‹ Histoire du materialisme et critique de son importance à notre époqueChapitre 18 sur 58 · DANS LEUR RAPPORT AVEC LE MATERIALISME. IO · texte numérisé non relu

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la ruse, la Irahison et la ciuautc contribuèrent à fonder VEtat chrétien, la conviction que tous les hommes étaient également appelés à une existence supérieure n'en resta pas moins la base fondamentale de l'histoire des peuples modernes. « Ainsi, dit Schlosser, même l'erreur et la fourberie humaines devinrent les moyens par lesquels la divinité fit sortir une vie nouvelle des débris putréfiés de l'ancien monde (ro). >»

Il s'agit maintenant d'examiner quelle influence le principe chrétien complètement développé dut exercer sur le matérialiste. Dans cet examen, nous devrons tenir compte du judaïsme et surtout du maliométisme.

Ces trois religions ont un trait coniiTiun : le monothéisme.

Pour le païen qui voit les dieux partout et s'habitue à regarder chaque phénomène de la nature comme une preuve de leur intervention^ continuelle, les difficultés, que rencontre sur son chemin l'explication matérialiste des choses, se comptent par milliers comme le nombre des divinités. Aussi, lorsqu'un savant a conçu la pensée grandiose que tout ce qui existe, existe en vertu de la nécessité, qu'il y a des lois auxquelles la matière immortelle est soumise, toute conciliation avec la religion devient impossible. On doit donc regarder presque comme insignifiante la tentative de médiation faite par Epicure : l)ien plus logiques étaient les philosophes qui niaient l'existence des dieux. Le monothéisme occupe, vis-à-vis de la science, une autre position. Nous avouons que, lui aussi, admet ime conception grossière et matérielle, qui attribue à Dieu, assimilé à l'homme, une intervention particulière et locale dans chaque phénomène de la nature. Cela est d'autant plus vrai qu'ordinairement cliaqu? homme ne pense qu'à soi et à ce qui l'entoure. L'idée de l'ubiquité reste, dans ce système, presque une vaine formule ; et l'on a de nouveau, en réalité, d'innombrables divinités, sous la réserve tacite qu'on peut toutes les considérer comme n'en formant qu'une seule.

l6o LES RELIGIONS MONOTHEISTES

A ce point de vue, qui est à vrai dire celui de la foi du charbonnier, la science reste aussi impossible qu elle l'était sous le règne de la foi païenne.

Mais lorsque, d'une façon libre et grandiose, on attribue à un seul et même Dieu la direction unique du monde, la corrélation des choses par le lien de la cause à l'effet devient non-seulement admissible, mais elle est encore une conséquence nécessaire de l'hypothèse. Si je vois quelque part en mouvement des milliers de roues et que je conjecture qu'un seul homme leur imprime le mouvement, j'en devrai conclure que j'ai devant moi un mécanisme, dans lequel le mouvement de la moindre pièce est déterminée invariablement par le plan de l'ensemble. Cela posé, il faut encore que je connaisse la structure de la machine et que j'en comprenne la marche, du moins pièce par pièce ; le terrain de la science se trouve ainsi libre pour le moment.

Grâce à cette hypothèse, on put développer la scienceet l'enrichir de matériaux positifs pendant des siècles, avant de se croire obligé à conclure que cette machine n'était qu'un perpétuel mobile. Une fois formulée, cette conclusion devait paraître confirmée par un tel nombre de faits qu'à côté d'eux, l'arsenal des anciens sophistes nous semble bien faible et bien pauvre.

Ici nous pouvons comparer le monothéisme à un lac immense, qui reçoit les flots de la science, jusqu'au moment où soudain ils commencent à percer la digue 'ii).

Le monothéisme offre un autre avantage. Son principe fondamental possède une souplesse dogmatique et présente une telle richesse d'interprétations spéculatives qu'il peut continuer à alimenter la vie religieuse, au milieu des civilisations les plus variables et des plus grands progrès de la science. Au lieu de susciter aussitôt une guerre d'extermination entre la religion et la science, l'hvpothèse que le principe qui gouverne l'univers, revient sur lui-même et se conforme à des lois éternelles, fit naître l'idée d'établir entre Dieu et le monde la corrélation

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qui existe entre l'âme et le corps. C'est pourquoi les trois grandes religions monothéistes ont également pris, à l'époque du plus grand développement intellectuel de leurs représentants, une teinte panthéistique. Alors aussi surgit la lutte contre la tradition religieuse, mais une lutte qui n'est pas encore une guerre d'extermination.

Entre toutes les religions, le mosaïsme conçut le premier l'idée de l'univers tiré du néant.

Rappelons-nous que, suivant la tradition, Epicure, encore jeune écolier, commença à se livrer à la philosophie après que ses maîtres n'eurent pu lui dire d'où venait le chaos lui-même, que l'on donnait comme origine à l'ensemble des choses.

Il y a des peuples qui croient que la terre est posée sur une tortue ; mais il est défendu de demander sur quoi repose la tortue elle-même. Tant il est vrai que, pendant des générations entières, l'homme se contente d'explications qu'au fond personne ne peut regarder comme sérieuses.

En face de semblables fictions, la conception du monde tiré du néant est du moins claire et franche. Elle renferme une contradiction si évidente, si directement opposée à toute saine pensée, que les contradictions moins fortes et moins hardies n'osent plus se produire en face de celle-là (12).

Il y a plus : cette idée est également susceptible de transformation ; elle aussi possède quelque chose de cette élasticité qui caractérise le monothéisme. On peut tenter de transformer la priorité d'un Dieu sans monde en une priorité simplement idéale ; et les jours de la création deviennent alors des périodes (Eons) de développement.

A côté de ces traits, que présente déjà le judaïsme, il importe de remarquer que le christianisme le premier dépouilla Dieu de toute forme sensible, et en fit, dans la stricte acception du mot, un esprit invisible. Voilà donc l'anthropomorphisme éliminé en principe : mais il revient cent fois dans la conception grossière du peuple et

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