députés au roi pour lui représenter qu'il était expédient pour le bien de son service et le repos de ses sujets que les Jésuites ne fussent point admis dans cette province ; sur quoi ce

1. « Ce fut La Varenne qui eut la principale part au retour des jésuites en France, et à ce magnifique élablissement qu'ils ont à La Flèche, dont il partagea la seigneurie avec eux. » Mémoires du duc de Saint-Simon. Voy. ci-dessus, p. 2, note 1.

prince répondit que ce qu'ils demandaient était en leur pouvoir, et qu'il laissait la cour maîtresse de statuer ce qu'elle trouverait convenable; en conséquence, il fut rendu arrêt en 1599, par lequel il est déclaré que les Jésuites ne pourront être reçus à faire aucun exercice de la religion catholique ni à établir demeure ou résidence quelconque dans cette province.

« Après leur rétablissement en France, Tévêque d'Oloron obtint en 1608 un édit portant que, sans avoir égard au renvoi fait en la cour, ni à l'arrêt par elle rendu, l'intention de S. M. était que les Jésuites fussent admis à exercer la religion catholique et faire toutes les fonctions ecclésiastiques dans le Béarn.

« Ce que nous venons de dire annonce un établissement antérieur à l'année 1622, dont on ne nous a pas mis à portée de suivre les gradations. »

Ainsi, d'après le Compte-rendu de MM. de Belloc et de Mosqueros, on refuse en 1599 de recevoir les Jésuites en Béarn ; ils sont appelés et admis en 1608, et ils obtiennent en 1622 des lettres-patentes qui « contiennent, en leur faveur, la permission de fonder, bâtir et rebâtir un collège ».

Cette différence d'opinions et de volontés entre le Conseil Souverain de Béarn (1599) et le clergé (1608- 1620) s'explique très facilement.

L'édit de Nantes avait été rendu en 1598. On sait qu'il accordait aux protestants la tolérance, et qu'il rétablissait en même temps la religion catholique par tout le royaume. C'était le seul moyen, selon l'expression originale du spirituel Henri, « de faire le mariage de la France avec la paix ».

Chassés de France en 1594, à la suite de la tentative d'assassinat de J. Châtel sur la personne de notre bon roi, les Jésuites voulurent y rentrer, et s'introduire dans le Béarn, en conformité des dispositions

de redit de Nantes concernant la religion catholique. Il était donc bien naturel que le Conseil Souverain d'un pays où la Réforme avait de très nombreux prosélytes repoussât les membres d'un Ordre qui, dans le principe, n'avait été créé que pour la combattre ; et les Catholiques de ce pays devaient tenir, avec non moins de raison, à ce que les Jésuites leur vinssent comme auxiliaires pour la plus prompte restauration de notre culte.

Par ce qui précède, on a vu que MM. de Belloc et de Mosqueros estimaient — et ils ne se trompaient point — qu'il y avait eu à Pau un établissement des Jésuites antérieur à celui de 1622 ; cela peut sembler confirmé par les lettres-patentes de cette même année, où l'on trouve que Louis XIII accorda aux Révérends Pères « la permission de fonder ici et d'y bâtir et rebâtir un collège ^ ».

Ils hkiïYeni ei rebâtir ent tout près de l'emplacement où était ce que nous avons appelé « la maison, la résidence » qu'ils eurent à Pau après 1608, date de leur admission en Béarn obtenue par l'évêque d'Oloron.

Aux Archives communales de Pau, G G. 212, dans un « compte » de l'année 1649, on voit que les Jésuites ont vendu « une maison au vieux Collège et un peu de terre qui est à la rue du Collège ». Dans un « compte » antérieur (année 1638), ils avaient constaté la « vente d'une partie de la maison où on habite ». C'est bien là l'existence de l'ancien établissement attestée par les Jésuites eux-mêmes.

