‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernes (volume 2)Chapitre 56 sur 68 · IV. - i · texte numérisé non relu

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liaient non; un soulèvement signifiait oui : c'était la réponse à la question adressée à l'être surnaturel.

>lais dans le groupe qui formait la chaîne, trop de volontés étaient en lutte pour que l'oracle rendu de cette façon fût autre chose qu'une logomachie. On pensa dès lors qu'il était plus simple, une personne de la chaîne d'une table tournante étant reconnue ^our médium, de l'isoler, et de lui demander exclusivement des inspirations. Le médium fut donc installé seul, devnnt un guéridon, une corbeille ou un meuble léger, et chargé de transmettre à l'assistance les réponses des esprits. Le nombre de coups frappés par un des pieds du guéridon, servit à composer un alphabet, et l'on put, de cette manière, c'est-à-dire en comptant les soulèvements du pied de la table sur laquelle le médium imposait ses mains, composer des mots et des phrases, ce qui constituait la réponse de l'esprit aux questions adressées par les spectateurs.

Mais ce n'était là qu'un piètre moyen de correspondance. Nous ne savons rien de plus fastidieux que ces interminables séances, dans lesquelles il fallait un temps considérable et une attention soutenue, pour composer les réponses de la table au moyen d'un alphabet de convention. Les habiles imaginèrent alors un perfectionnement. Un crayon fut adapté à l'un des pieds d'un guéridon; on posa ce petit meuble sur une grande feuille de papier étalée sur le parquet, et le médium put écrire, en caractères plus ou moins lisibles, la réponse de l'esprit.

Comme il fallait cependant une grande adresse ou une grande habitude pour se servir d'un aussi étrange porte-plume, on simplifia encore ce procédé. Le guéridon fut remplacé par une planchette ovale, de deux

OU trois décimètres de long. Cette planchette était munie d'un crayon : le tout était placé sur une feuille de papier étalée sur une table. Avec ce petit appareil, un opérateur exercé put écrire avec facilité..

Pendant l'année 1 855, un ébéniste de la rue d'Aumale eat à fabriquer une quantité considérable de ces planchettes à esprits. On pardonnait à cet honnête artisan d'être un grand prôneur de h planchette à esprits, car s'il n'était pas orfèvre, comme M.Josse, il était ébéniste.

Le secret de la calligraphie delà jjlanchette à esprits nonsesi révélé dans les lignes suivantes d'un ouvrage de M. Debay, rapportant ce qu'il advint dans une séance où l'on faisait usage de cet appareil.

« Un crayon, dit M. Debay, ayant été adapté au pied d'une petite tablette, placée sur une table recouverte d'une large feuille de papier, deux opérateurs imposèrent leurs mains sur cette tablette, qui bientôt se mit en mouvement et traça péniblement des caractères indéchiffrables. Un des spectateurs qui, depuis longtemps, se livrait à l'étude pratique du mouvement des tables, crut s'apercevoir d'une supercherie de la part des opérateurs qui faisaient écrire la (ablette et leur dit :

{( Messieurs, n'avez-vous pas réfléchi qu'un seul de vous opérerait beaucoup mieux que les deux réunis? Si votre tablette écrit si mal, c'est bien certainement parce que monsieur, placé au haut de la table, n'est pas l)on lilhographe, je veux dire ne sait pas très bien écrire à l'envers, de telle sorte que, l'un de vous pousse la table à l'anglaise et l'autre à la bâtarde, vous vous contrariez continuellement, et de cette contrariété résultent les lettres mal formées que trace la tablette. Je parie que, si l'un de vous, messieurs, se retire, et que son compère veuille bien opérer seul, la tablette écrira très facilement. »

« Les deux opérateurs se fâchèrent et prétendirent que le concours de deux personnes était nécessaire pour forcer l'esprit.

« Le spectateur obstiné prouva aux deux opérateurs qu'il y avait mauvaise grâce à continuer un tour dont la (icelle était découverte; car, ayant lui-même placé gaillanlcment ses doigts sur Ja tablette, il la fit tourner et tracer des lettres, puis des mots, si parfaitement formés qu'un maître d'écriture en eût été jaloux. »

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L'appareil de l'ébénisle de la rue dWumale élail d'ailleurs si incommode daus la pratique, que l'on linit par y renoncer. On se demanda, en efïet, si toul cet attirail était bien nécessaire, et s'il ne valait pas mieux que le médium écrivît, comme tout le monde, avec une plume ou un crayon.

