‹ Histoire du Lycée de PauChapitre 78 sur 193 · Registre secret du Parlement. Arch. Dép. B · texte numérisé non relu

Registre secret du Parlement. Arch. Dép. B

lége de Pau. C'est avec un extrême regret que cette discussion lui a fait apercevoir l'insuffisance de ce plan, qui ne peut convenir à la Province de Béarn.

« Sensible à la bonté du Roy, qui ne cesse depuis deux ans de s'occuper d'un objet si intéressant, le Parlement désire avec ardeur de pouvoir y concourir, et il lèvera toujours avec empressement les obstacles légers qui ne peuvent manquer de se rencontrer dans un nouvel établissement. Mais, lorsque les inconvéniens sont d'un genre à ne pouvoir être surmontés, lorsqu'ils sont en grand nombre et considérables, lorsqu'ils naissent de la nature même et du fond de l'administration projetée, il ne sauroit, sans trahir le premier de ses devoirs, taire la vérité et laisser ignorer tant de dangers.

« Plein de ces maximes saintes et de ces vues, qui dirigeront à jamais ses démarches, il se propose dans les observations, qu'il va mettre sous les yeux du Gouvernement, de toucher une partie de ces înconvéniens, assez, pour le convaincre que le projet ne peut être exécuté à l'avantage de cette Province, et en même tems, comme il n'est rien de plus important pour elle qu'une prompte et dernière résolution à cet égard, il proposera aussi ce qui dans les circonstances lui a paru le plus convenable.

« L'on propose de confier le Collège de Pau à une société de personnes ecclésiastiques ou même séculières, qui, rassemblées des différentes parties du royaume (car on ne peut espérer de les trouver dans la Province), viennent, à l'une des extrémités de la France, consacrer leurs talens à l'éducation de la jeunesse, attirées par des récompenses que les revenus du Collège n'ont pu rendre fort avantageuses.

« Ils (sic) doivent vivre en commun et à une même table, sous la direction d'un Principal, et tous dans la

dépendance d'un Bureau d'administration établi en conformité de ce qui est prescrit par Tédit du mois de février 1763 ^ Le Roy leur donne tous les bâtimens et biens du Collège, avec les pensions royales dont il jouissoit.

« Il n'est point difficile de montrer qu'un pareil système est impraticable dans le Béarn, et que, quand même il seroit possible de le mettre en exécution, la ville de Pau n'en retireroit pas les avantages principaux qu'elle doit attendre de l'établissement d'un Collège.

« Que cette sorte d'administration scolastique réussisse dans la Capitale du royaume, c'est ce que la multitude des sujets propres à ces emplois, la facilité de les remplacer, et, par là, le plus grand moyen de les contenir dans les bornes de la subordination et du devoir, indépendamment des honoraires considérables et dignes des hommes à talens, c'est ce que tant d'avantages et bien d'autres rendent croyable, et une longue expérience l'a démontré.

« Mais cette même expérience a pu faire connoitre qu'elle ne pou voit réussir qu'à la faveur de tous ces secours. Presque tous les collèges du royaume étoient tenus, avant les dernières révolutions survenues à ce sujet, par des Congrégations régulières, et lorsqu'il a été question de remplacer celle qui en occupoit le plus grand nombre dans quelques-uns de ses principaux ètablissemens, et dans de grandes villes, on a eu peu lieu d'être satisfait des nouveaux ètablissemens séculiers.

« Or, s'ils sont difficiles à maintenir dans de grandes villes, où peuvent néanmoins se trouver un certain

1. Voyez ci-dessus, p. t05, « mois de mars 1763 ». — On trouvera plus loin rindlcation du mois de février.

nombre de sujets et de revenus abondans, combien plus le seront-ils dans une Province extrêmement éloignée des secours étrangers, et non moins dépourvue des ressources domestiques?

