‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernes (volume 2)Chapitre 62 sur 68 · n-1'2 Paris 18G:j, chez Deiitu · texte numérisé non relu

n-1'2 Paris 18G:j, chez Deiitu

A dix-sept ans, le jeune visionnaire se trouvait en Amérique, auprès d'une tante, personne peu commode, qui voyant s'établir chez elle les esprits frappeurs, accusa son neveu d'amener le diable chez elle, et alla jusqu'à lui jeter une chai.-c à la tète. Les ministres de différentes sectes, appelés tour à tour, ne firent point, par leurs prières, cesser les bruits qui exaspéraient à un si haut degré la bonne dame, car bientôt les meubles commençaient à se promener et à gambader dans les appartements. On posa uneBiblesur une de ces tables ; elle s'agita aussitôt, mais crune manière plus gentille^ pour montrer combien elle se sentait flattée.

La chère tante n'y tint pas plus longtemps. Elle chassa de la maison le remuant neveu qui troublait à ce point le repos de ses lares.

Dunglas Home s'adonna alors tout entier au commerce des esprits. Sous sa baguette magique, les tables tournaient et les esprits répondaient à ses demandes en frappant de petits coups. On vit des chambres fermées et plongées dans les ténèbres s'illuminer de mystérieuses lueurs. D'après l'aspect physique des esprits qui le visitaient, M. Home pouvait les identifier avec des personnes défuntes. Des mains invisibles venaient se poser sur le front, l'épaule, le genou, etc., des assistants, qui ne pouvaient se méprendre à la sensation pénétrante de l'attachement d'un esprit. Mais la chose la plus stupéfiante, c'est que M. Home s'élevait en l'air et y flottait, comme s'il eût été creux et gonflé de gaz hydrogène.

« Durant ces élévations, ou lévitations, dit l'auteur, je n'éprouve rien de particulier en moi, excepté cette sensation ordinaire dont je renvoie la cause à une grande abondance d'électricité dans mes pieds. Je ne sens aucune main me supporler,

et depuis ma première ascension, je n'ai plus éprouvé de craintes, quoique, si je fusse tombé de certains plafonds où j'avais été élevé, je n'eusse pu éviter des blessures sérieuses.

Je suis en général soulevé perpendiculairement, mes bras raidis et élevés par-dessus ma tête, comme s'ils voulaient saisir l'être invisible qui me lève doucement du sol. Quand j'atteins le plafond, mes pieds sont amenés au niveau de ma tête, et je me trouve comme dans une position de repos. J'ai demeuré souvent ainsi suspendu pendant quatre ou cinq minutes... Une seule fois mon ascension se fit en plein jour; c'était en Amérique. J'ai été soulevé dans un appartement à Londres, Sloane Street, où brillaient quatre becs de gaz, et en présence de cinq messieurs qui sont prêts à témoigner de ce qu'ils ont vu, sans compter une foule de témoignages que je peux ensuite produire. En quelques occasions la rigidité de mes bras se relâche, et j'ai fait avec un crayon des lettres et signes sur le plafond qui existent encore, pour la plupart à Londres. »

Ordinairement, cependant, les élévations de M. Home s'opéraient dans des chambres obscures (f)ag. 51, 162, 20-4, 207, 242,251, etc., de son livre), illuminées seulement par la présence des esprits. « D'aprèsleson de m voix, écrit un tétiioin, nous jugeâmes qu'il devait s'élever vers le plafond de l'antichambi^e. »

Chez le comte de B*", M. Home atteignit également jusqu'au plafond. Le comte saisit ses pieds et s'y cramponna jusqu'à ce que les bottines à élastiques de M. Home lui restassent dans les mains.

Si on nous demande, par quel moyen M. Home pouvait s'élever ainsi au plafond d'une chambre, nous répondrons que le baron de Ci^acs'estbien tiré, lui et son cheval, d'un marais dans lequel il était tombé, grâce à la seule force de son poignet appliqué aux cadenettes de sa perruque!

