Archives Départementales, C
tages qu'en retirait la ville. M. de La Vrillière renvoya ces plaintes à M. l'Intendant d'Aine, en lui marquant sa surprise, d'autant plus grande que cet établissement, écrivait-il, « a des ressources qui devraient en assurer l'utilité ». 11 lui demandait de prendre communication des détails qu'on lui donnait à cet égard, et de lui indiquer en réponse quel pouvait être le principe des abus qui avaient empêché jusqu'à présent le Collège de devenir aussi florissant quMl y avait lieu de l'espérer. Arch. Dép. C. 157.
M. l'Intendant, alors absent de Pau, s^empressa d'écrire à l'un de ses amis du Béarn pour le prier de prendre auprès de M. de Salettes, baron de Denguin, les renseignements nécessaires réclamés par M, le ministre ; ce qui donna lieu à l'échange des lettres qui suivent, entre deux correspondants, dont l'un seul est connu.
A Taillefer, le 28 Juillet 1772.
M. et Mme d'Aine nous arrivent, Monsieur ; je ne doute pas que vous ne l'ayez oui dire. Je compte que nous les pourrons voir le 10 ou le 12 du mois prochain.
M. d'Aine, qui a toujours en vue le bien, et qui ne perd aucune occasion de le prouver, s'il le peut, n'ignore pas que le Collège de Pau est très mal assorti, et que les préposés à Téducation ne sont guôres propres à élever la jeunesse. Ceci est un secret, M. d'Aine m'a recommandé de ne le confier qu'à vous.
Plusieurs pores de famille ont représenté au ministre le mauvais état du Collège et le peu d'avantage qu'en retire la ville. Le ministre a renvoyé ces plaintes à M. l'Intendant, et il lui demande des éclaircissemens. M. d'Aine me charge d'avoir recours à vous pour le mettre en état de répondre, à son arrivée. Je vous demande de vouloir bien m'envoyer, le plus tôt qu'il vous sera possible, un mémoire pour savoir 1» comment le Collège est régi; 2o quel est l'emploi des revenus ; 3o la capacité des maîtres ; 4» le nombre des pensionnaires ; 5° quel peut être le principe des abus qui ont empêché jusqu'à présent le Collège de devenir aussi
florissant qu'il y avait lieu de l'espérer, avec toutes les ressources qu'il a et qui devroient en assurer l'utilité.
Vous voyez, Monsieur, que la matière vaut la peine d'être discutée et préparée. 11 n'y a que vous qui puissiez nous donner des instructions à cet égard. Ayez la bonté de nous aider à procurer un grand bien à la ville et à la Province, car dans l'état où est le Collège, il n'est pas possible qu'il se soufienne.
Vous sentez bien la nécessité qu'il y a de garder sur ceci un profond secret, d'autant plus qu'il y a de la peine à faire le bien, tant que les bureaux sont affligés par des intrigans qui font l'impossible poui' être instruits et pour barrer ce qui vient à leur connoissance.
Je sçais que vous avez travaillé au mémoire qui traite de l'objet du franc-fief ; M. d'Aine est prévenu de ce qui se passe à ce sujet, et il se propose, tant qu'il sera ici, d'examiner. cette matière, de voir et de proposer ce qui sera le plus convenable en faveur de la Province. Gardez vos observations à ce sujet jusqu'à son arrivée.
Je compte de me retirer à Pau la semaine prochaine. Je me rappelle que vous m'aviez remis il y a quelques tems, je ne sais dans quelle circonstance, un état des revenus du Collège et de la pension qui étoit payée à chaque maître. Si j'ai gardé cet état, il me seroit difficile de le retrouver. Ainsi, ayez la bonté de le renouveler dans les détails où vous entrerez.
M. de Salettes s'empressa de transmettre tous les renseignements qui lui étaient demandés :
A Montant, le 2 aoust 1772.
Je ne pouvais. Monsieur, apprendre une nouvelle ni plus intéressante ni plus agréable que celle que vous me donnez en m'annonçant l'arrivée prochaine de M. et de M°»e d'Aine; vous connoissez trop mes sentimens pour ces très dignes, très respectables et très chéris protecteurs, pour douter que je ne m'empresse à saisir le premier instant où je pourrai avoir l'honneur de leur faire ma cour.
