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\am cerle neque consilio, elc.

Voir livre V, vers 836. et suiv. de plus amples détails sur la naissance des organismes d'après les théories d Empédocle.

66 [\yàs% 133]. Parce que les rayons du soleil, malgré leur extrême ténuité, ne sont pas de simples atomes, mais des faisceaux d'atomes, ils traversent un milieu raréfié, mais non le vide complet. En revanche, Lucrèce attribue aux atomes une vitesse bien plus grande que celle des rayons de lumière (II, 162-164) :

« Et mullo citius feni quam luniina solis, Multiplexque loci spatium transcuircre eodem Tempore quo solis pervolgant {ulgura cœlum. »

« Ils sont bien plus rapides que les rayons du soleil et parcourent dans le même temps un espace bien plus étendu que celui que peuvent parcourir les éclairs qui jaillissent du soleil. »

67 [page 134]. Lucrèce, II. 216 et suiv.

68 [page 134]. On comprendra difficilement que. dans la question du <( libre arbitre », on ait pu attribuer à Lucrèce la supériorité sur Epicure et y découvrir une preuve de l'élévation de son caractère moral ; car d abord tout ce passage appartient évidemment à l'inspiration d'Epicure ; puis il s'agit ici d une grave inconséquence par rapport à la théorie physique, qui ne prête aucun appui à la théorie de la responsabilité morale. On pourrait au contraire regarder presque comme une satire contre Vœquilibrium arbitrii (libre arbitre) le caprice inconscient avec lequel les atomes de l'âme se décident en faveur de telle ou telle détermination et fixent ainsi la direction el l'effet de la volonté, aucune image ne montrant avec plus d'évidence comment, par la seule hypothèse dune pareille détermination, on supprime, en fait de liberté morale, toute corrélation solide entre les actes et le caractère d'une personne.

^' [page 135]. Lucrèce, II. 65.5-6«50 : v Hic si quis mare Neptunum,

etc. » Quanl à la variante, voir le commentaire de Lachmann. p. 112. En effet, le dernier vers est tombé, dans les manuscrits, à une place qui n'était pas la sienne ; et la correction, que Bernays aussi a iidoptée, est évidente ; la traduction qui se termine avec le vers 659 « autant qu'on peut juger de la chose », afiaiblil ici la pensée d'une manière inadmissible.

70 [page 136]. Lucrèce, II, 904 et suiv. : « nam sensus jungitur omnis visceribus, nervis, venis » (car tout le sentiment se relie aux entrailles, aux nerfs, aux veines). La connexion des mots, quelque peu obscure dans le texte, fait ressortir en premier lieu et uniquement la mollesse ■de ces parties, plus destructibles que les autres et qui ne se conservent pas éternellement ; elles ne peuvent non plus, comme éléments primitifs et sensibles, passer d'un être sensible dans un autre. Au reste, dans tout ce passage, Lucrèce attache souvent de l'importance à la structure particulière ; il va jusqu'à montrer qu'une partie d'un corps sensible ne peut subsister par elle-même, ni par conséquent éprouver par elle-même une sensation. Ici encore le poète se rapproche assez de la conception aristotélique de l'organisme et, sans aucun doute, telle était aussi l'opinion d'Epicure (voir Vers 912 et suiv.) :

Nec manus a nobis polis est sécréta neqiic alla Corporis omnium sensum pars sola teuere.

« La main ne peut vivre séparée de notre corps, dont aucune partie ne peut seule avoir le privilège de sentir. »

71 [page 139]. Il est vrai que, sous un autre rapport, l'admission de cette matière sans nom, la plus subtile de toutes, paraît avoir une importance bien déterminée, mais trahit en même temps un vice grave de la théorie du mouvement. Epicure, contrairement à notre théorie de la conservation de la force, paraît s'être figuré qu'un corps subtil, peut transmettre son mouvement k un corps plus grossier, indépendamment de la masse, celui-ci à un autre corps plus grossier, la somme de travail mécanique se multipliant ainsi graduellement au lieu de rester la même. Lucrèce, III, 246 et suiv., décrit ainsi cette gradation : d'abord, dit-il, l'élément sensible et doué de volonté (voir II, 251-93), met en mouvement la matière chaude, celle-ci le souffle vital, celui-ci l'air mélangé avec l'âme, cette dernière le sang, et le sang meut les parties solides du corps.

72 [page 142]. Zeller («), comprend différemment la chose ; à vrai dire, il admet aussi que la logique du système exigerait une chute des mondes et par conséquent un repos simplement relatif à la terre comparée à notre tmivers ; mais il n'attribue pas à Epicure cette consé-

(a) Gesch. d. Philos, der Griechen, III, 1, p. 382.

queiice logique. Toutefois il a tort de faire remarquer que, dans une chute pareille, les mondes devraient nécessairement s'entrechoquer bientôt. L'ne telle éventualité ne doit être attendue qu'après un temps liés considérable, vu les énormes distances qui existent probablement entre les mondes. Au reste, dans les vers V, 366-372, Lucrèce admet formellement la possibilité de la destruction des mondes résultant d'une collision ; pour la terre qui vieillit, les petits chocs qu'elle éprouve du dehors compteront parmi les causes de sa mort naturelle. Quant à la manière dont la terre est soutenue dans l'espace par les chocs continuels des atomes d'air les plus subtil.«, il semble qu'il soit ici question du principe précité (voir note 7L). lequel est emprunté à la théorie épicurienne du mouvement et (traduit dans notre langue) veut que le choc multiplie ses effets mécaniques à mesure que des corps plus subtils viennent se heurter contre des corps plus grossiers.

73 [page liSl. Il est bien entendu qu'il ne peut être ici question d'une méthode exacte concernant la nature, mais seulement d'une méthode exacte de philosophie, ^■oi^ sur ce point d'autres détails (a). Rapelons ici un fait qui ne manque pas d'intérêt : dernièrement un Français (6) a de nouveau formulé la pensée que tout ce qui est liossible existe ou existera quelque part dans l'univers, soit à l'état d'unité, soit à l'état de multiplicité ; c'est là une conséquence irréfutable de l'immensité absolue du monde ainsi que du nombre fini et constant des éléments, dont les combinaisons possibles doivent être également limitées. Cette dernière idée appartient à Epicure (Lucrèce, 11^ 480-521).

74 [page 143]. Les vers 527-533 * l\am quid in hoc mundo, etc., se trouvent dans le livre 'V. Voir aussi la lettre d'Epicure à Pythoclès citée par Diogène de Laërte. X. 87 et suiv.

75 [page 147]. Livre V. vers 1194-1197 : O genus infelix humanuni, etc.

76 [page 150]. On pourrait, à ce propos, se rappeler l'expérience connue du disque attiré et retenu, quand on l'approche de l'orifice d'un vase, d'où s'échappe une colonne d'air atmosphérique, parce que l'air affinant obliquement est raréfié entre le vase et le discjue (c). Les épicuriens, sans doute, ne connaissaient point cette expérience ; ils peuvent cependant s'être expliqué sembJablemenf l'expulsion de l'air par les courants sortant de la pierre magnétique.

(a) Neue Beitrœge zur Gesch. des Materialismus. Wintcrthur, 1867. p. 17.

(b) A. P)lanqui. iElernilé par les astres, hypothèse astronomique. Paris, 1872.

(c) Physique de Müller, I, 9, 96.

1 [page 154]. \ous venons d'être initiés à la physiologie des nations par une philosophie de l'iustoire écrite au point de vue des sciences physiques et de l'économie politique, et cette lumière a pénétré jusqu'au fond des plus humbles cabanes ; mais elle ne nous montre qu'un côté de la question, et les modillcations de la vie mlcilecluellc des peuples restent entourées d'obscuiilé, tant qu'elles ne se laissent par expliquer par les changements sociaux. La théorie de Liebig sur l'épuisement du sol a été exagérée par Carey (a) et amalgamée avec des assertions absurdes (b) ; mais la vérité générale i'e cette théorie est incontestable, surtout en ce qui concerne la civilisation de lancien monde. Les provinces exportant des céréales durent s'appauvrir cl se dépeupler peu à peu, tandis qu'autour de Rome el, semblablement, autour des villes secondaires, la richesse el la population portèrent l'agriculture à son point culminant ; de petits jardins bien fumés et admirablement cultivés i)roduisirent, en fruits, fleurs, etc., des récoltes plus lucratives que de vastes domaines, situés dans des contrées éloignées. Selon Roscher (c), tel arbre fruitier aux environs de Rome rapportait jusqu'à 100 thalers (375 fr.) par an, tandis qu'on Italie un grain de blé ne donnait guère que quatre grains, la culture des céréales ne se faisait plus ([ue dans de mauvaises terres. Or la richesse concentrée d'une grande capitale est plus sensible aux chocs venant du dehors que celle d'im pays conunerçant de moyenne

(a) Grundl. der Socialwissenschall, I. chai), m et i\ ; III, chai». xi.\i el passim.

(h) Noir ma dissertation : Mills Ansiclilen iibfi- div sociale Frage u d. anqcbl. IJmwaelzung der Socialwissenseli. durch t'arci/, Duisb., I8ÜÜ.

(c) Saiionaladionomik des Ackerbaus, § 16.

importance ; eile dépend encore de la productivité des alentours, qui fournissent les aliments de première nécessité. Les traces de la dé\aslation, par la guerre, dun pays fertile, même quand s'y joint la destruction d un grand nombre d êtres humains, sont bientôt effacées par le travail de la nature et de Ihomme, tandis qu'un coup porté à la capitale, surtout quand les ressources des provinces commencent à s'épuiser, peut aisément amener une commotion générale, parce qu'il entrave tout l'essor du commerce à son point central et qu'il détruit ainsi subitement les valeurs exagérées que le luxe consommait et produisait. Mais même sans ces attaques du dehors, la décadence devait s accélérer, alors que l'appauvrissement et le dépeuplement des provinces étaient tels que, même en les pressurant de plus en plus, on ne pouvait en obtenir un rendement égal à celui du passé. La vérité historique de ces faits, en ce qui concerne lempire romain, soffrirait à nos yeux avec beaucoup plus de clarté, si les avantages d'une centralisation grandiose el savamment coordonnée n'eussent, sous les grands empereurs du ii' siècle, neutralisé le mal et même créé une nouvelle prospérité matérielle à la veille de la décadence universelle. C'est à cette dernière floraison de la civilisation ancienne, dont les villes surtout, et quelques districts privilégiés éprouvaient les bienfaits, que s'applique la description flatteuse de l'empire par Gibbon (a). II est clair cependant que le mal économique, sous lequel devait finalement succomber l'empire, était déjà développé à un haut degré. Une période de prospérité qui repose sur l'accumulation et la concentration des richesses peut fort bien arriver à son apogée, alors que les moyens d'accumulation commencent à disparaître ; ainsi la chaleur la plus intense de la journée se fait sentir au moment où le soleil est déjà sur son déclin.

La décadence morale, hâtée par le développement de cette grande centralisation, doit se manifester bien plus tôt. parce que 1 asservissement et la fusion de nations et de races nombreuses, complètement différentes les unes des autres, troublent les formes particulières et même les principes généraux de la morale. Hartpole Lecky montre très judicieusement {b) que la vertu romaine, étroitem.ent fondue avec l'ancien patriotisme local des Romains et les croyances de la religion indigène, dut sombrer par la disparition des anciennes formes politiques, le scepticisme et l'introduction de cultes étrangers. Trois causes : le césarisme, l'esclavage et les combats de gladiateurs, empêchèrent la civilisation, dans son développement, de remplacer les anciennes vertus par des vertus nouvelles et supérieures, des « mœurs plus nobles et une philanthropie plus générale ». L'auteur n'aurait-il pas ici pris les effets pour les causes ? (Voir le contraste

(a) Hist. ol the décline and (ail of Ihe Roman empire, cap. i.

(Ö) Sitlengesrh. Europas von Augustus bis au( Karl den Grossen.

si bien établi par le mOme Lccky. un peu plus haut, entre le? nobles intentions de l'empereur Marc-Aurèie et le caractère des masses populaires qui lui étaient soumises). L'individu peut, A l'aide de la philosophie, s'élever à des ])rincipes moraux, indépendants des sentiments religieux et politicpios ; les masses populaires, dans l'antiquité plus encore qu'aujourd'hui, ne trouvaient des principes de morale que dans l'union indissoluble et reposant sur les traditions locales, des idées générales et des idées particulières, des principes d'une valeur permanente cl des principes variables ; aussi la forte centralisation du vaste empire dut-elle exercer une influence dissolvante et délétère sur les vain(pieurs comme sur les vaincus dans tous les pays soumis à Rome. Mais où est 1' « état social normal » (a) qui puisse d'emblée remi>lacer par des vertus nouvelles celles de l'état social qui est en train de disparaître ? Il faut pour cela, avant tout, du temps et, en règle générale, l'avènement d'un nouveau type populaire qui réalise la fusion des principes moraux avec des éléments sensibles et des éléments purement imaginaires. Ainsi les causes d'accumulation et de concentration, (jui élevèrent la civilisation ancienne à son point culminant, paraissent avoir amené aussi sa décadence. L'imagination ardeiile qui se mêla particulièrement à la fermentation, d'où sortit finalement le christianisme du moyen âge, semble trouver ici son explication ; car elle indique un système nerveux surexcité par les extrêmes du luxe et de l'indigence, de la volupté et de la souffrance, dans toutes les couches sociales, et cet état de choses est à son tour le résultat de l'accumulation en quelques mains de la richesse générale, résultat que l'esclavage éclaire d'un jour particulièrement sinistre (b).

2 [page loi]. Gibbon (c) montre conunent les esclaves, depuis la diminution relative des conquêtes, augmentèrent de prix et, par suite, furent mieux traités. Moins on lit de prisonniers de guerre, qui au temps des conquêtes se vendaient i)ar milliers et à très bon marché, plus on se vit forcé de faciliter à l'intérieur les mariages entre esclaves pour en augmenter le nombre. Il y eut ainsi plus d homogénéité •dans la masse des esclaves, qu'auparavant, par un raffinement de yjrudence, on composait, dans chaque domaine, de nationalités aussi diverses que possible (d). .\joutez à cela le prodigieux ent.-.Sfiement

(a) Lecky, ibid. p. 234.

Ib) Voir sur l'accumulation des richesses dans 1 ancienne Rome, Roscher, (irtindl. der \ational-Olüion., § 204 et i»arliculièrement sa note 10 ; sur le luxe insensé des nations dégénérées, ibid., § 233 et suiv., et la dissertation sur le luxe dans ses Ansichten der \olksirirlluiclutlt aus ucscliisclill. SlandpitnUle. — L'influence de l'esclavage a été mise en lumière surtout par Contzen, die sociale Frai/e, ihre Ctescliichle, Liirraliir u. Bedenl. in. d. Gegentc.

(c) llisl. ol. Ilie decL, cliap. n.

(d) \ oir ("onlzen, Die Briele Calo's, p. 174.

d esclaves dans les grands domaines et dans les palais des riches, puis le rôle influent que les affranchis jouèrent dans la vie sociale, sous les empereurs. — Lecky (a) distingue avec raison trois époques dans la condition des esclaves : durant la première, ils faisaient partie de la famille et étaient relativement bien traités ; dans la deuxième, le nombre des esclaves ayant considérablement augmenté, leur situation devint plus dure ; enfin la troisième commence à révolution indiquée par Gibbon. Lecky prétend que, si les esclaves furent traités avec plus de douceur, ils le durent à l'influence de la philosophie stoïcienne. — Pendant la troisième période, l'esclavage ne réagissait plus sur la civilisation dq, monde antique par la crainte de révoltes sérieuses, mais bien par l'influence que la classe opprimée exerçait de plus en plus sur l'opinion publique. Cette influence, diamétralement opposée aux idées de l'antiquité, prévalut surtout à la suite de la propagation du christianisme {b).