Dans quelques-unes de ces réunions mystérieuses où M. Homo faisait briller ses talents sui^naturcls, des

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feuilleset des fleurs de géranium étaient jetées casa tèlc et à celle d'autres personnes. Des guitares et des accordéons se mettaient à jouer les airs les plus doux et les plus harmonieux, surtout celui de Home swect home, qui paraît plaire particulièrement aux musiciens invisibles.

Nous disons : invisibles; erreur! De temps en temps on voyait leurs mains et même leurs bras! Ces mains venaient quelquefois écrire, avec la plume ou le crayon, sur des feuilles de papier, que l'on, gardait comme l:i trace et le souvenir de leur passage. On vit un jour apparaître une main de femme mince, pâle et fort amaigrie. Ses doigts, d'une largeur surnaturelle, éla'.ent courts, largement séparés, et se terminaie:it en pointe. Cette main vint serrer celle de chacun des assistanis. A Sangatte. la compagnie vit distinctement djs mains et des bras de toutes formes et de toutes grand airs, sous des draperies blanches.

L'une de ces mains d'outre-tombe saisit une Bible, l'ouvrit et marqua au crayon les versets i6 et 17 du io" chapitre de saint Mathieu : « Bénis soient vos yeux puisqu'ils voient, bénies soient vos oreilles puisqu'elles entendent; car, en vérité, beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir les choses que vous voyez, et ils ne les ont pas vues; ils ont désiré entendre les choses que vous entendez, et ils ne les ont pas entendues. )^

Les affirmations les plus positives se trouvent, à cet égard, dans une narration que M. Home attribue à un sieur Wilkinson. Une sonnette se présenta à ce témoiu sous la table près de laquelle on était assis; il la prit, et il sentit distinctement les doigts d'une main qui tenait la sonnette. C'était une main douce, chaude, po-

lelée et bien modelée. Mais à peine l'eut-il prise dans la sienne, qu'elle s'évanouit peu à peu, lui laissant la sonnette entre les doigts.

On peut s'étonner de l'invariable puérilité de ces manifestations : remue-ménage dans les meubles, petits coups frappés, sonnettes agitées, airs de musique, chants, etc., mais la chose va devenir un peu plus sérieuse.

Le 20 mars 1857, M. Home, se trouvant à. Paris, reçut la visite d'une dame qui lui amenait, avec prière de le guérir, son fils, âgé de quinze ans, sourd depuis quatre ans, par suite d'une fièvre typhoïde. M. Home ne savait trop comment il pourrait guérir cette ancienne et complète surdité, dont désespéraient les premiers médecins de Paris, qui avaient jugé le cas incurable.

« Pondant que la mère parlait, nous raconte M. Home, mes sympathies s'étaient soudainement réveillés, et passant involontairement mon bras autour du corps de l'enfant, je l'avais ramené vers moi, sa tète appuyée à mon épaule. Alors, et pendant que sa mère me racontait quelques détails les plus pénibles, je passai ma main sur la tête du garçon, qui tout à coup se relevant vivement, s'écria d'une voix tremblante d'émotion : Maman, je Veatends. La mère jeta sur lui un l'egard de surprise fît dit : Emile! (le nom de l'enfant), et celui-ci répondit tout à

coup : Quoi?.... II. ÉT.\IT GUÉRI ! »

Les mémoires du néci^omancien écossais se composent principalement de la réunion des articles que ses amis lui ont consaci^és dans les journaux delà Grande-Bi'etagne. L'auteur reproduit quelquefois ce qui a été publié contre lui ; mais, hàtons-nous d'ajouter que, dans ce cas, il ne manque pas de déclarer que c'est faux. Il raconte une séance à laquelle assistaient sir David Brcwster, M. Troloppe et d'autres personnages

célèbres de Londres, lesquels ne paraissaient pas avoir été entièrement satisfaits des talents de M. Home.

