INTRODUCTION IX
pareils ; on citait Julien Lamaignère, actuellement le vénéré doyen des jurisconsultes de Pau, plusieurs fois honoré du bâtonnat, et son émule, Edouard Forest, dont on entendait, naguère encore, au prétoire, Téloquence abrupte et solide.
Des condisciples de mon temps, élèves des classes supérieures, où ils étaient les plus forts, on vantait Bosquet, futur maréchal de France; —Victor Lefranc, qui devait être ministre sous M. Thiers, président de la République ; — Eugène Pelletan, que son professeur de philosophie avait surnommé le Conspirateur. Dans sa vie d'homme, Pelletan n'a jamais conspiré qu'à ciel ouvert ; homme de grand cœur et d'âme élevée, littérateur et politique, dans plus d'un livre en style modelé sur celui de Lamartine, il a lutté au grand jour pour la liberté, pour la justice sociale.
Nous appelions Victor Lefranc le grand Codes; il était de haute taille, et, quoique borgne, beau garçon. Il me semble le voir encore, coiffé d'une casquette de loutre, vêtu d'une redingote de castorine, fort longue, serrée à la taiUe, chargé de livres, s'acheminant vers le Collège le long de la rue des Pénitents où il logeait.
Il y avait là (rue des Pénitents, n' 17 de la rue des Arts), à l'étage au-dessus du rez-de-chaussée, une chambre garnie de trois ou quatre lits pliants, d'autant de tables et de quelques chaises de plus, qu'une vieille femme louait à des écoliers, et dont le prix de location, pour chacun, était très modique. Victor Lefranc y était le conchambriste — c'est le mot de ce temps — de trois ou quatre de ses condisciples.