‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernes (volume 2)Chapitre 50 sur 68 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Explication des toc-toc des esprits frappeurs.

Nous devons au lecteur l'explication de ces coups mystérieux par lesquels les esprits américains manifestèrent pour la première fois leur présence, et qui leur firent même donner un nom particulier, celui d^csprils frappeurs (spirit rappings). Les esprits frappeurs n'ont, à la vérité, fait entendre leur toc-toc que dans les cercles américains, à l'invocation des filles Fox et de leurs nombreux successeurs. En Europe, ces coups mystérieux ont rarement retenti, ou n'ont pas été pris au sérieux. Mais nous ne sommes pas dispensé pour cela d'en dire quelques mots.

Si la supercherie n'était pas la véritable explication à donner des coups mystérieux que les demoiselles Fox et leurs nombreux émules firent entendre aux croyants de l'Amérique, on pourrait s'en rendre compte, sans faire injure à la bonne foi des intéressés, par l'état d'hypnotisme. Comme, dans cet état de sommeil physiologique, l'individu n'a aucune conscience des actes qu'il accomplit, rien n'empêche de croire qu'il soit lui-même l'auteur de ces coups mystérieux, et qu'après la séance dans laquelle le phénomène s'est produit, la personne puisse attester en toute sincérité son innocence sur ce point.

Cette explication suffit à nos yeux pour donner la clef des coups frappés dans le mur par les prétendus esprits. Mais elle ne nous dispense pas de rapporter

un autre système qui a été proposé pour expliquer les toc-toc des spirit rappings. C'est celui qui fut présenté pour la première fois par un savant des Etats- Unis, le docteur Flint, el qui fut reproduit quelques temps après, par un physiologiste d'Allemagne, M. Schiff, et exhibé par lui devant l'Académie des sciences de Paris.

M. Flint, et après lui M. Schiff, ont trouvé que, par une contraction rapide de certains muscles, on peut faire entendre des bruits ou des chocs, sans aucun mouvement extérieur du corps. M. Schiff croit que les médiums américains ou leurs acolytes ont employé cet artifice pour simuler les coups mystérieux attribués aux esprits.

D'après M. SchilT, ces bruits, qui ressemblent à de petits coups de marteau sourds et étouffés, et dont les cerveaux faibles font honneur h la présence d'êtres surnaturels, n'auraient d'autie origine que certains mouvements secrets que quelques individus auraient la faculté de produire par la contraction de l'un des muscles de la jambe. Il est prouvé que le tendon du muscle long péronier latéral frappant contre sa coulisse ou contre la surface osseuse du péroné, peut produire des bruits assez forts pour être entendus à quelque distance. Le docteur Schiff, qui était parvenu à se rendre très habile dans ce curieux exercice, faisait entendre à volonté des bruits successifs et réguliers. Pendant qu'il exécutait ces mouvements, se tenant debout ou couché, avec ou sans chaussure, un spectateur, la main posée sur une des malléoles (éminence osseuse placée à la partie inférieure de la jambe) pouvait reconnaître et sentir les contractions du tendon du muscle long péronier latéral.

Au mois d'avril 1859, le docteur Schiff donna, dans une séance de l'Académie des sciences de Paris, une démonstration publique de sa faculté de jouer des muscles péroniers. Introduit dans la salle des séance? de l'Institut, il fut invité à s'asseoir au milieu de la pièce, afin d'être aperçu de tout le monde et isolé de tout compère.

« Messieurs, l'esprit frappeur attend vos ordres, » dit M. ScliiiF, les mains en l'air et les doigts écartés.

Il ouvrit largement la bouche, pour convaincre les spectateurs que ni ses doigts ni sa bouche ne seraieni pour rien dans les coups qu'il allait faire entendre.

On ordonna alors à l'esprit frappeur de se manifester. On entendit presque aussitôt de petits coups très rapprochés les uns des autres, comme si l'on frappait dans le lointain.