Si l'on admet que ces mots « une maison au vieux collège » signifient « une maison du vieux collège », et, si l'on considère que la terre vendue en même

1. Voici les termes de la copie ,^ des lettres-patentes de janvier 1622 : « Qu'il leur soit loisible de fonder, bastir et rebastir en nostre ville de Pau une maison et collège de leur Ordre». Ârch. Comm. de Pau, G G. 211.

temps était « rue du Collège », on doit avoir la certitude que les Jésuites avaient eu à Pau un établissement avant 1622, et quMl était situé tout à proximité du terrain même, en partie sinon dans toute son étendue, où sont les constructions et Tenclos de notre Lycée. Car la « rue du Collège » où se trouvaient la maison et la terre vendues en 1649 par les Jésuites, ne peut être que celle qui est appelée, de notre temps, rue Saint-Louis-de-Gonzague ^

Il est vrai qu'il y avait eu, à Pau, un collège dans les premières années duxvir siècle. C'était un collège protestant; des professeurs de l'Université d'Orthez venaient y faire des cours ^.

On trouve dans le compte des recettes et dépenses du domaine de Béarn, en 1610, -Arch. Dép. B. 316 : « Deux cents liv. données à Pierre Nogué (Noguès), médecin, pour enseigner la physique aux écoliers de Pau ; — gages des professeurs du Collège de Pau : Isaac Valdras, principal, 444 écus; Alexandre Blair, professeur de théologie, 592 écus ; Bernard de Magendie, professeur d'hébreu, Jean Daliel, professeur de grec, chacun 333 écus. » Ce Collège subsista jusqu'en 1619. Cette année, la somme de 7.400 liv., pour l'entretien du Collège de Pau, est inscrite dans l'état de la recette et dépense des finances en Navarre et Béarn dressé parla Chambre des comptes. Arch. Dép. B. 184.

L'Université protestante d'Orthez ayant été supprimée par Louis XIII en 1620, ce qu'on appelait le Collège de Pau dut cesser d'exister. Mais qu'avait été ce Collège en tant que construction affectée à l'ensei-

1. Noms qu'elle a eus, à difTéreates époques: — Rue du Collège, en 1649. Arch. Comm. de Pau, G G. 212; — vis-à-vis les Jésuites, 1693. Arch. Dép., C. 1047; — Rue du Collège, 1773. Arch. Comm.; plan de la ville de Pau; — Devant du Collège, 1776. Arch. Dép., D. 10.

2. Voyez l'état du personnel de l'Université protestante (1609-1620) dans la publication de M. Adrien Planté, ['Université Protestante du Béarn.

gnement? Dans quelle partie de la ville était-il situé ; n'était-ce pas dans quelque maison prêtée ou prise en location que les professeurs d'Orthez se réunissaient pour faire leurs cours ? Qui le sait ?

Nous ne pouvons croire qu'en 1649 les Jésuites aient vendu une maison au vieux Collège de 1610-19. A notre sens, ainsi que nous Pavons déjà dit, ils vendirent alors à un acheteur, dont le nom nous est inconnu, une maison de leur vieux collège, c'est-à-dire de leur « résidence » primitive. On peut objecter que celle-ci, avant 1622, n'était pas un Collège, un établissement où l'on enseignait. Il importe, dans ce cas, de ne pas oublier que le mot collège a été souvent employé avec l'acception particulière d'établissement- habité par des religieux ^

Pour se faire une idée de ce qu'était vers 1622 le faubourg de Pau, au milieu duquel, dans une belle situation, en face des Pyrénées, furent élevés les bâtiments du Collège, que l'on se représente une grande étendue de champs où étaient çà et là des maisons, des hordes (granges), des près et des jardins. On n'y avait accès que par des chemins étroits, par des sentiers. Sur ces chemins, sur les sentiers, redressés, rectifiés, élargis, furent ouvertes pendant que l'on construisait le Collège, ou après qu'on l'eut construit, les rues qui limitent ou avoisinent l'enclos du Lycée et le Lycée même : rues Barbalat, Lamothe, des Arts, St-Louis-de-Gonzague, des Orphelines, non loin de la rue Lacoudurè, appelée ensuite rue de Nay, qui est plus ancienne que les autres ; c'est aujourd'hui la rue de Lycée ^.

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