3 [page 136]. Mommsen (c) remarque : « L'incrédulité et la superstition, réfractions diverses du même phénomène hislorique, allaient de pair dans le monde romam de ce temps-là ; et l'on voyait des individus qui les réunissaient tous les deux, nier les dieux avec Epicure et s'arrêter devant chaque sanctuaire pour y prier et faire des sacrifices ». Dans le même ouvrage, on trouve des détails sur l'invasion des cultes orientaux à Rome. « Quand le sénat ordonna (50 av. J.-C.) de démolir le temple d'Isis situé dans l'enceinte de Rome, aucun ouvrier n'osa mettre la main à l'oeuvre ; et il fallut que le consul Lucius Paullus donnât le premier coup de hache. On pouvait parier alors que plus une fillette était de mœurs légères, plus elle adorait Isis avec ferveur (d). »

4 [page 157]. Draper est donc tout à la fois injuste et inexact dans son livre d'ailleurs estimable (ej, quand il identifie l'épicurisme avec l'hypocrite incrédulité de l'homme du monde, à laquelle l'humanité devrait « plus de la moitié de sa corruption (/). » Quelque indépendance que Draper montre dans sa conclusion et dans l'ensemble de ses vues, il subit cependant l'influence dune erreur traditionnelle dans son portrait d'Epicure, et plus encore peut-être en faisant d'Arislote un philosophe expérimentateur.

5 [page 158]. Zeller (fj) : « En un mot le sto'icisme n'est plus seulement un système philosophique ; il est encore un système religieux. Il a été conçu comme tel par ses premiers représentants ; et, dans la

(b) Voir Harpole Lecky, Sitlengesch., II, p. 52 et suiv.

(c) Rœm. Gesch., III, chap. xii.

(d) Voir aussi Lecky, Sitlengesch., I, p. 337.

(e) Histoire du développement intellectuel de l'Europe, trad. fr.,

(/) T. I". p. 245 de la traduction française. (g) Phil. der Griechen, III, 1, p. 289.

suite, de concert iivfc le platonisme, il o offert aux hommes les plus vertueux et les plus éclairés, aussi loin que s'étendait l'influence de la cullure grecque, une compensation pour la chute des religions nationales, une satisfaction pour leur besoin de croyance, im appui pour leur vie morale ». Lecky (a) dit des stoïciens romains des deux l)reniiers siècles : « Lors du décès d'un membre de la famille, dans ces ntomenis où l'âme est impressionnable au plus haut degré, on avait l'habiludc de les appeler pour consoler les survivants. Des mourants les priaient de venir les consoler et les soutenir à leur heure dernière. Ils devinrent les directeurs de la conscience de bien des personnes, <pii s'adressaient à eux i)our leur faire résoudre des questions compliquées de morale pratique, pour calmer leur désespoir ou apaiser leurs remords ». A propos des causes qui supi»rimèrent l'influence du stoïcisme et le firent supplanter par le msyticisnic néoplatonicien (b), — Zeller (c) dit : « Le néoplatonisme est un système religieux, et il ne l'est pas seulement dans le sens où le platonisme et le stoïcisme méritent ce nom : il ne se contente pas d'applicpier aux problèmes moraux et à la vie de l'âme humaine une conception du monde fondée sur l'idée de Dieu, mais obtenue par la voie scientifique ; son système scientifique du monde reflète, d'un bout à l'autre, les tendances religieuses du cœur humain ; il est entièrement dominé par le désir de satisfaire ses besoins religieux ou du moins de le conduire à l'union personnelle la plus intime avec la divinité.

G [page 158]. Voir (d) une description de cet excès, tel qu'il i)rédomina notamment à partir du m' siècle.

7 [page 159]. Ouant à la propagation du christianisme, voyez dans Gibbon le fameux chapitre 1.5, riche en matériaux qui permettent d'étudier celte (juestion sous les points de vue les plus divers. Toulefoi.*, Ilnrtpole Lecky émet des idées plus justes à cet égard dans sa Sillcniicschichli' lAiropas et dans sa Geschichte der Aiifklaeruno in lùiropa. — Connue ouvrage capital, mais écrit au point de vue théologi(jue, il faut citer Baur, das Ciiristenlhuni und die christliiche Kirche der drei ersten Jahrhnnderle. En ce qui concerne Ihisloire de la philosophie, E. de Lasaulx : Der Untergang des Hellenismus und die Einziehung seiner Ternpelgüler durch die christl. Kaiser. — On trouvera d'autres documents dans Uebcrweg Gesch. d. Phil, der palrislischen Zeit, formant une section de son Grundriss, ouvrage qui n'a malheureusement pas reçu l'accueil auquel il avait droit. (Voir ma Biographie d'Uberweg, l)cvV\r[. 1871, p. 21 et 22). — Sur la manie des miracles régnant à cette époque-là, voir en particulier Lecl<y, Siltengesch. 1, p 322 et suiv. — Ibid., p. 325, sur les philosophes thaumaturges. On

(a) Siltengesch., I, p. 279.

(6) Leckv, ibid., p. 287.

(f) III, 2", p. 381.

(d) Lecky, Siltengesch., II, p. 85 et suiv.

lit page 326 : « Porté par la crédulité, qui fit accepter cette longue série de superstitions et de traditions orientales, le christianisme s'introduisit dans l'empire romain ; dès lors amis et ennemis acceptèrent ses miracles comme le cortège habituel d'une religion. »

8 [page 159]. L'effet de la charité chrétienne envers les pauvres fui si profond que. fait remarquable, Julien lApostat, malgré son désir de remplacer le christianisme par une religion d'Etat, philosophicohellénique, reconnut publiquement sous ce rapport la supériorité du christianisme sur les anciennes religions, \oulant donc rivaliser avec les chrétiens, il ordonna d'établir dans chaque ville des asiles où l'on accueillerait les étrangers, quelle que fût leur religion. Il assigna des fonds considérables pour l'entretien de ces établissements et pour lu distribution des aumônes. « Car il est honteux, écrivait-il à Arsace, grand-prêtre de Galatie, qu'aucun Juif ne mendie, et que les Galiléens, ennemis de nos dieux, nourrissent non seulement leurs pauvres, mais encore les nôtres, que nous laissons sans secours. » Lasaulx, Untergang des Hellenismus, p. 68.

9 [page 160]. Tacite (Annales 15, ch. 44) dit que Néron rejeta sur les chrétiens le crime d'avoir incendié Rome . « Ergo, abolendo rumori Nero subdidit -reos, et quaesitissimis pœnis affecit quos, per flagitia invisos, vulgus christianos appellabat. Auclor nominis ejus Christus, Tiberio imperitante. per procuralorem Pontium Pilatum, supplicio affectus erat. Repressaque in prœsens exitiabilis superssed per Urbem etiam. quo cuncta undique atrocia aut pudenda tilio rursus erumpebat. non modo per Judœam, originem ejus mali confluunt celebranturque. Igitur primum correpti qui fatebantur, deinde indicio eorum muUitudo ingens, haud perinde in crimine incendii, quam odio humani generis convicti sunt. » « Pour apaiser ces rumeurs, il traita comme coupables, et soumit aux tortures les plus raffinées une classe d hommes détestés pour leurs abominations, et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Ponce Pilale. Réprimée un instant, cette exécrable superstition débordait de nouveau, non seulement dans la Judée, où elle avait sa source, mais dans Rome même, où tout ce que le monde enferme d infamies et dhorreurs afflue et trouve des partisans. On saisit d'abord ceux qui avouaient ; et, sur leurs révélations, une infinité d'autres, qui furent bien moins convaincus dincendie que de haine pour le genre humain. •» Aux Juifs aussi on reprochait amèrement de ne vivre qu'entre eux et de haïr le reste des hommes. Lasaulx, Untergang des Hellenismus, p. 7 et suiv. montre combien cette manière de voir était profondément enracinée chez les Romains, en citant des passages semblables de Suétone et de Pline le Jeune. Ibidem assertions très exactes sur l'intolérance propre aux religions monothéistes, et étrangère aux Grecs et aux Romains ; car, dès son début, le christianisme notam-

nient se monlr.i persécuteur. — Gibbon ronge parmi les principales causes de la rapide propagation du christianisme le zèle intolérant de la foi non moins que 1 espoir dun autre monde. — Ouant à la menace des peines éternelles de l'enfer lancée contre tout le genre humain et à l'effet de cette menace sur les Romains, voir Lccky, SillerKjeseh., I. p. 366 et suiv.

10 [page 161]. Schlosser, Weltgeseh. (. d. druischr \'olk, boarb. v. Kriegk IV, p. 426 (Gesch. der Rœnier, xiv, 7).

11 [page 162]. Pour les temps modernes, on peut rappeler l'évolution qui se produisit lorsque Voltaire popularisa le système du monde de Newton.

12 [page 163]. Comme délai! intéressant, mentionnons que, dans l'orthodoxie mahométane, on a recours aux atomes pour rendre plus intelligible la création transcendante par un dieu placé en dehors du monde. (Voir Renan, Arcrroés et laierroîsme, Paris. 1852, p. 80.)

13 [page 164]. Les néoplatoniciens exaltés, tels que Plotin et Porphyre, étaient d'ardents adversaires du christianisme, contre lequel Porphyre écrivit quinze livres ; mais au fond c'étaient encore eux qui se rapprochaient le plus du christianisme, et il est hors de doute qu'ils^ ont influé sur le développement de la philosophie chrétienne. Plus éloignés étaient déjà Galien et Celse (ce dernier platonicien et non épicurien, comme on le croyait d'abord, voir Ueb.'rweg, Grnndriss, ^ 65) ; les plus éloignés étaient les sceptiques de l'école d Enésidème et les « médecins empiriques )> (Zeller, lll, 2. 2° éd., p. 1 et suiv.), surtout Sextus Empiricus.

14 [165]. Très ancienne aussi est donc l'extension donnée aux noms d' « épicuriens » et d' « épicuréisme » dans le sens d'opposition absolue à la théologie transcendante et à la dogmatique ascétique. Tandis que l'école épicurienne (voir plus haut, p. 117) était de toutes les écoles philosophiques de l'antiquité, celle dont les doctrines étaient le mieux délinies et le plus strictement logiques, le TaUnud donne déjà le nom d'épicuriens aux Sadducéens et aux libres penseurs en général. Au xn' siècle apparaît à Florence un parti d' « épicuriens » qui sans doute ne méritaient pas ce nom suivant l'acception rigoureuse où cette école le prenait, non plus que les épicuriens que Dante fait reposer dans des tombeaux de feu (a). Au reste, l'acception du nom de « stoïciens » s'est aussi étendue d'une manière analogue.

15 [page 165]. Renan (6) montre comment l'interprétation la plus abstraite de l'idée de Dieu fut favorisée notamment par la polémique dirigée contre la Trinité et l'incarnation du \'erbe. Renan compare l'école conciliante des « Mofazélites » à celle de Schleiermacher.

16 [page 166]. La première de ces opinions était professée par Avicenne, tandis que, suivant Averroès, sa véritable opinion aura été

(a) Renan, 4 Derrof^s, p. 123 et 227.

(6) Ibidem, p. 76 et suiv.

464 NOTEü DE LA DEUXIEME PARTIE

la seconde. Averroès lui-même fait exister déjà dans la matière, « conmie possibilité », tous les changements et mouvements dans le monde, particulièrement la naissance et la destruction des organismes ; et Dieu n'a rien à faire, sinon à changer la possibilité en réalité. Mais pour peu qu'on se place au point de vue de l'éternité, la différence entre la possibilité et la réalité disparaît, toute possibilité se transformant en réahté dans réternelle suite des temps. Mais alors, au fond, pour le plus haut degré de la contemplation, disparaît aussi lopposition entre Dieu et le monde. (.Voir Renan, Averroès, p. 73, 82 et suiv.)

17 [page 166]. Celte opinion qui s'appuie sur la théorie du voU? noir.T.xo; (a) d'Aristote, a été appelée « monopsychisme ». Elle montre que l'âme immortelle est une seule et même essence dans tous les êtres entre lesquels elle se partage, tandis que l'âme animale est périssable.

18 [page 167]. \"oir Humboldt. Cosmos, II, p. 258 et suiv. — Draper Hist. du dével. inlell. en Europe, trad. fr., t. II, p. 303 et suiv.). L'auteur, qui est surtout versé dans les sciences naturelles (voir note 4), déplore (t. II, p. 308) que les lettrés européens aient systématiquement rejeté dans l'oubli les services que les mohométans nous ont rendus en fait de sciences.

19 [page 167]. Voir Liebig, Chemische Brie^e, 3° et 4' lettre. L'assertion, « l'alchimie n'a jamais été autre chose que la chimie », va peut-être un peu trop loin. Liebig nous engage à ne pas confondre l'alchimie avec la recherche de la iiierre philosophale, aux xvi' et xvn° siècles ; mais il devrait se rappeler que celle-ci n'est qu'une alchimie dégénérée, comme la manie des horoscopes de la même époque n'est qu'une astrologie retombée à l'état de barbarie. C'est surtout la différence de l'expérimentation et de la théorie qui peut éclairer celle de la chimie moderne et de l'alchimie du moyen âge. Aux yeux de l'alchimiste, la théorie s'appuyait sur des bases inébranlables ; elle dominait l'expérimentation, et quand celle-ci donnait un résultat inattendu, on s'ingéniait pour l'adapter à la théorie, dont l'origine était a priori. Aussi, l'alchimie ne se préoccupait-elle guère que des résultats présumés et songeait peu à la recherche libre. Il en est bien encore un peu ainsi dans la chimie moderne, où l'expéwmentation subit plus ou moins le joug des théories générales, naguère presque omnipotentes et aujourd'hui moins puissantes ; quoi qu'il en soit, l'expérimentation constitue la base de la chimie moderne ; dans l'alchimie, l'expérimentation était l'esclave de la théorie aristotélique et scholastique. L'alchimie et l'astrologie avaient toutefois une forme scientifique qui consistait dans la démonstration logique de quelques notions sur la nature et les relations mutuelles de tous les corps ;

(a) Ui'A ■lr,f,;. III, 5.

ces notions étaient simples, mais leur combinaison pouvait donner les résultats les plus variés. Quant aux progrès que l'astrologie dans sa forme la plus pure a fait faire à l'esprit scientifique, voir encore Hartpole Lecky, Geschichte der Aulklaerunq in Europa, p. 215 et suiv., où, à la note 1, p. 216, sont citées plusieurs assertions hardies d'astrologues libres penseurs. Voir aussi Humboldt, Cosmos, II, p. 256 et suiv.

20 [page 168]. Draper, Hist, du dévcl. intel. en Europe, trad. fr., t. II, p. 196 et suiv. — La médecine des Arabes est jugée moins favorablement par Haeser (Gesch. d. Med., 2* éd., léna, 1853, § 173 et suiv.) et Daremberg {Hisl. des sciences médicales, Paris, 1870) ; ce qu'en disent ces deux écrivains suffit cependant pour attester la grande activité des Arabes sur ce terrain.

21 [page 168]. Voir VVachler, Handb. der Gesch. d. Liier., H, § 87. — Meiners, Hist. Vergleich der Sillen u. s. w. des Mittelalters mit d. unsr. Jahrh., II, p. 413 et suiv. — Daremberg (a) montre que l'importance médicale de Salerne est antérieure à l'influence arabe et date probablement de l'antiquité. Quoi qu'il en soit, l'école de Salerne prit un grand essor grâce à la protection que lui accorda l'empereur Frédéric II.

