Sous et deniers omis pour simplificallon
la fondation royale; soit, pour deux ans, 24.000 livres. Si l'on examine le dernier compte, celui de 1638, on sait qu'il restait en coffre 1,505 livres; ce qui, joint à la dotation royale de deux années, constitue la somme de 25,505 livres. On a donc emprunté, de 1638 à 1640, et l'on a perçu pour revenu du Bois-Louis et pour casuel la différence entre 44,958 et 25,505 livres, soit 19,453 livres. De cette somme quelle part faut-il attribuer à l'emprunt, au produit du Bois-Louis, au casuel ï Dans une comptabilité régulièrement tenue, cela aurait dû être l'objet de rigoureuses précisions,
On dit dans le compte de 1638 à 1640 qu'il a été reçu 3,309 livres de plus qu'il n'a été dépensé; il n'y a cependant « en coffre » que 1,800 livres. Le déficit est de 1,509 livres. D'ofi provient-il? On ne peut, on ne ^eut point peut-être en faire connaître la cause certaine : on parle ou d'un déchet des monnaies, ou d'omissions dans le calcul de la dépense, o« de quelque mauvais compte avant 1638. En présence de ces trois suppositions, dont la dernière n'est guère charitable ô l'égard du prochain, il dut être bien difficile au Provincial visiteur, le R. P. Pitard, de se faire une opinion fondée sur la vérité, et s'il y parvint, il faut reconnaître qu'il eut une clairvoyance, une perspicacité peu communes.
Dans un autre compte, celui de 1659, les Jésuites constatent qu'ayant reçu 16,945 livres, ils en ont dépensé 16,717. L'excédent de la recette est de 228 liv.; mais il se trouve au coffre 545 livres. On en donne cette explication, qui est un aveu de légèreté ou de négligence : « On n'a pas eu soing de marquer assez exactement tout ce qui a été receu. »
Voici qui est plus grave : « Il appert du compte de 1647 que le receu estant de 25,094 livres et le despendu
de 21,531 livres », l'excédent de la recette est de 3,563 livres; « néantmoins ne se trouve au coffre que la somme de 2,945 livres, sans qu'on aye peu reconnoistre d'où vient le desfaut de mescomte qui est de 018 livres. » — Péché avoué est à moitié pardonné. Le R. P. Provincial dut accorder à celui-là un pardon complet.
Il n'est guère possible de savoir avec exactitude combien les Jésuites dépensaient chaque année, au Collège de Pau, pour ce qu'ils appelaient indifféremment : dépense ordinaire, l'ordinaire, entretien ordinaire de la maison, l'entretien ou frais de la maison. Le plus souvent, dans leurs comptes, le chiffre de cette dépense est confondu et fait somme avec ceux d'autres dépenses pour des choses d'espèces différentes. La confusion est telle, qu'il n'y a point la moindre clarté pour distinguer la part afférente à chaque objet. Quelle raison de procéder ainsi pouvaient avoir les Jésuites? Peut-être voulaient-ils éviter d'être trop longs î Comment ne s'apercevaient-ils pas qu'ils devenaient obscurs.
Quelquefois, cependant, ils oublièrent d'appliquer leur procédé défectueux. On trouve dans le compte de 1640 que la dépense ordinaire monte à 14,903 livres ; l'entretien de la maison, en 1647, est de 8,700*; année 1652, entretien ordinaire de la maison, 13,845"; et en 1654, entretien ordinaire de la maison, 10,594* ; — les frais de la maison sont en 1663 de 8,625 livres.
Mais, qu'il y ait augmentation ou diminution, on n'en indique jamais la cause.
