‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernes (volume 2)Chapitre 3 sur 68 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Joseph Balsamo à Bordeaux. — Son arrivée à Paris. — Prodiges qu'il y accomplit. — Le banquet d'outre-lonibc de la rue Saint-Claude. — • Miracles de Lorcnza, la Grande maîtresse. — Le souper des trentesix adeptes. — La guérison miraculeuse du prince de Soubiso. — Enthousiasme de la capitale pour le nouveau thaumaturge.

Joseph Balsamo entra à Bordeaux le 8 novembre i783. Il assure que Taffluence des malades fut si grande, (pi'il dut « obtenir des soldats, à l'effet d'entretenir l'ordre dans sa maison. » Cette précaution, ([ui pouvait n'être qu'une manœuvre de son cliarlalanisme, ne doit pourtant pas empêcher de croire aux effets puissants qu'il produisit dans cette viUe. Nous savons, d'ailleurs, et c'est un fait constant, que le P. Ilervier, ce magnétiseur si plein de facultés, ayant osé lutter de puissance fluidique avec lui, fut publiquement terrassé, et reçut à cette occasion, de toute la société mesmérienne, le bhmie que méritait son imprudence.

Ici le mémoire de Cagliostro va nous donner son ili-

l.Voir, dans le volume précédent, pages 188 et suivantes, les actes du P. Ilervicr, prêchant le magnétisme dans la cathédrale de Bordeau.'w.

LES l'IlODlGES DE E \ G L lOST R 0. 1!l

néraire, et nous apprendre aussi qu'en tout lieu sa gloire était mêlée de quelque amertume :

>.< ... Legcnrc dcperséculionsqui m'avait éloigne de SU'asbourg iii'ayaut suivi à Dordeaux, je pris le parti, après onze mois de séjour, de m'en aller à Lyon dans les derniers jours d'octobre 'lT8i. Je ne restai que trois mois dans cette dernière ville, et je partis pour Paris, oùj'arrivai le 30 janvier 1785. Je descendis dans un des hôtels garnis du Palais-Royal; et, peu de temjjs après, j'allai liabiterune maison rue Saint-Claude, près du boulevard.

« Mon premier soin fut de déclarer à toutes les personnes de ma connaissance que mon intention était de vivre tranquille, et que je ne voulais plus m'occuper de médecine. J'ai tenu ma j)arole et me suis refusé absolument à toutes les sollicitations qui m'ont été faites à cet égard'. »

On ne voit pas, en elïct, Joseph Balsamo signaler par beaucoup de guérisons son séjour à Paris, qui, pourvu alors d'une Société de Vharmonie, de plusieurs cliniques mesméi^ennes, desioniennes, juméliennes , etc. , d'arbres magnétisés dans les jardins et les promenades, et de plusieurs milliers de baquets à domicile, n'eut vraiment eu que faire d'un nouveau dispensateur du lluide vital. Il se retourna donc vers un autre genre d'opérations plus étonnantes que les cures magnétiques, dans lesquelles Paris commençait à ne plus rien voir de surnaturel. Les pliénomènesqu'il produisit furent deceuxqui échappentà la compétence et à la discussion des corps acadétniques, mais qui n'en frappent que plus fortement les esprits, et dont nous avons déjà vu quelques préliminaires à Strasbourg, dans la séance des colombes. Il étonna par l'évociuion des ombres, c'est-à-dire en faisant apparaître, à

1. Mémoire composé pour sa diHcnsc, par Cagliosli'O, peiidaiit qu'il c'tail détenu l'i la Baslillc pendant l'instruction de Valfaire du collier.

20 HISTOIRE DU ME il V Kl L L EUX.

la volonté des curieux, dans un miroir ou dans une carafe i)leinc d'eau, des personnages, mortsou vivants.

Joseph Ijalsamo, à Paris, ne voulut être que thaumaturge, et il fit, en cette qualité, d'assez grands miracles ou d'assez grands tours, pour éclipser un moment toute autre célébrité contemporaine. Dans le peuple, dans la bourgeoisie, chez les grands et surtout à la cour, l'admiration alla pour lui jusqu'au fanatisme. On ne l'appelait que le divin Caglioslro. Son portiait était partout, sur les tabatières, sur les l)ogues et jusque sur les éventails des femmes. On posait sur les murailles des affiches où l'on rappelait que Louis XVI avait déclaré coupable de lèse-majesté quiconque ferait injure à Cagliostro. Tout le monde voulait être témoin de ses merveilles; ceux qui ne pouvaient les voir se les faisaient narrer avec détail, et ne se lassaient pas d'en écouter le récit.