« Mais, irons-nous, dit M. Home, dire, comme sir David ttreswster : «.Les esprits sont la dernière chose dans laquelle je donnerais. Je remercie Dieu d'avoir reçu d'autres j)rincipes. » Tout le monde, heureusement, n'est pas si injuste ni déshonnête que cette classe dont sir David Brewsler est le tyjte, qui, dans l'intérêt supposé de sa position dans le monde scientifique, n'a aucun scrupule à dire les plus gros mensonges, à nier ce qu'il a vu, et qui plus est, à tromper les personnes simplement ignorantes. »

M. Home on le voit, n'y va pas de inain morte lorsqu'il parle des T)re\vster et des Fai^aday, « qui sont sortis de leur sphère, dit-il, pour se mêler de choses qu'ils ne comprenaient pas. »

M. Home qualifie de faux, d'absolument faux, d'insignes faussetés, tout ce qui a été publié de désagréable sur son compte. L'histoii^e suivante serait sans doute déclarée par lui inexacte, bien qu'elle se soit passée en présence d'un gi^and nombre de témoins, dont l'un l'a racontée, mais elle est trop cui^ieuse pour n'être pas consignée ici.

C'était pendant un des séjours du thaumaturge à Paris. M. Home donnait une séance de spiritisme chez un des hauts fonctionnaires delà cour de Napoléon 111. On lui avait soumis la liste des invités, et selon l'usage, il en avait récusé un certain nombi^e, particulièrement le romancier Eugène Guinol, le chansonnier Nadaud et le général Baraguay d'IIilliers, tous les trois reconnus sceptiques incorrigibles.

La séance eut lieu selon les règles de l'art : lumières éteintes, douce musique, recueillement général, etc.

M. Home ayant demandé quels étaient les esprits

qu'on voulait évoquer, on désigna d'abord Socrate. Socrate apparut, la barbe flottante et enveloppé d'un grand manteau blanc 1 On voulut voir ensuite Frédéric le Grand. Frédéric II arriva, orné d'un chapeau retroussé, et drapé, comme Socrate, dans une espèce de linceul.

Cependant, M. Home devint très pâle et des gouttes de sueur perlèrent sur son front, lorsqu'il vit les deux fantômes le fixer, avec des regards farouches, et refuser obstinément de disparaître.

Lesorcier comprit qu'il était mystifié. Il s'avança près des deux ombres récalcitrantes; mais celles-ci partirent alors d'un bruyant éclat de rire, auquel s'associa l'assemblée toute entière.

Le fantôme de Socrate c'était le chansonnier Nadaud, et celui du grand Frédéric, le maréchal Baraguay d'Hilliers. Dans l'antichambre Alcibiade-Eugène- Guinot attendait le moment de faire son entrée.

Quand il eût recouvré son sang froid, M. Home déclara que les esprits évoqués auraient apparu malgré tout, si on n'avait pas troublé ses facultés par cette sotte plaisanterie. Cependant, dès le lendemain, notre nécromancien quittait Paris, sans tambour ni trompette.

La comédie du spiritisme jouée par M. Home a fini comme toute comédie : par un mariage. M, Home a terminé sa carrière de sorcier en épousant une riche anglaise ce qui lui a permis de se retirer dans un château, avec de magnifiques revenus. Il vit aujourd'hui, en gentilhomme campagnard, du résultat de ses Iructueux miracles.

II faut bien savoir, en effet, que l'argent joue toujours un grand rôle dans le spiritisme. Les spirites forment une coterie, qui a surtout pour but de faire

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contrijuer de toutes les façons les fidèles, c'est-à-dire les niais. On leur fait acheter fort cher quantité de livres de la force de celui d'AUan Kardec ou de M. Home, et les médiums donnent des séances payantes.

Le spiritisme est avant tout une affaire, qui a ses journaux, ses libraires, ses agents et ses contribuables. C'esiunevéritableexploilalion de la classe nombreuse, de gens qui ont l'esprit faible et un bon coffre-fort.

On peut rappeler, à ce propos, que le mesmérisme, et le magnétisme animal ont dû en partie leur propagation et leur vogue à ce qu'ils se traduisaient par des consultations payées.

