Le marquis de Liichet
•!0 hintoiue du merveilleux.
vos cœurs. » Et la Grande maîtresse leur apprit ce que c'était que le baiser de T amitié.
Cela fait, le Génie de la vérité se replaça sur sa boule d'or, qui, s'élevant comme elle était descendue, l'emporta dans les profondeurs de la voûte. Pendant cette ascension, le parquet s'cntr'ouvrii par le milieu, et la lumière revenant à flots dans le temple, on vit soilir de dessous terre une table splendidement ornée et délicatement servie : argenterie éblouissante, qui n'était pas une vaine apparence, belles fleurs, qui exhalaient de vrais parfums, mets et vins choisis, qui, délectant les sens, les forçaient à reconnaître leur plantureuse réalité. Dans ce souper, que les Ihaumaturoes faisaient succéder k l'initiation, il n'y avait rien d'illusoire ni de fantastique, pas même les amants que, ces dames y retrouvèrent. Onsoupa gaiement et de bon ajipétit. Il y eut des danses et des divertissements, où brillèrent les talents de Glorinde et de Marpbise, naguère farouches guerrières, maintenant ravissantes aimées, peutêtre empruntées à l'Opéra, mais qu'on croyait importées d'Egypte, en rnème temps que les mystères d'Anubis. Quand on se retira, il était trois heures du matin, preuve irrécusable que l'émancipation de la femme dans la société française avait déjcà fait quelque progrès avant l'arrivée dn grand Cophte et de sa compagne.
Pour présider ce joyeux souper, Lorenza avait quitté ses insignes et le ton solennel de Grande maîtresse. Elle ne laissa point partir ses charmantes convives sans leur déclarer que celte première initiation n'avait été qu'un amusement, sauf à reprendre et à continuer le cours de magie au gré des nobles adeptes. Mais elle leur lit cet aveu avec tant de charme et à la suite d'un si beau festin, qu'elles l'embi-assèrent avec tendresse,
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de sorle qu'aucune d'elles ne son£;ea à se plaindre d'avoir payé cent louis une séance de magie blanche. A parlir de ce jour, la comtesse de Cagliostro, qui élait belle, d'ailleurs, passa pour le type accompli de toutes les perfections. On disputa sur la pureté des lignes de son visage, et sur la couleur de ses yeux, bleus ou noirs. 11 y eut, dans la ville, des cartels échangés et de grands coups d'épée donnés et reçus en l'honneur de la Grande maîtresse de la rue Yerte.
Balsamo, comme nous l'avons dit, avait déclaré qu'il ne voulait point faire de médecine à Paris. Cependant, il ne lui fut pas possible d'être constamment fidèle à cette résolution. Cette maison isolée, profonde et entourée de jardins, qu'il avait louée sur le boulevard du Temple, à l'extrémité de la rue Saint-Claude, et qui devait plus tard servir de demeure à Barras, ne devait d'abord être consacrée qu'à abriter le laboratoire mystérieux où se distillait son fameux élixir de longue vie. Mais il fut obligé d'y recevoir les malades pauvres qui imploraient ses secours. Il les traitait gratuitement. Il allaitmême visiter dans leurs taudisles plus infirmes, et ne les quittait jamais sans leur laisser quelque argent. A l'égard des malades titrés, oti ayant quelque importance dans le monde, il se montrait plus difficile, et ne consentait à les voir qu'après avoir été plusieurs fois appelé par eux.
Désarmée par tant de discrétion et de réserve, la Faculté do médecine de Paris, qui s'était montrée si hostile ;'i Mesmer, se contenta d'exprimer des doul<,'S sur les l^uéiisoiis opérées pai' Joseph Balsamo, et de protester dans quelques gazettes, contre rillégalité de ses moyens de médication, remarque qui ne pouvait guère refroidir
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l'cntlioiisinsmc du public pour cet homme sHrnaiureL
Caglioslro eut, d'ailleurs, la bonne fortune d'opérer bientôt une cure éclatante, qui fit le désespoir de la médecine officielle.
Nous avons déjà parlé de ses premières relations avec le cardinal de Rohan. Un des frères de ce princearchevêque, le prince de Soubise, était dangereusement malade. Certains médecins l'avaient déclaré atteint d'épuisement, d'autre accusaient la fièvre scarlatine; mais tous s'accordaient à trouver le cas désespéré. Le cardinal de Rohan, bien qu'il n'eût pas éprouvé pour lui-même, à Strasbourg, les bons effets de la puissance médicale du grand empirique, n'en avait pas moins en lui une confiance illimitée. Il le pria donc, avec instance, de voir son frère, le prince de Soubise.
Un jour, il le fit monter dans son carrosse et le conduisit à l'hôtel de Soubise, où il annonça <r un médecin» sans le nommer, d'ailleurs. Comme la Faculté avait déclaré le malade perdu, la famille laissa faire. Quelques domestiques seulement se trouvaient dans la chambre du piiucc, lorsque le cardinal et Joseph Dalsamo y entrèrent. Ce dernier ayant demandé à rester seul ijuclque temps avec le malade, on les laissa.
Que fit Joseph Balsamo ainsi renfermé avecle prince? Le magnétisa-t-il à outrance, ou se mit-il lui-même en état de somnambulisme? C'est ce qu'on n'a jamais su. Toujours est-il ({u'après une heure consacrée à un examen ou à des préhm inaires dont il garda le secret, Basalmo appela le cardinal, et lui dit :
« Si l'on suit mes prescriptions, dans deux jours monseigneur le prince de Soubise quittera ce lit, et se promènera dans cette chambre; dans huit jours, il sortira en carrosse ; dans trois semaines, il ira faire sa cour à Versailles.
LES PRODIGES DE CAd LI (t STR O. ;!:j
Quand on a consulté un oracle, on n'a rien de mieux
à faire que de lui oh(Mr. Le cardinal de Uohan se mit donc aux ordres de Balsamo, qui dans la même journée, revint avec lui à l'hôtel deSoubise, muni cette fois d'une petite fiole contenant un liquide dont il fit prendre dix o'outles au prince malade.
« Demain, dit-il, nous donnerons au prince de Soubise cinq gouttes de moins ; après-demain, il ne prendra que deux gouttes de cet élixir, et il se lèvera dans la soirée. »
L'événement dépassa les prédictions de l'oracle. Le second jour qui suivit cette visite, le prince de Soubise S(3 trouvait en état de recevoir quelques amis. Dans la soirée, il se leva, fit le tour de sa chambre, causa assez gaiement et revint s'asseoir dans un fauleuil. Il se sentit même assez en appétit pour demander une aile de poulet; mais, quelque instance qu'il fît pour l'obtenir, on dut la lui refuser, la diète absolue étant une des prescriptions du médecin, encore inconnu, qui faisait de telles merveilles.
Dès le quatrième jour, le malade était en pleine convalescence. Mais ce ne fut que le lendemain, dans la soirée, qu'il lui fut octroyé de manger enfin son aile de poulet.
Personne, dans l'hôtel de Soubise, ne savait encore que Cagliostro était le médecin anonyme qui donnait ses soins au prince. On ne le nomma qu'au moment de la guérison, et ce nom, déjà si fameux, ne fut plus dès lors pour personne celui d'un charlatan. Ennobli par cette cure miraculeuse, il retentit à la ville et à la cour, au milieu de mille acclamations enthousiastes.
Peu de temps après, deux cents carrosses stationnaient sur toute la longueur de la rue Saint-Claude. A