Paris, de l'imprimerie de Jean Roger
d'où le rideau descendait, au-dessus d'une espèce de manteau d'Arlequin, on distingue les deux lettres CR (Collège Royal) et une inscription qui rappelle le sérieux des études plutôt que les jeux de la scène, auxquels la pédagogie des Jésuites attachait particulièrement de l'importance ^ :
Doctrina
Vires
Promovet insitas
Rectique cultus Pectora roborant.
Cela peut être ainsi traduit : La science développe les forces que nous apportons en naissant, et une droite culture de l'esprit fortifie nos cœurs.
Les pièces de théâtre que les Révérends Pères faisaient jouer n'amusaient pas suffisamment les élèves du Collège. Ils cherchaient au dehors bien d'autres distractions, et même se laissaient entraîner à quelques déportements.
Dans le Livre secret du Parlement de Pau, Arch. Dép., B. 4539, on lit que, le 16 avril 1687, M. le premier président ayant mandé les Jurats, l'un d'eux, M. de Lenfant, se présenta. M. le premier président lui dit qu'il y avait des comédiens en ville et que la Cour avait appris que « les escoliers s'estoient assemblés pour obliger les Jurats de leur donner certains billets d'entrée. Parce qu'il y pourroit avoir du désordre de souffrir de pareilles assemblées, et même de souffrir
1. A ce sujet, l'ex-Jésuite Cornova dit : « En représentant des pièces de tliéâtre, la jeunesse apprend à se tenir comme il faut; elle s'approprie, ce qui st souvent la meilleure des recommandations, la tournure; elle perd cette idité qui paralyse souvent les hommes de telle façon qu'ils sont incapables proférer une syllabe » dans des circonstances où ils devraient parler, où n voudrait les entendre parler. — Cf. Huber, Les Jésuites.
que des escoliers débauchés se fissent chefs de parti sous le nom de prieur des escoliers ^y ce qui a été aboly dans tout le Royaume, la Cour ordonne (aux Jurats) de prévenir ce désordre et de veiller à ce que pareils attroupements ne se fassent pas dans la ville; mesme de prendre, capturer et mener les plus violents dans les prisons, affin que la Cour, par un exemple, corrige de pareils désordres et pour le présent et pour Tadvenir ». M. de Lenfant promit, au nom des Jurats, ses collègues, de faire exécuter Tordre de la Cour.
Nous laissons à penser la vie que menaient alors à Pau certains écoliers du Collège. C'était dans les mœurs du temps passé, non seulement ici, mais à peu près partout, et, pour ne citer que deux villes, à Bordeaux, à Paris. Dans VHistoire du Collège de Guyenne (E. Gaullieur), dans celle de Sainte-Barbe (J. Quicherat), on trouve plus d'un récit où il est question des efforts que faisaient les écoliers pour obtenir la permission d'entrer à la Comédie^ et des batailles auxquelles ils s'y livraient.
Il ne nous appartient pas de rechercher en quel lieu (rue ou quartier de la ville de Pau) jouaient les comédiens de passage en 1687. Ceux qui vinrent ici en novembre 1739 et en avril 1740 donnèrent probablement leurs représentations dans la Salle de Comédie, établie au coin de la rue Saint-Louis, tout à côté des murs inachevés de l'église du même nom (aujourd'hui la Mairie et le Théâtre) 2.
1. Chef des écoliers. — Le prioré était comme le grade de « prieur «. En !734, les sieurs Clément de Lurbe et Pierre de Domecq, de Pau, étudiants en physique au Collège de la présente ville, étaient en instance « pour faire ordonner aux Jurats de faire démettre le sieur de Cassagne, aussi étudiant en physique, de son prioré pour la distribution des billets de la Comédie ». Arch. Dép., B. 4833.
2. « Le plan de la ville, dressé en 1773 par Moisset, ingénieur-géographe du Roi, désigne cet emplacement. » Le Panorama /izâ/ongfue,e/c.,de M.Dugenne, où est cette indication, ajoute (avec moins d'exactitude, peut-être), que l'ami de
L'ordre du Parlement que M. de Lenfant avait transmis aux Jurats avait été exécuté. Il n'y eut plus de désordre, plus de violences pour obtenir des « billets d'entrée à la Comédie ».
