Commune du canton d'Iholdy, arrondissement de Mauléon
avoit un qui faisoit son plaisir ; mais, s*estant absenté pour aller passer quelques jours dans sa maison natale, il trouva, lorsqu'il feut revenu, que son oiseau n'estoitplus dans la maison où il loge. Son premier empressement feut de le demander, et il luy feut dit qu'on avoit eu la complaisance de le prester au nommé Sarrault, fils, chapellier de cette ville. Il envoya le demander dès l'instant ; mais ledit Sarrault à qui Ton s'adressa, se voyant pressé pour le rendre, déclara que, si le sieur de Sainte-Marie le luy faisoit redemander de nouveau, il lui donneroit cent coups de baston.
Ledit sieur de Sainte-Marie ne feut point insensible à un pareil outrage ; mais il creut qu'il n'estoit point de sa prudence de s'en venger luy-même ; il déclara seulement qu'il enporteroit sa plainte à Messieurs les Jurats; ce qui ayant esté redit audit Sarrault, il
répliqua avec insolence qu'il les enverroit à faire , et répéta
qu'il donneroit audit sieur de Sainte-Marie cent coups de baston.
Depuis alors, il a esté averty que ledit sieur Sarrault court, toutes les nuits, dans les rues, avec plusieurs de ses camarades, ce qui donne lieu audit sieur de Sainte-Marie de croire qu'il est recherché par ledit sieur Sarrault et ses compagnons dans le dessein de l'excéder et de luy faire injure, offrant de prouver tous les susdits faits et demandant qu'il luy soit fait justice là-dessus. — Et ledit de Sainte-Marie a signé avec nous.
Peut-être, les Jurats de Pau adressèrent-ils quelques félicitations au jeune écuyer, Charles de Sainte- Marie, qui avait fait violence à son caractère, caractère de race (Cantaber... dicitur esse leo), et s'était souvenu que nul ne doit se faire justice à soi-même.
Ce que Ton vient de lire au sujet de ces écoliers, brisant les clôtures pour dévaster le jardin des Révérends Pères, violentant les Jurats pour avoir des billets de spectacle, fréquentant la Salle de Comédie, courant les rues pendant la nuit, ne doit point faire oublier que, chez les Jésuites du Collège de Pau, il y eut aussi des élèves studieux, qui, lorsqu'ils se livraient en public aux exercices de l'école, méritaient d'être écoutés, encouragés par des Présidents de cour, par des conseillers au Parlement.
Le docte chanoine Jean de Bordenave a trop Vanté les Révérends Pères, lorsqu'il a dit de rÉtablissement quMls avaient ici ' :
« Là où chacun voit que tous bons exercices de lettres sont entretenus soigneusement, où les Muses sont honorées, chéries et prisées, où fleurit la nerveuse éloquence des Orateurs, la subtile faculté des Poètes, l'admirable ratiocination des Philosophes, la divine méthode des Théologiens positifs et scholastiques, et la noble science des langues latine, grecque et hébraïque ; là courent et abordent les plus triez et habiles esprits, pour flairer l'odeur de ces roses dans les parterres exquis et parfaicts de cette Principauté. Là se trouve la manière méthodique d'enseigner, et la vraye façon d'eslever la jeunesse à la vertu et au maniement des choses publiques parleurs préceptes, axiomes, sentences authentiques et maximes fondamentales en toute science et faculté... C'est d'eux que sortent aujourd'hui les grands personnages en toutes sciences, spécialement en la philosophie et théologie, ès-quelles ils triomphent par leurs doctes escrits et prédications continuelles. »
Ce n'est pas le cas de dire qu' « un beau désordre est un effet de l'art ». Il y a là un désordre qui n'est pas beau, et l'art qu'on y voit ne l'est pas davantage.
Mais, si tant de louanges exprimées en un langage bien peu réglé doivent sembler fort exagérées, il faut aussi reconnaître que la critique suivante est trop amère et trop violente.
Un ancien élève du Collège des Jésuites de Pau disait avec haine, en 1762 : « Tous ceux qui, comme moi, ont été à ce Collège, sçavent qu'à l'exception de
1. L'Etat des Eglises Cathédrales et Collégiales par Jean de Bordenave, cbanione de Lescar, etc., Paris 1643 — Bibliothèque de Pau.
ce qu'on appelle train de classe et pédanterie, la seule instruction qu'on y donnoit aux écoliers se réduisoit à leur faire apprendre par cœur, même assez rarement, un ou deux versets de leur Canisius \ mauvais catéchisme latin, que la plupart n'entendoient pas bien 2 ».
La juste appréciation de l'enseignement que donnèrent ici les Jésuites, ne se trouve ni dans le panégyrique de l'excellent chanoine Jean de Bordenave ni dans la diatribe de l'ancien élève du Collège des Révérends Pères.
Ceci est moins éloigné de la vérité : « Tout ce que les jeunes gens rapportoient du Collège, leur cours de philosophie fini, se réduisoit — à une légère connaissance de la langue latine qu'ils avoient prise d'une manière pénible, soit dans les vers techniques de Despautère, soit dans les autres auteurs classiques, — à quelques idées de détail sur la rhétorique et la poésie, bien éloignées des instructions nécessaires pour former des orateurs et des poètes, — et aux inutilités ténébreuses de la philosophie disputative substituées aux principes de l'art de raisonner, à la connaissance de soi-même, à celle des attributs des choses, à celle des règles des mœurs, et à celle de la nature ^. »
Cependant, le Père Pardies^*— c'est une éclatante
1. Il y a eu deux jésuites du nom de Canisius (xvp et xvii» siècles); on ne sait par lequel des deux le catéchisme a été l'ail ; peut-être était-ce un livre que l'on avait tiré do l'un do leurs ouvrages.
2. Voy. les Notes au bas des pages dos « Très humbles supplications envoyées au Roi eu faveur des soi-disans Jésuites du Collège de Pau, en conséquence de l'arrêté d'une assemblée des Etats de la Province de Béarn, du 12 mai 1762».
Dans ces « très humbles supplications, etc. », on disait que « le Collège avoit été pourvu d'un nombre sul'fisant de sujets pour l'instruction de Ja jeunesse et pour celle du Peuple... et qu'on ne sçauroit révoquer en doute les grands avantages que les habitans de la Province, ceux du ressort et des pays voisins en ont retirés ». — Bibliothèque do Pau, E. 7, n. 42.