On racontait qu'à Versailles, devant quelques grands seigneurs, il avait fait paraître, dans des miroirs, sous des cloches de verre et dans des carafes, non pas seulement l'image de personnes absentes, mais ces personnes mômes, des spectres animés et se mouvant, et même plusieurs morts qu'on lui avait désignés.

Ces évocations de morts illustres étaient le spectacle ordinaire que Joseph Balsamo donnait à ses convives dans des soupers qui ftiisaicnt grand bruit dans Paris, à cette époque où Diderot, d'Alembertet plusieurs autres célèbres encyclopédistes n'existant plus, la marmite des soupers philosophiques était renversée.

L'auteur des Mémoires authentiques ])our servir à Vhistoire de Cagliostro a fort heureusement décrit une de ces scènes où des encyclopédistes passés à l'état d'ombres, viennent jouer leurs rôles.

LES PRODIGES DE C AG L I 0 STRO. -Jl

Le grand thaumaturge avait annoncé que dans un souper intime, composé de six convives, il évoquerait les morts qu'on lui désignerait, et qu'ils viendraient s'asseoir au banquet, la table devant avoir six couverts.

Le souper eut lieu rue Saint-Claude, où demeurait Cagliostro, et à l'insu de Lorenza.

A minuit on se trouva au complet. Une table ronde, de douze couverts fut servie avec un luxe inouï, dans une salle où tout était en harmonie avec l'opération cabalistique qui devait avoir lieu. Les six convives, et Cagliostro septième, prirent place. On devait donc être treize à table!

Le souper servi, les domestiques furent renvoyés, avec menace d'être tués raides, s'ils tentaient d'ouvrir les portes avant d'être appelés. Ceci était renouvelé des soupers du Régent.

Chaque convive demanda le mort qu'il désirait l'evoir. CagUostro prit les noms, les plara dans la poche du sa veste glacée d'or, et annonça que, sans autre préparation qu'un simple appel de sa part, les esprits évoqués allaient venir de l'autre monde en chair et en os; car, suivant le dogme égyptien, il n'y avait point de morts.

Ces convives d'outre-tombe, demandés et attendus avec une émotion croissante, étaient : Le duc de Choiseul, Vollaire, d'Alenibert, Diderot, rahhé de Voisenon et Montesquieu. On pouvait se trouver en plus sotte compagnie.

Les noms furent prononcés à haute voix, lentement et avec toute la puissance de volonté dont était doué Joseph Balsamo.

Il y eut un moment plus affreux et plus terrible que i'appaiition même, ce fut le moment de riucerlitudc, mais ce ne fut qu'un inom.ont. Les six convives évoqués

apparurent et vinrent prendre place au souper, avec toute la courtoisie qui les caractérisait. Quand les invites vivants uurenl un peu repris leur respiration, on se liasarda à questionner les morts.

Ici nous laisserons parler l'historiographe de ce prodigieux souper.

» La première question fut : comuient Ton se trouvait dans l'autr(! monde? — « 11 n'y a point d'autre monde, répondit d'A- Icmliert. La mort n'est qu'une cessation des maux qui nous ont tourmentés. On n'a nulle espèce de plaisir, mais aussi on ne connaît aucune peine. Je n'ai pas trouvé mademoiselle Lespinasse, mais je n'ai pas vu Linguet. On est fortsincère. Quelques morts qui sont venus nous rejoindre, m'ont assuré que j'étais presque oublié. Je m'en suis consolé. Les hommes ne valent pas la peine qu'on s'en occupe. Je ne les ai jamais aimés, maintenant je les méprise. »

n — Qu'avez-vous fait de votre savoir, » demanda M. de... à Diderot? — « Je n'ai pas été savant, comme on l'a cru, répondit-il ; ma mémoire me traçait ce que j'avais lu, et lorsque j'écrivais, je prenais décote et d'autre. De là vient le décousu de mes livres, qu'on ne connaîtra pas dans cinquante ans. L'Encyclopédie, dont on m'a fait honneur, ne m'appartient pas. Le métier d'un rédacteur est de mettre de l'ordre dans le choix des matières. L'homme (|ui a montré le plus de talent à l'occasion de l'Encyclopédie est celui qui en a fait la table, et persoime ne. songe à lui en faire honneur. »

« — J'ai beaucoup loué cette entreprise, dit Voltaire, parce que je la croyais propre à seconder mes vues philoso[)hiqui^s. A propos de philosophie, je ne sais trop si j'avais raison. Après ma mort, j'ai appris d'étranges choses. J'ai causé avec une demidouzaine de papes. Ils sont bons à entendre. Clément XIV et lienoît surtout sont des hommes d'infiniment d'esprit et de bon sens. »

