L'évoque de Lescar, président des Etats
vince fournit d'auguste dans le Sacerdoce et l'Empire. C'est tout Israël qui s'assemble pour gémir sur la perte de son chef et de son protecteur, et par là même c'est le plus grand éloge qu'on puisse faire de cet illustre mort. Vous l'avez fini cet éloge, Messieurs, avant que je le commence. »
Il y a là une antithèse de la dernière préciosité, et Ton pouvait être pénétré d'un profond respect pour une assemblée aussi distinguée, sans que l'on eût sujet de la qualifier « d'auguste ».
S'adressant au pays d'où les Gramont sont originaires, le P. Desplasses s'écrie : « Heureux climats, où ce nom prit sa source.... Ce nom attestera ce qu'on dit à votre gloire : que l'esprit, que le cœur martial n'est nulle part plus commun ; que vos peuples naissent dans le pays des aigles et à l'ombre des lauriers ! »
Nous ne savons quel effet produisit sur l'auditoire cette apostrophe retentissante ; si elle fut admirée, il faut admettre que les personnages des « heureux climats », dont pariait le Révérend Père, eurent pour un moment peu de goût et beaucoup de présomption.
Ce qui suit est mieux pensé et parfaitement exprimé : «Un grand nom est un grand poids.... De grandes vertus sont insuffisantes pour le soutenir, il en faut d'éminentes ; et si l'on est surpris que David, sorti d'une maison obscure, porte pour coups d'essai des coups de héros, on se récrieroit si les enfants des grands hommes en portoient d'autres. Il n'est cependant rien de plus commun que de voir le plus beau sang perdre sa première vertu : Salomon, le plus sage des hommes, eut pour fils un imprudent; le pieux Ezéchias fut père d'un impie, les Césars ont laissé leur diadème à des lâches, à des efféminez. »
On ne saurait mieux que notre Jésuite battre en
eO HISTOIRE DU LYCÉE DE PAU
brèche le principe du droit dynastique, la transmission du pouvoir par Thérédité.
Le Révérend Père raconte en style presque toujours de vive et ferme allure combien fut valeureux sur les champs de bataille le « héros » dont il célèbre les exploits. On ne peut croire, cependant, qu'à Ramillies, forçant l'ennemi à respecter sa retraite, il ait «couvert toute la terre de morts ». Le duc de Saint-Simon dît bien mieux que, « quatre heures durant, il y fit des prodiges ».
Lorsque, dans son oraison funèbre, le P.Desplasses vient à rappeler que Gramont fut admis dans les Conseils de la Royauté, il se le représente « comme un de ces généraux Romains qui ne quittoient le camp que pour entrer dans le Sénat, et faire par leurs conseils la destinée des peuples, comme ils l'avoient faite par leur valeur ».
« Mais, ajoute-t-il, il est un plus grand trait de ressemblance avec ces grands hommes ; ce. fut cette probité vraiment Romaine, que la censure, toujours plus impitoyable à l'égard des grands, fut forcée de respecter en luy, jusques dans la Cour, où l'esprit fait à la souplesse et à l'artifice n'en est que plus perçant et plus malin. »
Et de là, sur la probité, un morceau qu'il faut bien appeler une « tirade » ; on la trouverait un peu longue, si la parole n'y était pas toujours conforme à la noblesse du sentiment, à l'élévation de la pensée :
« Probité, belle vertu ; vertu généreuse, qui n'a d'autres intérests que ceux de la droiture et de l'équité, et marche toujours dans les routes de l'honneur ; vertu inflexible, que ni l'amour, ni la haine, ni le sang, ni l'inclination ne sçauroient surprendre ; vertu majestueuse qui domine les esprits et les cœurs, et fixe en sa faveur l'estime et l'approbation
publique ; vertu par conséquent qu'on peut appeler rame et la forme essentielle de toute vertu, le fondement de tout vray mérite ! Mais où habite-t-elle ! Soit justice, soit malignité, le public refuse de la reconnaître dans la plupart de ceux qui s'en veulent parer, et ne la regarde guère plus que comme un grand nom. »
Cest presque la parole de Brutus, qui, doutant de la vertu, s'écria en se donnant la mort : « Vertu, tu n'es qu'un nom ! » Il est étrange d'entendre, dans la circonstance où il parlait, un jésuite évoquer en chaire ce souvenir de désespoir.
Paulo minora canamus. Les Etats de Béarn fort satisfaits d'avoir entendu l'oraison funèbre prononcée par le P. Desplasses, voulurent se donner le plaisir de la lire et peut-être de la faire admirer. Ils décidèrent qu'il en serait imprimé, à leurs frais, 7œ exemplaires.
Le Révérend Père tout heureux d'avoir été appelé à l'honneur de faire en présence des Etats le panégyrique du maréchal de Gramont, se contenta d'un cadeau qui lui avait été offert : — 6 livres de café, 2 pains de sucre et 2 livres de tabac ^