« A peine trouveroit-on actuellement dans le Béam un séculier qui pût ou voulût se charger d'une sixième. Il seroit donc nécessaire d'appeler de la Capitale tous ces diflérens régens et professeurs, et c'est apparemment le parti que le gouvernement se proposoit de prendre.

« Mais peut-on se flatter d'avoir des professeurs bien excellens par l'appât des appointemens qu'on leur assigne ? Ou, quand les circonstances où ils pourroient se trouver les porteroient à ne point refuser ces places, croit-on qu'avec des talens ils s'y fixeroient longtemps?

« Ils se livreroient, comme par nécessité, â ces emplois, et soupirant peut-être sans cesse après la fin de leur exil, ils ne s'occuperoient que du soin d'obtenir quelque autre récompense plus digne de leurs travaux.

« Dans de tels sentimens, la jeunesse confiée à de pareils maîtres auroit peu de véritable attachement à s'en promettre.

« L'on ne peut en général espérer de fixer des séculiers dans ces sortes d'emplois, aussi fatigans qu'ils sont désagréables, que par un état et des conditions avantageuses, ou du côté du salaire ou dans la vue de la réputation qu'un homme de lettres peut s'y faire. Le Collège de Pau ne peut ni retenir par l'attrait de la récompense ni offrir un théâtre assez flatteur aux talens.

« Si ce sont des personnes ecclésiastiques, un bénéfice, quoique peu considérable, mais où elles trouveront un état fixe, permanent, moins assuj-etti et plus

tranquille, leur fera souvent abandonner ces emplois. Si ce sont des laïques, mille événements de chaque jour rendront ces places incompatibles avec de nouveaux projets de fortune ou d'établissement. Dans tous ces cas, la place se trouvera vacante ; nulle ressource dans le Collège pour la remplir par provision, et il faudra long tems attendre un successeur; les cas de mort et de maladie mettront encore plus souvent dans le même embarras.

« Ces personnes séculières, aussi différentes d'humeur que de nation, et qui se trouveront réunies pour la première fois, compatiront-elles d'ailleurs bien ensemble? Le professeur peut-être fort enflé des prééminences de son art, et de la liberté avec laquelle il doit l'exercer, sera-t-il fort dépendant du Principal, auquel il pourra se croire souvent très supérieur en mérite? Et le Principal saura-t-il ne point blesser la délicatesse des professeurs? Une bonne administration en ce genre est possible; mais l'homme, naturellement très indépendant, ne se prête guère à la règle, s'il n'y est porté par de plus grands motifs que ceux qu'on peut employer ici.

« Quelle régie établiroit-on d'ailleurs à l'égard des biens du Collège, que le Roy ne peut donner en faveur du nouvel établissement qu'à la charge des dettes locales, pour raison desquelles ils se trouvent affectés? Les pensions en argent sont d'une administration facile ; mais l'entretien des biens-fonds, qui dans ce pays sont d'une culture si ingrate, seroit-il bien entre les mains de ces étrangers, qui n'auroient aucun intérêt à les faire valoir; et tout le zèle qu'on pourroit attendre d'un Bureau d'administration remplaceroit-il celui qu'inspire si naturellement l'esprit de propriété?

« Qui entretiendroit des bâtimens immenses et anciens î Comment fourniroit-on actuellement et à

l'avenir aux frais des voyages ? Qui payeroit les domestiques et autres suppôts nécessaires à un Collège ? Y auroit-il une infirmerie commune, ou tireroient-ils du dehors tous leurs secours à l'exception de la nourriture ? Quel usage feroient-ils de l'église, et devroient-ils fournir à son entretien? Comment même se procurer dans le moment les meubles, linges et ustensiles nécessaires? Presque tout manque dans cette maison, les derniers propriétaires s'étant vus obligés dans des tems fâcheux de faire ressource de tout

« Quand toutes ces raisons ne concourroient point à le faire rejeter, un coup d'œil sur ce projet et sur l'état des choses suffiroit pour établir l'insuffisance des fonds existans et des moyens proposés.