22 [page 169]. L'assertion, d'après laquelle Averro^s, l'empereur Frédéric II ou quelque autre audacieux libre penseur aurait appelé Moïse, Jésus-Christ et Mahomet « trois imposteurs », paraît généralement avoir été une calomnie au moyen âge et une invention propre à faire suspecter et détester les libres penseurs. Plus tard, on imagina un livre pour accréditer le propos fabuleux relatif aux trois imposteurs, et un grand nombre de libres penseurs furent accusés d'avoir composé un ouvrage qui n'existait pas (voir la liste de ces personnes dans Genthe, de Impostura religionum, p. 10 et suiv.; Renan, Averroi's, p. 235) ; enfin l'ardeur, avec laquelle on discutait sur l'existence de ce livre, détermina des industriels littéraires à en fabriquer après coup quelques-uns qui eurent assez peu de succès. (Voir Genthe, ibid.)

23. [page 170]. Hammer, dans sa Geschichte der Assassinen, puisée à des sources orientales (Stuttgart et Tubingue, 1818), se range à l'opinion qui divise ces sectaires en imposteurs et en dupes ; il ne voit dans les chefs que de froids calculs, une incrédulité absolue et un affreux égoïsme. Sans doute les sources permettent de porter ce jugement ; toutefois il faut savoir reconnaître dans les informations ainsi utilisées la façon dont une orthodoxie victorieuse se com- . porte d'ordinaire à l'égard des sectes vaincues. .\ part les calomniés inventées par la méchanceté, il en est ici comme du jugement sur ce qu'on appelle « hypocrisie » dans la vie des individus. Une dévotion

(a) Hist. des Sciences médicales, I, p. 259 et suiv.

éclatante est pour le peuple ou bien une véritable sainteté ou une vile dissimulation cachant les plus honteux excès ; la délicatesse psychologique, qui sait, dans un mélange de sentiments vraiment religieux, faire la part du brutal égoïsme et des appétits vicieux est peu comprise du vulgaire quand il apprécie de pareils phénomènes. Hammer (page "20) expose ainsi son opinion personnelle sur la cause psychologique de la secte des Assassins : « Parmi toutes les passions qui ont jamais mis en mouvement les langues, les plumes et les glaives, renversé les trônes et ébranlé les autels, la première et la plus puissante est l'ambition. Les crimes lui plaisent comme moyens et les vertus comme masques. Rien n'est sacré pour elle et, malgré cela, elle se réfugie de préférence comme dans l'asile le plus sûr, dans ce que l'humanité a de plus saint, dans la religion. Aussi Thistoire des religions n'est-elle nulle part plus orageuse et plus sanglante que là où la tiare s'unit au diadème, qui reçoit ainsi plus de force qu'il n'en communique. » Mais où trouver un clergé qui ne soit pas ambitieux et comment la religion peut-elle rester pour l'humanité la chose la plus sacrée, quand ses ministres les plus élevés n'y trouvent que les moyens d'assouvir leur ambition ? Et pourquoi donc l'ambition est-elle une passion si fréquente et si dangereuse, elle qui n'arrive que par un chemin hérissé de ronces et de dangers à cette vie de jouissances regardée comme le but de tous les égoïstes ? Il est évident f^e, souvent et particulièrement dans les grandes crises de l'humanité, à l'ambition se joint presque toujours la poursuite dun idéal en partie irréalisable, en partie personnifié dans le chef qui, par un étroit égoïsme, se regarde comme le représentant de cet idéal. Telle est aussi la raison pour laquelle l'ambition religieuse se manifeste si fréquemment ; l'histoire présente au contraire rarement des ambitieux qui, sans être croyants, emploient la religion comme principal levier de leur puissance. — Ces réflexions s'appliquriit 81 ssi aux jésuites, qui, dans certaines périodes de leur histoire, se sont certes fort rapprochés de la secte des Assassins, telle que Hammer la conçoit ; mais, s'ils n'eussent été animés par un véritable fanatisme, ils auraient eu de la peine à fonder leur puissance dans l'esprit des croyants. Hamm.er a raison (page 337 et pass^Un) de les comparer aux .\ssassins ; mais quand (page 339) il regarde aussi les régicides de la Révolution française comme dignes d'avoir pu être des satellites du « Vieux de la montagne », il prouve avec q^uelle facilité la manie de généraliser peut faire méconnaître la vérité dans les plénvunènes historiques. En tout cas, le fanatis ne politique des terroristes français était dans l'ensemble très sincère et nullement entaché d'hypocrisie.

24 [page 173]. Pi'antl, Gesch. der Loijik im Abendlande, II, page 4, ne veut trouver, dans toute la scholastique, que de la théologie et de la logique, sans « aucune philosophie ». Il est très vrai d'ailleurs que

les différentes périodes de la scholastique se distinguent les unes des autres simplement par la quantité toujours croissante des matériaux intellectuels. (Ueberweg pourrait bien avoir tort en admettant trois périodes dans l'adaptation de la philosophie d'Aristote à la doctrine de l'Eglise : 1" l'adaptation incomplète, 2° l'adaptation complète, 3° l'adaptation se dissolvant elle-même.) — Voir ibid. une complète énumération des matériaux d étude dont disposait le moyen âge à son début.

25 [page 174]. Ce dernier point est très bien démontré par le D' Schuppe dans son écrit Die aristotelischen Kategorieen. J'approuve moins l'argumentation contre Bonitz sur le vrai sens à attacher à l'expression «iTJnooi«. «c îvro;. L'expression, choisie dans le texte, cherche à éluder ce sujet de polémique, dont l'explication m'entraînerait pas loin. D'après Prantl, Gesch. d. Logik., I, page 192, ce qui existe par le fait acquiert son entière détermination concrète au moyen des principes énoncés dans les catégories.

26 [page 175]. Prantl, Gesch. d. Logik, II, page 19 et suiv., particulièrement la note 75.

27 [page 178]. Ueberweg, Grnndriss, 4' éd., I, p. 172 et 175. — Les indications qui y sont données nous suffisent complètement, attendu qu'il ne s'agit pas ici d'une nouvelle explication de la métaphysique d'Aristote, mais seulement d'une discussion critique sur des idées' et des assertions attribuées sans conteste à Aristote.

28 [page 182]. Kant (a) parle de l'impossibilité d'une preuve ontologique de l'existence de Dieu, et il montre que l'existence n'est pas en général un attribut réel, c'est-à-dire n'est pas une idée (Begri{f) de quelque chose qui puisse s'ajouter à l'idée d'une chose. Ainsi le réel ne contient, (dans son idée), que la simple possibilité, et la réalité exprime l'existence comme objet de la même chose dont je n'ai que l'idée dans la possibilité purement logique. Pour expliquer cette corrélation, Kant emploie l'exemple suivant : « 100 thalers réels ne contiennent rien do plus que 100 thalers possibles. Ces derniers expriment l'idée, les premiers l'objet et sa position en soi ; mais si l'objet renfermait plus que l'idée, mon idée serait incomplète et par conséquent non applicable. Cependant, sous le point de vue de ma situation pécuniaire, il y a plus dans 100 thalers réels que dans l'idée ou la possibilité de 100 thalers. Car, en réalité, l'objet n'est pas seulement contenu analytiquement dans mon idée, mais encore il s'ajoute synthétiquement à mon idée, laquelle n'est qu'une détermination de ma pensée, sans que, par cette existence en dehors de mon idée, l'idée de ces 100 thalers soit le moins du monde augmentée ». L'exemple, ajouté dans le texte, d'un bon du trésor, cherche à élucider la question en ce que, outre la possibilité purement logique des

(a) Kritik d. r. Vernunll, doctrine élémentaire. II* partie, 2* section, 2' livre, 3* point, 4* § — t. III, p. 409 de l'éd. Hartenstein.

100 Ihalers fictifs, on fait encore intervenir la considération de la probabilité, qui résulte de la science partielle des conditions propres à influer sur le payement réel des 100 thalers. Ces conditions, parliellement reconnues, forment ce qu'Ueberweg appelle la possibilité réelle. En cela il est d'accord avec Trendelenburg (a). L'apparence d'une relation problématique entre le bon du trésor et la somme qu'il représente naît ici seulement de ce que nous reportons sur le premier le rapport que notre esprit a établi entre l'existence seule réelle des conditions et l'existence, qui sera réelle aussi à un moment ultérieur, de ce qui a été convenu.

29 [page 182]. Krug, Gesch. der preuss. Staatss<iliulden, p. 82.

30 [page 187]. La définition complète de l'âme (II, 1) est : 'V-'/.'i '""

«vT«X£/£to f, rowTy. ffwiiaio; :u9:xoO ^«r.-' T/ovra; S-jvâaî: lotoûtou 51 o av ^ ooiavtxô«, qUe QC

Kirchmann (6) traduit : « L'âme est la première réalisation achevée d'un corps naturel, ayant la vie en puissance et possédant des organes. » On trouve au même endroit de très bons éclaircissements ; toutefois, quand de Kirchmann dit (p. 58) que cette définition de l'âme n'est pas une définition de l'âme au sens moderne de ce mot, mais seulement une définition de la force organique, que l'animal et la plante possèdent aussi bien que l'homme, cela ne peut pas être exact ; car Aristote commence par déclarer qu'il veut donner une définition générale de l'âme et par conséquent une définition comprenant toutes les espèces d'âmes. Mais .\ristote ne veut pas. comme de Kirchmann l'entend, nous donner seulement l'idée d'une espèce d'âme qui serait commune à tous les êtres animés, mais à côté de laquelle une partie de ces êtres pourrait encore avoir une autre espèce dame, non comprise dans la définition. La définition doit au contraire embrasser l'âme humaine tout entière avec ses facultés supérieures tout aussi bien, par exemple, que l'âme végétale, et tel est effectivement le cas ; car, d'après la conception d'Aristote, le corps humain est façonné, comme organisme, pour une âme raisonnable, qui constitue aussi l'acte de ce corps en renfermant simultanément les facultés d'un ordre inférieur. Quoiqu'on ne puisse mettre cette conception d'accord avec une partie des systèmes modernes de psychologie, qui n'attribuent à Tàme que les fonctions conscientes, il ne nous est pas permis de regarder cette définition de l'âme comme simplement physiologique. Aristote, en cela plus sensé que beaucoup de modernes, fait, mêm.e pour l'acte de penser, coopérer la raison avec la forme sensible produite par l'imagination.

31 [page 188]. Fortlage (c) dit : « La grandeur négative d'un être immatériel, qui gouvernerait la sphère des sens extérieurs, fut fixée

(a) Ueberwes's Loqik, 3" éd.. p. 167. § 69.

(b) Phil. Bibl., t. 43.

(c) System der Psychol., I, p. 24.

NOTES DE LA DEUXIÈME PARTIE. /i69

par Arislole à l'aide du mot i^iU/f.-,. mot énigmaliqiie et équivoque qui par suite à l'air d'être profond ; de celte grandeur négative, c'està-dire de rien, il fit ainsi quelque chose. » Il est assurément vrai qu'avec son entéléchie, Aristote fit de rien l'apparence de quelque chose. Or ce reproche atteint non seulement l'idée d'âme, mais encore tout l'emploi du mot ;.-.i..xi-- et de plus toute la théorie aristotélique de la possibilité et de la réalité. Une fois pour toutes, on ne trouve dans les choses qu'une parfaite réalité. Chaque chose prise en soi est une entéléchie ; et quand on place un objet à côté de son entéléchie, on commet une pure tautologie. Or il en est de Vâme absolument comme de tous les autres cas. L'âme de l'homme est, d'après Aristote, l'honmie. Cette tautologie n'acquiert, dans le système, une importance plus grande que si 1' on oppose à l'homme réel et achevé l'image apparente et décevante du corps, comme d'un homme simplement possible (voir du reste la note suivante), et si 2° l'être réel et achevé est confondu plus tard avec la partie essentielle ou intelligible de l'èlre, avec la même ambiguïté qui nous surprend tellement à propos de l'idée d' ;""«• Aussi Aristote n'a-t-il pas plus fixé dans son idée d'âme « la grandeur négative d'un principe inmiatériel » qu'en général dans l'idée de forme. Ce fut la doctrine néoplatonicienne du suprasensible qui introduisit le mysticisme dans l'idée de l'entéléchie, où il trouva certes un terrain très favorable à son développement.

32 [page 188]. Voir de Anima, II, 1, p. 61, dans la traduction de Kirchmann : « D'ailleurs l'être qui a la vie en puissance n'est pas celui qui a perdu son âme, mais celui qui possède son âme ; il faut dire plutôt que la semence et le fruit sont un tel corps en puissance. » Ici Arislole cherche à prévenir l'objection très juste que, d après son système, tout homme devrait naître d'un cadavre complet auquel viendrait se joindre l'entéléchie. Il peut assurément affirmer avec raison que le cadavre ne s'y prêterait plus, parce qu'il ne constitue plus un organisme parfait. Au reste on se demande si Aristote a poussé sa pensée aussi loin ; (voir à ce propos la note de Kirchmann) ; mais alors on ne pourrait plus citer aucun cas où le corps vivant « en puissance » serait distinct du corps vivant réellement, et c'est pour cela qu'Aristole recourt à la semence et au fruit. Il semble que l'opposition établie par lui trouve ici une apparente justification, toutefois ce n'est qu'une apparence, car la semence et le fruit sont aussi déjà animés et ont une forme appartenant à l'essence de l'homme. Cependant si l'on voulait dire, en prenant la distinction de la forme et de la matière dans le sens relatif indiqué par le texte : 1 embryon a certes la forme et par conséquent l'entéléchie de l'embryon, mais relativement à l'honnne entièrement développé, il n'est (jue possibilité et par conséquent matière, ce serait plausible pour qui ne regarderait que les extrêmes sans presque faire attention à

l'acte de la réalisation. Enfin si l'on veut s'arrêter à considérer ce dernier et le suivre dans le détail des applications, cette fantasmagorie se perd dans le néant, car il n'est pas probable qu'Aristote ait voulu dire que le jeune homme est le corps de 1 homme fait parce qu'il en est la possibilité.

33 [page 189]. Sans doute l'Eglise combattit la séparation de l'anima rationalis d'avec les facultés inférieures de l'âme ; le contraire fut même érigé en dogme au concile de Vienne en Dauphiné, l'an 1311 ; mais on voyait renaître sans cesse la théorie plus commode et plus conforme aux idées d Aristole.

34 [190]. Ueberweg reconnaît aussi la contradiction qui existe entre la théorie du »oj; et celle de l'immortalité (a). (Voir aussi la note 55 de la I" partie.)

35 [page 193]. Voir PrantI, Gescli. d. Logik, III, p. 184.

36 [page 193]. Voir, outre Pranll, surtout Barach, pour l'histoire du nominalisme avant Roscellin, Vienne, 1866, où l'on signale un nominalisme très développé dans un manuscrit du x' siècle.

37 [page 194]. Ainsi, dans certains passages, Albert le Grand, voir Prantl, III, p. 97 et suiv.

38 [page 194]. La preuve de la corrélation entre la propagation de la logique byzantine en Occident et la prédominance croissante du nominalisme est une des plus importantes découvertes faites par Prantl (b). Si Prantl désigne la direction d'Occam non par le mot « nominalisme », mais par le mot « terraini^me » (d'après le terminus logique, principal instrument de cette école), sa pensée ne peut pas devenir une loi pour nous qui ne faisons d'ailleurs qu'effleurer ce sujet. Pour nous, le nominalisme ne représente provisoirement, dans un sens plus large, que 1 opposition formée contre la platonisme par les philosophes qui ne voulaient pas que les universaux fussent des choses. Il est vrai que, pour Occam, ce ne sont pas des « noms », mais des « termes », qui représentent les choses dont ils rappellent l'idée. Le « terminus » est un des éléments du jugement formé dans l'esprit ; il n'existe nullement en dehors de l'âme, mais il n'est non plus purement arbitraire conune le mot par lequel il peut être exprimé ; il naît en vertu d'une nécessité naturelle des relations de l'esprit avec les choses. — Voir Prantl, III, p. 344 et suiv., particulièrement la note 782.

