CHAPITRE PREMIER
Les spirite:: en France. — Cahagnet, — Éliplias Lévi. — Victor Heiinequin. — Le docteur noir. — Girard de Caudembery. — Henri Carion. — Le baronde Guldenstubbc et l'écriture directe des esprits. — Lé docteur Teste. — le marquis de Mirville. — xUlan Kardec et son livre des Esprits.
F^our lei'miner cette revue des prodiges qui ont fait suite aux tables tournantes, nous mentionnerons rapidement les écrits ou les œuvres de quelques croyants qui se sont manifestés depuis l'année 1855 environ jusqu'à Tannée 1881, et que nous grouperons sous le titre de spiriles.
11 con\ient, en commenranl, de faire ici une certaine place à Cahagnet. Ce Cahagnet, ex-tourheur de chaises (c'est le titre qu'il prend, sans doute pour établir tout d'abord qu'il y avait déjà du tournoiement dans sa profession première), commence par disputer au marquis de Mirville la priorité des manifestations révélatrices qui ont ouvert la voie aux prodiges américains. Il a, de plus, un miroir magique, dont le secret lui aurait été révélé par Swedenborg lui-même. Ce miroir con-
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siste en un morceau de glace sur lecjuel est appliquée, en manière de tain, une couche de mine de plomb. Voici, d'après les instructions de Cahagnet, la manière de se servir de ce miroir :
« Vous faites placer la personne qui désire voir un voleur, un esprit ou un lieu, devant le miroir, vous vous niellez derrière elle, la fixant fortement derrière la tète, vers le cervelet, et vous appelez l'esprit à haute voix, au nom de Dieu, de manière à imposer au voyant. »
Peu s'en faut que, dans sa naïveté, Cahagnet n'ajoute qu'on doit faire en sorte d' imposer au voyant tout ce qu'il doit voir. Et quand, un peu plus loin, il recommande d'entourer la cérémonie de quelque pompe, et de joindre même au magnétisme moral ou sprituel le secours des parfums, on reconnaît là un emprunt fait aux magnétiseurs de l'Orient, peut-être grâce à la relation du comte de Laborde.
L'homme de la nature, — ceci est encore une (jualification rjue se donne Cahagnet, en se fondant sur l'aveu presque orgueilleux qu'il n'a reçu aucune espèce d'instruction, et qu'il ignore l'art d'écrire, — l'ex-tourneur de chaises, pour prendre son titrele plus simple, a pour spécialité, en magie, l'évocation des morts, ou nécromancie. Il converse avec Galilée, qui lui enseigne les lois de la physique et celles de l'astronomie; avec Franklin, qui lui communique l'invention d'une machine électrique; avec Ilippocrale, qui lui fait un cours de médecine et même d'anatomie (qu'il ne connaissait pas); mais principalement avec Swedenborg, qui ne se lasse point de lui apparaître, pour l'entretenir de Dieu, de la vie future, de la nature des âmes, de leur existence antérieure, etc., etc.
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A pari les révélations de Swedenborg, nous cherchons vainement quelque chose de neuf dans les enseignements que reçoit Cahagnet. Les secrets que les Ames railleuses d'Hippocrate, de Galilée et de Franklin ont l'air de lui conter à l'oreille, elles les avaient déjà déposés dans des livres où Cahagnet, comme tout le monde, aurait pu les trouver, sans déranger de leur repos ces morts immortels. Aussi est-ce avec raison que M. Diipotet, remettant à sa place Cahagnet, Vliomme delà nature, qui se mêle d'avoir un miroir magique, l'accuse de « n'avoir pas encore rencontré ce qui distingue les génies des simples mortels, et de n'avoir point recueilli non plus, quelques-unes de ces vérités dont le ciel est rempli ».
Cahagnet avouait, du reste, qu'il ne voyait rien par lui-même et qu'il ne recevait pas de révélations directes des esprits. Ce n'était donc ni un devin, ni un prophète, ni un somnambule, ni un illuminé. Il ne voyait que par les yeux de ses lucides, et particulièrement de l'une d'entre elles, mademoiselle Adèle Maginot, qui dominait toutes les autres par le don d'une incomparable clairvoyance.
C'est à l'aide de celte extatique et même sous sa dictée, que Cahagnet a entassé volume sur volume, avec une fécondité trop bien entretenue et servie par son ignorance en l'art d'écrire*.
N'oublions pas de dire que Cahagnet reçut, au moins une fois, une bonne nouvelle de l'autre monde. C'était à l'époque où il était embarrassé pour continuer la publication de son premier et de son plus vo-
1. Voici les titres de quelques-unes de ses publicalions : Arcanes de la vie future dévoilés ; — le Sanctuaire du spirlluaitsme; — la Lumière 'if'.s morts; — les llévélations d'nutre-tombe ; — l(f Magie magnétique.
lumineux, ouvrage. Alors Swedenborg lui dit, par l'organe d'Adèle Maginot : « Votre second volume des Arcanes de la vie future sera imprimé; telle est la volonté de Dieu. Ne vous inquiétez pas; lorsqu'il en sera temps, vous serez secondé. »
Le secours promis arriva en effet, et dès lors Caliagnet put publier son second volume des Arcanes de la vie future.
On ne peut s'empêcher de rappeler, à cette orcasion, que Victor Hennequin, avocat de Paris, qui jouissait d'un certain renom, fut moins heureux. Vâniede la terre, avec laquelle il s'était mis en communication par l'intermédiaire des tables, lui avait dicté un livre, avec ordre de l'intituler : Sauvons le genr^ humain, et il avait même tlatté l'auteur de l'espoir que son manuscrit lui serait acheté cent mille francs co.nplant, par un éditeur. L'époque prédite par la prophétie arriva, mais non M. Delahaye, l'éditeur désigné par Yâme de la terre.
C'est surtout des livres dictés par. les esprits qu'il faut dire : habent sua fala libelli, et le sort de ces livres devient malheureusement quelquefois celui de leurs auteurs : tandis que Cahagnet continuait d'élucubrer, Victor Hennequin allait mourir dans une maison de fous.
Un amateur de magie, qui ne prend pas tant au sérieux sa science, qui la discute même en vrai philosophe sceptique, Éliphas Lévi', n'en racontepas moins qu'à force d'opérations cabalistiques, il a fait apparaître le fantôme d'Apollonius de Tyanc. Mais voici