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On l'appela d'abord le chevalier de Gramont

3. Mémoires du chevalier de Grawon^ par son beau-frère, comte d'Hamilton. — De Bure, libraire, en a publié une édition intitulée : Mémoires du comte de Gramont ; Paris, 1826.

4. Trin (Trino), ville forte du Piémont, non loin de Verceil, province de Novare.

5. Mémoires du comte de Gramont (édit. de Bure), 1. 1, p. 55.

retourner auprès de sa mère, faire une campagne à Bidache ^ avant que d'en faire une à l'armée ».

« On me mit, dit-il, au Collège de Pau, dans la vue de me faire d'église; mais comme J'avois bien d'autres vues, je n'avois garde d'y profiter : j'avois tellement le jeu dans la tête, que le précepteur et les régents perdoient leur latin en me le voulant apprendre. Le vieux Brinon, qui me servoit de valet de chambre et de gouverneur, avoit beau me menacer de ma mère, je n'étudiois que quand il me plaisoit, c'est-à-dire presque jamais. Cependant on me traitoit en écolier de ma qualité; j'eus toutes les dignités de la classe sans les avoir méritées, et je sortis du Collège à peu près comme j'y étois entré. On trouva que j'en savois encore de reste pour l'abbaye que mon frère ^ avoit demandée pour moi.

« Il venoit d'épouser la nièce d'un ministre ^ devant qui tous genoux fléchissoient ; il voulut me présenter à lui. J'eus peu de peine à quitter mon pays, et beaucoup d'impatience d'arriver à Paris. Mon frère m'ayant tenu quelque temps auprès de lui pour me dégourdir, me lâcha par la ville pour perdre l'air de la campagne et trouver celui du monde. Je l'attrapai si bien, que je ne voulus plus m'en défaire quand il fut question de me présenter à la cour en

équipage d'abbé Tout ce qu'on obtint de moi fut

de mettre une soutane,par-dessus mes habits; et mon frère, mourant de rire de mon habillement ecclésiastique, voulut en faire rire les autres. J'avois la plus

1. Chef-lieu de canton, arrondissement de Bayonne; c'est là qu'est i*ancien château des Gramont.

2. Antoine III, duc de Gramont, qui se distingua sous Louis XIII et Louis XIV ; il fut maréchal de France. Louis XIV le chargea d'aller en Espagne demander la main de Marie-Thérèze.

3. La nièce de Richelieu, et non de Mazarin comme l'a dit M. de Lagrèze, dans le livre intitulé La Société et les mœurs en Béarn,

Collégien (ancien régime).

belle tête du monde, bien poudrée et bien frisée ; par-dessus, ma soutane, et par-dessous, des bottines blanches et des éperons dorés

« Quand mon frère m'eut ramené chez lui : — Or çà notre petit cadet, me dit-il, cela s'est passé à merveille, et votre ajustement, mi-parti de Rome et d'Épée, a beaucoup réjoui la cour, mais ce n'est pas tout : il faut opter, mon petit cavalier. Voyez donc si, vous en tenant à l'église, vous voulez posséder de grands biens et ne rien faire, ou, avec une petite légitime, vous faire casser bras et jambes, pour être lefructus belli d'une cour insensible, et parvenir, sur la fin de vos jours, à la dignité de maréchal de camp avec un œil de verre et une jambe de bois ?

« Je sais, lui dis-je, qu'il n'y a aucune comparaison entre ces deux états pour la commodité de la vie ; mais, comme il faut chercher son salut préférablement à tout, je suis résolu de renoncer à l'église pour tâcher de me sauver, à condition que je garderai mon abbaye.

« Les remontrances et l'autorité de mon frère furent inutiles pour m'en détourner, et il fallut bien me passer ce dernier article pour m'entretenir à l'Académie ^ . »

Le comte de Gramont mourut à Paris à quatrevingt-six ans. On a dit qu'il s'était rendu célèbre par son esprit et par ses galanteries ^. Ce serait le mal connaître que de s'en tenir là. Voici le portrait qu'a fait de lui le duc de Saint-Simon :

« C'étoit un homme de beaucoup d'esprit, mais de ces esprits de plaisanterie, de reparties, de finesse et

1. C'était un lieu où l'on se réunissait pour jouer, et surtout une école d'équitation.

2. C'est à tort que M. Richaud a fait de lui un maréchal de France. Disc, prononcé à la Distr. des prix de 1853.

de justesse à trouver le mauvais, le ridicule, le foible de chacun, de le peindre en deux coups de langue irréparables et ineffaçables, d'une hardiesse à le faire en public, en présence et plutôt devant le roi qu'ailleurs, sans que mérite, grandeur, faveur et places en pussent garantir hommes ni femmes quelconques. Tout lui étoit permis et il se permettoit tout. Il a vieilli sur ce pied-là.

« Etant fort mal à quatre-vingt-cinq ans, un an devant sa mort, sa femme * lui parloit de Dieu. L'oubli entier dans lequel il en avoit été toute sa vie le jeta dans une étrange surprise des mystères. A la fin, se* tournant vers elle : « Mais, comtesse, me dis-tu là bien vrai ? » Puis, lui entendant réciter le Pater : « Comtesse, lui dit-il, cette prière est belle, qui est-ce qui a fait cela ? » Il n'avoit pas la moindre teinture d'aucune religion. De ses dits et de ses faits on en feroit des volumes, mais qui seroient déplorables si on en retranchoit l'effronterie, les saillies et souvent les noirceurs ^. »

Ces choses écrites par le duc de Saint-Simon sortent peut-être un peu de la mesure ; mais il y a un grand fond de vérité. Il a fallu les dire ici pour répondre à ceux qui ont fait un mérite aux Jésuites du Collège de Pau d'avoir eu pour élève ce fils de noble et puissante famille, qu'ils laissèrent n'étudier chez eux que lorsqu'il lui plaisait, c'est-à-dire fort peu, tout en ne cessant jamais de le traiter en écolier digne d'être récompensé.

On n'est point fixé sur ce qu'étaient les études au Collège royal de Pau, dans les premiers temps où les

1 . La comtesse de Gramont (Mademoiselle d'Hamilton) avait été élevée tout près de Paris, à Port-Royal-des-Champs . «Elle en avoit conservé tout le goût et le bon, à travers les égarements de la jeunesse, de la beauté, du grand monde ».

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