Vous me demandez des éclaircissemens sur le Collège de Pau. Je vous ai donné, au moins une fois, tous ceux que j'ai été à portée de me procurer ; je n'en ai point conservé la minute, mais voici ce que ma mémoire me fournit sur cet objet :
!• Le Collège de Pau établi et donné aux Jésuites par Louis XIII fut doté d'une somme de 12,000 fr. payable annuellement par les
trésoriers de la couronne de Navarre. Les autres rentes acquises par donation ou autrement s'élèvent à environ 2,400, cy en tout : 14,400 1.
En ce non compris les fondations spirituelles desquelles M. TEvéque a l'administration en seul et dont le revenu s'élève à environ 3,000 livres.
2o Depuis la dissolution de la Société des Jésuites, le Collège a été donné à des éducateurs séculiers qui vivent en commun sous la direction d'un principal.
30 Ces éducateurs, dont partie sont prêtres et d'autres laïques, sont au nombre de douze, en ce compris le Principal et le Sous- Principal.
40 La pension d'émérite *
La pension du Principal 1 . 400'
du Sous-Principal 1.000
de deux professeurs de théologie 2.000
de deux professeurs de philosophie 2.000
d'un professeur de rhétorique 1.000 V .
d'un régent de seconde 800
d'un régent de troisième 600
d'un régent de quatrième 600
d'un régent de cinquième 600
d'un régent de sixième 600
Reste pour les charges extraordinaires 3 . 800 1.
50 Un Bureau d'administration, ordonné en 1764, s'assemble ou doit s'assembler, chaque mois, pour veiller au maintien du bon ordre et pour recevoir les comptes de celui des Educateurs qui aura été chargé de percevoir les revenus et d'acquitter les charges ordinaires et extraordinaires.
60 Ce Bureau est composé de l'Evoque diocésain, du premier Président du Parlement, du Procureur général, des officiers municipaux, de deux notables habitans, du Principal du Collège et d'un greffier.
70 Les gages du greffier ont été fixés par le Bureau à 600 1. ; ceux du portier du Collège, à déduire du revenu, 150 1. , cy. 750
Reste pour les charges extraordinaires 3.0501.
1. Aucun chifTrc n'est indiqué ; il n'y avait aucun fonctionnaire du Collège en retraite. — La qualilication d'émérite appartenait au fonctionnaire de renseignement en retraite, qui jouissait des lionneurs de son litre.
80 Les charges extraordinaires sont l'entretien des bâtimens qui sont immenses et l'itinéraire des Educateurs qu'il faut changer souvent.
90 Le Biireau a permis aux j&ducafeurs d'établir un pensionnat ; il leur a fait quelques avances pour cela, mais le Bureau ne prend connaissance ni des pertes ni des profits.
Observations. — Le résidu ci-dessus n'ayant pas été suffisant, même étant joint aux revenus cumulés pendant les vacances du Collège, pour réparer le désordre où les Jésuites laissèrent les bâtimens, le Bureau a jugé à propos de supprimer pour un tems la place de Sous- Principal et celle du régent de sixième.
A l'égard des abus, on ne doit les chercher que dans la mauvaise composition des Educateurs, que toute la sollicitude présente et à venir des administrateurs ne pourra jamais rendre meilleure.
Proposer un changement mérite bien de la réflexion, surtout si on projette de donner le Collège à un ordre religieux. Je ne suis pas assez téméraire pour oser pénétrer où prévoir les vues présentes et à venir du Gouvernement sur la généralité des ordres religieux ; je me borne, dans ce moment, à considérer qu'un bon Collège suffit dans la province de Béarn, et que ce bon Collège existe certainement à Lescar < ; cependant, il n'y a qu'environ 70 pensionnaires, quoique le pensionnat soit très bien tenu et très bien gouverné.
Je considère d'ailleurs que, d'ôter à la petite ville de Lescar, dont je suppose le Collège tombé par l'établissement d'un ordre puissant à Pau, le secours qu'elle reçoit des étudians, c'est augmenter sa misère pour concentrer toutes les ressources dans la capitale de la Province, comme on ne les a que trop concentrées dans la capitale du Royaume.
