‹ Histoire du Lycée de PauChapitre 55 sur 193 · J. Huber, Les Jésuites; voy. ci-dessus, p. 20, noie · texte numérisé non relu

J. Huber, Les Jésuites; voy. ci-dessus, p. 20, noie

2. On en trouve un fac-similé (planche vu) dans l'ouvrage de M. Lacaze : Imprimeurs et libraires en Déarn .

3. Il a pour titre : Regium Palense Collegium Societatis lesu alumnos in stadium revocabit.

4. Dans le texte il y a De Deneficiis et Simonia. « C'est simonie^ dit Fleury (Instit. au droit ecclés.), de vendre la collation des offices ecclésiastiques et des revenus qui y sont attachés, c'est-à-dire des bénéfices. » Il ajoute : « Il n'y a point de simonie à recevoir ce qui nous est offert volontairement, môme à l'occasion de nos fonctions (ce qui est un bénéfice), quoique les canons l'aient Quelquefois défendu pour plus grande sûreté, à cause de la difficulté qu'il y a dans lu for extérieur, de connaître si la rétribution est entièrement libre, et si celui qui la reçoit ne se l'est point attirée par quelque artifice. »

En rhétorique : — M. T. Oicéron, contre Pison ; Sénèque, Hercule furieux; l'Iliade d'Homère. (A continuer.)

Classe de seconde (schola humanitatis ; les humanités , seconde et troisième) : M. T. Cicéron, pour le roi Déjotarus ; Horace, liv. iv; (Isocrate), panégyrique d'Evagoras, (A continuer.)

Classe de quatrième (Prima Grammaticae, première de grammaire) : — M. T. Cicéron, Songe de Scipion; Virgile, Enéide, liv. V ; Lucien, Dialogue des Dieux, xiii ; Prosodie de Despautère.

Classe de cinquième {secunda Grammaticœ, seconde de grammaire) : — M. T. Cicéron, Épîtres, liv. x; Ovide, à Livie (Consolation); Esope, Fables; Despautère (Syntaxe de).

Classe de sixième (Tertia Grammaticœ, troisième de grammaire) : — M. T. Cicéron, Lettres familières, liv. xvi ; Ovide, Le noyer; Clénart^ (mots barytons de) 2.

Ici, comme dans les autres établissements des Jésuites, le cours de théologie scolastique était fait d'après la Somme de saint Thomas; dans le cours de théologie morale, on enseignait la casuistique.

En rhétorique, on cultivait l'éloquence et l'art oratoire dont on étudiait les règles d'après Cicéron. Les Jésuites s'attachaient à former des orateurs particulièrement pour la chaire.

On a bien voulu nous communiquer un traité de Rhétorique à l'usage. des élèves du Collège de Pau. C'est un manuscrit latin daté de 1731. Quelques citations qui s'y trouvent ^ font voir qu'il fut composé après 1700. A l'appui des règles expliquées, on rappelle parfois quelques exemples tirés de Corneille et de Racine. Il y a des choses qui sont curieuses. Après avoir défini l'antithèse, on cite, tout à côté l'un de

1. Clénart, né en Flandre en 1495; professeur de grec ; on a do lui Institutiones linguae grœcœ.

2. En latin Verba barytonaj des mots dont l'accent tonique n'est point sur la dernière syllabe marquée de l'acceut grave.

3. Deux odes, en français, Plainte de la France au roi d'Espagne, Réponse de l'Espagne à la plainte de la France, au sujet de l'avènement du petit-fils de Louis XIV au trône d'Espagne.

l'autre, Jésus-Christ et Didon : Jacet in prœsepio et tonat in cœlo (il est dans une crèche, il tonne dans les cieux) ;

Infelix Dido ! nulli bene nupta marito ; Hoc pereunte fugis, hoc fugiente péris.

Cette épigramme d'Ausone est suivie de la traduction française :

Pauvre Didon ! où t'a réduite De tes maris le triste sort ; L'un en mourant cause ta fuite, L'autre en fuyant cause ta mort.

Le traité de Rhétorique se termine par une pièce de vers français intitulée : Le Geste du Prédicateur; Tauteur dit que c'est « un élégant poème ». Que Ton en juge par l'extrait suivant, où se trouvent des allusions, plus que malignes, aux défauts de quelques prédicateurs. Capucins ou Cordeliers de la ville, voisins des Jésuites, par conséquent leurs ennemis.