« Veuillez frapper de nouveau, » dit une autre personne. Au môme instant, les coups recommencèrent, et cette fois, sembh^rent s'être rapprochés des auditeurs.

Cette manœuvre fut répétée plusieurs fois, sans qu'on pût reconnaître le point d'où partaient les bruits.

Ne voulant pas prolonger plus longtemps l'incertitude des académiciens sur la cause du pliénomène qui les étonnait, M. Schiff leur montra sa jambe droite, et imprimant une forte contraction aux muscles péroniers latéraux, il produisit les mêmes bruits.

A la suite de l'expérience faite par le docteur Schiff à l'Académie des sciences, dans sa séance du 18 avril 1850, Jobert(deLamballe) cita un cas pathologique analogue. Seulement, les expériences faites par M. Schiff étaient du domaine de la physiologie, et les bruits qu'il avait l'adresse de produire étaient déterminés par sa

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volonté; clans le cas observé par Jobert, il s'agissait d'une maladie, caractérisée par des battements qui se taisaient entendre derrière la malléole externe droite, et qui offraient la régularité du pouls. Par une opération chirurgicale, Jobert fit disparaître la disposition analomiquc anormale qui produisait ce résultat, et tout bruit disparut.

Velpeau confirma les observations de Jobert, en assurant que le genre de bruit dont il est question peut se produire normalement clans un assez grand nombre de régions du corps. La hanche, l'épaule, le côté interne du pied, sont quelquefois, d'après le chirurgien de la Charité, le siège de bruits analogues. Velpeau cita le cas d'une dame qui, à l'aide de certains mouvements de rotation de la cuisse, produisait des bruits que l'on pouvait entendre d'une extrémité à l'autre d'un salon.

M. Jules Cloquot raconta qu'on lui présenta un jour, à l'hôpital Saint-Louis, une jeune fille de seize à dixhuit ans, qui produisait des craquements très forts et assez réguliers, grâce à un léger mouvement de rotation de la région lombaire de la colonne vertébrale. Ce bruit , qui s'entendait à huit mètres de distance, ressemblait dit M. Jules Gloquet, à celui « d'un vieux tourne-broche. » Le père de ce phénomène était un saltimbanque, qui exhibait en public son intéressante fille, en annonçant qu'elle avait une pendule dans le ventre !

Nous avons dit que le docteur Flint, en Amérique, avait précédé M. Schiff dans l'explication des coups des esprits frappeurs attribués à des contractions musculaires. 11 ne sera pa3 inutile de rapporter ici les remarques originales de M. Flint, et cela avec d'autant

plus de raison, que l'auteur les a fait porter sur mademoiselle Fox et sur sa sœur, madame Fish.

Ce n'est point aux contractions des tendons du muscle péronier, mais aux mouvements de l'articulation du i^enou, que M. Auslin Flint, professeur de clinique médicale à l'Université de Buffalo, attribue les bruits produits par les frappeuses de Rochesler. M. Flint soumit à son inspection directe ces deux héroïnes, et c'est après cette vérification qu'il écrivit le mémoire que nous allons citer.

« l.a curiosité nous ayant conduit, dit le docteur Austin Fliut, à visiter la salle du Plielps-House, dans laquelle doux femmes de tiochester (madame I-'ish et mademoiselle Fox) prétendent obtenir du monde des esprits des communications frappantes, au moyen desquelles on peut se mettre en rapport avec les parents ou les amis défunts, etc., nous sommes arrivés à une explication physiologique du phénomène, explication dont un cas qui s'est présenté depuis à notre observation a démontré toute l'exactitude. Nous avons senti alors combien il était nécessaire d'offrir au public un exposé qui put contribuer à empêcher à l'avenir les abus qu'entraîne cette imposture depuis trop longtemps en faveur.

