VIII INTRODUCTION
La première fois que je dus entrer dans la classe de huitième, je fus accompagné jusqu'au seuil par Marcellin Barthe (familiarité de collège), qui était un peu mon aîné. Mon excellent ami, M. le Sénateur d'aujourd'hui, ne m'en voudra pas, je l'espère, d'avoir révélé son âge comme je dis le mien, sans me soucier que de trop jeunes se plaisent — c'est un mauvais genre d'à présent — à traiter les anciens de trop vieux. Au temps glorieux de la Marseillaise, on parlait tout autrement :
Nous entrerons dans la carrière,
Quand nos aînés n'y seront plus.
Il y avait en huitième un maître élémentaire, M. Lasvignes, bon professeur, mais homme très dur ; grand, maigre, sec, aux doigts longs et crochus. Malheur aux chevelures où il passait la main ! Il était la terreur des enfants. On connaît, non loin d'ici, tel fonctionnaire qui fut son élève en sixième, plusieurs années après nous, et dont, encore aujourd'hui, rien qu'au nom de Lasvignes, les oreilles se dressent effarouchées, tant il les lui avait, certain jour, violemment secouées! — C'était barbare, comme le « fouet » et la (( férule » de l'ancien régime.
Dans les entretiens d'écoliers, à l'époque où je faisais mes premières classes, revenaient souvent les noms d'élèves qui avaient, depuis deux ou trois ans, terminé leurs études dans notre Collège ; on parlait de brillants succès pour s'exciter à en obtenir de