Ce système prévalut, et voici comment les choses se passent aujourd'hui. Le médium s'assied, tenant à la main son crayon et son cahier. Il se recueille un moment. La personne qui est chargée d'adresser au médium la question que celui-ci doit transmettre à l'esprit, se recueille un instant elle-même, comme un magnétiseur devant son sujet. L'espèce de rapport qui doit s'établir entre le magnétiseur et son somnambule étant produit par ce court recueillement, il se passe alors une scène, identique, à nos yeux, avec celle du somnambule interrogé par son magnétiseur. L'un adresse la question, l'autre écrit, sur son cahier, ce qui est censé représenter la réponse de l'esprit.

ÎNous devons ajouter que l'on supprime quelquefois l'accessoire de la plume ou du crayon, comme on a supprimé la planchette. Le médium étant arrivé à l'état mental convenable, on le prie d'adresser telle ou telle question à l'esprit. Il transmet alors, sans se servir de l'écriture, et par sa seule parole, la réponse à la question posée. Seulement, il est convenu avec l'assistance que la réponse vient] des [esprits, et que l'intervenlion du médium s'est bornée à lui prêter le secours matériel de ses organes.

Cette variante, rarement suivie, ne change rien à l'explication que nous croyons pouvoir donner des inspirations des médiums. Dans ce cas, c'est un individu hypnotisé qui parle, au li'ni d'écrire.

Voici donc, en définitive, ce qui se passe anjourd'iuii. Une personne s'assied devant une autre, lui adresse des questions; celle-ci écrit sur un cahier les réponses, et ces réponses sont acceptées comme lesdéclai'ations des âmes mortes des personnages célèbres que l'on a invoqués. C'est l'esprit de Jean-Jacques Rousseau, de Voltaire, de Buiïon ou de Pascal; c'est l'esprit de saint Thomas, de saint François d'Assises ou de saint Augustin, qui parle. Les discours prononcés par les médiums au nom des esprits, sont recueillis, queUpiefois imprimés et publiés. Les vers qu'ils composent, les poèmes qu'ils dictent, reçoivent le même accueil, et c'est ainsi que l'on a eu des comédies dictées par l'esprit de Voltaire, des sonates composées par l'esprit de Mozart, etc.

Comment expliquer les oracles des médiums?

Le système qui nous adonné la raison physiologique du mouvement initial des tables tournantes, nous rendra également compte des aciions des médiums. Quand il s'agit de la table tournante, c'est, selon nous un individu hypnotisé accidentellement, mêlé à la chaîne, qui imprime à la table un ébranlement, que les autres opératreurs entretiennent ensuite en tournant avec la table. Dans ce cas, le temps du sommeil livpnotique peut être très court; il peut ne durer que quelques secondes, car cet intervalle de temps suffit pour que l'individu hypnotisé, c'est-à-dire ayant perdu la conscience de ses actes et en proie à une seule idée, celle de la rotation de la table, imprime à ce liieuble une impulsion assez forte pour décider son mouvement. Dans le cas des médiums qui servent à mettre les assistants en rapport avec les prétendus es-

3i2 HISTOIUE DU MERVEILLEUX.

prits, l'élat d'hypnotisme doit présenter une plus grande durée. Aussi ce dernier exercice demande-t-il une organisation spéciale et une assez longue habitude, conditions qui sont également nécessaires, pour fournir au magnétiseur un somnambule lucide.

Nous disions tout à l'heure que les séances d'Interrogation (l'un médium sont identiques à celles d'un magnétiseur et de son sujet. Il ne faut pas avoir assisté à beaucoup de ces séances pour reconnaître la justesse de cette assimilation, et pour se convaincre que le médium n'est autre chose qu'un somnambule magnétique éveillé, s'il est permis de s'exprimer ainsi, un individu plongé dans l'état hypnotique, ou, si l'on veut, car tous ces termes expriment au fond le même état, hiologisc à la manière des sujets de M. Philips. L'habitude, la répétition des mêmes actes, l'influence exercée sur lui par l'individu qui interroge, l'espèce de solennité de l'épreuve qui se prépare, toutes ces circonstances, isolées ou réunies, tendent à plonger l'individu dans l'état d'hypnotisme.