A l'égard de l'établissement du franc-fief, dont on vous a dit que je me suis occupé, dans la vue d'en préserver ma patrie, il est vrai que je communiquai à M. de Péborde, il y a quelques jours, un projet de lettre à M. d'Aine sur cet objet ; mais, après mûr examen, je trouvai mes allégations trop foibles d'un côté et trop fortes de l'autre ; ainsi je brûlai mon ouvrage, comme j'en ay brûlé beaucoup d'autres par même raison. Si M. d'Aine juge à propos de me faire des questions, je répondrai de vive voix, parce que je compterai sur son indulgence, au cas que je passe les bornes; mais
1. Sans vouloir infirmer l'opinion de M. de Salettes, et sans rappeler que « chacun prêche pour sa paroisse », il y a lieu de constater, pour ceux qui ne le savent pas, que Denguin, d'où il était baron, se trouve assez près de Lescar.
je craindrois la sévérité d'un Intendant, si j'écrivois d'une manière qui peut intéresser le sanctuaire. Je dois me défier de la foiblesse de mon ressort, je m'aperçois chaque jour que je perds à la détente, et après tout il est bien tems que je radote.
Je vous remercierai cependant toujours des occasions que voas me fournirez de me rappeler au souvenir de M. d'Aine et de vcos renouveler les assurances du très sincère et respectueux attachement avec lequel j'ay l'honneur d'être, etc. — Salettes Denguh.
M. de Denguin avait mis tous ses soins à donner les renseignements les plus exacts. Toutefois, ses observations étaient présentées avec une exquise prudence, avec l'habileté presque d'un diplomate. Le trait de la fin semble même avoir été jeté là, en passant, par le spirituel baron, comme pour se faire pardonner ce que ses sages prévisions auraient pu sembler contenir de téméraire ou de hardi. Quoi qu'il en soit, ses notes permirent à M. l'Intendant d'Aine d'adresser à M. le ministre le rapport suivant, qui résume la situation présente et fait connaître les vœux du pays :
A Pau, le 29 aoûst 1772.
Monseigneur, j'ay examiné le mémoire que vous m'avez fait l'honneur de me renvoyer, le 2 juillet dernier, par lequel plusieurs pères de famille de la ville de Pau vous adressent des plaintes sur l'état du Collège de cette ville, depuis que les Jésuites y ont été remplacés par des séculiers.
J'avois déjà eu connoissance, dans mes précédens séjours à Paa, du mauvais état de cet établissement et je m'étois occupé des moyens que je pouvois vous proposer d'y remédier. Je viens encore de prendre de nouveaux éclaircissemens à ce sujet. Voici ce qui en résulte.
Le Collège de Pau a été établi et donné aux Jésuites par Louis XIII, qui le dota de 12,000 liv. de pension, payables par les trésoriers en charge qui acquittent annuellement l'état du Roy dans la Province. Cette pension a été conservée dans les différens changera ens qui sont survenus et s'acquitte encore annuellement sur cet état. Les autres revenus de ce Collège sont, comme yoqs
le verrez, Monseigneur, dans l'état ci-joint, — un terrain clos considérable, qui fut donné par le feu Roy, et qui est appelé le « Beau- Louis », affermé 1700 liv. — un grand jardin, qui donne un produit de 400 liv. et qui pourroit en procurer un plus considérable, — une rente sur la Province, — quelques maisons et échoppes : — le tout ensemble forme environ 15,500 liv.; en ce non compris les fondations spirituelles qui font encore un revenu d'environ 3,000 liv.