39 [page 198]. Prantl, III, p. 328. — La liberté de la pensée n'est réclamée sans doute que pour les propositions philosophiques (voir, dans le chapitre suivant, les observations sur la double vérité au moyen âge) ; mais comme au fond la théologie n'embrasse que le

(a) Gesch. d. Logik in Abendlande.

(b) Grundriss, 4* éd., I, p. 282.

NOTES DE LA DEUXIÉXfE PARTIE. 471

domaine de la foi et non celui de la science, la liberté est revendiquée ainsi pour la pensée scientifique tout entière.

40 [page 198]. Occani ne méconnaît nullement la valeur des propositions générales. Il enseigne même que la science a rapport aux unicersaux, non directement aux choses individuelles ; mais elle n'a pas rapport aux universaux proprement dits ; elle ne voit dans les universaux que l'expression des individus qu'ils embrassent. — (Pranll, III, p. 3,'52 et suiv., particulièrement la note 750).

41 [page 201]. Selon Pranll (Gcsch. d. Logik, lll, p. 1), on ne saurait trop répéter que « la renaissance date en réalité, en ce qui concerne la philosophie ancienne, les mathématiques et les sciences naturelles, du xin* siècle, par la publication des œuvres d'Aristote •U de la litttérature arabe. »

42 [page 202]. Les faits qui s'y rapportent se trouvent en détail dans ÏAcerroès de Renan (II, 2 et 3). Nous devons à Maywald un résumé de tout ce qui a trait spécialement à la théorie de la double vérité.

43 [page 203]. Versuch der Trennung von Theologie und Philosophie im .Mittelaller. — Maywald, Lehre von :wei[. Wahrh., p. 11 — Renan, Aoerroès, p. 219.

44 [page 203]. Maywàld, p. 13 ; Renan, p. 208, qui donne, d'après Hauréau {Philosophie scholastiquc), des observations sur la connexion de l'averroïsme anglais avec le parti des franciscains.

45 [page 203]. Renan, Averroès, p. 258 : « Le mouvement intellectuel du nord-est de l'Italie, Bologne, Ferrare, Venise, se rattache tout entier à celui de Padoue. Les universités de Padoue et de Bologne n'en font réellement qu'une, au moins pour l'enseignement philosophique et médical. C'étaient les mêmes professeurs qui, presque tous les ans, émigraient de l'une à l'autre pour obtenir une augmentation de salaire. Padoue, d'un autre côté, n'est que le quartier Latin de 'Venise ; tout ce qui s'enseignait à Padoue s'imprimait à Venise. »

46 [page 204]. Renan, Averroès, p. 257, 326 et suiv.

47 [page 204]. Renan Averroès, p. 283.

48 [page 205]. Chap. xiii et xiv. Dans le dernier chapitre (xiv), il n'est plus question que de la soumission aux arrêts de l'Eglise : aucun argument naturel n'est apporté en faveur de l'immortalité, qui par conséquent repose uniquement sur la révélation. Les passages les plus forts se trouvent dans la page 101 à la fin dans l'édition de Bardili (Tubingue, 1791) ; pages 118 et suivantes d'une édition sans indication du lieu d'impression, 1534. Je ne coimais pas les éditions antérieures. — Les passages cités dans la 1" édition étaient empruntés à M. Carrière, Die philos. Weltanschauung der Re[ormalionszeil (a). Ils sont exacts au fond, quoique traduits trop librement, et le style quelque peu pati>éllii(iuo diffère de celui do l'original.

(a) Die philos. Wellanschauung der Re[orrnations:eit.

49 [page 200]. Voir Machiavel, Commentaires sur la 1" décade de Tile-Live, traduits par le docteur Grülzmaclier, Berlin, 1871, p. 41.

50 [page 208]. Maywald, Lehre von zweil. Wahrh., p. 45 et suiv.

51 [page 209]. Prantl, Gesch. d. Logik., IV, page 2 et suiv.

52 [page 210]. Voir Lorenzo Valla, conférence de J. Vahlen, Berlin, 1870, p. 6 et suiv.

53 [page 212]. Tous les ouvrages psychologiques de l'époque de la Réforme ici mentionnés ont paru réunis en un seul volume imprimé par Jacob Gesner, Zurich, 1563 ; les trois premiers à Bàle. — Voir les articles Psychologie et Vives dans Encycl. des ges. Erzieh, und Unlerichlswesens.

54 [page 213]. Voir IlumboU, Cosmos, II, p. 344, et note 22, p. 497 et suiv.

55 [page 214]. Humbolt, Cosmos, j). 345 : « C'est une opinion erronée et malheureusement encore aujourd'hui très répandue que Copernic, par timidité et par crainte de persécutions cléricales, donna le mouvement planétaire de la terre et la position du soleil au centre de tout le système planétaire comme une simple hypothèse permettant de calculer commodément les orbites des corps célestes, mais qui n'est pas vraie et n'a pas besoin de l'être. »

Effectivement, on lit ces mots étranges dans l'avanl-propos anonyme par lequel débute l'ouvrage de Copernic et qui est intitulé : De hypolesibus huius operis ; mais les assertions de l'avant-propos, entièrement étrangères à Copernic, sont en pleine contradiction avec sa dédicace au pape Paul III. L'auteur de l'avanl-propos est, suivant Gassendi, André Osiander ; non, comme dit Humboldt, « un mathématicien vivant alors à Nuremberg, mais le célèbre théologien luthérien ». La révision astronomique de l'impression fut faite sans doute par Jean Schoner, professeur de mathématique et d'astronomie à Nuremberg. Lui et Osiander furent chargés par Rhœticus, professeur à Wittemberg et élève de Copernic, du soin de l'impression, Nuremberg lui paraissant plus «convenable » que Wittemberg pour la publi-' cation de l'ouvrage (a). Dans toutes ces circonstances, il est probable qu'on agissait surtout pour ménager Mélanchthon, grand amateur d'astronomie et d'astrologie, mais aussi un des adversaires les plus obstinés du système de Copernic. — A Rome, on était alors plus intolérant, et il fallut l'intervenlion de l'ordre des jésuites pour faire brûler Giordano Bruno et amener le procès de Galilée. Relativement à ce revirement, Ad. Franck, dans son étude sur Th. -H. Martin, Galilée (ö), remarque : « Chose étrange ! le double mouvement de la terre avait déjà été enseigné au xv* siècle par Nicolas de Cus, et cette proposition ne l'avait pas empêché de devenir cardinal. En

(a) Humboldt, Cosmos, note 24 du passage précité, II, p. 498.

(b) Moralisles et Philosophes. Paris, 1872, p. 443.

1533, un Allemand, du nom de \\ idmannstadt. avail soutenu la même doctrine à Rome, en présence du pape Clément \II, et le souverain pontife, en témoignage de sa satisfaction, lui fil présent d'un beau manuscrit grec. En 1543, un autre pape, Paul III, acceptait la dédicace de l'ouvrage où Copernic développait son système. Pourquoi donc Galilée, soixante et dix ans plus lard, rencontrait-il tant de résistance, soulevait-il tant de colères ? Franck fait judicieusement ressortir le contraste ; toutefois sa solution est 1res malheureuse quand il fait consister la différence en ce que Galilée ne se contenta pas d'abstractions mathématiques, mais, en jetant un regard dédaigneux sur les théories de Kepler, appela à son secours l'observation, l'expérience et le témoignage des yeux. Au fond, Copernic, Kepler et Galilée, malgré toutes leurs différences de caractère et de talent, furent tous trois animés de la même ardeur pour le développement de la science, pour le progrès et pour le renversement des préjugés qui leur faisaient obstacle, du même dédain que les barrières qui séparaient le n.ondc savant d'avec le vulgaire. Nous ne pouvons résister au dési>' de citer encore le passage suivant du Cosmos de Humboldt (II, p 346) qui fait honneur à son auteur : « Le fondateur de notre système actuel du monde était peut-être encore plus remarquable par son courage et par sa fermeté que par sa science. Il méritait à un haut degré le bel éloge que lui décerne Kepler en le no.'nm.mt, dans son introductior. au tables rodolphines, un homme d'un esprit libre : Vir fuit maximo ingenio et, quod in hoc exercitio (dans la lutte contre les préjugés) magni momenti est, animo liber. (« Ce fut un homme d'un grand génie et, détail important lorsqu'il s'agit de combattre les préjugés, d'une remarquable indépendance d'esprit »). Lorsque, dans sa dédicace au pape, Copernic décrit la manière dont son ouvrage est né, il ne craint pas d'appeler « conic absurde » l'opinion répandue même parmi tous les théologiens que la terre est immobile au centre de l'univers et d'attaquer la stupidité d'une idée semblable. « Si par hasard de frivoles bavards (a«T« oVoyoi), dépourvus de toute notion de mathématique, se permellaienl d'énoncer un jugement sur son ouvrage en dénaturant intentionnellement un passage quelconque de l'Ecriture sainte (propter aliquem locum scripturœ maie ad suum propositum detortum), il mépriserait , dit-il, une attaque aussi impudente ! »

56 [page 214]. A ce propos, qu'il nous soil permis d ajouter une note à la page 109, relativement à Copernic et à Aristarque de Samos. Il n'est pas invraisemblable, d'après Humboldt (a), que Copernic connût l'opinion d'.'Xristarque ; mais il se réfère expressément à deux passages de Cicéron (h) et de Plularquc (c), qui le portèrent à réflé-

(a) Cosmos, II, p. 349.

(b) Aead. qaœst., IV, 39.

(c) De placilis pliilos., III, 13.

chir sur la mobilité de la terre. Cicéron rapporte 1 opinion d'Hicétas de Syracuse ; Plutarque, celle des pythagoriciens Ekphant et Héraclide. Il résulte donc des aveux mêmes de Copernic que l'idée première de son système lui vint de savants de l'antiquité grecque ; mais il ne cite nulle part Aristarque de Samos. — Voir Humboldt (ibid.) et Lichtenberg. \Hcolas Copernic, dans le 5° volume de ses Mélanges, nouvelle édition originale. Gœttingue, 1844, p. 193 et suiv.

57 [page 214]. \on seulement Bruno cite Lucrèce avec prédilection, mais encore il l'imite systématiquement dans son poème didactique. De universo et niundis. Hugo U'ernekke traite de sa « polémique contre la cosmologie d'Aristote » (Leinpziger Dissert., impr. à Dresde. 1871).

58 [page 215]. Ce passage est emprunté à M. Carrière' (a). Dans cet ouvrage riche en pensées, Bruno est traité avec une prédilection particulière. Voir encore Bartholmèss, Jordano Bruno. Paris, 1846, 2 vol.

59 [page 216]. Carrière ibid., p. 38Ï. — Cette distinction, déjà utilisée par les philosophes arabes, entre l'intention morale de la Bible et son langage approprié aux idées de l'époque, se retrouve dans la lettre que .Galilée écrivit à la grande-duchesse Christine : « De sacrae scripturse testimoniis, in conclusionibus mère naturalibus, qucE sensata experientia et necessariis demonstrationibus evinci possunt, temere non usurpandis ». (« Il ne faut pas employer à la légère les témoignages de l'Ecriture sainte pour des conclusions purement naturelles, que l'on peut obtenir à l'aide d'une expérience judicieuse et de démonstrations irrésistibles. »)

60 [page 218j. Sous ce rapport, le jugement écrasant de Liebig (6) ne pouvait être atténué par aucune réplique (c) ; les faits sont trop probants. Le dilettantisme le plus frivole dans ses propres essais relatifs à la science de la nature, la science ravalée à une hypocrite adulation de cour, l'ignorance ou la méconnaissance des grands résultats scientifiques obtenus par les Copernic, les Kepler, les Galilée, qui n'avaient pas attendu YInslauratio marjna, une polémique acrimonieuse, une injuste dépréciation des véritables savants qui l'entouraient, tels que Gilbert et Harvey. — voilà bien des faits de nature à montrer le caractère scientifique de Bacon sous un jour aussi défavorable que son caractère politique et personnel, de telle sorte que l'opinion de Macaulay (d) d'ailleurs déjà combattue avec justice par Kuno Fischer (e), n'est plus soutenable. Moins simple

(a) Die philos. Weltansch. der Reformationszeit.

(6) Lieber Francis Bacon von Verulam und die Methode der !\'atur- (orschung, München, 1863, trad. en fr. sous le titre : Lord Bacon, par P. de Tchihatchef, Paris, 1866.

(c) Ueberweg. Grundriss, 3' édit., III, p. 39.

(d) Crit. and hisl. Essays, III.

le) Baco von Verulam, Leipzig, 1856, p. 5 et suiv.

est le jugement sur la méthode de Bacon. Ici Liebig a sans doute dépassé les bornes, bien que ses remarques critiques sur la théorie de l'induction (a) renferment des documents précieu.x pour une théorie complète de la méthode dans l'étude de la science de la nature. Un fait qui provoque de sérieuses réflexions, c'est que des logiciens judicieux et instruits, tels que VV. Herschel (b) et Stuart Mill reconnaissent encore la théorie de l'induction de Bacon comme la base première quoique incomplète de leur propre théorie. Il est vrai que dans ces derniers temps on a eu grandement raison de se ressouvenir des logiciens précurseurs de Bacon, tel que Léonard de Vinci. Louis Vives et surtout Galilée ; cependant il faut ici de même se garder de toute exagération et ne pas dire, par exemple, comme Ad. Franck (c) : « La nftthode de Galiîée, antérieure à celle de Bacon et de Descartes, leur est supérieure à toutes deux ». — On ne doit pas oublier non plus que la grande réputation de Bacon n'est pas née d'une erreur historique, commise après sa mort, mais qu'elle nous est venue directement de ses contemporains par une tradition non interrompue. On peut inférer de là retendue et la profondeur de son influence ; et cette influence, malgré tous les points faibles de sa doctrine, a été, en fin de compte, favorable au progrés et au rôle des sciences de la nature dans la vie. Le style spirituel de Bacon, les éclairs de génie que l'on rencontre dansées ouvrages peuvent avoir été rehaussés par le prestige de son rang et par ce fait qu'il eut le bonheur d'être le véritable interprète de son temps ; mais au point de vue historique son mérite n'en est pas diminué.

61 [page 220]. Voir le passage suivant, à la fin de la partie physiologique (p. 590 de l'édition de Zurich) : « Galien dit de l'âme de l'homme ; Ces esprits sont ou l'àrae ou un instrument immédiat de l'âme. Cela est certainement vrai ; et leur éclat surpasse celui du soleil et de toutes les étoiles. Ce qu'il y a de plus merveilleux, c'est qu'à ces mêmes esprits se mêle, chez les hommes pieux, l'esprit divin lui-même qui, par sa lumière divine, les rend encore plus brillants, pour que leur connaissance de Dieu soit plus éclatante, leur attachement plus solide et leurs élans vers Dieu plus ardents. Quand au contraire, les diables occupent les cœurs, il troublent par leur souffle les esprits dans le cœur et le cerveau, empêchent les jugements, produisent des fureurs manifestes et entraînent les cœurs et les autres membres aux actes les plus cruels ». Voir Corpus reformaloritm, XIII p. 88 et suiv.

62 [page 221]. Voir dans Schaller, Gesch. d. \aturphilos., Leipzig. 1841, les extraits classés p. 77-80.

(a) Induction und Déduction, München, 1865.

Ib) Discours sur l'étude de la philosophie naturelle, etc., trad. en fr. par B***, Paris, 1834.

(f) Moraiisics et l'hilosophes, Paris, 1872. p. 154.

63 [page 223]. Dans les Mémoires pour Vhisloire des sciences et des beaux-arls, Trévoux et Paris, 1713, p. 922, on mentionne, sans citer le nom, un « malebranchisle », vivant à Paris, qui regardait comme très vraisemblable que lui-même était le seul être créé.