« — Ce qui me fâche un peu, dit le duc de Choiseul, c'est qu'on n'a point de sexe là où nous habitons; et quoi qu'on en (lise, cette enveloppe charnelle u'étai! pas trop mal inventée. » — « Alors à quoi se connaît-on? demanda quelqu'un » — « Aux cajjrices, aux goûts, aux prétentions, à mille petites choses, qui sont des grâces chez vous et des ridicules là-bns. »

« — Ce qui m'a faitvraiment plaisir, ditl'abbé Voisenon, c'est

que, parmi nous, on est guéri de la manie de l'esprit. Vous n'imaginez pas combien l'on m'a persiflé sur mes petits romans saugrenus, combien l'on s'est moqué de mes notices littéraires, J'ai eu beau dire que je donnais à ces puérilités leur juste valeur; soit qu'on ne crût pas à la modestie d'un académicien, soit que tant de frivolité ne convînt pas à mon état ou à mon âge, j'expie presque tous les jours les erreurs de ma vie humaine. »

Il est facile de i^econnaîti-e l'espi'it antiphilosophique du gazetier qui rappoiHece pi^Hendu dialogue. Qu'il l'eût arrangé à sa manière, c'est ce que chacun reconnaissait à cette époque, et ce qui m'importait guère d'ailleurs, puisque tout le monde tenait pour avéré ce fait, essentiel et inouï, que les interlocuteurs désignés avaient paru, et qu'ils avaient parlé! Et làdessus la foi était d'autant plus forte que les gazetiers du temps assui^aient, sans nommer personne d'ailleurs, et pour cause, que les six convives de Cagliostro étaient six personnages importants, parmi lesquels se trouvait rnèmeun grand prince.

Aumilieu de ces scènes de prestige, Cagliostro poursuivait une idée, qui paraît avoir été le but de sa vie, s'il en eût jamais d'autre que d'exploiter la crédulité des grands. Depuis plusieurs années, il s'était fait, comme nous l'avons déjà dit, le propagandiste zélé d'une maçonnerie nouvelle, dite maçonnerie égyptlenne. Dans toutes les villes où il séjoui^nait, il établissait des loges de ce rite. Il voulut fonder à Paris une loge mère, dont toutes les autres ne seraient que les succui^sales. 11 s'annonçait comme apportant de l'Orient les mystères d'Isis et d'Anubis, ce qui lui donnait naturellement une grande considération. Quoiqu'il mcnarat d'une réforme radicale la maçonnerie vul-

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gaire, qui ne comptait pas moins de soixante-douze loiics actives dans la capitale, sa popularité aidant, Isiset Anubis triomphèrent de toutes les oppositions.

Il eut bientôt des sectateurs, et des plus haut titres, lesquels s'assemblèrent un jour, engrand nombre, pour entendre Joseph IJalsamo leur exposer les dogmes de la franc-maçonnerie égyptienne. Dans cette séance solennelle, il parla, dit-on, avec une éloquence entraînante. Son succès fut si éclatant que tousses auditeurs sortirent émerveillés et convertis à la maçonnerie régénérée et purifiée. Aucun d'eux ne douta qu'il ne vînt d'être initié aux secrets de la nature, tels qu'on les conservait dans le temple d'Apis à l'époque où Canibyse fit fustiger ce Dieu capricieux*.

A partir de ce moment, les initiations à la nouvelle franc-maçonnerie furent nombreuses, quoique restreintes à l'aristocratie de la société, et il y a des raisons de croire qu'elles coûtèrent fort cher aux grands personnages qui en furent jugés dignes.

Des femmes de qualité, qui avaient entendu parler de ces scènes mystérieuses et du souper cVoutre-tombe de la rue Saint-Claude, se sentirent prises, à leur tour, d'un désir ardent d'être initiées aux mêmes mj-stères. Elles sollicitèrent, à l'insu de leurs maris, la faveur de participer à-ces séances fantastiques. La plus passionnée de toutes, la duchesse de ï..., fut choisie pour proposer, en leur nom, à Mme de Gagliostro (Lorenza) d'ouvrir pour elles un cours de magie, où nul homme ne serait admis. On lui répondit avec sang-froid, que ce cours commencerait dès que le nombre des aspi-

1. Mémoire pour servir ù l'Iii.stoirc de la panc-maronuerie, par un Rose-Croix, Paris, 1790.

LKS l'RODlC. KS I)K CA 0 LIO ST 110 iï,

mntes s'élèverait à trente-six. Dans la même journée co nombre fut complété.