« Le revenu le plus assuré et le seul dont le nouveau Collège jouiroit réellement consiste dans la pension de 12,000 livres dont le Roy Louis XIII le dota anciennement et que Sa Majesté veut bien lui continuer. Les autres biens ou revenus possédés ci-devant par les Jésuites seront presque totalement absorbés par les charges et dettes dont ils doivent répondre en conformité des lettres-patentes de 1763.

« En effet, soit que l'on se détermine à vendre ces biens pour en acquitter les charges, soit que les nouveaux possesseurs du Collège les conservent, et, par eux, continuent de payer les intérêts des sommes dues tant aux créanciers locaux et privilégiés dudit Collège, que de ce qui pourra compéter aux créanciers de la Société des Jésuites, ils seront

toujours à peu près réduits, dans l'un et dans l'autre cas, à la seule pension royale, laquelle est sans doute insuffisante d'après le plan lui-même.

« Les honoraires des Principaux, Sous-Principaux, professeurs et régens emportent d'abord, sur la

somme de 12,000 livres, celle de 10,800 livres, et il ne resteroit que 1,200 livres pour fournir à l'entretien des bàtimens et de l'église, au salaire des domestiques et suppôts nécessaires, aux pensions des émérites, aux frais des voyages et autres extraordinaires.

« Cette pension n'est pas d'ailleurs exactement payée, surtout dans les tems fâcheux ; elle est comprise dans l'état des finances de cette Province qui souffre quelquefois des retardemens. Une communauté régulière a presque toujours d'autres ressources, et peut plus vivre sur son crédit ; des séculiers étrangers ont besoin d'être payés même d'avance.

« Le projet parle d'établissement d'un pensionnat : il seroit impraticable. Qui fourniroit aux frais de la construction et de l'ameublement? Quels nouveaux maîtres y présideroient, les régens seuls ne pouvant être chargés du soin des classes et du pensionnat ?

« Cependant rien de plus utile pour la ville de Pau que cet établissement. Il seroit d'une ressource infinie, non-seulement pour les enfans de la Province, mais pour des étrangers, que sa célébrité pourroit y attirer en foule. Les communautés de filles de cette ville qui tiennent des pensionnaires en ont toujours un grand nombre d'Espagnoles, que leurs parens envoyent avec empressement parmi nous apprendre notre langue et se former aux manières françoises; un bon pensionnat pour les jeunes gens nous donneroit sans doute le même avantage sur nos voisins ; et cette espèce de branche de commerce seroit pour ce pays, qui a tant de relations avec eux, et non moins utile que les autres et plus honorable si l'on peut dire.

« Mais c'est peu en tout genre, et plus encore peutêtre en fait d'administration, c'est peu de montrer les inconvéniens si l'on ne propose en même tems les moyens d y remédier. Pénétré de la nécessité Indla-

pensable de rétablir au plus tôt le Collège de Pau, le Parlement se hâte de communiquer ses vues

« Entre les ordres religieux, trois Congrégations seules semblent susceptibles de choix ce concernant, pour s'être fait une habitude et en quelque sorte un devoir de se charger de l'éducation de la jeunesse : les Barnabites, les Doctrinaires, les Oratoriens.

« Les deux premières ont des établissements assez prochains de la ville de Pau. La troisième nous est plus étrangère, et Ton ne sache point qu'elle ait fait aucune démarche pour obtenir ce Collège.

c( Le Parlement ne peut donc dans le moment opter qu'entre les Barnabites et les Doctrinaires. Les uns et les autres ont plusieurs Collèges en France, et c'est un des principaux objets de leur institut.

« Les Barnabites sont beaucoup plus connus en Béarn, pour y posséder plusieurs maisons. Les Doctrinaires sont plus étrangers à la Province, et leur établissement le plus prochain est dans la Bigorre.