« II faut admettre d'abord que des manifestations ne doivent pas être considérées connue surnaturelles du moment qu'on peut y trouver une cause physique ou physiologique. Il n'est permis d'invoquer les agents immatériels qu'autant que les agents matériels font défaut. Nous devons donc exclure toute cause spirituelle dans cette partie de notre investigation.

« Quant aux moyens artiîiciels que pourraient dissimuler les vêtements, on s'accorde à croire qu'il ne peut y en avoir. Du reste, cette hypothèse ne saurait être admissible, les comités de dames ayant souvent examiné les frappeuses.

c 11 est évident aussi que les coups ne sont produits par aucune machine attachée aux tables, aux portes, etc., car on les entend dans dilTérentes pièces et dans différents endroits de la pièce où se trouvent les femmes de Rochesler, toujours près, cependant, de la place où elles se tiennent. La supposition de mécaniciuesou de machines quelconques doit être exclue aussi.

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« Voilà pour l'évidence négative. Et maintenant pour ce qui se rapporte positivement au sujet, en observant les deux femmes, il était évident, d'après leur contenance, (jue les sons étaient dus à l'action de la plus ji,'une,et ([u'ils nécessitaient un effort de sa volonlé qu'elle cherchait vainement à dissimuler. Cet effort était manifeste, et il était facile de voir qu'elle ne pouvait le prolonger longtemps sans fatigue. En admettant donc ce fait positif, il en résulte cette question : Comment la volonté peut-elle s'exercer de manière à produire des bruits (coups) sans mouvements apparents du corps? Les muscles volontaires sont les seuls organes sur lesquels la volition puisse exercer un contrôle direct. Mais les contractions des muscles n'occasionnent pas de sons sensibles dans les muscles même. Or donc, pour que les muscles développent des vibrations perceptibles à l'oreille, il faut qu'ils agissent sur les parties avec lesquels ils sont en rapport. Assurément les coups ne pourraient être des sons vocaux; ceux-ci ne pourraient se produire sans mouvements de muscles respiratoires, ce qui en révéleraient promptement la source. Excluant par cette raison les sons vocaux, la seule source possibb; des bruits en question est donc dans les conti'aclions musculaires volontaires, agissant sur une ou plusieurs articulations mobiles du squelette. Cette explication est la seule qui soit admissible.

« Par une curieuse coïncidence, après avoir découvert la source des bruits par le raisonnement, nous avons été à même d'observer un cas qui a clairement prouvé le fait que des bruits, précisément identiques aux coups des esprits frappeurs, se peuvent produire dans \a jointure du (jenou.

« Une dame, parfaitement recommandable de notre ville, a la faculté d'émettre des sons tout à fait semblables par leur caractère et leur force à ceux que les imposteurs de Uocliester prétendent faire émaner du monde des esprits. Nous avons été témoins de la production des bruits par cette dame, et elle nous a permis d'examiner par quel mécanisme elle les produit. Sans entrer ici dans des détails anatomiques et physiologiques minutieux, il suffit d'expliquer qu'en vertu de la relaxation des ligaments de la jointure du genou, et au moyen d'une action musculaire, et d'une pression de l'extrémité inférieure contre un point d'appui, le tibia se porte latéralement sur la surface inférieure du fémur, produisant par le fait une dislocation latérale partielle. Cela s'effectue par un acte de la volonté, sans mouvement apparent du membre, et occasionne un bruit

fort; le retour de l'os à sa place est accompagné d'un second bruit. La j)lupart des frappements de llochesler sont doubles aussi. Il est possible, du reste, de ne faire (ju'un seul bruit en déplaçant l'os avec la vitesse et la force voulues, et le laissant ensuite reglisser à sa place; en ce cas, il n'y aura pas de bruit au retour.

« Si pendant la production des coi(ps,\e membre qui les produit, ou quelque autre partie de l'opérateur, se trouve en contact avec les objets environnants, il y aura des vibrations visibles dans ces objels. La force de la semi-dislocalion de l'os est suffisante pour agiter bien distinctement les portes, les tables, etc., si elles sont en contact. L'intensité du son varie en proportion de la force des contractions musculaires, et la source apparente des coups peut aussi devenir plus ou moins distincte.

