‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernes (volume 2)Chapitre 49 sur 68 · IV · texte numérisé non relu

IV

torités municipales ont discutt' la question de savoir si l'on ne fermerait pas les cercles spiritualistes, elle met un certain mystère dans ses opérations.

(( Le 2 avril, à sept heures du soir, eu compagnie d'un ami fort intelligent, consul d'une des puissances européennes, nous nous sonnnes rendus chez madame Itrown, où un domestique nous a introduits dans un salon, après avoir prélevé de nous la cotisation d'usage. Nous n'étions pas connus, nous n'étions pas attendus, et nous sommes convaincns qu'à l'heure qu'il est madame Brown ignore encore notre nom et notre histoire. Le domestique nous dit que ces dames prennent le thé et nous rejoindront dans quelques minutes. Nous en profitons pour scruter tous les sens du salon oîi l'on nous admet, sondant les murs, soulevant les tahles, cherchant partout, mais sans en trouver, des doubles fonds, des trappes, des fils métalliques, ou des conduits acoustiques. Bientôt deux hommes et trois dames vinrent se joindre à nous, mais ils paraissent être les amis de la maison et \)Ourraienl aisément passer pour compères, s'il y avait lieu de s'en servir. L'un de ces hommes, vieillard décharné à figure patibulaire, dit qu'il vient tous les soirs converser avec l'esprit de ses fdles mortes. Il est sous l'influence complète de ses hallucinations, et il sera probablement fou avant six mois. Madame Brown et ses sœurs se présentent, el elles nous invitent à nous asseoir autour d'une longue table ovale.

« Vous venez, dit madame Brown avec beaucoup d'aisance, pour consulter les esprits; mais il faut d'abord qu'ils soient dans l'appartement, ils n'y viendront que dans six ou dix minutes; d'ici là, nous pouvons causer de choses indifférentes. »

La société suit ce conseil, lorsque des coups se font entendre dans la table, puis dans le parquet, puis dans les murs, puis au plafond, puis sur les vitres, les tapotages devenant aussi forts et aussi continus qu'un roulement de plusieurs tambours. « Vous voyez, dit madame Brown, que les esprits y sont, et vous pouvez maintenant les consulter. »

« Nous commençons par chercher à nous rendre compte de ces bruits étranges, qui bientôt semblent se localiser à la table seule. L'un de nous en ôte le tapis, la soulève, et applique l'oreille sur la planche : notre ami s'accroupit sous la table, et, dans celte position, il nous semble à l'un et à l'autre que les chocs sortent de dessous la table.

« Nous demandons au médium si les bruits se feraient de même entendre de tout corps solide que nous désignerions, et,

LES ESPRITS FRAPPEURS. 291 sur sa réponse affirmative, nous ouvrons une fenêtre; madame Urown et l'une de ses sœurs, tenant leurs mains entrelacées les élèvent dans la direction d'une des vitres, les mains étant éloignées cependant du verre d'un pied environ. Aussitôt des sons semblables à un battement des dix doigts sur la viire retentissent à noire grand étonnenienl; nous demandons que les sons sortejit successivement de toutes les vilres, et il nous suffit d'indiquer celle que nous voulons, pour que le même roulement s'y fasse entendre

« Dans l'incertitude sur la manière de s'y prendre pour questionner les esprits, nous laissons le vieux maniaque nous donner 1 exemple, et il s'empresse d'entrer eu dialogue avec ce qu'il croît être l'esprit de sa fille, soit en obtenant des réponses par OUI ou par mn (trois cbocs veulent dire oui, dans le langage de madame Brown : un choc, non; deux chocs réponse douteuse); soit en épelant rapidement l'alphabet, et formant ainsi de longues phrases, qui toutes parlent du bonheur de lame dans l'autre monde, et du désir qu'elle a de voir son père l'y rejoindre. Puis, nous nous hasardons nous-même à poser es questions suivantes en français. Les esprits sont réputés polyglottes, et répondent à toutes les langues connues.

« Est-ce que l'esprit de quelqu'un de mes parents décédés est ICI présent? >y Trois coups affirmatifs se font entendre Estce l esprit de mon père? Trois coups encore. Ma mère est-elle aussi près de moi? Trois coups légers paraissent venir d'une autre partie de l'appartement. Manière, vous ai-je connue9 iJa coup négatif. Etes-vous heureuse dans Vautre monde^ Trois coups. Avez-vous été heureuse sur la terre? Trois coups

« Ce singulier dialogue ne laisse pas de nous causer un certain trouble, et nous gardons un instant le silence. Aladanie Krown nous invite alors à vérifier si ce sont bien les âmes de nos parents, en les questionnant sur des faits intimes ignorés des médiums et de l'assistance entière. Elle nous dit même que pour nous prémunir contre toute supercherie, nous pouvons écrire nos questions et obtenir la réponse des esprits sans qu aucune personne présente ait lu ou su ce que nous demandons. iXous prononçons alors ces mots à haute voix : L'ewrit veut-il frapper trois coups quand f écrirai le prénom de ma 'mère? Puis, prenant un papier, et loin de tous les regards nous écrivons successivement cinq noms de baptême autre que celui que nous avons en vue. Tout reste silencieux. Nous écrivons la première lettre du prénom de notre mère. Aussitôt les

trois coups se font entendre, avant que le mot ait été seulement achevé.

« Nous posons successivement ainsi une cinquantaine de questions sur des faits, des noms, des dates, que nous savons n'être connus de qui que se soit en Amérique : nous obtenons invariablement des réponses satisfaisantes, sans aucune erreur. On nous indique même les maladies qu'ont eues nos différents parents, les causes de leur mort, et autres détails d'une précision prodigieuse. Notre ami obtient de môme un nombre aussi considérable de réponses conformes à la vérité, sans une seule erreur. Puis, cherchant à percer le voile de ces phénomènes, nous demandons à haute voix :

« Êtes-vous enrojié de Dieu? Oui.

« N'êtes-voKs pas plnlôt envoijé par le démon ? Non. Vesprit voudra-t-il bien me dire quelle est la meilleure religion? {\ ce moment, nous remarquons que madame Brown paraît vivement contrariée.) Nous continuons.

Est-ce le culte méthodiste? Le culte papiste? Le culte catholique? Le culte presbiitérien? Le juda'isme? L'islamisme? Silence complet. Aucune réponse, môme négative. Madame Drown nous dit alors que les esprits n'aiment pas à être questionnés sur la religion, et notre voisin, demi-fou, prenant à son tour la parole, nous dit avec passion, et presque avec rage. « Savezvous ce que ce silence signifie? Cela veut dire que toutes les religions sont mauvaises. N'est-ce pas, ajoula-t-il comme en s'adressant aux esprits, que tout culte est absurde? » Trois coups frénétiques se font entendre. « Qu'il suffit de suivre les conseils de sa conscience ? » Oui. « Ou'il suffit d'écouter les esprits? Oui. a Que toute religion oîi il y a des prêtres est mauvaise? » Oui. « Où il y a un pape est mauvaise? y> Oui. « Où il y a des ministres quelconques est mauvaise? > Oui, oui, oui.

M. de Laroche-Héron, dans l'article qu'il a publié sur les médiums américains, et dont nous venons de rapporter un extrait, se nionlre fort hostile à cette secte.

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