Une sorte d'égarement do la vue, et d'agitation générale, — le mouvement presque convulsif avec lequel le médium trace rapidement les quelques lignes d'écriture qui doivent représenter la réponse de l'être surnaturel invoqué, — l'abandon subit de la plume ou du crayon, après que les caractères ont été tracés, — cette main qui, après avoir fiévreusement écrit quelques lignes, retombe aussitôt inerte, comme celle d'un automate, — tous ces signes extérieurs démontrent bien que le médium est dans un élat intellectuel anormal, qu'il obéit à une volonté étrangère substituée à sa propre volonté, qu'il n'a aucune conscience des actes qu'il accomplit pendant cet étfange et passager élat de

son organisme. En effet, la séance terminée, le médium, revenu à lui-même, est le premier surpris de la réponse qu'il a tracée. Comme les somnambules magnétiques, comme les individus hypnotisés, il a perdu le souvenir des actes qu'il a accomplis pendant cette singulière défaillance de ses facultés intellectuelles. Il est do bonne foi quand il s'étonne, comme tous les assistants, delà réponse envoyée par l'esprit; et il n'y a dans cette déclaration de sa part, aucune supercherie, pas plus qu'il n'y a supercherie dans le fait des somnambules magnétiques qui, à leur réveil, déclarent avoir oublié ce qu'ils ont dit pendant leur sommeil.

Si le médium n'est autre chose qu'un individu on proie à une sorte d'hallucination temporaire, résultant de l'état hypnotique dans lequel il est plongé, il doit arriver, comme nous l'avons déjà dit, que la répétition de ces exercices produise sur sa santé une fâcheuse action, et que chez certains médiums cet état fréquemment ramené dégénère, après avoir produit différents troubles nerveux, en une hallucination définitive, en manie ou en folie.

Les cas dans lesquels l'exercice des tables tournantes a produit des accidents assez graves, sont fort nombreux. A l'époque où régnait cette fureur, chacun put remarquer que, parmi les membres de la chaîne occupés à cette opération, un certain nombre se trouvait hors d'état de continuer, par suite d'un trouble nerveux c{ui revêtait différentes formes : l'excitation, l'abattement, l'épuisement, etc. Et cela se comprend sans peine. Les personnes rangées silencieusement autour d'une table sont sur la pente qui mène à l'hypnotisme. Or l'hypnotisme, on l'a bien reconnu, ne peut pas être pratiqué impunément par

tout le monde. Li congestion sanguine, l'amux du sang vers le cerveau, qui se manifeste pendant l'élat hypnotique, expose certains sujets à des dangers réels. On comprend donc que les tourneurs de tables soient exposés à ces mêmes dangers.

On a signalé de graves accidents survenus à la suite de ces exercices, et consistant dans des désordres du système nerveux. Ces accidents sont, à la vérité, presque toujours passagers, mais il en est qui entraînent des suites plus sérieuses. On a cité un enfant, appartenani à Tune des premières familles de Prague, qui, après avoir vu tourner les tables, fut pris d'attaques nerveuses, qui aboutirent à la maladie connue sous le nom de danse de Sainl-Guy : en proie k des mouvements convulsifs, il tournait incessamment sur luimême, comme la table. M. de Mirville est forcé d'avouer que beaucoup de fous sont entrés à Bicêlre, pour s'être livrés trop assidûment aux pratiques des tables tournantes. Victor Hennequin, dont nous aurons à parler plus loin, écrivait à un journal que sa femme, qu'il avait associée à ses opérations, en avait éprouvé un tel ébranlement nerveux, qu'on avait dû la placer dans une maison de sant('. Victor Hennequin est mort lui-même dans une maison de fous.

M. Kliphas Lévi écrit, en parlant des mêmes opérations :

« Elles peuvent conduire à la folie ceux qui ne sont pas affermis sur la base de la suprême, absolue et infaillible raison; elles peuvent surexciter le système nerveux, et produire de terriljles et incurables maladies; elles peuvent, lorsque l'imagination se frappe et s'épouvante, produire l'évanouissement, et même la mort par com/i'stion cérébrale. »

Nous ne disons pas autre chose. La mort par con-

LES TABLES TOURNANTES ET LES MÉDIUMS. 34r.

gestion cérébrale peut arriver chez un médium, puisque l'état hypnotique auquel il s'abandonne, détermine souvent une congestion vers le cerveau.

