Archives Départementales, D
Les nouveaux maîtres, tous recommandables par « leur bonne vie et mœurs, leur capacité, suffisance, probité et saine doctrine », devaient, semblait-il, parfaitement répondre aux espérances que le Roi, sinon le pays, avait fondées sur eux.
Malheureusement, il y eût bientôt, dans le personnel enseignant du Collège, grand trouble et désunion. Dès 1767, des discussions assez vives s'étaient élevées entre le Principal et le Sous-Principal. Le Bureau, obligé d'intervenir, avait vite rabattu les prétentions du Sous-Principal, en décidant que toutes les fonctions appartiennent de droit au Principal qui peut, à son gré, se décharger sur son subordonné de toutes celles qu'il ne veut pas remplir, et cela pendant le temps qu'il le jugera à propos.
Le bon abbé de St-Remy dut regretter, mais un peu tard, d'avoir oublié ce que lui avait appris la fable : Le Pot de terre et le Pot de fer. Il se détermina à quitter ses fonctions. 11 fut remplacé par M. Dudouét, qui arriva au Collège le 15 janvier 1768.
Quelque temps après, le Principal sollicitait un congé d'un mois; il proposait pour suppléant le nouveau Sous-Principal, se plaisant à lui reconnaître toutes les qualités nécessaires pour une pareille charge. Le Bureau acquiesça entièrement à sa demande.
On avait compté sans des susceptibilités fort justes. Les deux professeurs de philosophie, blessés, en appelèrent au Bureau. Ils fondaient leurs plaintes sur l'article 10 des lettres-patentes du 30 mars 1764, d'après lequel il appartenait à l'un d'eux, au plus ancien, de suppléer le Principal absent. Le Bureau fit droit à leur réclamation. L'un des professeurs de philosophie fut chargé de veiller, durant l'absence du Principal, à la direction du Collège ; les fonctions
d'économe, seules, furent maintenues à M. Dudouêt, Sous-Principal.
C'était, particulièrement, le service de la table commune qui donnait aux professeurs et aux régents des sujets de plaintes plus ou moins légitimes. On leur adressa des exhortations et des conseils ; ni les conseils ni les exhortations n'eurent Tefïet favorable qu'on devait en attendre. Il fallut aviser, sans délai, au moyen de faire cesser la division parmi le personnel du Collège.
Le Bureau s'assembla le 2 octobre 1771. Il y fut fait lecture des mémoires qui avaient été respectivement fournis par le Principal et par les professeurs. M. d'Arblade, vicaire-général, et membre du Bureau, rappela les différentes libéralités de l'Administration pour les Educateurs et pour l'établissement, et ses nombreuses mais inutiles tentatives en vue d'une réconciliation. Il fut ensuite arrêté, par unité des suffrages, «r que le Principal et les professeurs vivroient en commun, que les pensionnaires mangeroient aux mêmes heures et dans 'le même réfectoire ; 2" que la dépense pour la nourriture tant du Principal, des professeurs et des pensionnaires, que des domestiques, seroit faite par deux économes que le Principal et les Educateurs nommeroient entre eux ; auquel effet les 300 liv. qui, aux termes des lettres-patentes du 20 septembre 1765, doivent être retenues à chaque professeur, seront remises aux dits deux économes, ainsi que les 750 liv. que le Bureau a accordées en faveur des Educateurs, pour nourriture et payement des gages des domestiques, par les délibérations des 4 février 1767, 3 juillet 1768 et 21 février 1770; lesquels dits deux économes feront valoir le jardin et pré, en bons pères de famille, pour employer le produit à la nourriture des dits Educateurs et domestiques, sans
qu'aucun des dits objets puisse être détourné à d'autre usage ».
Quant à la question d'ordre intérieur, le Bureau statua également que «dérogeant, en tant que de besoin, à l'arrêté du 2 octobre 1768 S il a été délibéré qu'à compter du 1*' novembre prochain le pensionnat sera régi et administré par le Principal et par les professeurs en commun, lesquels, dans cet objet, partageront entre eux les différens emplois que cette union exige, soit pour le bien de l'éducation et des instructions sur la religion, soit pour le maintien de l'ordre parmi les écoliers et les pensionnaires, et pour les soins du pensionnat; — que la recette despensions, et toutes les dépenses relatives audit pensionnat, seront faites par les deux économes, lesquels en rendront compte tous les mois aux dits Principal et professeurs assemblés chez le dit Principal, et ils partageront par égales portions le profit, tout comme la perte s'il y en a ; — que les dits Principal et professeurs choisiront les maîtres de quartier en tel nombre que leur paraîtra l'exiger celui des* pensionnaires, et fixeront les honoraires des dits maîtres de quartier sur le produit des pensions, lesquels dits maîtres de quartier ne quitteront jamais leurs écoliers que pendant le temps des classes ; le Principal ou un des professeurs assisteront d'ailleurs, outre les maîtres de quartier, à tous les exercices, aux études et aux promenades ; — que tout ce qui regardera la police intérieure du Collège sera maintenu par le Principal, à laquelle discipline il sera d'ailleurs veillé par MM. de Cassaigne et de Lahitole; — que le sieur Principal aura pareillement l'inspection générale sur le pensionnat, sans
1. ArrcHé par lequel le Principal avait radministration du peasionnat sans qu'il iul obligé d'eu rendre compte; Voy. ci-dessus, p. 13G.
préjudice de celle du Bureau ; que le sieur Lombard, Principal, demeure maintenu économe pour la recette des revenus et deniers particuliers du Collège;
— que les classes s'ouvriront le 2 novembre de chaque année et se fermeront la veille de la Nativité, à la réserve de celle de théologie qui fermera le 14 du mois d'août ; qu'au surplus, pendant Je cours de l'année, toutes les classes vaqueront depuis la St-Thomas jusques au 2 janvier, et depuis l'après-midi du mercredirsaint jusques au lendemain de Quasimodo ;
— que pour favoriser la dite union il sera fait une avance par le Bureau de la somme de 1,500 livres ».
Lecture faite de la délibération, le» Sous-Principal, M. Dudouét, qui n'avait pas été mieux traité que son prAiécesseur, s'empressa de remettre un placet ayant pour objet la demande d'un secours pour se retirer à Paris. Le Bureau, dans sa générosité, lui accorda 800 livres.
Les querelles des Educateurs n'avaient pu être ignorées hors du Collège. Les adversaires de ces maîtres ne laissèrent pas échapper cette occasion de leur faire le plus grand tort. L'animosité avait tout grossi, dénaturé. On les attaqua dans leur conduite privée et dans leur enseignement.
En 1772, les syndics des Etats de Béarn écrivaient à M. le duc de La Vrillière pour se plaindre des éducateurs laïques, de leur mauvaise conduite, et du peu d'importance d'un Collège qui devait tant à la protection royale et dont les revenus et les dépendances semblaient devoir assurer la prospérité ^.
En même temps, plusieurs habitants de Pau adressèrent à M. le ministre leurs réclamations. Ils insistaient sur le mauvais état du Collège et le peud'avan-