Voilà Lorenza, ou Seraphina, devenue Grande mai- Iresse de la maçonnerie égyptienne, au même litre que son mari eu était le Grand cophte. Elle commenr-a par faire connaître les conditions de son cours de magie féminine, qui étaient, pour chaque adepte, de verser cent louis, de s'abstenir de tout commerce humain, à dater du jour de la demande, et de se soumettre à tout ce qui lui serait ordonné. Ces conditions acceptées, on fixa la séance au 7 août.

La Grande maîtresse avait loué et fait préparer dans la rue Verte, au faubourg Saint-Honoré, quartier alors très solitaire, une vaste maison, entourée de jardins et d'arbres magnifiques. C'était là que la réunion devait avoir lieu. Aucune des trente-six adeptes n'y manqua. A onze heures, on était au grand complet.

En entrant dans la première salle, toutes les dames furent obligées de quitter leurs vêtements, et de prendre une robe blanche, avec une ceinture de couleur. On les partagea en six groupes, qui se distinguaient par les nuances de leurs ceintures : six étaient en noir, six en bleu, six en coquelicot, six en violet, six en rose, six en impossible (couleur de fantaisie). On remit à chacune un grand voile, qu'elles placèrent eu sautoii". On les fit ensuite entrer dans un temple éclairé par le haut de la voùle, et garni de trente-six fauteuils, couverts de satin noir. Lorenza, vêtue de blanc, était assise sur une espèce de trône, assistée de deux grandes figures, habillées de telle manière qu'on ne pouvait savoir si c'étaient des hommes ou des femmes, ou encore des spectres.

La lumière qui éclaiiail coîte salle s'nffiiblil insen-

-'' HISTOIRE DU MKItVEFLLElX.

siblemcnt, et quand on put à peine distinp-uer les objets, la Grande maîtresse ordonna aux dames de se découvrir la jambe gauche jusqu'à la naissance de la cuisse. Elle leur commanda ensuite de lever le bras droit et de l'appuyer sur la colonne voisine. Deux jeunes femmes, à qui l'on donnait le nom de Marphise etClorinde, entrèrent, tenant un glaive à la main, et attachèrent les trente-six dames' entre elles par 'les Jambes et par les bras, au moyen de cordons de soie. Alors et au milieu d'un silence absolu, Lorenza prononça un discours, qui commençait ainsi :

<■< L'état dans lequel vous vous trouvez est le symbole de votre état dans la société. Votre condition de femmes vous pla(îe sous la dépendance passive de vos époux. Vous portez des chaînes, si grandes dames que vous soyez. Nous sommes toutes, dès l'enfance, sacrifiées à des dieux cruels. Ah ! si, brisant ce joughonteux, nous savions nous unir et combattre pour nos droits,' vous verriez bientôt le sexe orgueilleux qui nous opprime ramper à nos pieds et mendier nos faveurs... » Ce discours, qui semble jusque-là commenter le code de la femme libre, finit pourtant par baisser de ton, et aboutit même h des conseils pleins d'un dépit superbe, mais fort rassurants pour le droit des maris : « Laissons-les, s'écria la grande prêtresse, faire leurs guerres meurtrières ou débrouiller le chaos, de leurs lois; mais chargeons -nous de gouverner l'opinion, d'épurer les mœurs, de cultiver l'esprit, d'entretenir la délicatesse, de diminuer le nombre des infortunes. Ces soins valent bien ceux de prononcer sur de futiles querelles. »

^ Après ce discours, qui fut accueilli par des acclamations enthousiastes, Marphise et Clorinde di'tnchèrent

LES PRODKIES DE CAG Ll USTU 0. '27

l(3S liens de ces dames, pour qui les épreuves allaient commencer. Mais auparavant, Lorcnza les fortifia par cette autre allocution :

« Recouvrez votre liberté, et puissicz-vous la recouvrer ainsi dans le monde. Oui, celte liberté, c'est le premier besoin de toute créature : ainsi donc, que vos âmes tendent de toute leur ardeur à la conquérir. Mais pouvez-vous compter sur vous-mêmes? Étes-vous sûres de vos forces? Quelles garanties m'en donnerez-vous? Adeples qui m'écoutez, il faut subir d'autres épreuves. Vous allez vous diviser en six groupes. Chaque couleur se rendra à undes six appartements qui correspondent à ce temple ; là, de terribles tentations viendront vous assaillir... Allez, mes sœurs, les portes du jardin sont ouvertes, et la lune douce etdiscrète, éclaire le monde. » Les dames entrèrent dans les appartements qui leur étaient respectivement désignés, et dont chacun ouvrait sur le jardin. Nul ne les y suivit; elles devaient aborder seules, dans leur force et dans leur liberté, les épreuves qui les attendaient. Elles firent, dit-on, des rencontres inouïes. Ici, des hommes les poursuivaient enlespersiflant; là, des adorateurs soupiraient, dans des postures attendrissantes. Plus d'une crut se trouver avec son amant, tant le fantôme ou le génie qui lui apparut avait une ressemblance frappante avec l'objet aimé. Mais le devoir et le serment prononcé commandaient une cruauté inflexible; il fallut repousser, et, au besoin, maltraiter l'ombre charmante, au risque de perdre à jamais une réalité adorée. On cite une de ces dames qui, dans l'exaltation de sa vertu, n'hésita pas à fouler d'un pied ravissant, mais impitoyable, l'image qui lui rejirésenlait l'idéal de sa pensée, le rêve de son cœur. Toutes s'acquittèrent strictement de ce qui leur avait