Les Révérends Pères étaient si habitués à pratiquer des confusions dans leur comptabilité. quMls ne voyaient point combien il était peu convenable de n'établir aucune distinction entre le sacré et le profane. On lit dans le compte de 1662 : « En provisions
généralles pour la despense, sacristie, cousturerie, apoticairerie, cordonerie, 4,696 liv. »
Sous la rubrique Provisions, les Jésuites inscrivaient dans leurs comptes ce qu'ils s'étaient procuré pour les vêtements, pour la nourriture : — du drap, de la « rase » de Montauban, de la serge « pour les sottanes (soutanes) d'hiver», de la toile commune, de la toile blanche; — en 1636, ils ont 200 quartauts de blé, 150 livres de molue (morue), 11 oies salées, 6 quartiers de lard, 42 quintaux de burre (beurre), 50 livres d'huile d'olive, 150 livres de prunes, 60 de raisins, 48 barriques de vin ; en 1637, ils n'en ont que 21, et l'année suivante, 13 du vieux, 17 du nouveau ; en 1650, on doit 10 barriques de vin à Madame de Masses (à 27 liv. la barrique).
D'après les comptes des Révérends Pères, le revenu ordinaire de l'enclos et du Bois-Louis (maison de campagne), était de 350 liv. — Ils avaient au Bois- Louis 2 paires de bœufs, 2 vaches avec leurs veaux, 2 mulets, 2 chevaux, une cavale, une pouline(pouliche), de 100 à 150 moutons, 17 pourceaux, 30 paires de poules. — Ils soignaient leur vigne comme celle du Seigneur. En 1660, les frais de provjnie (provignement) sont de 320 liv.
C'est en 1644 qu'il est pour la première fois question, dans la comptabilité des Jésuites, d'achat de livres pour la bibliothèque du Collège de Pau. Il est dit dans une note au bas du compte de cette année : « Quant à la donation de 1,800* faite en faveur de ce collège par feu M. de Barry, sieur de Tuyon (?), ledit collège qui en a déjà fait ses usages (qui l'a employée pour ses besoins), demeure obligé de remplacer ladite somme et de la colloquer au plus tôt, et au meilleur pied que
raisonnablement on pourra pour en acheter de
bons livres ». Cette note est accompagnée de l'obser-
vation suivante, qui semble avoir été faite par le R. P. visiteur, Jean Ricard : « Le P. procureur a oublié de mettre ces IjSOO* de M. de Barry avec les autres debtes ...»
Les Jésuites étaient convaincus qu'ils ne pouvaient avoir de meilleurs débiteui*s qu'eux-mêmes. Ils avaient déjà « fait leurs usages » de la donation de feu M. de Barry; ils colloquèrent la somme de 1,800' sur leur propre maison, « au meilleur pied » qu'il leur sembla raisonnable, c'est-à-dire au denier-dix-huit (à peu près 6 7o). Aussi, à partir de 1645, trouve-t-on plus d'une fois dans leur comptabilité ces inscriptions : « Le Collège doit à son fonds pour la fondation de la bibliothèque 1,800' ; — rente de 1,800' à la bibliothèque, 100' ». Mais ils ne disent point qu'ils ont acheté des ouvrages pour cette somme.
On voit dans d'autres comptes qu'ils ont dépensé pour la bibliothèque 200' en 1649, et 230' en 1652. Plus tard, ils paient 120' à Barbou, libraire, et 100' au P. Poictiers (Potier) pour des livres. Ceux qu'ils achètent en 1660 leur coûtent 127'.
Le P. Vernueil leur a fourni un Saint- Thomas pour 152' ; ils lui paient 100' en 1662. Cette même année, ils dépensèrent 100' pour l'acquisition de l'ouvrage du P. Martinon, et ils comptèrent 200' à M"* Desbaratz c< pour livres, reliures et autres choses prises dans sa boutique ».
Il est de toute évidence que les achats de livres pour la bibliothèque n'avaient pas été trop coûteux pour les Jésuites.
Cependant, leurs finances étaient fort embarrassées. Ils avaient dépensé beaucoup pour la construction des bâtiments du Collège et de la maison de campagne, pour l'agrandissement et la culture du Bois-Louis. Les 12,000' de rente annuelle qu'ils recevaient du
roi, les donations qui leur étaient faites, avaient été loin de leur suffire. Il leur avait fallu souvent recourir à des emprunts.