Depuis que les Jésuites n'ont plus ce Collège, le soin en a été confié à des instituteurs séculiers, prêtres ou laïcs, et même gens mariés, sous la direction d'un Bureau d'administration, qui s'assemble assez rarement et qui est composé de Mgr l'Evêque, de M. le premier Président, de M. le Procureur général, d'officiers municipaux, de notables habitans. Il y a un greffier à ce Bureau, auquel on donne 600 liv. d'appointemens. Les gages du Principal, des différens professeurs, et les pensions d'émérite paraissent réparties avec assez peu de proportion. L'inspection de l'état, que je joins aussi, Monseigneur, de toutes les dépenses de ce genre, vous mettra à portée de juger si, comme il me le paroit, il n'y a point des emplois trop payés et d'autres qui ne le sont pas assez. 11 me semble, par exemple, que le greffier du Bureau d'administration qui a très peu de chose à faire ne devroit pas avoir autant de gages que les régens, dont les occupations sont assidues et incompatibles avec d'autres professions, et que les professeurs des hautes classes sont trop appointés, ceux des basses ne l'étant pas peut-être suffisamment.
Les dépenses extraordinaires sont occasionnées par l'entretien des bâtimens, qui sont vastes, et les frais de voyage des instituteurs que Ton fait venir, et dont on a été souvent dans le cas de changer.
Il y a douze ou quinze pensionnaires à ce Collège ; leurs parens les en retirent successivement sur les plaintes qu'ils font de la nourriture.
Le revenu du Collège, les Principaux et professeurs payés, n'ayant pas suffi jusqu'à présent aux dépenses d'entretien des bâtimens,' le Bureau d'administration a supprimé pour un tems les places de Sous-Principal et de régent de sixième.
Tel est. Monseigneur, l'état actuel de ce Collège, qui ne me paroit pas pouvoir devenir meilleur entre les mains d'instituteurs séculiers, pris de tous côtés, dans une province où les lettres sont très peu cultivées, et l'on sent que s'il se présente pour les emplois des sujets des autres provinces ou de Paris, ce ne peut être que des gens auxquels l'incapacité ou les mœurs ont ôté toute ressource dans leur patrie.
Je crois, par ces raisons, que la seule réforme à faire au Collège de Pau seroit d'en confier le soin à une Société de réguliers... Si Ton étoit à portée de choisir, les religieux que je croirois les plus convenables à établir à Pau seroient les Bénédictins. Lies bonnes lettres et l'agriculture sont encore en enfance dans ces contrées éloignées, et Ton remarque qu'elles ont fait des progrès sensibles dans tous les lieux où ces moines laborieux sont établis. S*il y avoit. Monseigneur, des demandes de leur part d'établir quelque Collège, il seroit à souhaiter que celui de Pau leur fût donné.
Les Barnabites ont un Collège à Lescar, petite ville à une lieue de Pau. Quoique cet établissement, peu avantageusement placé, ne soit plus dans l'état où on l'a vu autrefois, ils ont environ 70 pensionnaires. Ces religieux bien établis dans la Provinee ont désiré, dans le moment de la dissolution de la Société des Jésuites, le Collège de Pau et le désirent encore ; ils m*ont même témoigné, après s'y être fait autoriser par leur général, qu'ils sont disposés à s'en charger en remettant au Roy la pension de 12,000 liv. payée annuellement à ce Collège, après la première ou la seconde année. Ils espèrent, et cela est très vray semblable, pouvoir soutenir l'établissement sans ce secours, par la bonne économie que les religieux connoissent mieux que d'autres, les biens qu'ils possèdent dans le pays, et le nombre des pensionnaires qu'ils espèrent tant du pays que de la frontière. Ils se font difficulté de former cette demande ouvertement, sans être certains qu'elle 8<Ht accueillie, tant par la délicatesse de se mettre en avant, que dans la crainte de déplaire aux protecteurs de l'établissement actuel, s'il peut en avoir, ou à ceux d'autres communautés. Ils prendroieot des arrangemens pour que la ville, très peu habitée de Lescar, n'éprouvât point de préjudice de ce que leur centre d'institution seroit à Pau.
Si vous jugiez à propos. Monseigneur, de conférer sur cette vue avec M. le contrôleur général, qui y trouveroit pour la finance l'avantage de décharger l'état du Roy de 12,000 liv. de rente, vous pourriez, l'un ou l'autre, mander le Père Coulomme, provincial à U maison de Paris, qui m'a porté, cet hyver, des paroles sur cet objet ; et, après être convenu avec lui, il ne seroit plus question que des lettres-patentes nécessaires, — J'ay l'honneur de voua renvoyer avec le mémoire que vous m'avez adressé, l'état du revenu et des charges du Collège de Pau.