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été ordonne. L'esprit nouveau de la femme régénérée venait de Iriompiier sur toute la ligne des trente-six ceintures.

Ce fut donc avec ces symboles intacts et immaculés, qu'elles rentrèrent dans la demi-obscurité de li salle voûtée qu'on appelait le temple, pour recevoir les félicitations de la Grande maîtresse. Là, quelques minutes furent accordées au recueillement. Tout à coup, le dôme de la salle s'ouvrit, et l'on vit descendre, sur une grosse boule d'or, un homme, nu comme Adam avant le péché, qui tenait un serpent dans sa main et portait sur sa tête une flamme brillante.

« C'est du Génie môme de la vérité, dit la Grande maîtresse, que je veux que vous appreniez les secrets si longtemps dérobés à votre sexe. Celui que vous allez entendre est le célèbre, l'immortel, le divin Cagliostro, sorti du sein d'Abraham sans avoir été conçu, et dépositaire de tout ce qui a été, de tout ce qui est, et de tout ce qui sera connu sur la terre.

— Filles de la terie, dit le grand Cophte, dépouillez ces vêtements profanes. Si vous voulez entendre la vérité, mbntrez-vous comme elle. »

Aussitôt la grande prêtresse, donnant l'exemple, ôle sa ceinture et laisse tomber ses voiles. Et les adeptes, l'imitant, se montrèrent sinon, dans leur innocence, du moins dans toute la nudité de leurs charmes, aux yeux du Génie céleste.

Alors ayant promené lentement sur les beautés nues ses magnétiques regards,

« Mes filles, reprit-il, la magie tant décriée n'est, entre des mains pures, que le secret de faire du bien à riiumanité. La magie, c'est l'initiation aux mystères de la nature et la puissance d'user de cette science oc-

i.ts rnoDir.ES de cai'.liostko. ''■'

aille Vous ne clouiez plus du pouvoir masiquc; il va iusqu'à nmpossible, les a|.paritions du jardin vous 1 onl prouvé. Chacune de vous a vu l'êlre cher à son eœur, et a conversé avec lui. Ne douiez donc plus de la science herméiique, el venez quelquefois dans ee temple, ou les plus hautes connaissances vous seroul rêve ces. Leiie première inilialion est d'un bon augure ; elle prouve nue vous êtes dignes de la vérité. Je vous la dirai tout entière, mais par gradations. Aujourd hu. apprenez seulement de ma bouche que le but sublime de la francmaconnerie égyptienne, dont j'apporte les nies du fond de l'Orient, c'est le bonheur de l'human.te. Ce bonheur est illimité ; il comprend les jouissances matérielles, comme la sérénité de l'àme et les p ai sirs de l'intelligence. Tel estlebiit. Pour y parvenir, a science nous offre ses secrets. La science pénétrant la na me, c'est lama»ie. Ne m'en demandez pas davantage, \ivez le" us" ,%t pour cela, aimez la paix et l'harmome. Uetrcmpe; vos' âmes par les émotions douces, aimez d pratiquez le bien ; le reste est peu de chose. »

\bstrLlion faite de l'appareil fantasmagorique, il „'v a rien dans cette initiation qui contraste trop avec ia'morale et les idées liumanilaires qui avaient de. | a 1" dans le dix-huitiéme siècle. Mais l'h'slonen; nn ;„ suspect d'ailleurs, à qui l'on 'O.l le plus de de s sur les actes et les prédications de Cagliostio a lau , lie à ce qui précède quelques lignes d'une morale Xs.lncipée Suivant lui, abjurenin sexe trompeur C e on,ei que le prétendu GéniclelavénU donna H,, eoiiclusioa aux adeptes. « Que 'e baiser de a,n- •„■. dit-il en terminant, annonce ce qui se passe dans

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