64 [page 225]. Montaigne est tout à la fois un des plus dangereux adversaires de la scholastique et le fondateur du scepticisme français. Les Français éminents du xvii' siècle, amis comme ennemis, subissaient presque tous son influence ; on la retrouve même chez Pascal et les solitaires de Port-Royal, bien qu'ils fussent contraires à sa concopli:)» du monde, riante et quelque peu frivole.

05 [page 220]. L'ouvrage de Hieronymus Rorarius, quoique antérieur aux Es^uis de Montaigne, resta cent ans sans cire publié. Il est remarquable par un ton grave, acerbe, et il met à dessein en lumière précisément les qualités des animaux qui prouvent qu'ils possèdent les facultés supérieures de l'âme qu'on leur conteste habituellement. L'auieur oppose les vices dos hommes aux vertus des bêles. Il n'est donc pas étonnant que ce manuscrit, bien que provenant d'un txclésiaslique ami d'un pape et d'un empereur, ait dû attendre si longtemps sa publication.

66 [page 226]. Passiones animse, art. V : « Erronum esse credere animam dare inotumL et calorem corpori » ; et art. VI : « Queenam differentia sit inter corpus vivens et cadaver ». (« C'est se tromper que de croire que l'âme donne du mouvement et de la chaleur au corps ; » et art. VI : « Quelle différence y a-t-il entre le corps vivant et un cadavre ? »)

07 [page 226]. Ouant à l'oposition générale que rencontra la grande découverle de Harvey et à l'importance du suffrage que lui accorda Descartes, voir Buckle, Hisl. o/ civilizalion in England (ch. vin ; II, p. 274, éd. Brockhaus).

08 [page 228]. Cela ressort assez d'un passage de son Discours sur la niéllwde (a) : « Et, bien que mes spéculations me plussent fort, j'ai cru que les autres en avoient aussi qui leur plaisoient peut-être davantage. Mais, sitôt que j'ai eu acquis quelques notions générales touchant la physique, et que, commençant à les éprouver en diverses dilTicultés particulières, j'ai remarqué jusques où elles peuvent conduire, et combien elles diffèrent des principes dont on s'est servi jusques à présent, j'ai cru que je ne pouvois les tenir cachées sans pécher grandement contre la loi qui nous oblige à procurer autant qu'il est en nous le bien général de tous les hommes : car elles m'ont fait voir qu'il est possible de parvenir à des connoissances qui soient fort utiles à la vie ; et qu'au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connoissant la force et les actions du feu, de

(a) I, p. 192 et suiv. de l'éd. de Victor Cousin, Pans, 1824.

I'caii, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connoissions les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » Voir la note 17 de la partie suivante.

69 [page 228]. On a parlé en divers sens du caractère personnel de Descaries. On se demande notamment si son vif désir de passer pour avoir fait de grandes découvertes et sa jalousie contre d'autres éminents mathématiciens et physiciens ne l'ont pas quelquefois pousse au delà des bornes de la loyauté. Voir Whewell (a), à propos de l'accusation portée contre lui d'avoir utilisé et caché la découverte de la loi de la réfraction par Snell et les remarques acerbes, en sens contraire, de Buckle (b), qui, du reste, exagère sous plus d'un rapport l'importance de Descartes. — A cela se rapportent sa querelle avec le grand mathématicien Fermât ; ses jugements injustes et dédaigneux sur la théorie du mouvement de Galilée ; sa tentative de s'attribuer, en se fondant sur une afTirmalion remarquable, mais d'une clarté insuffisante, l'originalité de la grande découverte de Pascal touchant la raréfaction de l'air lors qu'on gravit les montagnes, etc. — Ce sont là des problèmes pour la solution desquels nous n'avons pas toutes les données nécessaires ; d'un autre côlé, si la crainte des prêtres (P[a[len) l'a poussé à rétracter ses propres opinions, c'est là un fait d'un ordre différent. Mais quand Buckle, se joignant à Lerminier (c), compare Descartes à Luther, on est forcé de mettre en évidence le grand contraste qui existe entre le réformateur allemand poussant la franchise jusqu'à l'excès et Descartes éludant adroitement l'ennemi et n'osant se déclarer ouvertement dans la lutte entre la liberté de penser et la manie de la persécution. Descartes faisant violence à ses convictions, façonna sa doctrine au gré de l'orthodoxie catholique, et, à ce qu'il paraît, fit son possible pour l'accommoder au système d'Aristote. Ce fait indubitable csi établi par les passages suivants de sa correspondance :

A Mersenne (juillet 1633), VI, 239, éd. Cousin : Uescartes a été surpris d'apprendre la condamnation d'un livre de Galilée ; il présume que c'est à cause du mouvement de la terre, et il avoue que par là son propre ouvrage est frappé. « Et il est tellement lié avec toutes les parties de mon traité, que je ne l'en saurois détacher, sans rendre le reste tout défectueux. Mais comme je ne voudrois pour rien du monde qu'il sortit de moi un discours où il se trouvât le moindre mot qui fût désapprouvé de l'Eglise, aussi aimé-je mieux le supprimer que de le faire paroître estropié. » — Au même, 10 janvier 1632, VI,

(a) Hisl. o{ the induct. sciences, II, p. 379. (6) Hist. ol cicil., II, p. 271 et suiv. (c) Hisl. ol civil., II, p. 275.

242 et suiv. : « Vous savez sans doute que Galilée a été repris depuis peu par les inquisiteurs de la foi, et que son opinion touchant le mouvement de la terre a été condamnée comme hérétique ; or je vous dirai que toutes les choses que j'expliquois en mon traité, entre lesquelles étoit aussi cette opinion du mouvement de la terre, dépendoient tellement les unes des autres, que c'est assez de savoir qu'il y en ait une qui soit fausse pour connoître que toutes les raisons dont je me servois n'ont point de force ; et quoique je pensasse qu'elles fussent appuyées sur des démonstrations très certaines et très évidentes, je ne voudrois toutefois pour rien du monde les soutenir contre l'autorité de lEglise. Je sais bien qu'on pourroit dire que tout ce que les inquisiteurs de Rome ont décidé n'est pas incontinent article de foi pour cela, et qu'il faut premièrement que le concile y ait passé ; mais je ne suis point si amoureux de mes pensées que de me vouloir servir de telles exceptions, pour avoir moyen de les maintenir ; et le désir que j'ai de vivre au repos et de continuer la vie que j'ai commencée en prenant pour ma devise « Bene vixil qui bene latiiit », fait que je suis plus aise d'être délivré de la crainte que j'avois d'acquérir plus de connoissances que je ne désire, par le moyen de mon écrit, que je ne suis fâché d'avoir perdu le temps et la peine que j'ai employée à le composer. » Vers la fin de la même lettre, on trouve par contre, page 246 : « Je ne perds pas tout à fait espérance qu'il n'en arrive ainsi que des antipodes, qui avoient été quasi en même sorte condamnés autrefois, et ainsi que mon Monde ne puisse voir le jour avec le temps, auquel cas j'aurois besoin moimême de me servir de mes raisons. » Ce dernier revirement ne laisse rien à désirer sous le rapport de la clarté. Descartes ne se permit pas d'utiliser sa propre intelligence ; et, par suite, il se décida à émettre une nouvelle théorie qui lui rendit le service désiré de lui faire éviter un conflit flagrant avec l'Eglise.

1 [page 230]. Gassendi est assurément (ce qui n'a pas été dit assez nettement dans la 1" édition de VHist. du mater.), un précurseur de Descartes ; il est indépendant de Bacon de Verulam. Descartes, qui n'était guère porté à reconnaître le mérite d'autrui, regardait Gassendi comme une autorité dans les sciences de la nature (a) ; il est très vraisemblable qu'il connaissait les Exercilaliones paradoxicœ (1624) et qu'il avait appris par la tradition orale, sur le contenu des cinq livres brûlés, un peu plus que nous n'en savons aujourd'hui d'après la table des matières. Plus tard, il est vrai, lorsque, par crainte de l'Eglise, Descartes imagina un monde, dont les bases étaient toutes différentes de celles du système de Gassendi, il changea de ton à l'égard de ce dernier, surtout depuis qu'il était devenu im grand homme pour avoir cherché une conciliation entre la science et la doctrine de l'Eglise. — Par une conception plus exacte des relations qui existaient entre Gassendi et Descartes, le droit du premier à être considéré comme l'auteur d'une conception de l'univers, qui a encore des partisans de nos jours, n'en devient que plus évident. D'ailleurs plus on étudie Descaries, plus on acquiert la conviction qu'il développa et propagea des théories matérialistes. Voltaire (b) déclare avoir connu bien des personnes que le cartésianisme avait amenées au point de ne plus reconnaître de Dieu ! — On ne comprend pas que Schaller (c) ait pu mettre Hobbos avant Gassendi. Sans doute Hobbes était né avant Gassendi, mais son développement intellectuel s'effectua très lard, tandis que celui de Gassendi fut très précoce ; aussi, durant son séjour à Paris, Hobbes joua-t-il le rôle d'élève de Gassendi, sans compter que celui-ci avait depuis longtemps publié des travaux lilléraires.

(a) Voir ses LeUves, éd. Cousin, VI, p. 72. 83, 97, 121. (6) Œuvres complètes, éd. de 1784, t. XXXl, chap. i. (c) Gesch. d. I\'aturphÙ., Leipzig, 1841.

2 [page 230]. Naumann, Grundriss der Thermochemie, Brunswick, 1869, ouvrage d'une grande valeur scientifique, a cependant tort de dire, page 11 : « La théorie alomistique de la chimie n'a rien de commun avec celle de Lucrèce et de Démocrite ». La continuité historique que nous démontrerons dans le cours de notre ouvrage, est déjà un trait commun, malgré toute la différence qui sépare le résultat définitif et les premiers développements de la doctrine.

Les deux théories ont d ailleurs encore un point commun, que Fechner déclare être de la plus haute importance en atomistique, c'est d'admettre des molécules distinctes. Si ce n'est pas là un point aussi essentiel pour le chimiste que pour le physicien, il n'en conserve pas moins une importance d'autant plus grande que l'on s'efforce précisément, de concert avec Naumann, d'expliquer les phénomènes chimiques d'après les faits de la physique. Il n'est pas exact non plus (Ibid., p. 10 et 11) qu'avant Dalton personne n'ait démontré par les faits les droits et l'utilité de l'alomistique. Immédiatement après Gassendi, Boyle a donné cette démonstration pour la chimie et Newton pour la physique, et s'ils ne l'ont pas donné dans le sens de la science actuelle, on ne doit pas oublier que la théorie de Dalton lui-même est dépassée aujourd hui. Naumann a raison de demander (avec Fechner a) qu'avant de contester l'alomistique actuelle, on commence par la connaître. On peut dire aussi qu avant de contester la parenté de l'alomistique ancienne avec la moderne, il faut connaître non seulement les faits d'histoire naturelle, mais encore les faits historiques.

3 [page 232]. De vita el moribus Epiciiri, IV, 4 : « Dico solum, si Epicurus quibusdam religionis patriai interfuit caeremoniis, quas mente lamen improbaret, videri posse, illi quandam excusationis speciem obtendi. Intererat enini, quia jus civile et tranquillitas publica illud ex ipso exigebat : improbabat, quia nihil cogit animum sapientis, ut vulgaria sapial. Inlus, erat sui juris, extra, legibus obstrictus societatis hominum. Ita persolvebat eodem tempore quod et aliis debedat, et sibi... Pars hœc tum erat sapientise, ut philosophi sentirent cum paucis, loquerenlur vero, agerentque cum multis. » (« Je dis seulement que si Epicure assista à quelques cérémonies religieuses de son pays, tout en les désapprouvant au fond du cœur, sa conduite fut jusqu'à un certain point excusable. Il y assistait, en effet, parce que le droit civil et l'ordre public exigeaient cela de lui : il les désapprouvait, parce que rien ne force l'âme du sage de penser a la façon du vulgaire. Dans son for intérieur, il ne dépendait que de lui-même ; au dehors, il était lié par les lois de la société humaine. Il payait ainsi en même temps ce qu'il devait aux autres et ce qu'il se devait à luimême... Le rôle de la philosophie était alors de penser comme le

(a) Atomlehre, 1855, p. 3.

petit nombre el de parier et d'agir avec la multitude. ») La dernière phrase paraît s'appliquer à l'époque de Gassendi plutôt qu'à celle d'Epicure, lequel jouissait et usait déjà d'une grande liberté d'enseignement et de parole. Hobbes (a) affirme que l'obéissance envers la religion de l'Etat implique le devoir de ne pas contredire ses doctrines. Dans sa conduite, il se conforma à ses paroles ; mais il ne se fit pas scrupule de ruiner tous les fondements de la religion dans l'esprit de ceux qui savaient tirer des conclusions. — Le Lévialhan parut en 1651 ; la première édition du De vila el moribus Epicuri avait paru en 1647 ; mais ici la priorité d idées n'a aucune importance ; c'était l'esprit de l'époque, et dans ces questions générales, là où il ne s'agissait ni de mathématiques ni de sciences naturelles, Hobbes était certainement fixé longtemps avant de se lier avec Gassendi. ,

4 [page 232]. Remarquons ici le ton solennel avec lequel, vers la fin de la préface de son écrit De vila et moribus Epicuri, Gassendi fait des réserves en faveur de la doctrine de l'Eglise : « En religion, je suis de l'avis des ancêtres, c'est-à-dire de la religion catholique, apostolique el romaine, dont j'ai toujours défendu et dont je défendrai toujours les décrets ; jamais discours, soit d'un savant, soit d'un ignorant, ne m'en séparera. »

5 [page 233]. De vila el moribus Epicuri, fin de la préface (à Luil- 1er) : a Tu as déjà en ta possession ses doux effigies, l'une faite d'après un camée, l'autre qui m'a été communiquée, pendant mon séjour à Louvain, par l'illustre Eryceus Puteanus, qui la publia aussi dans ses lettres, avec cette explication laudative : a Contemple, mon ami, l'âme du grand homme qui respire encore dans ces traits. C'est Epicure, avec son regard et son visage. Contemple celte image digne de ces traits, de ces mains, qui mérite enfin d'attirer tous les regards. » L'autre est un dessin de la statue placée à Rome près de l'entrée des jardins du palais des Lodovigi ; elle m'a été envoyée par notre ami Naudé (le même qui publia la dissertation de llieronymus Rorarius, mentionnée dans la partie précédente) ; ce dessin a été fait par Henri Howen, peintre attaché à la maison du même cardinal. Insère le portrait que tu préféreras ; car tu vois qu'ils se ressemblent. Je me souviens d'ailleurs que tous deux concordent avec un autre portrait d'Epicure, conservé dans le riche cabinet de l'illustre Gaspard Monconis Liergues, juge à Lyon. »

6 [page 234]. Exercilationes paradoxicse adversus aristoleleos, la Haye, 1656, préface : « D'un seul mot, il fait comprendre (L. VII) l'opinion d'Epicure sur le plaisir : il nous montre, en effet, combien le bien suprême se trouve dans la volupté, et comment le mérite des vertus el des actions humaines se mesure d'après ce principe. »

7 [page 256]. L'exemple « je vais me promener, donc je suis », ne

(a) Leviathan, cap. xxxii.

vient pas de Gassendi, naais de Descartes, qui du reste 1 emploie dans sa réplique tout à fait dans le sens de cette objection.

8 [page 236]. Buckle, Hist. o[ civil., Il, p. 281, éd. Brockhaus.