L'état des choses, dans le Collège, allait de mal en pis. Certains fonctionnaires ne voulaient, ne pou-
vaient plus y rester. M. Manjar Dupui S professeur de rhétorique, donna sa démission.
M. Lombard, invoquant des raisons de santé et des affaires qui lui étaient propres, demanda au Bureau de vouloir bien pourvoir à son remplacement dans les fonctions de Principal et d'économe. Il fut suivi dans sa retraite par MM. Reboul, régent de quatrième et Loustalot, régent de cinquième, qui fut nommé curé de la paroisse de Bezing. M. Gerboux vint occuper la chaire de rhétorique. L'un des deux professeurs de philosophie fut chargé provisoirement des fonctions de Principal. Le Bureau décida que les classes seraient doublées, que les écoliers de seconde passeraient en rhétorique, ceux de troisième en seconde, etc., et que. Tannée suivante, le Principal, assisté des professeurs de rhétorique et de seconde, feraient composer les élèves à l'entrée de chaque classe. Les copies de ces compositions seraient gardées par le Principal, avec une note des explications, pour comparer pareil travail qui devait être fait à la fin de Tannée. M. Tévêque de Lescar fut prié de s'occuper d'un nouveau plan d'études à établir.
De telles mesures ne pouvaient faire taire les plaintes qui s'élevaient contre le Collège. Plusieurs gentilshommes, d'autres habitants de la ville de Pau écrivirent, le 30 novembre 1773, une nouvelle lettre à M. le duc de La Vrillière, interprétant à leur façon et les mesures prises et les inconvénients de la situation présente.
« Le Bureau, disaient-ils, a renvoyé plusieurs professeurs, soit pour leurs mauvaises mœurs, ou leur incapacité, soit à cause de la mésintelligence qui
1. Il professait la rhétorique depuis 1769; il avait remplacé M. Cavaiilon Dominé en 1766.
étoit entre eux. La difficulté des remplacemens fait que les places demeurent long temps vacantes. Un des professeurs a dû, par cette raison, faire le service de deux pendant une partie de Tannée. Les choses sont encore dans le même état ; de plus, il n'y a ni Principal ni Sous-Principal, et on ne peut se promettre que des sujets, qui ont quelque mérite, soient assez dénués de ressources pour venir rechercher dans une province aussi éloignée les modiques appointemens de six ou huit cens livres que le Bureau donne aux professeurs.
« Ces désordres ont éloigné la confiance des parens; le nombre des écoliers a diminué de jour en jour; celui des pensionnaires étoit réduit Tannée dernière à dix.
« La grâce que Sa Majesté a bien voulu continuera cette Province en faisant payer au Collège une pension de 12.000 liv. lui devient comme inutile. La plus grande partie des bâtimens étant inhabités, ils dépérissent ; on prévoit avec douleur la ruine entière d'un établissement dont il pourroit résulter tant d'avantages... »
M. de La Vrillière expédia ce mémoire à M, l'Intendant d'Aine, avec la lettre suivante :
A Versailles, le 25 dôcembre 1773.
Le mémoire cy-joint, Monsieur, contient -à peu près les mêmes représentations que celles qui m'ont été adressées Tannée dernière et dont je vous ai donné communication le 2 juillet 1772, J*ay sous les yeux la réponse que vous m'y avez faite, le 29 aoust suivant, et je pense ainsi que vous qu'il seroit infiniment plus convenable que l'instruction de la jeunesse de la ville de Pau fût confiée à des réguliers, et principalement aux Bénédictins, que j*y crois plus propres que tout autre corps. Mais ces religieux ne m*ont pas paru disposés à s*en charger, dans le cas où le Roy supprimeroit la pension de 12,000 liv. que Sa Majesté a bien voulu payer jusqu'à présent & ce Collège. Peut-être, néanmoins, se dôtermi-
neroient-ils si les Etats leur en fesoient la proposition^ et surtout s'ils s'eQgageoient à leur procurer des secours dans cet établissement. Le Roy pourroit d'ailleurs continuer une pension de 6,000 iiv., si cette somme étoit absolument nécessaire pour le maintien de ce Collège. Dans cet état, vous pourriez, à la prochaine assemblée des Etats, donner connoissance du nouveau mémoire que les habitans de la ville de Pau m'ont adressé, et je me persuade que cette assemblée fera d'autant moins de difficulté de se mettre en délibération, qu'elle^ne pourra s'occuper d'une affaire dont l'objet soit plus intéressant pour la Province. — On ne peut vous honorer Monsieur, plus parfaitement que je le fais. — Le ducde La Vrillière.