« La révélation contenue dans cet exposé excita une vive agitation parmi ceux que les coups intéressaient directement. L'exa(;litude de l'explication fut constatée non seulement par ceux-ci, mais encore par beaucoup de personnes, qui n'avaient pourtant jamais balancé à considérer ces prétendues connnunicalions spirituelles comme une ruse grossière. Bien entendu les frappeuses nièrent énergiquement que les bruits vinssent des jointures, et fussent produits parleur intervention.

« Sur la demande adressée aux docteurs Flint, Coventry et Lée, par les frappeuses mêmes, dans le but d'être soumises par eux à un examen qui devait prouver l'absence de toute imposture de leur part, les observations suivantes furent faites :

« On était réuni depuis peu, lorsque les coups commencèrent à se faire entendre avec force, et continuèrent avec une rapide succession pendant quelques temps. Les deux frappeuses de liochcster étaient assises sur un divan. On demanda alors aux esjjrits s'ils voudraient bien se manifester pendant la séance, et répondre aux interrogations. Une série de coups suivit, et fut interprétée comme une réponse affirmative. Alors on fit asseoir les deux femmes sur deux cbaises placées l'une près de l'autre, leurs talons reposant sur des coussins, les membres inférieurs étendus, la pointe des pieds en l'ai,', et les pieds séparés l'un de l'autre. Le but de celte expérience était d'assurer une position dans laquelle les ligaments de la jointure du genou fussent tendus, et les pieds sans point d'appui. Nous étions à peu près convaincus d'avance qui; le déplaciMuent des os nécessaires aux bruits ne pouvaient s'effectuer sans que les

pieds posassent sur un corps résistant quelconque. Les assistants, assis en demi-cercle, attendirent tranquillement les manifestations pendant plus d'une demi-heure, mais les esprits, d'ordinaire si bruyants, restèrent muets. On changea alors la position de la plus jeune sœur; on lafitasseoir les jambes sur le divan; sa sœur aînée s'assit, à la manière ordinaire, à l'autre bout du canapé. Dans cet état de choses, les esprits ne jugèrent pas à propos d'indiquer leur présence, malgré les suppliques réitérées (jui leur furent adressées. Celle seconde expérience nous confirma dans l'opinion que la plus jeune sœur avait seule la faculté de produire les frappements. On continua ces expériences jusqu'à ce que les frappeuses elles-mêmes avouassent qu'il était inutile de persister davantage, et qu'il n'y avait aucun espoir de manifestations.

€ Quand on leur eut rendu la position habituelle, leurs pieds posant à terre, les coups comnu'ncèrent bientôt à se faire entendre. On proposa alors quelque autre expérience. Nous y consentîmes, bien que les premières fussent, suivant nous, assez concluantes. Celle qu'on choisit consista à tenir fermement les genoux des deux femmes, en y appliquant les mains de manière que tout mouvement latéral des os fût perceptible au toucher. Cette pression fui faite par-dessus les vêtements. On ne pouvait s'attendre à ce qu'elle empêchât complètement les bruits, mais elle devait prouver s'ils provenaient ou non de la jointure du genou. Il est évident que cette expérience avait bien moins de poids aux yeux d'un observateur que les précédentes, car la seule évidence du mouvement des os était le témoignage de ceux dont les mains se trouvaient en contact avec l'articulation. L'expérience fut renouvelée fréquenimenl pendant une heure et plus; chaque foison appliquait les mains quelques minutes de suite. Le résultat fui toujours àlacoufusion des « frappeuses: » c'est-à-dire qu'on entendait beaucoup de coups quand les mains étaient retirées, aucun quand on les tenait appliquées sur les genoux. Lue seule fois, le docteur Lée, ayant avec intention relâché l'étreinte, deux ou trois faibles coups simples furent frappés, et il constata immédiatement le mouvement sensible de l'os. On essaya aussi à plusieurs reprises de saisir les genoux le plus vite possible, au moment oîi les frappements commençaient ; cette expérience eut toujours pour effet d'imposer un silence immédiat aux « esprits. »