Mesmer se retire aux bords du lac de Constance, dans un opulent château, et il y termine en paix sa vie, grâce aux libéralités de la royale souscription de ses nombreux fidèles. A son exemple, M. Home jouit aujourd'hui, dans im gracieux cottage de la Grande- Bretagne, du fruit de ses extases.

La question d'argent se trouve donc toujours au fond de tous les prétendus miracles des esprits.

Si l'on pouvait mettre en doute que le désir de gagner de l'argent soit le véritable mobile des opérationsdes spiriles, ces doutes seraient dissipés par l'édifiante histoire des frères Davenport, ces sorciers ratés, qui, après avoir étonné l'Amérique et l'Angleterre de leur merveilleux tour, sont venus se faire honnir et confondre à Paris, ville difficile à convaincre en fait de prodiges et de surnaturel.

Les frères Davenport étaient deux Américains qui avaient trouvé un truc ingénieux pour donner le spectacle suivant. On les attachait solidement, l'un et l'autre, sur une chaise, avecde fortes cordes, et l'ons'assu-

rait qu'il leur était impossible de faire un mouvement, avec leurs bras, leurs mains et leurs pieds aussi bien garrottés. Or, au bout de quelques minutes, les deux frères apparaissaient, complètement débarrassés de leurs liens. Seulement, il fallait qu'ils demeurassenl cachés pendant ces quelques minutes. Pour cela, ils s'enfermaient dans une armoire, qui ne s'ouvrait qu'au bout de quelques instants, pour les montrer délivrés de leurs entraves.

C'était là un joli tour de société. Le public s'en serait amusé quelque temps, puis il aurait passé à autre chose. Mais les frères Davenport étaient deux malins. Ils eurent l'idée d'attribuer ce tour àl'intervention des esprits. C'est donc sous l'égide des esprits qu'ils se produisaient, et c'était là ce qui faisait leur renommée et leur fortune.

On ne manquait pas d'élever de fortes objections contre la nécessité de l'intervention des esprits dans l'exécution de ce tour d'adresse. « Pourquoi une armoire, disait-on, si ce sont les esprits qui opèrent? Pourquoi se dérober dans l'obscurité? Pourquoi les esprits ne travaillent-ils pas en plein jour, devant tout le monde, puisque n'ayant pas de corps on ne pourrait les voir? Nous ne savons comment s'y prennent les deux Américains pour opérer leur tour, et nous ne saurions assulément les imiter; mais est-ce une raison pour attribuer la chose aux esprits? Il doit donc y avoir un truc. Quel est ce truc, nous l'ignorons; mais pourquoi les esprits opèreraient-ils ce Inic, plutôt que quelque artifice habilement dissimulé? »

Voilà ce que disaient les gens raisonnables; ce qui n'empêchait pas la foule d'accourir aux séances des frères Davenport et de leur apporter son argent.

Les représentations des frères Davenport avaient commencé en Amérique, terre classique des esprits. Ayant suffisamment exploité leur patrie, les deux frères passèrent les mers, avec leur armoire, et donnèrent à Londres des représentations publiques et payantes.

Londres n'accepta pas avec autant de docilité qu'on l'a dit le tour de V armoire. Non seulement les journaux anglais le contestèrent, mais des prestidigitateurs rimilèrent en faisant connaître le truc qu'ils employaient. Le journal The Builder, dans un article intitulé « Eau froide jetée snr les es'prits », raconta comment un prestidigitateur, M. ToUemarque, avait imité et même sui^assé les prétendus spirites américains. M. ToUemarque s'était fait attacher à sa chaise par une personne qui avait précédemment attaché les frères Davenport. On avait placé un paravent entre le public et l'opérateur. Au bout d'une demi-minute, tambourins et guitares s'étaient mis à se promener; et une main, la main d'un esprit, avait paru au-dessus de l'écran. Trois minutes après, l'écran étant enlevé, on avait vu M. ToUemarque complètement délié. Le prestidigitateur avait préalablement fait connaître à un des assistants la manière dont il allait opérer.

D'après le Siin^ le professeur Anderson avait accompli en pleine lumière le tour de force que les frères Davenport cachaient au fond de leur ténébreuse armoire.

