‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernes (volume 2)Chapitre 19 sur 68 · IV · texte numérisé non relu

IV

plir pour toujours. Daignez, ô mon souverain maître,vous souvenir de moi, vous rappeler que je reste isolé au milieu de mes amis, puisque je vous ai perdu, et que l'unique vœu de mon cœur est de me réunir au maître tout bon, tout-puissant, qui seul peut communiquer à mon cœur cette force, celte persuasion et cette énergie qui me rendront capable d'exécuter sa volonté.

» J'attendrai avec respect, et avec une égale soumission, vos ordres souverains, ô mon maître; et, quels qu'ils puissent être, je les remplirai avec tout le zèle que vous devez attendre d'un sujet qui vous appartient, et qui vous a juré sa foi et consacré son obéissance la plus aveugle.

» Daignez seulement, ô mou maître, ne pas m'abandonner, m'accorder votre bénédiction et m'envelopper de votre esprit; alors je sens que je serai tout ce que vous voudrez que je sois.

» Ma plume se refuse à toutes les impulsions de mon âme; mais mon cœur est tout rempli des plus respectueu.v sentiments. Ordonnez-donc de mon sort; ne me laissez pas trop languir loin de vous. La félicité de ma vie est celle que je vous demande, vous m'en avez fait naître le besoin, ô mon maître, et vous seul pouvez le satisfaire. »

«Avec tout les sentiments d'un cœur résigné et soumis, je me prosterne à vos pieds et à ceux de notre maîtresse. Je suis, avec le plus profond respect, monsieur et maître, etc.

Boxdofjnc-snr-Mcv, le 20 juin 1786. Votre fils, sujet et dévoué à la vie et à la mort. N »

Nous citei'ons une troisième lettre ou l'on fait paît à Cagliostro tic la consécration de la loge égyptienne de Lyon, et où de tendres actions de grâces lui sont adressées pour avoiraiitorisé cette auguste cérémonie.

« Monsieur et maître, rien ne peut égaler vos bienfaits, si ce n'est la félicité qu'ils nous procurent. Vos représentants se sont servis des clefs que vous leur avez confiées; ils ont ouvert les portes du grand temple, et nous ont donné la force nécessaire pour faire briller votre grande puissance.

» L'Europe n'a jamais vu une cérémonie plus auguste et }dus sainte; mais, nous osons le dire, monsieur, elle ne pou-

vait avoir de témoins plus pénétrés de la grandeur du Dieu des dieux, plus reconnaissant de vos sapiêmes bontés.

» Vos maîtres ont développé leur zélé ordinaire, et ce respect religieux qu'ils portent toutes les semaines aux travaux intérieurs de notre loge. Nos compagnons ont montré une ferveur, une piété noble et soutenue, et ont fait l'éducation de deux frères qui ont eu l'honneur de vous représenter. L'adoration des travaux a duré trois jours, et, par un concours remarquable de circonstances, nous étions réunis au nombre de vingt-sept dans le temple; sa bénédiction a été achevée le 27, et il y a eu cinquante-quatre heures d'adoration.

» Aujourd'hui notre désir est de mettre à vos pieds la trop faible expression de notre reconnaissance. Nous n'entreprendrons pas de vous faire le récit de la cérémonie divine dont vous avez daignez nous rendre l'instrument ; nous avons l'espérance de vous faire parvenir bientôt ce détail par un de nos frères, qui vous le présentera lui-même. Nous vous dirons cependant qu'au moment où nous avons demandé à l'Éternel un signe qui nous fit connaître que nos vœux et notre temple lui étaient agréables, tandis que notre maître était au milieu de l'air, a paru, sans être appelé, le premier philosophe du Nouveau Testament. 11 nous a bénis après s'être prosterné devant la nuée dont nous avons obtenu l'apparition, et s'est élevé sur cette nuée, dont notre jeune colombe n'a pu soutenir la splendeur, dès l'instant qu'elle est descendue sur la terre.

j Les deux grands prophètes et le législateur d'Israël nous ont donné des signes sensibles de leur bonté et de leur obéissance à vos ordres : tout a concouru à rendre l'opération complète et parfaite, autant qu'en peut juger notre faiblesse.

B Vos fils seront heureux, si vous daignez les protéger toujours, et les couvrir de vos ailes : ils sont encore pénétrés des paroles que vous avez adressées du haut de l'air à la colombe qui vous implorait pour elle et pour nous : Dis-leur que je les aime et les aimerai toujours.

3> Us vous jurent eux-mêmes un respect, un amour, une reconnaissance éternels, et s'unissent à nous pour vous demander votre bénédiction. Ou'elle couronne les vœux de vos très soumis, très respectueux fds et disciples. Le frère aîné Alexandre Ter...., le 1*' août 55G. »

Dans une autre lellre, les maçons lyonnais écrivent

au grand cophte, absent, qu'il a paru dans leur loge, entre les prophètes Enoch et Elle.

L'Inquisition ;i trouvé dans ses papiers plusieurs procès-verbaux des séances maçonniques, que lui avaient envoyés ses sectateurs. On rapporte dans ces procèsverbaux l'apparition de Cagliostro pendant les cérémonies du travail maçonnique, et l'on fait connaître des instructions que le maître avait données pour les travaux de la loge et pour faire apparaître l'image de Lorenza à l'évocation des pupilles ou colombes^

A Londres, le grand cophte fut reçu avec les plus grands honneurs. Un nombre considérable de ses lils de Lyon et de Paris vint bientôt l'y rejoindre. Ils le prièrent de tenir une loge du rite égyptien, sans doute pour leur apprentissage ; et c'est ce qu'il fit souvent dans la maison qu'il habitait.

« Il reçut, dit l'historien de l'Iaquisitioii, diverses personnes de marque et travailla avec quatre pupilles d'un rang distingué Dans cette occasion, il lui arriva un accident singulier dont il proteste qu'il n'a jamais pu deviner la cause. Quelques hommes et femmes lui demandèrent des pouvoirs pour travailler par eux-mêmes, il les leur accorda, comme il avait fait à tant d'autres; cependant les travaux réussirent si mal, que les pupilles eurent une apparition de guenons, au lieu d'anges qu'elles attendaient"-. »

Au milieu de. tous ces soins, Cagliostro n'oublia pas les dei^nières pai^oles qu'il avait prononcées à Paris, de la terrasse de sa maison de la i ue Saint-Claude. Ce fut à Londres, quand il vit un bras de mer entre la Bastille et lui, qu'il adressa les paroles promises. Sa

1. Voyez la Vie de Cagliostro, cVaprès la procédure de rinquisition, p. 179-187, où sont citées deux séances de la loge de Lyon.

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