En Amérique, où le nombre des médiums est considérable, on a constaté qu'une foule de cas d'aliénation mentale et de suicide n'avaient point d'autre cause. Ces cas sont devenussi nombreux, que le gouvernement américain a dû s'en préoccuper sérieusement.

Le Boston Pilot, l'un des journaux catholiques les plus influents des Etats-Unis, signalait en ces termes, dans son- numéro du 1 ' juin 1852, les dangers de la profession de médium :

• « La plupart des médiums, dit ce journal,'deviennentliagards idiots, fous ou stupides, et il en est de môme de beaucoup de leurs auditeurs. Il ne se passe pas de semaine oii nous n'apprenions que quelqu'un de ces malheureux s'est détruit par uu suicide, ou est entré dans la maison des fous. Les médiums donnent souvent des signes non équivoques d'un état anomal dans leurs facultés mentales, et chez certains d'entre eux on trouve des signes non équivoques d'une possession véritable par le démon. Le mal se répand avec rapidité, et il produira, d'ici à peu d'années d'affreux résultats. »

On peut citer d'autres témoignages des désordres causés aux États-Unis, dans les intelligences des personnes qui jouent le rôle de médiums. Les feuilles de ce pays rapportent souvent des cas de suicide ou de folie amenés par le commerce avec les esprits.

Voici deux paragi^aphes pris au hasard, parmi les récits des journaux américains. On lisait dans le Courrier and Inqnirer du iO mai lcS5r2 :

« Six personnes ont été admises, dans Je mois d'avril, à l'hôpital des fous de l'État d'indiana, la seule cause de la perte de leurs facultés étant attribuée aux spiril rappings. »

Et dans le Herald du 30 avril :-

3iG HISTOIRE DU MERVEILLEUX.

« iM. Junius Alcott, citoyen respectable d'Utica s'est ilonné volontairement la mort aux chutes d'Oriskany, en se précipitant, le 26 de ce mois, dans une roue de moulin, qui l'a instantanément broyé et mutilé d'une manière affreuse. La fin horrible de ce malheureux est un commentaire saisissant des elléts de ce moderne charlatanisme, (|ui s'est développé partout sous le nom de spirit rapping, et qui a été la seule cause du dérangement du cerveau de M. Alcott et du suicide qui en a été la suite,

Dans l'explication des tables tournantes et des médiums, on voit que nous sommes allé droit au fait, sans perdre notre temps à discuter Thypothèse des esprits. Outre que, par son essence, le surnaturel ne se discute pas, nous ferons remarquer que ce serait aux partisans des esprits, dans le cas d'une discussion approfondie, à produire leurs preuves. Or, c'est ce qui n'a jamais été tenté d'une manière sérieuse, et cela nous épargne des frais de logique.

Nous ne voulons pas néanmoins nous considérer comme tout à fait quitte envers les partisans de la doctrine des esprits, et nous opposerons un simple argument à cette entité que la tliaimiaturgie a restaurée dans la psychologie conteiTiporaine.

Ce qui prouve que les prétendus oracles modernes puisent tout en eux-mêmes et ne reçoivent aucun secours surnaturel, c'est que les esprits, interroges par un médiun, savent tout juste, et ni plus ni moins, ce que sait le médium. Demandez à un esprit de répondre à une question fliile en anglais, l'esprit répondra parfaitement dans cette langue si le médium connaît la langue anglaise; mais si le médium est étranger à cet idiome, l'esprit se taira. Que si, au contraire, notre médium sait l'anglais, l'esprit répondra en anglais, au grand ébahissement de l'assistance.

Nous avons souvent ri de la naïveté des gens qui de-

LES TABLES TOURNANTES ET LES MÉD[U.MS. 3i7

mandaient aux médiums des renseignements sur des particularités que personne ne peut savoir, par exemple, sur le cours de la Bourse du lendemain, ou sur le siège de l'àme, sur les numéros qui doivent gagnera la loterie, ou sur le dogme de la transubstantiation. Ces naïfs consultants ignoraient que l'esprit ne sait que ce que le médium sait lui-même, comme le somnambule d'un magnétiseur ne peut rien exprimer qui dépasse le nombre et l'ordre de ses propres connaissances.

Les esprits reflètent toujours avec exactitude les opinions des médiums, ou de ceux qui les assistent. Ils sont religieux et croyants dans un cercle de dévots; ils sont mécréants ou athées dans une réunion de sceptiques.