En 1636, ils doivent 12,313'. Puis, d'année en année, leurs dettes augmentent; elles s'élèvent à 38,000*, en 1647. Il est constaté dans le compte de 1656 que « le Collège doit avec intérêt 39,420* ». Quelques petites sommes leur ont été prêtées gratuitement. Ils empruntent le plus souvent au denier-vingt, 5 Vo. Bien des fois, ils n'ont trouvé prêteur qu'au denier-quatorze, près de 8 %.
Ils servent au denier-douze, près de 9 7o, la rente de 400*, somme qu'ils tiennent de Jeanne La Molère, fille de chambre de Madame de Masses.
Nos Jésuites faisaient de fréquents emprunts à leurs voisines, les religieuses du couvent de Notre- Dame. En 1660, ils leur devaient 3,600* à 6 V«.
On ne saurait expliquer pourquoi le Noviciat de Toulouse, créancier du Collège de Pau pour la somme de 4,000 livres, se faisait payer l'intérêt de 1,000* au denier- vingt, et celui de 3,000* au denier-seize.
Pour s'acquitter envers leurs créanciers, les Révérends Pères ne savaient ou rie pouvaient employer qu'un moyen, celui qui fait qu'un débiteur n'est jamais libéré. Ils contractaient de nouvelles dettes pour payer les anciennes. Mais, à la longue, il n'est pas toujours facile de « découvrir saint Pierre pour couvrir saint Paul ». De là, des embarras. Les Jésuites du Collège de Pau durent être plus d'une fois fort gênés. Certaines années, ils ne purent payer les gages de leurs gens de service. En 1664, ils étaient dans un état d'extrême pénurie. Ils disent dans leur compte qu'une dame de Bretagne ayant mis entre les mains du R. P. recteur un dépôt de 1,500 liv., « on en a pris 1,370 pour les nécessités pressantes de la
maison». Malesuada famés! La pureté d'intention peut expliquer, mais ne saurait justifier ce qu'il y a de peu délicat dans un pareil procédé.
Dans la suite, la situation financière de nos Jésuites ne fut pas améliorée. L'Intendant Lebret ne mérite aucune créance, lorsqu'il prétend, dans son Mémoire manuscrit daté des premières années du xviir siècle, que les Révérends Pères, jouissant d'un revenu de 14,000 livres, n'ont que « 150 liv. de charges par an ».
La lettre suivante \ tirée de la correspondance officielle d'un autre Intendant, M. de Sérilly, montre qu'en 1741 les Jésuites n'avaient pu encore rembourser les sommes qu'ils avaient empruntées, et même qu'ils étaient dépourvus au point de n'avoir pas de quoi payer des dettes criardes.
M. de Sérilly écrivait de Pau à M. Orry, contrôleur général des finances, le 22 avril 1741 :
Monsieur, j'ay l'honneur de vous renvoyer le mémoire cy joint qui accompagnoit votre lettre du 3 de ce mois. Le Père Pérusault n'a point exagéré les besoins et le dérangement des affaires du collège des jésuites de Pau. Son revenu depuis le moment de sa fondation ne s'est accru que d'environ 2000 livres et l'on peut dire sans crainte de se tromper que les dépenses ont plus que doublé.
Sans prendre l'époque de si loin, on sçait qu'avant 1719 on vivoit icy à meilleur marché qu'en aucune autre province du royaume. Depuis lors les denrées ont successivement augmenté et il y a eu des années où elles ont été portées à l'excès. Ce sont ces années critiques qui ont mis le collège dans la fâcheuse nécessité d'emprunter pour faire subsister et entretenir une maison composée de 50 personnes, et subvenir aux réparations journalières des bàtimens qui sont très vastes et fort exposés aux orages fréquens du pais. Les retardemens dans le payement de la pension du Roy ont aussy causé des vides aux quels il a falu supléer par des emprunts. Il est aisé de concevoir que la moindre obstruction dans la rentrée des revenus d'une maison aussy considérable