9 [page 237]. Il paraît du reste que la priorité de cette réflexiou appartient à Kant (a), qui s'exprime ainsi : « Par ce Moi, ou //, ou Cela (la chose) qui pense, on ne représente qu'un sujet transcendant des pensées = x, qui n'est jamais connu que par ses attributs, à savoir ses pensées, et dont séparément nous ne pouvons jamais avoir la moindre idée. » Grand est toutefois le mérite du raisonnement de Lichtenberg, qui rend évidente l'affirmation subreptice du sujet de la manière la plus simple, sans l'appui d'aucun système. — Disons, en passant, que le premier essai pour prouver l'existence de 1 âme au nioyen du doute lui-même, essai qui ressemble étonnamment au « Cogito, ergo sum », est dû à saint Augustin, le Père de l'Eglise, qui argumente ainsi dans le X' livre De Trinilate : « Si quis dubitat, vivit si dubitat, unde dubitet meminit ; si dubitat, dubitare se intelligit. » (« Si quelqu'un doute, il vit puisqu'il doute ; il se souvient des motifs de son doute ; s'il doute, il comprend qu'il doute. ») Ce passage se trouve cité dans la Margarila philosophiea (1468, 1503 et autres années), jadis fort répandue, au commencement du X' livre De Anima. Descartes, dont on appela l'attention sur la concordance de ce passage avec son principe, paraît ne l'avoir pas connu antérieurement ; il avoue que saint Augustin a réellement voulu prouver de cette manière la certitude de notre existence ; quant à lui-même, ajoute-t-il, il a employé celte argumentation pour démontrer que le moi qui pense est une substance immatérielle. Ainsi Descaries donne très réellement comme son invention personnelle, ce qui est précisément un plagiat manifeste. Œucres, éd. Cousin, t. VIII, p. 421.

10 [page 238]. Dans la dissertation De motu impresso a motore Iranslato qui aurait été publiée contre la volonté de l'auteur en même temps qu'une lettre de Galilée sur la manière de faire concorder l'Ecriture sainte avec la théorie du mouvement de la terre, Lyon, 1649.

11 [page 240]. Je doute fort cependant que l'exposé d'Ueberweg (5) soit exact ; il repose probablement en partie sur un malentendu relatif à l'exposé de la 1" édition de mon Hisl. du mater., p. 125, en partie aussi sur une erreur réelle de cet exposé. Ueberweg dit de Gassendi : «c Son atomisme a plus de vie que celui d'Epicure. Les atomes possèdent, d'après Gassendi, de la force et même de la sensibilité : de même que la vue dune pomme décide l'enfant à quitter son chemin pour s'approcher de l'arbre, ainsi que la pierre lancée est contrainte par l'attraction de la terre à quitter la ligne droite pour se rapprocher du sol. » Il me paraît erroné de lui prêter l'opinion qui accorde la

(a) Krit. d. r. Vern. Elemenlarl., II, 2, 2. 1. Hauplst.

(b) Grundriss, III, p. 15 et suiv.

rsiOTKS [)E LA IHOISIÈME PARTIE 48?.

sensibilité aux atomes, comme je l'avais admis dans la 1" édition de mon Hist. du mater.; maintenant que je révise mon travail, je me vois dans l'impossibilité d'en fournir la preuve. L'erreur paraît provenir de ce que réellement Gassendi, à propos de la question difficile : Comment le sensible peut-il sortir de l'insensible, dép.isse Lucrèce sur un point très important. Je regrette de ne pouvoii' citer ici que Dernier (a), attendu qu'au moment où je révise, je n'ai pas sous la main les œuvres complètes de Gassendi, et que l'impression ne peut plus être différée. On lit au passage indiqué : « En second lieu (au nombre des arguments que Lucrèce n'a pas employés, mais dont, au dire de Gassendi, il aurait pu se servir), que toute sorte de semence estant animée, et que non seulement les animaux qui naissent de l'accouplement, mais ceux mesme qui s'engendrent de la pourriture estant formez de petites molécules séminales qui ont esté a^^cinblées, et formées ou dés le commencement du monde, ou depuis, on ne peut pas absolument dire que les choses sensibles se fassent de choses insensibles, mais plutost qu'elles se font de choses qui bien qu'elles ne se sentent pas effectivement, sont néanmoins, ou contiennent en eUet les principes du sentiment, de mesme que les principes du feu sont contenus et caches dans les veines des cailloux, ou dans quelque autre matiei -^ grasse. » Ainsi Gassendi admet au moins ici la possibilité que des germes organiques, susceptibles d'éprouver des sensations, existent depuis le commencement de la création. Mais ces germes, malgré- leur origine (inconciliable, on le conçoit, avec la cosmogonie d'Epicure), ne sont pas des atomes, mais des réunions d'atomes, bien que de l'espèce la plus simple. On aurait tort d'expliquer comme un effet purement intellectuel le mouvement de l'enfant qui voit une pomme. On ne doit entendre par là qu'un processus plus complexe d'attraction, qui se produit pareillement en vertu des lois de la physique. On peut se demander toutefois si Gassendi a ici développé le matérialisme avec autant de logique que Descartes, dans les Passiones animœ, où tout est ramené à la pression et au choc des corpuscules.

12 [page 240]. Voltaire dit dans ses Elém. de la phil. de Newton (6) « Newton suivait les anciennes opinions de Démocrite, d'Epicure et d'une foule de philosophes, rectifiées par notre célèbre Gassendi. Newton a dit plusieurs fois à quelques Français, qui vivent encore, qu'il regardait Gassendi comme un esprit très juste et très sage, et qu'il ferait gloire d'être entièrement de son avis dans toutes les choses dont on vient de parler. »

13 (page 241]. Bernier, Abrégé de la phil. de Gassendi, Lyon, 1684, VI, p. 32-34.

14 [page 242]. Joannis Launoii, De varia Arislotelis in aeademia

(a) Abrégé de la philos, de Gassendi, VI, p. 48 et suir.

(b) Œuvres compL, 1784, t. XXXI, p. 37.

Parisiensi lorluna, cap. xviii, p. 328 de l'édition de Willemberg utilisée par moi.

15 [page 245]. J'avais ajouté ici, dans ma 1" édition, que cette théorie se fût mieux appliquée à la politique napoléonienne de nos jours. Cette expression provoquerait des malentendus, aujourdhui que la politique de la famille Bonaparte paraît se rapprocher d'un certain légitimisme. Il vaut mieux dire que les principes du Létialhan peuvent en réalité concorder plutôt avec le despotisme de Cromwell qu'avec les prétentions des Stuarts fondées sur leur droit divin et héréditaire.

16 [page 247]. Cette définition était abrégée davantage dans la 1" édition, pour faire ressortir le plus possible le fait principal, la transilion de la philosophie à la science de la nature. La voici textuellement : a Philosophia est effectuum seu phaenomenon ex conceptis eorum causis seu generationibus, et rursus generationum, quœ esse possunt, ex cognitis effectibus per rectam ratiocinationem acquisita cognitio. » (« La philosophie est la connaissance acquise par un raisonnement exact, des effets ou phénomènes dus à des causes ou à des générations conçues,- ainsi que des générations qui peuvent avoir lieu. ») Si l'on veut étudier de plus près la méthode indiquée dans cette définition, on verra que les mots « conceptis » et « quœ esse possunt » ne sont nullement superflus. Ils marquent, en opposition flagrante avec l'induction baconienne, l'essence de la méthode hypothétique-déduclive, qui commence par une théorie, laquelle est contrôlée et rectifiée à l'aide de l'expérience. Voir plus loin dans le texte mes remarques concernant les relations de Hobbes avec Bacon et Descartes. Les passages cités se trouvent dans le livre De Corpore, I, 1 ; Opera lai., éd. Molesworth, vol. I, p. 2 et 3.

17 [page 248]. C'est avec raison que Kuno Fischer et Kirchmann, en traduisant ce passage (a), font ressortir l'analogie qui existe entre Descartes et Bacon. Mais lorsque Kirchmann (à l'endroit indiqué, note 35) veut faire de Descartes un empirique, et déduire de cette tencfance même le « cogito ergo sum » (comme résultat d'une étude faite sur soi-même !), il méconnaît entièrement la nature de la méthode déductive qui, sur un terrain .peut se régler d'après l'expérience, mais non sur un autre terrain. Descartes lui-même était encore assez clair sur ce point dans l'année 1637 ; aussi réclamait-il pour ses théories physiques une valeur objective qu'il n'exigeait pas pour ses spéculations transcendantes.

18 [page 249]. Péremptoire est particulièrement le passage suivant du Discours sur la méthode, vers la fin : « Car il me semble que les raisons s'y entresuivent en telle sorte, que comme les dernières sont démontrées par les premières qui sont leurs causes, ces premières le

(a) René Descaries' Hauptschri(t€n, p. 57, et Phil. Bibi, René Descartes' phil. Werke, I, p. 70 et suiv.

sonl réciproquement par les dernières qui sont leurs effets. Et on ne doit pas imaginer que je commette en ceci la faute que les logiciens nomment un cercle : car l'expérience rendant la plupart de ces effets 1res certains, les causes dont je les déduis ne servent pas tant à les prouver qu'à les expliquer ; mais tout au contraire ce sont elles qui sont prouvées par eux. »

19 [page 250]. Au comte de Devonshire, Londres, 23 avril 1655. Opera lai., éd. Molesworth, vol. I.

20 [page 251]. Le dogme de l'infaillibilité du pape est combattu par Uobbes (a). Celte polémique ne forme qu'une partie de la lutte prolongée soutenue contre le cardinal Bellarmin, défenseur de la doctrine des jésuites, qui revendiquaient pour le pape la suprématie sur tous les princes de la terre. Toute cette lutte prouve que Hobbes reconnaissait, dans leur entière gravité, les dangers résultant de cette prétention, dangers qui ne sont devenus manifestes pour tout le monde qu'à notre époque.

21 [page 252]. Schaller, Gesch. d. Malurphil. Leipzig, 1841, p. 82. — Au reste il ne faut pas chercher dans l'ouvrage de Schaller une dissertation approfondie sur ce sujet ;. Kuno Fischer apprécie, d'une manière spirituelle et judicieuse, pour l'essentiel (6), Hobbes au point de vue de la morale et de la religion ; toutefois, en faisant provenir exclusivement cette tendance de Bacon et en représentant Descartes comme un adversaire, il tombe dans un défaut propre à la méthode hégélienne, qui excelle sans doute à présenter une classification lumineuse, mais emploie trop souvent le glaive pour trancher les questions difficiles. Ajoutez à cela que Kuno Fischer, bien qu'habitué à apprécier finement des faits semblables, n'a pas reconnu la frivolité mondaine qui se cache, chez Descartes, derrière sa soumission respectueuse aux arrêts de l'Eglise. Hobbes, en fait de religion, n'était pas complètement hypocrite ; en tout cas, il se montrait loyal partisan de la religion de ses pères en face du catholicisme ; et dans le môme sens aussi, Mersenne et Descartes étaient de zélés catholiques, plus encore que Gassendi.

22 [page 253]. Voici la formule qui établit l'unité de l'Etat : « Ego nuic homini, vel huic cœtui, auctoritatem et jus meum regendi meipsum concedo, ea condilione, ut tu quoque tuam auctoritatem et jus tuum lui regendi in eumdem transferas. » (« J'accorde à cet homme ou à cette assemblée mon autorité et mon droit de me gouverner moi-môme, à condition que loi aussi lu défères au môme homme ton autorité et ton droit de le gouverner loi-môme. ») Chacun parlant ainsi à chacun, la foule des atomes devient une unité que l'on appelle l'Etat, a Atque haec est generatio magni illius Levialhan, vel ut dignius loquar, mor-

(a) Levialhan, cap. xi.n, III, p. 410 cl suiv., éd. Molesworth.

(b) Baco von Verulan}, p. 393 et suiv.

lalis Dei. » (« El teile est la procréation de ce grand Léoialhan, ou, pour parler plus dignement, du dieu mortel. ») — Levialhan, cap. 17, III, p. 131, éd. Molesworth. — Sur Végalilé naturelle de tous les homaies (en contradiction avec Aristote qui reconnaît des seigneurs et des esclaves-nés, voir ibid., cap. 15, p. 118.)

23 [page 254]. Tant que l'Etat n'intervient pas, le bien pour chaque homme est, suivant Hobbes, ce qu'il désire (a). La conscience n'est que la connaissance secrète que Ihomme a de ses actes et de ses paroles ; et cette expression est souvent appliquée à des opinions privées, que l'entêtement et la vanité seuls font regarder comme inviolables (Ö). Quand un particulier s'érige en juge de ce qui est bon ou mauvais, quand il croit qu'il a péché à agir contre sa conncience, il commet un des délits les plus graves contre l'obéissance civile. C. 29, p. 232.

24 [page 255]. Leviathan, c. 6, p. 45 : « Metus potentiarum invisibilium, sive fictae illae sint, sive ab historiis acceplœ sint publice, religio est ; si publice acceptas non sint, superstitio. (« La crainte de puissances invisibles, soit imaginaires, soit transmises par les histoires et acceptées par l'Etat, constitue la religion ; quand l'Etat ne les a pas admises, il y a superstition. ») Hobbes ajoute : « Quando autem potentiae illse re vera taies sunt, quales accepimus, vera religio. » (« Quand ces puissances sont réellement telles que nous les avons reçues, c'est la vraie religion ») ; mais cette rectification ne sauve que les apparences ; car l'Etat déterminant seul quelle religion il faut suivre et toute résistance étant politiquement interdite, il en résulte que l'idée de religion vraie est toute relative, et cela d'autant mieux que la science n'a rien à dire en général de ce qui concerne la religion.

25 [page 255]. Voir Kuno Fischer, Baco von Venilam, p. 404. — Levialhan, c. 32, III, p. 266.

26 [page 255]. Leviathan, cap. 4, III, p. 22 : « Copia hœc omnis... interiit penitus ad turrem Babel, quo tempore Deus omnem hominem sermonis sui, propter rebellionem, oblivione percussit. » (« Toute cette faculté périt à l'occasion de la tour de Babel, alors que Dieu frappa tous les hommes de l'oubli de leur langue, pour les punir de leur révolte, » Ibid., cap. 37, p. 315 : « Potestatem ergo ilh dédit Deus convertendi virgam, quam in manu habebal. in serpentera, et rursus serpentem in virgam, etc. » («Dieu lui donna donc le pouvoir de changer en serpent la verge qu'il avait en main, puis le serpent en verge », etc.)

27 [page 255]. Hobbes procède de même en ce qui regarde par exemple la question de l'origine de la religion. Il la fait dériver d'une qualité innée chez l'homme (c), à savoir du penchant vers les conclu-

(a) Leviathan, c. vi, III, p. 42, éd. Molesworth.

(b) Ibid., c. VII, p. 52.

(c) Leviathan, c. xii, au commencement.

sions hâlivos, etc. II dit ensuite sommai'.^nienl (p. 89) : la « .=emence natureile » (semen naturale) de la religion se compose de ces quatre points : la crainte des esprits, l'ignorance de la « cause seconde » (causœ secundœ), la vénération de ce que l'on redoute et la conversion des faits accidentels en pronostics.

28 [page 256]. Voir entre autres les passages suivants du Leviathan (a) : « Miracula enim, ex quo tempore nobis christanis positœ sunt leges divinae, cessaverunl ». « Miracula narrantibus credcre non obligamur ». a Etiam ipsa miracula non omnibus miracula sunt ». (« Car les miracles ont cessé depuis que pour nous chrétiens les lois divines ont été établies. Nous ne sommes pas tenus de croire aux miracles que l'on raconte. Les miracles eux-mêmes ne sont pas des miracles pour tout le monde. »).

29 [page 256]. Levialhan, c. 32, p. 270 : « Libri testamenti novi ab altiore tempore derivari non possunt, quam ab eo, quo rectores ecclesiarum collegerant ». (« Les livres du Nouveau Testament ne peuvent dater d'une époque antérieure à celle où les chefs des Eglises les recueillirent », etc.)