« On discuta alors la proposition (|ui fut faite de bander les genoux. Les amis des deux femmes s'oj)posaient à cettô expé-

rienco, à moins que nous ne voulussions la considérer comme épreuve décisive. Nous n'avions pas préparé les choses nécessaires pour rendre le membre immoI)ile, conséquemment nous refusâmes. C'était sans doute l'expérience sur laquelle comptaient les frappeuses, comme devant se terminer à leur honneur. Nous sommes à peu près certains qu'avant de demander à être examinées, elles s'étaient assurées qu'un bandage appliqué au-dessus et au-dessous de la rotule, permettant de plier le membre, n'empêcherait pas le déplacemerfT. Dans le cas où, dans d'autres localités, des expériences relatives à cette sorte d'imposture seraient nécessaires, nous conseillons de ne pas s'en rapporter à l'effet de bandages. Il est certain pourtant qu'avec un grand nombre de tours de bandes et des éclises latérales fermement posées, de manière à tenir la jambe bien étendue et à rendre les jointures immobiles, on parviendrait à arrêter les sons, du moment, toutefois, qu'ils parviendraient de la jointure du genou. On remarquera que dans notre exposé nous ne prétendons nullement que cette jointure soit la seule source de bruits, et si nos expériences, après avoir été dirigées sur celte partie, n'eussent pas réussi, nous nous serions occupés des autres articulations.

« Dans la publication de cet exposé, on nous a parlé de différents cas, dans lesquels les mouvements des os qui entrent dans d'autres articulations sont produits par un effort musculaire donnant naissance à des bruits. On nous a cité une personne qui fait entendre des coups avec la cheville, plusieurs autres avec les jointures des orteils et des doigts, une autre dont le mouvement de l'épaule s'entend fortement; chez une autre encore, c'est celui de la jointure de la hanche.

« La révélation de cette imposture ouvre un chanjp nouveau aux recherches physiologiques. Les bruits articulaires réclament en effet une investigation sérieuse.

« La conformation anatomique de la jointure du genou est évidemment très favorable à la production de bruits forts par le déplacement. Les larges surfaces articulaires offrent un espace considérable au mouvement latéral, pourvu ([ue les ligaments soient suflisammont détendus et que la force motrice soit convenablement appliquée. La petitesse relative du condyle extérieur du fémur favorise le déplacement à l'extérieur, et il surviendrait une véritable dislocation dans cette; direction, sans les ligaments forts et nombreux qui rendent celle articulation la plus forte de notre corps. Ces ligaments protègent si bien

cette jointure contre les accidents auxquels l'exposent sa position et ses relations, que les luxations de celte partie sont, par le fait, très rares. Le déplacement qui occasionne les coups est suffisant pour déranger les os qui séparent les deux surfaces articulaires de l'extrémilé supérieure du tibia, de sa situation dans le sillon qui sépare les condyles du fémur, et pour le porter plus ou moins sur la surfoce du condyle extérieur. Ce mouvement donne naissance au premier bruit, et le retour de l'os à sa place au second, (}ui, dans les coups de Rocliester, suit généralement le premier de très près. .Nous ne pouvons expliquer entièrement le mécanisme précis par lequel s'effectue ce déplacement. La dame de notre ville qui reproduit li^s frappements fait glisser l'os en dehors par un faii)le effort de sa volonté, et ni d'après ce qu'elle explique, ni même à-la faveur de l'exploration manuelle, il n'est aisé de déterminer quels sont les muscles qui viennent porter sur la jointure. Dans ce cas, le déplacement survient quelquefois en pliant la jambe sans aucun effort tendant à le produire, mais alors il n'est généralement pas accompagné de beaucoup de bruit. L'os retourne à sa place, dès que cesse l'effort musculaire qui avait causé le déplacement. Pour que le déplacement cause du bruit, il faut qu'il soit opéré avec une certaine vitesse et une certaine force; cette dernière peut en quelque sorte èlre graduée à volonté. La dame en question ne peut aujourd'hui produire les coups que dans un seul genou; dans sa jeunesse, elle avait la même faculté dans les deux. D'après le nombre et le volume des sons produits par les frappeuses de Bochester, il est évident quelles peuvent faire entendre ces coups dans leurs deux genoux. Il serait à présumer que la fréquente répétition de ces déplacements doit, au bout de quelque temps, amener l'irritation et même quelque affection dans la jointure. Chez la dame à laquelle nous devons tant de renseignements utiles, ils sont suivis d'une certaine sensibilité; mais autrefois, quand elle avait l'habitude de les opérer tous les jours plus ou moins, elle ne ressentait aucune douleur, et les bruits étaient plus forts qu'à présent.