« Les Collèges des uns ni des autres ne sont point, il faut en convenir, extrêmement célèbres ; mais dans le renouvellement d'ardeur qu'une révolution inattendue semble avoir inspiré dans ce genre à tous les états, on peut attendre quelque chose de mieux dans un établissement qui aura été l'objet de leur plus grande ambition.

« Le Parlement n'avoit pas été d'abord favorable aux Barnabites S des vues sans doute justes dans les circonstances déterminoient son opposition. Les circonstances ont en partie changé, et, n'envisageant d'ailleurs rien de plus avantageux, il penche entièrement aujourd'hui pour eux.

1 . Singulier reviremeut des opiDious ! On De s'attoDdait guère à voir revenir ici les Barnabites, dont l'échec, on se le rappelle, ne fut dû qu'à la vive opposition du Parlement.

« Dans le parallèle approfondi qu'il a fait de cette Congrégation avec celle des Doctrinaires, il s'est convaincu que la première pouvoit plus aisément et plus tôt répondre aux vœux de la ville de Pau. Toutes choses fussent-elles d'ailleurs égales, la première seroit pour cela seule préférable.

« S'il est nécessaire d'acquérir les biens dépendans du Collège pour en employer les valeurs au payement des créanciers d'icelui, un ordre religieux riche peut seul en former l'entreprise. Les Doctrinaires n'ont nulle part des établissemens qui les mettent à portée de cela ; les Barnabites, riches au contraire des bienfaits de nos Roys, possèdent dans cette seule Province des biens assez considérables.

« Le Parlement reprochoit aux Barnabites, dans ses premières observations, le petit nombre de leurs sujets en France. Il craignoit qu'ils ne fussent forcés d'y attirer des étrangers peut-être imbus de maximes dangereuses. Les Doctrinaires ne sont pas plus nombreux et n'ont que peu de maisons. Le Parlement a été informé que les premiers avoient reçu depuis assez peu de tems plusieurs novices dans la seule maison de Lescar. Un Collège, tel que celui de la capitale de la Province, ne pourra que leur fournir de nouveaux sujets.

« Ils ne le composeront donc que de religieux nationaux, et même vraisemblablement de Béarnais pour la plus grande partie, cette Province dominant dans l'Ordre, par où il semble qu'à ce seul titre la capitale du Béarn leur appartient en quelque sorte.

« Mais comment concilier ce nouvel établissement avec les intérêts de la ville de Lescar, où les religieux ont des engagemens qu'ils ne peuvent rompre? Le Parlement n'a pas perdu de vue cette difficulté, sur laquelle il appuyoit principalement dans ses ancien-

nés représentations ; mais il a cru aujourd'hui que cette conciliation n'étoit pas impossible, et d'ailleurs il pense qu'en matière d'administration un léger préjudice ne doit point arrêter l'effet d'un plus grand bien. Il est plus d'un moyen de dédommager la ville de Lescar de ce qu'elle pourra souffrir à cet égard, et le Parlement lui-même s'empressera de les proposer dans l'occasion, au lieu que rien ne peut tenir lieu ni à la ville de Pau ni à la Province entière de ce qu'elles perdent par la privation d'un Collège.

« Ce que les Barnabites proposent pourvoit assez aux intérêts de Lescar : ils s'engagent d'y laisser dix ou douze religieux qui prendront soin d'une pédagogie jusqu'à la troisième ou seconde inclusivement, et ces mêmes religieux suffiront pour fournir à une ville très peu peuplée tous les secours spirituels. Ils veulent mettre au Collège de Pau une trentaine de sujets, ce qui est aussi suffisant.

« Lescar fournit peu d'écoliers ; il ne sera donc privé que de l'avantage de recevoir quelques étrangers. Quant aux classes supérieures qu'ils devront venir faire à Pau, ces deux villes sont si voisines que ce ne peut être un grand dérangement pour les familles de Lescar d'envoyer leurs jeunes gens dans la capitale.