30 [page 258]. De Corpore, iv, 27, I. p. 362-364, éd. Molesw. — Ici l'on trouve aussi (p. 364) cette phrase, très importante sous le point a«: vue de la méthode : « Agnoscunt morlales magna esse quœdam, et si finita, ut quœ vident ita esse ; agnoscunt item infinitam esse posse magniludinem eorum quœ non vident ; medium vero esse inter infinitum et eorum quœ vident cogitantve maximum, non statimnecnisi multa eruditione persuadentur ». (« Les mortels i-econnaissent qu'il y a des choses grandes, quoique finies, parce qu'ils les voient telles ; ils reconnaissent aussi que la grandeur de ce qu'ils ne voient pas peut être infinie ; mais ils ne se persuadent qu'à la longue et après de nombreuses études qu'il y a un milieu entre l'infini et la plus grande des choses qu'ils voient ou pensent. ») — Lorsque d'ailleurs il ne s'agit plus de la théorie de la divisibilité et de la relativité du grand et du petit, Hobbes ne s'oppose pas à ce que l'on donne aux corpuscules le nom d'atomes. Voir par exemple sa théorie de la gravitation, Ue corpore iv, 30, p. 415.

31 [page 258]. De Corpore iv, 25. Il n'entrait pas dans nos vues de nous étendre davantage sur la théorie de l'effort « conatus », forme de mouvement ici en qviestion. Voir un exposé plus détaillé chez Beaumann (h). Je ne crois pas péremploire le blâme qu'il émet (p. 327) contre la théorie d'après laquelle la sensation n'est apportée que par l'effort revenant du cœur ; car, lors même que, d'après Hobbes, une réaction contre le choc d'un objet aurait lieu immédiatement dans la première partie heurtée, cela n'empêcherait en aucune manière la pro-

(a) Opera lai., III, p. 64 et suiv., p. 207.

(b) Die [.ehren ion Raum, Zeil und Malhem., 1, p. 321 et .<;uiv.

pagation du mouvement au milieu d'actions et de réactions toujours nouvelles, dans ■ la direction de l'intérieur, où le mouvement peut devenir rétrograde. Qu'on se figure, par exemple, pour simplifier, une

série de boules élastiques rangées en ligne droite, a, b, c, n, et

que l'on suppose a exerçant sur b un choc central, qui se propage par c, etc., jusqu'à n, supposons que n heurte verticalement une paroi solide, le mouvement sera rétrograde pour toute la série, quoique, dès le commencement, b heurté par a ait réagi, en diminuant le mouvement de a. Il devra toutefois être permis à l'auteur de l'hypothèse d'identifier avec la sensation non le premier contre-coup de b contre a, mais le choc rétrograde de b contre a, opinion qui sans doute s'adapte mieux aux fails. Voir les remarques § 4, I, p. 319 et suiv., éd. Molesw., sur les effets d'une interruption de la direction.

32 [page 259]. De Corpore, iv, 25, § 2 ; I, p. 318 : « Ut cum conatus ille ad intima ultimus actus sil eorum qui fiunt in actu sensionis, tum demum ex ea reactione aliquandiu durante ipsum existit Phantasma ; quod propter conatum versus externa semper videtur tanquam aliquid situm extra Organum y>. (« Lorsque cet effort vers l'intérieur est le dernier acte de ceux qui ont eu lieu dans l'acte de la sensation, alors seulement de cette réaction qui dure quelque temps naît le phénomène même ; car ,par suite de l'effort vers l'extérieur, il y a toujours quelque chose qui parait situé en dehors de l'organe. »).

33 [page 260]. \"oir notamment à ce propos le supplément du Leviathan, cap. I, où l'on déclare corps tout ce qui existe réellement par soi-même. Il est ensuite expliqué que tous les esprits sont corporels comme l'air, quoique avec des gradations infinies de subtilité. Enfin l'on fait observer que l'on ne trouve nulle part dans l'Ecriture sainte des expressions comme « substance incorporelle » ou « substance immatérielle ». Le 1" des 39 articles enseigne, il est vrai, que Dieu n'a ni corps ni partie, assertion que, pour cette raison, on ne niera pas ; mais le 20' article dit aussi que l'Eglise n'a le droit d'exiger la foi que pour les choses affirmées dans l'Ecriture sainte (III, p. 537 et suiv.). Le résultat de cette contradiction flagrante est que Hobbes, en toute occasion fait ressortir l'incompréhensibilité ae Uieu, ne lui accorde que des attributs négatifs, etc. En citant des autorités comme Tertullien (III, 561), en discutant souvent des expressions bibliques surtout en posant astucieusement des prémisses dont il laisse au lecteur le soin de tirer les conséquences, Hobbes insmue partout quo l'idée de Dieu serait fort claire, si on le concevait comme un corps ou comme un fantôme, c'est-à-dire comme le néant. Toute son incompréhensib<'lité provient de ce qu'A est ordonné, une fois pour toutes, de le regarder comme a incorporel » (a). On trouve textuellement, p. 282 : « Cum natura Dei incomprehensibilis sit, et nomina ei attri-

(a) Opera, III, p. 87, p. 260 et suiv.

buenda sint, non tarn ad naturam ejus, quam ad honorem, quem Uli exhibere debemus, congruentia ». (« La nature de Dieu étant incompréhensible, il faul lui attribuer des noms qui se rapportent moins à sa nature qu'aux honneurs que nous devons lui rendre, d) — Au reste la quintessence de toute la théologie de Hobbes se trouve, de la manière la plus explicite, dans un passage (a) où il est dit sèchement que Dieu ne gouverne que par l'intermédiaire de la nature, et que sa volonté n'est proclamée que par l'Etat. II ne faudrait pas en conclure que Hobbes fût panthéiste et qu'il identifiât Dieu avec l'ensemble de la nature. 11 paraît plus vrai qu'il regardait comme Dieu une portion de l'univers réglant tout, répandue partout, homogène et déterminant mécaniquement par son propre mouvement le mouvement de l'univers. De même que l'histoire universelle est une émanation des lois de la nature, de même le pouvoir de l'Etat, par cela seul qu'il est un pouvoir existant de fait, constitue une émanation de la volonte divine.

34 [page 263]. Macaulay, Hisl, o[ Enoland, I, chap. 2 ; voir surtout les sections : « Change in the morals of the communily » et « Profligacy of politicians ». (« Changement dons les mœurs de la nation », cl « Corruption des hommes politiques). »

35 [page 264]. Macaulay, Hisl. of England, 1, chap. 3 : « Stafe of science in England » (« Etat de la science en Angleterre ») ; voir aussi Buckle, Hisl. o[ civilizalion in England, II, p. 78 et suiv. de l'éd. Brockhaus, où l'on fait ressortir particulièrement l'influence de l'établissement de la « Royal Society », dans l'activité de laquelle l'esprit d'induction de l'époque trouva son foyer. — Hettner (6) appelle la fondalion de la « Regalis socictas Londini pro scientia naturali promovenda» (15 july 1662) (« Société royale de Londres pour le développement de la science de la nature ») l'acte le plus glorieux de Charles II », ce qui ne veut pas dire grand'chose en réalité.

36 [page 265]. Hisl. o[ England, I, chap. 3, « Immorality of the polite literalure of England » (« Immoralité de la littérature élégante d'Angleterre »). — Voir aussi Hettner (c).

37 [page 265]. Bien que la doctrine économique, qui est classique chez les Anglais, soit née plus tard comme science entièrement formée, on en trouve cependant les germes à l'épbque dont nous parlons. Le « matérialisme de l'économie politique » apparaît déjà complètement développé dans la {able des abeilles de Mandeville (1708) ; voir Hefttner (d). — Voir aussi Karl Marx (e) sur Mandeville, précurseur

(a) De Homine, III, 15, Opera, II, p. 347 et suiv.

(b) Literalurgesch. d. 18 Jahrh. 3* éd., I, p. 17.

(c) Ibid., I, p. 107 et suiv.

(d) Ibid., I, p. 206 et suiv.

(e) Das Kapital, I, p. 339, note 57.

d'Adam Sinilh, et (a) sur Tinfluence de Descaries et des philosophes anglais, particulièrement de Locke, sur 1 économie nationale. Voir en outre sur Locke plus bas la note 74.

38 [page 266]. Macaulay, Hist. o[ England, I, 3 : « Growlh of the towns » (« Agrandissement des villes. »).

39 [page 268]. Buckle (ö) dit de Hobbes : « The most dangerous Opponent of the clergy in the seventeenlh century was certainly Hobbes, the subtlest dialeclician of his time ; a writer, toc of singular clearness, and, among British rnetaphysicians, inferior only to Berkeley. » [?]... « During his life, and ior several years after his death, every man who venlured to think for himself was sUgmatized as a Hobbist, or, as it was sometimes called, a Hobbian ». (« Le plus dangereux adversaire du clergé, dans le xviii' siècle, fut certainement Hobbes, le dialecticien le plus subtil de son temps. Cet écrivain, d'une grande clarté, n'est guère inférieur à Berkeley [?] parmi les métaphysiciens anglais. »... « Durant sa vie et quelques années après sa mort, tout homme qui osait penser par lui-même était stigmatisé comme hobbisle ou, comme on disait parfois, hobbien. ») Ces réflexions ne manquent pas de justesse ; mais, si l'on n'examine pas le revers de la médaille, elles ne donnent qu'une idée imparfaite de Hobbes et de son influence. Ce revers de la médaille est décrit par Macaulay (e) : « Thomas Hobbes had, in language more précise and luminous tahn has ever been employed by any other metaphysical writer, maintained thaï the will of the prince was the standard of rightand wrong, and thaï every subject ought to be ready to profess Popery, Mahometanisra, or Paganism a the royal command. Thousands who were incompétent to appreciate wi»at was really valuable in his spéculations, eagerly welcomed a theory which, while it exalted the kingly office, relaxed the obligations of morality, and degraded religion into a mère affair of State. Hobbism soon became an almost essenlial part of character of the fine gentleman ». (« Thomas Hobbes avait, dans un langage plus précis et plus lumineux que celui de tous les métaphysiciens antérieurs, établi que la volonté du prince est le critérium du juste et de l'injuste et que tout sujet doit être prêt à professer le papisme, le rnahométisnie ou le paganisme, sur l'ordre du monarque. Des milliers de personnes, incapables d'apprécier ce qu'il y avait de vrai et de valable dans ses spéculations, s'empressèrent d'adopter une théorie qui rehaussait les fonctions royales, relâchait les lois de la morale et ravalait la religion au rang de simple affaire d'Etat. Le hobbisme devint bientôt une partie presque essentielle du caractère d'un homme bien élevé ». Plus loin Macaulay dit très judi-

(a) Ibid., p. 377, note 111.

(b) Hisl. ol. civil. H, p. 95.

(c) Hist. ol England, I, 3, « change in Ihe morals of the Community ».

cieusemenl de cette espèce de gentlemen à tète légère que, grâce à eux, les prélats de l'anglicanisnae recouvrèrent leurs richesses et leurs honneurs. Viveurs aristocratiques, ces prélats étaient peu disposés à régler leur vie d après les prescriptions de 1 Eglise ; ils n'en étaient pas moins prêts à « combattre, en marchant dans le sang jusqu'aux genoux », pour leurs cathédrales et leurs palais épiscopi.ux, pour chaque ligne de leurs formulaires, pour le moindre fil de leur costume. — Dans la célèbre dissertation de Macaulay sur Bacon, on trouve relativement à Hobbes le passage remarquable qui suit :... « His quick eye soon disccrned the superior abilities of Thomas Hobbes. It is not probable, however, thaï he fuily appreciated the powers of his disciple, or foresavv the vast influence, bolh for good or for evil, which Ibat most vigorous and acute of human intellects was destined to exercise on the two succeeding générations ». (« Son œil perçant découvrit bientôt les talents supérieurs de Thomas iflfebcs. Il n'est pas probable, toutefois, qu'il appréciât pleinement les dispositions de son disciple ni qu'il prévit la grande influence, tant en bien qu'en mal, que cet esprit si vigoureux et si perspicace devait exercer sur doux générations successives. »)

40 [page 268]. Buckle (a) aprécie plus exactement . « After the death of Bacon, one of the most distinguished Englishmen was certainly Boylc, who, if compared with his contemporarics, may be said to rank immediately below Newton, though, of course, very inferior lo him as an original thinker ». (« Après la mort de Bacon, un des Anglais les plus éminents fut certainement Boyle, qui, si on le compare à ses contemporains, peut être rangé immédiatement après Newton, bien qu'il lui soit sans doute très inférieur comme penseur original. ») Nous hésitons à souscrire à cette dernière appréciation, car la grandeur de Newton ne consiste nullement dans l'originalité de sa pensée, mais dans la réunion d'un rare talent pour la mathématique avec les qualités que nous avons dépeintes dans notre texte.

41 [page 269]. Ainsi déjà Graelin (ö) fait commencer avec Boyle (1661-1690) la 2* période ou la période moderne de l'histoire de la chimie. Il remarque avec raison (II, 35) qu'aucun homme n'a contribué autant que Boyle a à renverser le pouvoir que l'alchimie s'arrogeait sur tant d'esprits et sur tant de sciences ». — Kopp parle de lui en détail (c) : : « Nous voyons en Boyle le premier chimiste dont les efforts, en chimie, furent exclusivement dirigés vers le noble but de scruter la nature ». Il le cite ensuite souvent dans les parties spéciales de son histoire, surtout dans l'Histoire de la théorie des odinités (d),

(a) Hisl. ol civil., II, p. 75.

(5) Gesch. d. Chemie, Gœll., 179b.

(c) Gesch. d. Chemie, p. 163 et suiv.

(d) Gesch. d. Chemie, II, p. 274 et suiv.

où, enlre autres, il dit de Boyle que le premier, il conçut la recherche des molécules élémentaires tout à fait dans l'esprit de la chimie actuelle.

42 [page 271]. Buckle (II, p. 75j, attribue notamment à Boyle les premières expériences sur les rapports de la couleur et de la chaleur, la base de l'hydrostatique et la première découverte de la loi dite plus tard de Mariotle, d'après laquelle la pression de l'air se modifie en proportion de sa densité. Quant à Ihydrostatique, Buckle n'exalte Boyle que relativement aux Anglais, reconnaissant ainsi directement la supériorité de Pascal. Voir ibid., la note 68, où du reste on peut se demander si, en fait d'hydrostatique, on n'a pas exagéré le mérite de Pascal aussi bien que de Boyle. D'après Dühring (a), le véritable inventeur sur ce terrain sérail Galilée, dont Pascal ne fit qu'appliquer ingénieusement les principes ; quant à Boyle, que Dühring ne nomme pas du tout, il airfSit surtout le mérite d'avoir confirmé par des expériences la vérité des nouveaux principes. En ce qui concerne la « loi de Mariotte », la priorité de Boyle ne me paraît pas encore incontestable. Boyle éprouvait évidemment une grande répugnance pour les généralisations' trop précipitées et, à ce qu'il paraît, il n'avait pas pleinement conscience de l'importance de lois «triclement formulées. Dans son ouvrage principal sur ce sujet (6), la dépendance de la pression à l'égard du volume est palpable ; Boyle indique même des méthodes pour déterminer numériquement la pression et la densité de l'air resté dans le récipient ; mais nulle part le résultat n'est précisé. Ainsi, par exemple (c), il dit :... « facta inter varios aeris in phiala constricti expansionis gradus, et respectivas succrescentes mcrcurii in tubum aleti allitudines comparatione, Judicium aliquod ferri possit de vi aeris elastica, prout variis dilatationis gradibus infirmati, sed obsercationibus tam curiosis superscdi. »... (« En comparant les divers degrés d'expansion de l'air comprimé dans la cuvette avec les hauteurs respectives du mercure s'élevant dans le tube, on pourrait énoncer un jugement sur l'élasticité de l'air, suivant qu'il est affaibli par les divers degrés de dilatation, mais /e nai pas donné suite à ces obseroations si curieuses. »)

43 [page 271]. On peut aussi louer Boyle de l'insistance avec laquelle, le premier peut-être parmi les physiciens modernes, il demanda la confection d'appareils bien imaginés et bien agencés.