Les élèves ne s'assemblèrent plus tumultueusement pour « obliger les Jurats de leur donner » des billets. Ils priaient les Jurats, verbalement ou par écrit, en termes fort respectueux, de vouloir bien admettre pour « prieur» tel écolier qu'ils leur désignaient. C'est au « prieur » qu'étaient remis les billets « pour entrer à la Comédie en franchise, sans rien payer » ; il s'engageait par serment à les distribuer conformément aux injonctions des Jurats; il était tenu de « veiller à ce que les étudiants fussent tranquilles aux représentations, et se comportassent avec la sagesse convenable^ ».
Voici deux spécimens de procès-verbaux constatant la nomination de « prieurs » ou de « syndics » comme on les appelait aussi :
Du 4 novembre 1739. — Scéants Messieurs de Bizanos, premier jurât, de Bergeron et de Vignau, jurats.
Veu le placet présenté par les escoliers de la logique du Collège royal de cette ville aux fins qu'il plaize à Messieurs les Jurats leur accorder suivant l'usage des billets pour la Comédie et nommer le sieur de Forcade, un d'eux, pour leur prieur, — sur quoy, Messieurs les Jurats nomment le sieur de Forcade prieur des escoliers de logique, et, attendu qu'il est présent, il a esté retenu acte de son serment, moyennant lequel il a promis de distribuer deux billets qui luy ont été accordés pour chaque représentation, tour par tour, à chacun des dits escoliers »
Molière, Baron, le grand comédien, fit ériger le petit théâtre de Pau pour quelques représentations qu'il vint donner, à la sollicitation du duc de Gramont et d'autres grands seigneurs du temps. — Reste à savoir où auraient joué les comédiens de iG87, la rue Saint-Louis n'existant pas à celte époque.
1 . Archives Comn;unales de Pau, FF. 22. Registre pour les ordonnances de police de l'hostel de Ville, 1736-40.
Du 4 novembre 1739. — Scéants Messieurs de Bergeron et de Vignau, jurats, seuls par la suspicion de Mons. de Bizanos, premier jurât, et l'absence de Messieurs de Tonon, de Sajus et de Dufau, aîné, jurats.
Veu le placet présenté par le sieur Daubière et la demande verballe faite par le sieur de Bizanos, tous deux estudiants en phisique, aux fins d'être nommés prieur des escoliers de leur classe, Messieurs les Jurats déclarent ledit sieur de Bizanos, prieur de la phisique, luy adjugent deux billets à distribuer pour chaque représentation, avec injonction de distribuer lesdits billets tour à tour et de façon que les estudiants qui seront entrés une fois n'entrent pas une seconde que tout ne soit épuisé, et de veiller à ce que ceux qui entreront se comportent avec la sagesse convenable.
Les élèves du Collège logés chez des particuliers n'étaient guère surveillés. Il y en avait qui, la nuit, couraient la ville. Était-ce per arnica silentia lunœ ? On ne le peut dire. Ce n'était point, certainement, pour méditer sur ce qui leur avait été appris dans la journée, ni pour se préparer par la réflexion à ce qu'on leur enseignerait le lendemain.
L'un d'eux se plaint — - le registre des ordonnances de police de l'hôtel de ville de Pau en témoigne ^ — qu'un individu le recherche par les rues, toutes les nuits, pour lui faire un mauvais parti. Les menaces qui lui ont été adressées, l'appréhension qu'il éprouve, tout cela lui vient de ce qu'il a réclamé un oiseau, un charmant petit oiseau chanteur qui faisait ses délices et qu'on lui a ravi :
— Du 21 mai 1739. — Scéants Messieurs de Bergeron et de Vignau, jurats, s'est présenté, sur le bureau, le sieur Charles de Sainte-Marie, escuyer du lieu de Hélette ^ en Navarre, estudiant au Collège royal de la présente ville, avec un placet où il expoze qu'il a de l'afection pour les oiseaux qui chantent et en cage. Il en