Le 10 février de Tannée suivante, M. l'Intendant donna connaissance aux syndics de Béarn de la lettre du ministre, engageant les États à délibérer et à voter selon les vues du Gouvernement. — C'était aller au devant des désirs de l'assemblée.
MM. les syndics, de Sus et Péborde de Pardies, adressèrent, bientôt après, à M. d'Aine, copie de la délibération des États; elle était accompagnée d'une lettre, que distinguent particulièrement l'amabilité et la finesse, deux traits de l'esprit béarnais. Elle commence par un compliment délicatement tourné, et se termine par un appel à la générosité du roi, fait avec une discrétion qui ne laisse pas d'être séduisante.
A Pau, le 24 février 1774.
Monsieur, vous avez été témoin du désir que les Etats ont témoigné d'obtenir de la bonté du Roy l'établissement d'un ordre régulier dans le Collège de cette ville, et principalement des Bénédictins. Vous avez reconnu combien les sciences et les arts ont été négligés dans ce pays, par le défaut de bons éducateurs. Votre amour pour les lettres et surtout les bonnes intentions que vous faites paroitre dans tout ce qui peut contribuer au bien de cette Province nous fait espérer, Monsieur, qu'elle vous sera redevable du succès de la délibération que nous avons l'honneur de vous adresser.
Lé Roy a bien voulu continuer jusqu'à présent la pension de
12,000 livres dont les Hoys, ses ayeuls, ont doté ce Collège. Ce ne sera pas, Monsieur, au moment où cet établissement deviendn plus utile que Sa Majesté retirera ses bienfaits. La situation des hahitans de la Province, qui supportent avec peine le poids des impositions, n'a pas permis aux Etats de se livrer aux mouvemens de leur zèle, en se chargeant d'une partie de la pension que le ministre anroit désiré d'épargner aux revenus du Roy. — Nous sommes avec un très respectueux attachement, etc. — de Sus ;
— PÉnUBDE DE PaRDIES.
De toutes les lettres écrites par les syndics de Bcarn ^ dans le courant de Tannée 1774, au sujet du remplacement des maîtres du Collège par les Bénédictins, nous reproduisons seulement celle où Ton voit que M. de Noé, évoque de Lescar, avait à Tégard des Educateurs de meilleurs sentiments que les États. Le caractère et le savoir de cet évéque donnent à son témoignage - une valeur dont il y a lieu de tenir grand compte pour juger équitablement les maîtres séculiers du Collège.
A Pau, le 20 août 1774.
Nous avons reçu, Monsieur 3, une lettre de M, le duc de La Vrillièro (|ui nous mande ({ue les affaires instantes dont le Conseil s'est ocrupii depuis quchpie tems l'ont empêché de faire son rapport de celle du Collège de Pau; qu'il espère cependant nous procurer assez tôt une décision afin (pie les Bénédictins puissent prendre des arrangeniens relativement à l'instruction de la jeunesse avant la rentrée des classes, si S. M. veut bien les agréer pour la direction de ce Collôjre.
Nous avons reçu en même tems votre lettre du 10, par laquelle vous nous mandez que M. Nogaret pense que nous devrions parler aux Bénédictins «pii ^ont à Pau, afin qu'ils déterminent leurs confrères î\ Paris à faire une réponse au ministre. Nous vous
t. A MM. lo liuc de lîramont, le duc di» La Vrillièro, Lefèburo ip.-è., LcfebvrtM. Voy. Arch. IK^i.. C. KUvî.
'^ 0\\ vorra bionlôt roiuiiiL'nt il les défendit, lors^iu'il out à rôpondro à M. le Ministre.