En 1853 S8 tenaient, rue de Beaune, n° 2, dans les anciens bureaux de la Démocratie pacifique, supprimée à la suite du coup d'État du 2 décembre 1851, une réunion dephalanstériens, rédacteurs sans emploi du journal disparu, qui consacraient de longues séances à l'innocente distraction de l'interrogation des tables tournantes. Il y avait là AUyre Bureau, Charles Brunier, le mécanicien Franchot (inventeur de la lampe à modérateur), Antony Méray, le docteur dcBonnard, Eugène Nus et autres. Que croyez-vous que les tables dictaient à ce groupe de partisans de Fourier?.., Du fouriérisme, du phalanstérianisme.

L'un des survivants de ce cénacle, M. Eugène Nus, a cru devoir, dix-sept ans après l'événement, reproduire les dictées de la table de la rue de Beaune. Il consacre cent pages de son ouvrage, intitulé Choses de Vautre monde, publié en 1880 à transcrire les paraboles delà table parlante, sans soupçonner que les dites paraboles

3i8 HISTOIRE DU MERVEILLEUX.

nesonlqyiunesuïieù'îirlïdesâehDcmocratiepncifique resléspour compte aux réd.'icleurs de celte feuille humanitaire.

Citons-en quelque? lignes, prises au hasard.

« L'esprit de vie est partout, en tout. Son essence pénètre ce qui est. — La force morale, sentiment instinctif de Vâme, hase de la certitude, sort de la série, qui se solidarise dans la synthèse des éléments humains.

Pouvoir qui se manifeste dans les êtres organisés pivotalement sur un glohe, cette force résume toutes les forces constituant l'animalité.

De son verbe vivant vivent les êtres inférieurs à tout degré, parties inconscientes de la conscience unitaire, dont r homme est le dépositaire et le rég^ilateur. »

Il y a, nous le répétons, cent pages de ce galimatias phalanstérien.

Ces réminiscences, ces rcssouvenirs inconscients des élucuhralions de Victor Considérant et de Cantagrel, font pâmer d'admiration M. Eugène Nus. Après avoir transcrit le passage qu'on vient de lire, il s'écrie :

« Très magistrales ces Irois phrases! Et que de clioscs en si peu de mots! Cette force morale — conscience, raison, intelligence— base de larerlitiide, sortant de la série des rirtnalilés premières qui se solidarisent dans l'homme eî deviennent Vinstnict, l'impulsion native de ce nouvel être, synthèse des vies inférieures!... La science n'a pas !e plus petit mot à dire '. >;

Oui ne voit que les dictées de la tahle de la rue de Beaune n'étaient que les i^èveiies qui passaient par la tête de Charles Brunier, le phalanstérien en état de médium ((ui était le plus souvent chargé de répondre aux questions posées par ses amis?

1. Choses (le l'autre monde, H" ('■dilion. pages HO-fiT, in-l-2, 1880. Paris, chez Dentu.

LES TABLES TOUU.NANTEF ET LES MÉDIUMS, oi'ô

Un aulre membre du petit cénacle Ibui-iériste, Allyre Bureau, mort depuis au Texas, était musicien et compositeur. Aussi M. Eugène Nus nous gratifie-t-il, dans son ouvrage, de compositions musicales gravées, qui reproduisent les inspirations mélodiques de la table. Croyez bien, lecteur, que s'il ne s'était pas trouvé un musicien dans la réunion de ces spirites naïfs, nous n'aurions pas eu le Chant de la terre dans l'espace, ni le Chant de la lune à son déclin, ni le Chant de Saturne, ni même la Voix langoureuse du vent.

C'est, nous le répétons, que tout médium n*étant autre chose qu'un individu plongé, par l'effet de l'habitude, dans l'état de sommeil nerveux, aujourd'hui bien connu et désigné sous le nom d'hypnotisme, ne peut que parler sous l'empire des passions, des connaissances, des affections, des sentiments qui lui sont particuliers. Quand il a évoqué un mort illustre, le médium lui prête sa propre ignorance et sa propre incapacité. Bossuet parle patois et Alfred de Musset fait des vers faux.

Un jour, une table se mit à réciter des vers, que les recueils consacrés aux tables tournantes assuraient avoir été diclés par un esprit de la Haute- Marne.

De luit lointain, de long voyage à faire,

11 n'en est pas ; Nous franchissons l'un et l'autre hcniisplière

En quatre pas.