On raconte qu'un jour certain missionnaire, Après mille raisons ne sachant plus que faire Pour convertir un Suisse instruit par Melanchton, Le convertit enfin à grands coups de bâton. Or, si tout d'une fois le zèle apostolique A rendu par miracle un bâton pathétique, Conclûra-t-on d'abord qu'un docteur furibond Ait droit de s'exprimer par son bras vagabond ? Non, non, un orateur n'est pas une furie ; Prêchez donc sans fureur et sans effronterie. Ne soyez ni trop lent ni trop précipité ; Distinguez bien l'air vif d'avec l'air emporté. Soyez grave sans faste, aisé sans nonchalance. Modeste sans froideur, hardi sans insolence ; Joignez vos agréments aux règles de votre art. Quiconque plaît sans lui ne plait que par hasard.

Je connais parmi nous certains sots immodestes,

Qui pour un mot tout seul vont nous faire cent gestes ;

J'en sais d'autres aussi pour le moins aussi sots.

Qui pour un geste seul vont nous dire cent mots.

Mais du geste et du sens la mesure pareille

Doit autant charmer l'œil qu'elle enchante l'oreille ;

Quand le geste et le sens sont toujours de complot,

Un seul geste jamais ne dément un seul mot.

Surtout n'imitez point cet homme ridicule

Dont les bras nonchalants font toujours la pendule.

Au travers de vos doigts ne vous faites point voir,

Et ne nous parlez pas comme on cause au parloir ^

Chez les nouveaux auteurs c'est un geste à la mode Que de nager au bout de chaque période ; Lorsqu'on écrit en l'air ce qu'on peint en parlant, Chez d'autres apprentis on passe pour galant. L'un semble d'une main encenser l'assemblée, L'autre à ses doigts crochus parait avoir l'onglée ; Celui-ci prend plaisir à montrer ses bras nuds. Celui-là fait semblant de compter ses écus. Ici, le bras manchot jamais ne se déploie. Là, les doigts écartés font une patte d'oie. Souvent charmé du sens dont mes discours sont pleins. Je m'applaudis moi-même et fais claquer mes mains ; Souvent je ne veux point que ma phrase finisse A moins que pour signal je ne frappe ma cuisse ; Tantôt, quand mon esprit n'imagine plus rien. J'enfonce mon bonnet qui tenait déjà bien ; Et quelquefois poussant une voix de tonnerre Je fais le timbalier sur le bord de ma chaire.

On a vu dans le programme des classes pour le second semestre de 1690 que Ton se sBrvait de la Grammaire latine de Despautère ^. Écrite en latin, elle était d'un usage général dans les écoles de France. Il s'en faut de beaucoup qu'elle fût parfaite. Des

1. « Le salon de la porte du Collège. » Voy. ci-dessus, p. 22.

2. Né en Flandre, 1460. — On a de lui, outre la Grammaire^ une Syntaxe, une Prosodie latines.

Jésuites du Collège de Pau en firent imprimer ici quelques éditions ^ « abrégées et corrigées pour la commodité de la jeunesse qui veut apprendre la langue latine ». Dans celle de 1695 (Pau, Jean Desbaratz, seul imprimeur et marchand-libraire du Roy et du Collège), on remarque V Avertissement du Révérend Père, éditeur. Certes, il avait bien le droit de faire valoir sa marchandise.— «Vous êtes orfèvre, Monsieur Josse! » — Mais il aurait dû être plus réservé dans ses propos à l'adresse de ceux qui s'étaient occupés d'un travail analogue au sien :

« Celuy qui a fait cet Abrégé, dit-il, a eu intention de servir la jeunesse, en lui présentant un livre d'un usage commode et utile. La brièveté de ses explications n'empêche pas qu'elles ne soient partout fort claires. L'on y a non seulement évité avec grand soin les béveûes et les incongruités presque infinies qui se sont glissées dans la plupart des éditions qu'on a faites jusques icy in-octavo, et dont on se sert ordinairement dans les collèges ; on y a fait encore remarquer les fautes de Despautère même.

(( Sa méthode, qui est bonne, y est observée partout; et l'on n'a pas cru devoir changer aucune de ses règles, de peur de faire du bruit, conime l'on a veu arriver depuis peu d'années en deux Provinces du Royaume. Mais quand il s'y trouve quelque chose qui n'est pas bien, comme il est certain qu'il y en a en plusieurs endroits, on le marque en suite des explications. Enfin l'on en a retranché les superfluités, et l'on y a ajouté plusieurs choses curieuses et nécessaires, de sorte que les maîtres et les disciples auront sujet d'être contents.

« La comparaison que l'on pourra faire de cette

Page 1