« Il est encore vrai que dans ce système la Province de Béarn n'aura, pour ainsi dire, qu'un seul Collège ; mais le mal n'est peut-être pas grand en cela. Il est hors de doute que plus les Collèges sont nombreux, moins les études s y font ; et les plus célèbres littératcui*s ont remarqué que cette multiplicité excessive de Collèges, qui depuis un ou deux siècles se sont répandus en Franco et dans l'Europe entière, a réellement nui au progrès des lettres. C'est que plus les premières voies qui conduisent aux sciences sont

faciles, plus tôt on s'y arrête ; qu'on se contente plus aisément des moindres succès, et que, suivant une comparaison aussi juste qu'ingénieuse, il en est des connoissances humaines comme des métaux : plus on étend les uns et les autres, plus ils acquièrent de surface, et moins ils ont nécessairement de profondeur.

« Il est donc peu intéressant en soi qu'il y ait deux Collèges si près l'un de l'autre, et il n'en résulteroit aucune concurrence avantageuse.

« Le Parlement ajoute enfin ce qui, dans le parallèle des deux Congrégations, a achevé de lui faire pencher la balance en faveur de celle des Barnabites. Elle offre et peut fournir des secours plus prompts et plus instans. Elle peut dans huit jours transporter à Pau ses religieux et son pensionnat, au lieu que les Doctrinaires ne sçauroient de long tems ni rassembler les sujets, ni faire les préparatifs, ni amasser les fonds nécessaires pour une transmigration aussi considérable ; de sorte qu'avec les uns, la ville de Pau peut avoir un Collège entièrement monté à la Toussaint, qui est le tems de la rentrée des classes, et avec les autres, elle s'en verroit encore privée pour toute l'année prochaine.

« Le Parlement adresse, avec ce mémoire, à MM. les ministres la minute des engagemens que les Barnabites proposent de prendre à tous ces égards. Il y a remarqué qu'ils offrent, entre autres choses, de fixer le prix de la pension sur un pied assez modique, et moindre que celui que les Doctrinaire proposoient de leur côté, avec d'autres facilités très agréables pour les familles de la ville de Pau. Ils y témoignent encore leur reconnoissance pour les bienfaits qu'ils ont reçus de celle de Lescar, d'une manière qui ne peut que rendre avantageuse à celle-ci leur nouvel

établissement. Tous ces objets ne sont point indignes de l'attention des magistrats et du Gouvernement : et l'on doit sçavoir gré à une Société qui, touchée des motifs nobles et généreux du bien public, ne se propose dans ses services, après les vues pures et désintéressées de la religion, que la gloire de pouvoir se rendre utile à TEtat. »

Ces « observations » du Parlement devaient être expédiées le 31 août 1765. Mais une lettre de M. le comte de Saint-Florentin vint en retarder l'envoi. Cette lettre confirmait les intentions du Gouvernement manifestées dans le dernier projet de lettres-patentes.

Le Parlement « arrêta » quelques observations qui seraient ajoutées aux précédentes, insistant principalement sur la situation faite aux créanciers tant des Jésuites que du Collège, et sur l'insuffisance des fonds destinés à soutenir le nouvel établissement.

Les nouveaux possesseurs, disait-on, auront-ils, selon toute justice, la charge d'acquitter la totalité des dettes ? Dans le cas probable où ils ne pourraient pourvoir par eux-mêmes aux différentes fondations pour missions, ne devra-t-on pas distraire des biens du Collège les fonds affectés à cet objet î Dans les deux cas, que restera-t-il aux nouveaux éducateurs sauf la pension de 12,000 livres que le roi veut bien leur continuer ? Serait-il vrai que le roi déclare les biens des Collèges « exempts et déchargés de toutes dettes » î Mais la loi établit une différence entre les créanciers de la Société et ceux du Collège. Ceux de Pau, rangés dans cette dernière catégorie, sont d'une espèce la plus favorable. Ce sont des communautés religieuses, ce sont des fondations obituaires, ce sont, les plus privèlègiès de tous, les pauvres honteux.