Ciel sans limite, Océan sans falaise.

Désert uni, J.e seul espace dû nous soyons à l'aise,

C'est l'inlini.

350 HISTOir.E DU MERVEILLEUX.

C'est ce que l'on appela le chœur des esprits *.

Vérification faite, il se trouva que ce chœur n'avait pas été dicté par un esprit de la Haute-Marne, mais simplement tiré d'un recueil de poésies d'Autran, poète marseillais, membre de l'Académie française.

La plus arpusante bévue des médiums est peut-être la suivante. On demandait un jour à l'un de ces prétendus inspirés ce qu'il fallait penser de l'existence du diable. Le médium ayant pris son crayon, et s'étant mis, dans les formes voulues, en rapport avec les habitants de l'autre monde, transmit aux assistants cette mirifique réponse : « Je n'existe pas. — Signée Satan. »

Dans un cercle de médiums on avait besoin de connaître la date de la septième croisade.

« C'est bien simple, dit quelqu'un : évoquons saint Louis. »

On se recueille, on appelle saint Louis, etonlui demande la date de son embarquement à Aigucs-Mortes.

Saint Louis répond :

« Je ne sais pas.

— Comment vous ne savez pas?... Mais c'est sous votre règne... mais vous y étiez...

— Pardon, pardon, dit le spectre, il y a erreur... Je suis saint Louis de Gonzague, moi... On a appelé saint Louis, je suis venu... Le roi Louis IX était sorti. »

On peut citer, au même titre la naïve recommandation d'une mère invoquant, en état de médium, l'esprit de sa fille, morte de la j)oitrine :

« Où es-tu maintenant, ma fille?

1 . CHœuR DES ESPRITS, vcrs écrits par les esprits sur une plancliclle, dans un chef-lieu d'arrouiiissementcle la Haute-Marne. Voyez l'Encyclopédie magnétique spirilualiste de Caliagnet, tome II, 20'= livraison.

LES TAliLES TOUlîNANT^S ET LES MÉDIUMS. 351

— Au paradis, ma mère.

— Tousses- tu toujours?

— Non, ma mère.

— C'est égal, couvre-toi bien le soir, à cause des fraîcheurs. »

Nous ne croyons pas nécessaire de pousser plus loin l'examen des prétendues facultés surnaturelles des médiums.

Il faudrait, sans cela, faire ressortir tout ce qu'il y a d'absurde à croire qu'une foule de morts illustres soient à toute heure du jour et de la nuit, à la disposition du premier venu qui prétende faire descendre sur la terre leur ombre vénérée. 11 faudrait admettre que tous les grands hommes de l'histoire, les Socrate, les César, les Pompée, les Caton, les Newton, les Pascal, les Molière, les Montesquieu, les Buftbn, soient continuellement aux ordres des habitants du monde sublunaire ; qu'ils obéissent aux sommations du simple épicier qui juge bon de les appeler à son trivial foyer, pour venir y débiter des j)latitudes. 11 faudrait s'étonner qu'un même personnage pût, à l'invocation qu'on lui adresse, apparaître à la fois en vingt endroits divers, se montrer simultanément à Paris, à New-York, au Caire, à Calcutta. Il faudrait supposer que l'ombre d'un grand homme, évoquée par divers particuliers des cinq parties du monde, puisse se diviser en plu>ieurs portions, comme de la galette, pour faire face simultanément à ces multiples interrogatoires. Il faudrait encore expliquer comment les mêmes esprits rendent des sentences contradictoires, ou plutôt expriment toujours des opinions conformes à celles du pays où ils prononcent leurs arrêts : comment ils sont religieux en Bretagne

:]S'l lIlSTOli'.E DU MERVEILLEUX.

incrédules à Paris, monarchistes à Nîmes, républi- <:ains à Lvon. H faudrait, en un mot, nous apprendre corainent un cliaos de rêves et d'insanités serait i'apanage de la population d'outre-tombe.

Nous ne pousserons pas plus loin ce raisonnement par Tabsurde, bien que ce soit un des meilleurs arguments en logique. Nous en avons assez dit pour justifier noire théorie, et pour faire comprendre qu'un médium n'est qu'un halluciné sans le savoir, c'esl-àâ'ive un individu en proie à l'état hypnotique.

LES SPJRITES

Slultorum nwnerus csl infinilus.

Salomoii, Proveib.

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