CHAPITRE I
Description du Madawaska
Aspect, géographique. Formation géologique. Richesse du sol. Eesaources naturelles.
,E "pays" du Madawaska est enclavé dans le Nouveau-Brunswick et l'Etat du IVIaine, à J>» l'angle où ces deux territoires confinent à la province de Québec. Egalement réparti sur les deux rives du Saint-Jean, il s'étend des Grandes- Chutes jusqu'aux Sept-Isles, sur une longueur de cent cinquante milles et une largeur variant de quarante à quatre-vingts milles, soit une superficie totale de neuf mille milles (;arrés.
Avant la division effectuée en 1842, par le traité d'Ashburton, et le démembrement subséquent, résultat du compromis entre les provinces de Québec et du Nouveau-Brunswick, qui se disputaient le territoire que les Etats-Unis ne s'étaient pas annexé, il s'étendait de la vallée de l'Aroostook à celle du lac Témiscouata, qu'il comprenait dans ses limites, avec une superficie d'à peu près douze mille milles carrés.
Bien que sa surface soit très accidentée, on ne peut ranger le ^Sladawaska au nombre des pays montagneux. Ses montagnes qu'on a voulu comparer à celles de l'Auvergne, ou même de la Suisse, ne sont que des collines, dont l'altitude atteint à peine mille pieds au-dessus du niveau général de la région. Cependant son terrain accidenté, ses pics assez élevés, ses nombreux cours d'eau, sa luxuriante végétation, ses paysages pittoresques, font de cette région Tune des plus attrayantes que l'on rencontre dans l'est du continent américain. Elle renferme, en effet, une partie importante du plus grand bassin fluvial des provinces de l'Atlantique, et l'un des plus beaux de toute l'Amérique du Nord : la vallée du Saint-Jean. rS Les eaux de cette rivière sont si pures, ses rivages si enchanteurs qu'on l'a souvent comparée au Rhin ou au Rhône. Elle ne traverse le Madawaska, il est vrai, qu'au milieu de sa course, mais déjà elle y apparaît dans toute sa beauté.
La rivière Saint-Jean et quelques-uns de ses ajSluents renferment dans leurs chutes des sources d'énergie remarquables, qui fournissent l'éclairage et la force motrice à plusieurs villages.
La plus importante, encore inexploitée, est celle des Grandes-Chutes du Saint-Jean, dans le comté de Victoria. Là, de son Ut brusquement coupé par un abîme profond, là masse entière des eaux du Saint- Jean se précipite avec un bruit de tonnerre dans un gouffre resserré, jaillit en tourbillons énormes, se brise en nuages d'écume sur les murailles élevées qui l'emprisonnent, pour replonger dans une gorge profonde et étroite, de plus d'un mille de longueur.
C'est, après le Niagara, une des scènes les plus imposantes que l'on puisse contempler dans le Nouveau- Monde. Le Grand-Sault a soixante-quatorze pieds de chute directe et quarante-cinq pieds de cascade. Il constitue la plus grande source d'énergie hydraulique des Provinces Maritimes.
La formation géologique du sol remonte à l'ère primaire. La découverte de fossiles à Siegas, près des Sept-Iles, de même que dans la région du lac Témiscouata et des lacs Squattecks, est un indice de la période cambrienne de cette ère, c'est-à-dire que la vie animale existait il y a des milliers d'années, dans la région.
Mais les données scientifiques, plus ou moins précises sur la géologie du Madawaska, ne datent que de la période glaciaire de l'ère actuelle ou quaternaire. Les géologues Bailey et Mcinnes, dans leurs rapports de 1886, nous disent que la vallée entière du Saint-Jean, comme tout le reste du continent d'ailleurs, était couverte d'une couche immense de glace, de plusieurs cents pieds d'épaisseur, et qu'à la suite de cette longue période, sous l'influence d'un climat plus chaud, ces glaces en fondant commencèrent à se mouvoir sur les pentes des montagnes. Le glacier du Saint-Jean se serait alors détaché des Appalaches, et dans sa marche, lente mais irrésistible, se serait dirigé vers le sud, entraînant avec lui des graviers, des galets, des substances organiques et des détritus de toutes sortes. Ces énormes masses congelées creusèrent dans le soi
de longs et profonds sillons qui devinrent plus tard les lits des rivières. Les eaux pluviales achevèrent ensuite le creusement des vallées ; mais à mesure que ce travail de transformation s'opérait, les rivières se rétrécissaient, laissant sur les rives une partie des lits qu'elles avaient occupés. C'est ainsi que les sommets de plusieurs de nos collines étaient autrefois les rives mêmes du Saint-Jean.
A d'autres endroits, ces pierres, ces graviers, ces détritus formèrent des espèces de chaussées qui forcèrent les eaux à prendre un autre cours, quelquefois même à travers d'immenses rochers qui durent céder à la pression constante des eaux. Le roc ainsi usé forma de profonds abîmes, tels que les Grandes-Chutes de la rivière Saint-Jean, le Long- Sault de la rivière Aroostook et le Petit-Sault de la rivière Madawaska.
Le sol de cette contrée, d'une grande fertilité, est composé principalement de marne, de graviers, de pierres calcaires, de riche argile et de résidus des substances organiques propres à l'époque silurienne. On y cultive avec succès les plantes fourragères, les céréales, les racines, la pomme de terre et les fruits qui mûrissent dans les zones tempérées.
Le climat du Madawaska est l'un des plus tempérés et surtout des plus salubres des provinces de l'est ; les hivers sont moins longs et moins rudes qu'ils ne l'étaient primitivement. L'été y est chaud, et les gelées du printemps et de l'automne, autrefois la terreur du colon, sont aujourd'hui assez rares.
La végétation, sous l'influence de la chaleur et de fréquentes averses, est rapide.
Les vastes forêts du Madawaska ont attiré, même avant sa fondation permanente, les exploiteurs de forêts de la Nouvelle- Angleterre et des Provinces Maritimes. Sa richesse forestière a été longtemps une source féconde de controverses entre le Maine et le Nouveau-Brunswick. Ce sont encore ses riches domaines forestiers qui approvisionnent les manufactures de bois de construction de Saint-Jean, Frédéricton, Van Buren, Edmundston, Fort Kent, etc. Ils constituent encore la principale source de revenus du gouvernement du Nouveau-Brunswick.
La vallée du Saint-Jean a été longtemps considérée comme le paradis du chasseur. La chasse, en effet, a été pendant plusieurs années le principal soutien des premiers colons. Les rivières et les lacs abondent encore de poissons.
Nous terminons ici ces notes générales et descriptives du pays dont nous allons essayer maintenant d'esquisser l'histoire si mouvementée à certaines époques. Nous ne prétendons pas, dans la brève description que nous venons de donner, avoir fait entière justice à notre pays, à ses beautés naturelles, à ses richesses nombreuses, à ses ressources variées ; mais nous croyons avoir atteint notre but qui était, non pas d'écrire un traité de géographie régionale, mais de faire connaître un peu le théâtre des événements qui vont se dérouler dans la suite, la scène où nous verrons arriver nos ancêtres, et qu'ils trouveront déjà occupée par l'enfant des bois, le Malécite ami.