« Les administrateurs de ces fonds religieux et sacrés avoient été obligés de les placer, en conformité

de redit des mains-mortes; sur quelque établissement de ce genre. Ils choisirent le Collège des Jésuites, qui, par laquajité desesbiens libres, paroissoit leur fournir la collocation la plus solide. Elle le seroit bien peu, si, par événement, ces biens étoient déclarés déchargés des dites dettes, et le Parlement peut presque assurer que la plupart de ces créanciers locaux préféreraient abandonner leurs créances, quoique bien intéressantes pour quelques-uns, que les suivre, par des voies ruineuses, à la Grand Chambre du Parlement de Paris, et se jeter dans une mer immense d'allocations.

« Au reste l'acquit de ces dettes n'est point capable de ruiner le Collège de Pau. Il n'en subsistera pas moins au moyen des bienfaits du Roy. Ce sera une charge légère pour de nouveaux possesseurs, et ils ne seront point à cet égard dans une position pire que ceux qu'ils remplacent. Les Jésuites entretenoient dans le Collège et avec ses ressources environ cinquante religieux. Il seroit facile aux Barnabites d'y en entretenir trente, et d'autant plus qu'ils pourroient y pofter quelque partie des revenus de leurs autres maisons, qui n'en auroient pas tant de besoin, dès qu'ils les dégarniroient.

« Pénétré néanmoins du plus profond respect pour les volontés du Roy, convaincu de la sagesse et de la supériorité de ses vues, et non moins persuadé qu'il n'aura pris une dernière détermination, à ce sujet, qu'après avoir balancé avec sa justice et sa bienveillance ordinaires tout ce qu'il a permis à son Parlement de lui proposer, il attend sans inquiétude et recevra avec reconnoissance l'effet de ses dernières résolutions, et mettra sa gloire à pouvoir concourir à leur exécution. »

L'effet des dernières résolutions du roi ne se fît pas longtemps attendre, mais il fut peu conforme

aux espérances du Parlement. Les nouvelles lettrespatentes — 20 septembre 1765 — confirmant le Collège de Pau permettaient d'en confier la direction soit à des ecclésiastiques soit à des séculiers. Elles furent immédiatement suivies de cette lettre de cachet :

Nos amés et féaux, ayant fait expédier le 20 du présent mois Nos lettres-patentes portant confirmation du Collège de Pau, Nous vous faisons cette lettre pour vous mander et ordonner qu'aussitôt que Nos dites lettres-patentes vous auront été présentées, vous ayez à procéder à leur enregistrement même en tems de vacations. Si, n'y faites faute, car tel est Notre plaisir. — Donné à Versailles, le 23 septembre 17G5. — Louis.

Lettres-patentes et lettre de cachet furent portées sur le bureau du Parlement, le 7 octobre 1765, par le Procureur général du roi. Le lendemain, la cour en ordonna l'enregistrement pur et simple « à la charge néanmoins qu'il serait fait à Sa Majesté de très humbles représentations au sujet du Bureau d'administration du Collège », dont l'existence lui semblait incompatible avec celle du Bureau qui dirigeait l'Université.

Les représentations rédigées par M. de Courréges d'Agnos^ furent approuvées dans la séance dû 11 octobre suivant, et M. le premier Président GilletdeLacaze fut prié de les adresser à M. le vice-chancelier et à M. le comte de Saint-Florentin.

La lettre suivante, écrite à M. le premier Président, mit fin au désaccord entre le Parlement et le Roi. La question du Bureau d'administration est parfaitement expliquée dans cette lettre :

A Fontainebleau, ce 31 octobre 1765.

Monsieur, j'ay rendu compte au Roy de l'enregistrement que le Parlement de Pau a fait des lettres-patentes confirmatives du

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