44 [page 271]. Voir surtout la dissertation Experimenloriim noo. physico-mech. continualio II. (.4 conlinualion o( new experimenls, , London, 1680), où sont indiqués exactement les jours où les expériences furent faites.

(a) Gesch. d. Princ. der Mechanik, p. 90 et suiv. (t>) Conlinualion ai new Experimenls louching Uie sprinq and weighl of Ihe air and Iheir eUecls, Oxf., 1669. (c) Exp. 1. § 6, p. 4,- de l'édition latine de Genève (1694).

45 [page 271]. Origin ol {orms and qualilies, according lo the corpuscular philosophy, Oxford, 1664 et plus lard : édition latine Oxford, 1669 et Genève, 1688. Je cite cette dernière édition.

46 [page 271]. Ibid. Discursus ad lectorem : « plus certe commodi c parvo illo sed locuplelissimo Gassendi syntagmate philosophiae Epicuri perceperam, modo tempestivius illi me assuevissem ». (« j'aurais cerlainement retiré plus d'avantages de ce petit, mais substantiel, traité de Gassendi sur la philosophie d'Epicure, si j'en avais entrepris la lecture plus tôt. »)

47 [page 272]. \"oir Exercitatio IV. de utilitate phil. naturalis, où cette thèse est traitée amplement. Les Some considérations touching the usefulness ol experimenlal natural philosophy parurent pour la première fois à Oxford en 1663 et 1664 ; en latin sous le titre : Exercilaliones de utilitate phil. nat. Lindav.iae 1692, 4. Gmclin (a) mentionne une édition latine, LQndres, 1692,4.

48 [page 273]. Voir la brochure : Examen dialogi pliysici doniini Hobbes de natura aeris, Genevae, 1695.

49 [page 273]. De origine qualitatum. et [ormarum, Genevae, 1688, p. 28 et suiv. — Ici cependant il faut remarquer que Boyle ne fait pas du mouvement un caractère essentiel de la matière ; celle-ci, même quand elle se repose, reste immuable dans sa nature. Mais le mouvement est le « mode primaire » de la matière, et sa division en « corpuscules » est, comme chez Descartes, un effet du mouvemcni. Voir aussi ibid., p. 44 et suiv.

50 [page 273]. Voir Tractatus de ipsa natura, sect. I, à la conclusion, p. 8, éd. Gen., dissertation pareillement intéressante sous le . point de vue philosophique. — Ici encore je ne puis citer que l'édition latine de Genève, 1688.

51 [page 273]. Ainsi, par ex. dans Tract, de ipsa natura, p. 76, l'auteur vante la régularité du cours de l'univers dans lequel même des désordres apparents, comme par ex. les éclipses de soleil, les débordements du Nil, etc., doivent être considérés comme les conséquences prévues des règles du cours de la nature établies une fois pour toutes par le Créateur. L'arrêt du soleil sur l'ordre de Josué et le passage de la mer Rouge par les Israéhtes sont considérés comme des exceptions telles qu'elles peuvent se présenter dans des ces rares et importants par l'intervention spéciale du Créateur.

52 [page 273]. De utilitate phil. exper. Exerc. V. § 4, Lindaviœ, 1692, p. 308 : « Corpus enim hominis vivi non saltem concipio tanquam membrorum et liquorum congeriem simplicem, sed tanquam machinam, e partibus certis sibi adunitis consislentem ». (« Le corps humain ne m'apparait pas comme un simple amas de membres et de parties liquides, mais comme une machine composée de certaines

(a) Gesch. d. Chemie, II, p. 101.

49i NOTES DE LA TROISIEME PARTIE.

parties unies entre elles. ») — De origine {ormarum, p. 2 : « Corpora viventium, curiosas hasce et elaboratas machinas ». (« Les corps des vivants, ces machines curieuses et confectionnées avec soin »), et dans plusieurs autres passages.

53 [page 273]. De origine {ormarum. Gen., 1688, p. 81.

54 [page 274]. De origine (ormarum, p. 8 .

55 [page 274]. Newton's Annolationes in valicinia Danielis, Habacuci et Apocalypseos, London 1713.

56 [page 274]. Newton fut nomme, en 1696, directeur de la Monnaie royale avec un traitement de 15,000 livres sterling (375,000 francs). On dit que, dans l'année 1693, la perte d'une partie de ses manuscrits le rendit malade au point d'altérex ses facultés intellectuelles. Voir l'esquisse biographique de Littrow dans sa traduction de l Histoire des sciences inductives {Gesch. d. ind. M^issensch.) de Whewell, Stuttgart, 1840, II, p. 163, note.

57 [page 277]. Voir Whewell, Hist. des se. ind., trad. de Littrow, II, p. 170. Il résulterait des récits assez dignes de foi, émanés de Pemberton et de Voltaire, et des renseignements fournis par Newton luimême, que dès l'année 1866 (il avait alors 24 ans), assis dans un jardin, il avait réfléchi sur la pesanteur et conclu qu'elle devait aussi influer sur le mouvement de la lune, puisqu'elle se faisait sentir même aux lieux les plus élevés que nous connaissions.

58 [page 277]. Voir Dühring (a) et (ibid., p. 180 et suiv.) des paroles remarquables de Copernic et de Kepler se rapportant à notre sujet; enfin dans Whewell, traduit par Littrow, II, p. 146, les opinions de Borelli. On peut aussi rappeler que Descartes, dans sa théorie des tourbillons, trouva en même te/nps la cause mécanique de la pesanteur, de sorte que l'idée de l'identité des deux phénomènes était même classique à cette époque-là. — Dühring remarque avec raison qu'il s'agissait de mettre d'accord l'idée vague d'un rapprochement ou d'une « chute » des corps célestes avec la loi mathématiquement déterminée de la chute des corps terrestres, trouvée par Galilée. Quoi qu'il en soit, ces précurseurs montrent combien l'on était près de la synthèse elle-même et, dans le texte de notre ouvrage, nous avons fait voir comment cette synthèse devait être aidée par l'atomistique. Le mérite de Newton consista à transformer la pensée générale en un problème mathématique, et, avant tout à donner une brillante solution de ce problème.

59 [page 277]. Sous ce rapport, Huyghens surtout avait puissamment frayé la voie ; mais les éléments de la théorie exacte remontent, ici encore, jusqu'à Galilée. Voir Whewell, traduit par Littrow, II, p. 79, 81, 83 ; Dühring, p. 163 ai suiv. el p. 188.

60 [page 278]. Whewell, trad. par Littrow, II, p. 171 et suiv. Com-

(a) Krit. Gesch. der allg. Prineipien der Mechanik, p. 175.

parer, relativement au récit de la reprise du calcul, Hettner, Literalurgesch. d. 18 Jahrh., I, p. 23.

61 [page 279]. Principes, IV. Dans la trad. de Kirchmann, p. 183 et suiv.

62 [page 280]. Phil. nal. princ. math., I, 11, au commencement ; un passage d'une tendance toute semblable se trouve vers la fin de ce chapitre (édition d'Amsterdam, 1714, p. 147 et 172). — Dans le dernier passage. Newton appelle « esprit » (Spiritus) la matière hypothétique qui, par son impulsion, donne naissance à la gravitation. Ici, à la vérité sont aussi mentionnées des possibilités toutes différentes, entre autres une tendance réelle des corps à se porter les uns vers les autres, et même l'action d'un intermédiaire incorporel ; mais le vrai but du passage est de montrer l'absolue valeur générale du développement mathématique, quelle que puisse être d'ailleurs la cause physique. La conclusion de tout l'ouvrage indique clairement où se trouve exprimée l'idée favorite de Newton. Voici le texte complet du dernier paragraphe : « Adjicere jam liceret nonnulla de spiritu quodam subtilissimo corpora crassa pervadente et in iisdem latente, cujus vi et actionibus particulae corporum ad minimas distantias se mutuo attrahunt, et contiguœ factae cohœrent ; et corpora electrica agunt ad distantias majores, tam repellendo, quam attrahendo corpuscula vicina ; et lux emittitur, reflectitur, refringitur, inflectitur et corpora calefacit ; et sensatio omnis excitatur, et mebra ammalium ad voluntatem movenlur, vibrationibus scilicet hujus Spiritus per solida nervorum capillamenta ab externis sensuum organis ad cerebrum et a cerebro in musculos propagatis. Sed haec paucis exponi non possunl ; neque adest sufficiens copia experimentorum, quibus leges actionum hujus Spiritus accurate determinari et monstrari debent ». (« Il nous serait maintenant permis d ajouter quelques mots sur un esprit très subtil qui pénètre dans les corps solides et y reste à l'état latent ; par sa vertu et son action, les parcelles des corps s'attirent mutuellement à de petites distances et adhèrent quand elles sont contiguës. Les corps électriques agissent à de plus grandes distances, tant pour repousser que pour attirer les corpuscules voisins. La lumière est émise, réfléchie, réfractée et déviée ; elle échauffe les corps. Toute sensation est excitée ; les membres des animaux se meuvent à volonté, sans doute par des vibrations de cet esprit propagées à travers les solides tubes capillaires des nerfs, depuis les organes extérieurs des sens jusqu'au cerveau et du cerveau dans les muscles. Mais ces détails ne peuvent se donner en peu de mots, et nous n'avons pas un grand nombre d'expériences pour nous permettre de déterminer avec soin et de démontrer les lois de l'action de cet esprit. »)

63 [page 280]. Voir Ueberweg. Grundriss, 3* éd., III, p. 102.

64 [page 280]. Whewell, trad. Lillrow, II, p. 145. — Et pourtant Huyghens, Bernouilli et Leibnitz étaient alors peut-être sur le continent

seuls parfaitement capables d'apprécier les travaux mathématiques de Newton ! Voir l'intéressante remarque de Lillrow, ibid., p. 141 et suiv., particulièrement sur l'opposition qu'au début la théorie de Newton sur la gravitation rencontra même en Angleterre.

63 [page 281]. On comprend donc très bien pourquoi se renouvellent toujours les essais faits pour expliquer la pesanteur par des causes physiques évidentes. Voir, par exemple, Ueberweg (a), à propos de l'essai d'explication de Lesage (1764). — Une tentative analogue fut faite dernièrement par H. Schramm (b). Mais telle est la force de l'habitude que des essais de ce genre sont accueillis aujourd'hui avec beaucoup de froideur par les hommes compétents. On s'est bien trouvé de l'action à distance et l'on n'éprouve nullement le besoin de la remplacer par autre chose. La remarque de Hagenbach (c), qu'il se présente toujours des hommes qui cherchent à expliquer l'attraction par des principes prétendus « plus simples » est un malentendu caractéristique .En effet, dans ces tentatives, il ne s'agit pas de simplifier, mais de rendre plus clair et plus intelhgible.

66 [page 281]. L'expression hypothèses non lingo se trouve dans la conclusion de l'ouvrage, peu de lignes plus haut que le passage reproduit par nous dans la note 62 ; elle est réunie à la déclaration suivante : « Quidquid ex phccnonienis non deducitur, hypolhesis vocanda est ; et hypothèses, seu metaphysicœ, seu physicae, seu qualitatum occultarum, seu mechanicae, in philosophia éxperimentali locum non habent. » (« Tout ce qui ne découle pas de phénomènes doit être appelé hypothèse, et les hypothèses, soit métaphysiques, soit physiques, soit relatives aux qualités occultes, soit mécaniques, n'ont pas de place dans la philosophie expérimentale. » La méthode réelle de la science expérimentale veut, d'après Newton, que les thèses (propositiones) soient déduites des phénomènes, puis généralisées par l'induction (d). Dans ces assertions, qui ne sont nullement exactes, et dans les « quatre règles pour l'étude de la nature », posées au commencement du 3* livre, est exprimée l'opposition systématique contre Descartes, pour lequel Newton était fort mal disposé. (Voir le récit de Voltaire dans Whewell, trad. de Littrow, II, p. 143.)

67 [page 281]. Newton lui-même reconnaissait que Christophe Wren et Hooke (ce dernier voulait même revendiquer la priorité de toute la démonstration de la gravitation) avaient trouvé, sans son aide et à son insu, le rapport inverse au carré de la distance. Halley, qui, contrairement à Hooke, était un des admirateurs les plus sincères de Newton, avait eu l'idée originale que l'attraction devait nécessairement diminuer

(a) Grundriss, 3* éd., III, p. 102.

(b) Die allg. Bewegung der Materie als Grundursache aller Naturerscheinungen. Vienne, 1872.

(c) Die Zielpunkte der physik. Wissensch., p. 21.

(d) Principes, trad. de VVoIfers, p. 511.

NÜlLS DE LA TROISIÈME PAIMIE. 497

dans la proportion énoncée, parce que la surface sphériquc sur laquelle la force rayonnante se répand grandit toujours dans la même proportion. (Voir Whewell, trad. de Littrow, II, p. 155-157.)

08 [page 281]. Voir Snell, Newton und die median. Naturwissenschaft, Leipzig, 1858, p. 65.

69 [page 282]. Ainsi s'exprimait Newton, en 1G9.3, dans une lettre à Bentley. Voir Hagenbach, Die Zielpunkte der physikal. Wissenscli., Leipzig, 1871, p. 21.

70 [page 283]. Œuvres de Kant, publiées par Hartenstein, Leipzig, 1867, I, p. 216.

71 [283]. Hist. of civilizalion, II, p. 70 et suiv. — En ce qui concerne l'exemple du changement d'opinion de Thomas Browne (ibid., p. 72 et suiv.), on peut bien mentionner l'assertion publiée dans le Polhyslor de Morhof, d'après laquelle Browne aurait écrit la Religio niedici, pour ne pas être soupçonné d'athéisme. Quand même cet exemple ne serait pas aussi frappant que Buckle le fait paraître, l'opinion générale, à l'appui de laquelle il est cité, n'en reste pas moins d'une justesse indubitable

72 [page 284]. On trouve dans Whewell (a) une appréciation de l'influence que les orages révolutionnaires produisirent sur la vie et les actes d'éminents mathématiciens et naturalistes anglais. Plusieurs d entre eux formèrent, en 1645, avec Boyle « le collège invisible », noyau de la Société royale (Royal Society) fondée plus tard par Charles IL

73 [page 285]. \'oir Mohl, Gesch. u. Liler. der Slaatswissensch., I, p. 231 et suiv.

74 [page 285]. Quant à la polémique entre Locke et le ministre des finances Lowndes, voir Karl Marx (b). Lowndes voulait, lors de la refonte des monnaies mauvaises et dépréciées, faire le shilling plus léger qu'il n'avait dû l'être antérieurement d'après la loi ; Locke obtint que l'on reviendrait aux prescriptions légales, depuis longtemps tombées en désuétude. II en résulta que les dettes et particulièrement celles de l'Etat, qui avaient été contractées en shillings légers, durent être remboursées en shillings plus pesants. Lowndes avait raison matériellement ; mais il s'appuyait sur de mauvais arguments que Locke réfuta avec succès. Marx dit, en précisant l'attitude politique prise par Locke : « Représentant la bourgeoisie nouvelle sous toutes ses formes, les industriels contre les travailleurs et les indigents, les commerçants contre les usuriers de l'ancienne trempe, les aristocrates de la finance contre les débiteurs de l'Etat, démontrant dans un ouvrage spécial que la raison de la bourgeoisie était la raison normale de l'humanité, Locke releva le gant jeté par Lowndes. Locke fut vainqueur, et de

(ö) Hist. des se. induct., trad. de Littrow, p. 150 et suiv.

(b) Zur Kritik d. polit. Œkonomie, Berlin, 1859, 1" cahier, p. 53 et

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