« Ce qui fait que certaines personnes, qui ont vu et entendu les frappeuses de Rochester, croient diflîcilement que les sons soient articulaires, c'est l'idée qu'elles ont que les coups viennent de différents endroits de lachambre, et à distance de celui où se trouvent les femmes. Cette difiiculté tient a plusieurs circonstances qu'il est utile d'expliquer.

« D'abord, les bruits n'ont pas réellement lieu à distance :

c'est une erreur provenant d'un manque d'appréciation des lois (le l'acouslique. On ne peut ordinairement déterminer la direction d'où arrivent les sons, à moins que les autres sons ne iirètent leurs secours à l'oreille. On peut imiter des variations dans la dislance supposée de la source, par de simples variations dans l'intensité du son, pourvu que la source véritable ne soit ni apparente ni sensible aux autres sens que l'ouïe. Sur ces principes est placée la science mensongère du ventriloque. En effet, celui-ci ne transmet sa voix ni en diverses directions ni à des distances différentes, comme on se l'imagine communément; il en gradue simplement l'intensité de manière à la faire paraître plus ou moins éloignée ; en même temps, il dissimule toute manifestalion extérieure sur la manière dont il produit le son; puis il sait adroitement assurer le succès de ses efforts, en dirigeant si bien, par sa conversation, l'attention de ses auditeurs vers des endroits particuliers, que, l'imagination aidant, on croit vraiment que la voix en arrive.

« Le genou étant recouvert par les vêtements, les légers mouvements qui produisent les coups se dissimulent aisément; pour cette raison, les femmes sont les meilleurs imposteurs de cette catégorie. »

Yoilà plusieui's explications des coups mystérieux attribués aux esprits américains. Nous avons exposé, en commençant, celle que nous adoptons. Elle consiste à attribuer ces bruits à l'individu lui-même, qui les produit à so;î insu, en frappant du pied le parquet ou la table, ou bien en exécutant, avec quelque partie de son corps, un de ces craquements que certaines personnes, par une conformation anatomiquc particulière, savent produire sans aucun mouvement visible à l'extérieur, et dont MM. Flinl, Schiff, Jobert (de Lamballc), Velpeau et Jules Cloquet ont cité différents cas. Le médium qui écrit les réponses des esprits, sous l'empire de l'état hypnotique, pourrait aussi, sous l'induence du môme état, produire le bruit dont il s'agit, sans en avoir conscience. Mais celle anomalie du système mus-

culaire nous paraît superflue à invoquer. Il suffit de l'état hypnotique pour expliquer les actes inconscients dont il s'agit.

On voit que nous admettons toujours ici la bonne foi du médium, et que nous écartons le cas de supercherie.

Je suppose qu'un moine est toujours charitable,

a dit le bon la Fontaine. Nous partageons le bon sentiment du fabuliste; mais il y a bien des réserves à faire concernant l'innocence des moines et celle des médiums.

LES

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