Le physicien Faraday infligea aux frères Davenport une rebuffade qui leur nuisit beaucoup dans l'opinion publique. Invité à assister à l'une de leurs séances, Faraday leur écrivit la lettre suivante :

« Je vous remercie, messieurs, de voire aimable invitation; mais réellement j'ai été si désappointé par les manifestations auxquelles j'ai assisté plusieurs l'ois, que cela ne m'encourage pas à m'en occuper davantage; aussi je laisse celles que vous me proposez de voir aux professeurs de prestidigitation. S'il venait à se produire des phénomènes de quelque valeur, je suis persuadé que les esprits trouveront eux-mêmes le moyen d'exciter mon attention. Je suis fatigué d'eux. »

De Londres, les frères Davenporl vinrenl à Paris, qui devait être leur Walerloo.

L'aiTivée des frères Davenport dans la capitale des lumièi^es et de l'incrédulité fut annoncée par deux grands articles remplis d'éloges insérés dans le Moniteur officiel, et qui ne faisaient pas honneur à la clairvoyance de ce journal.

Leurs soii^ées commencèrent au mois d'aoïit 1865. Les journaux de Paris parlèrent avec surprise, mais sans trop de commentaires, du miracle de l'armoire.

Malheureusement pour les deux spirites, un prestidigitateur très habile, Robin, qui donnait alors ses séances dans une salle du boulevard Beaumarchais, se piqua au jeu, et il adressa au Moniteur une lettre dans laquelle il se faisait fort d'imiter en pleine lumière et sous les yeux du pubhc, les merveilles d'importation améiicaine.Et de fait, Robin, aux applaudissements de toute la salle, répétait, chaque soir, le tour des cordes, absolument comme les frères Davenport, et cela au milieu de la scène, entre deux lampes bien allumées.

L'opinion publique commença alors à se tourner contre les frères Davenport. L'orage grossit; il devait bientôt éclater, de manièi^e à emporter dans le tumulte et les espiùts et leur armoire.

C'est le i-4 septembre 1805, à la salle Ilerz, que se

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passa cette soirée mémorable. Nous en emprunterons le récit au journal la France, qui lui adonné une tournure piquante et dramatique.

« Le publie français, représenté par les huit cents personnes qui garnissaienl hier au soir la salle Herz, a tenu à prouver, dit la France du 14 septembre 1865, qu'il était le plus spirituel de la terre. En dix minutes, il a littéralement démoli la réputation longuement établie des frères Davenport. 11 a vu clair où les Américains et les Anglais n'avaient vu que du feu; seulement, nous devons constater qu'il eût pu apporter un peu plus de modération à fournir cette preuve de son intelligence primesautière. Mais n'anticipons pas.

La séance s'est ouverte par un air de piano, lever de rideau tout naturel à la salle Herz, et que les spectateurs ont pris cependant de fort mauvaise part. Est-ce parce que le piano servait d'accompagnement à un violon, à une contrebasse et à un cornet à piston? ^ous n'en savons rien. Mais ce qu'il va do certain, c'est que le malheureux quatuor dut suspendre ses accords devant les protestations réitérées de l'assistance. Le vent, paraitil, n'était pas à l'harmonie.

Ce fut l'interprète des deux jeunes Américains qui succéda au piano. « Messieurs, dit-il au public, les frères Davenport, ignorant la langue française, m'ont prié d'être leur intermédiaire auprès de vous. Je ne prétends pas plus expliquer leurs exercices qu'ils ne les expliquent eux-mêmes, car ce sont des agents passifs. »

A ces derniers mots, il y eut un commencement d'orage, orage qui devint une véritable tempête quand l'interprète, reprenant le lil de son discours, parla pour la deuxième fois de ces agents passifs : e Je vous le répète, nous ne vous présentons les exercices des frères Davenport ni comme étant du spiritisme, ni comme étant du magnétisme. .\près avoir vu, vous apprécierez vous-mêmes, et, s'il le faut, la presse discutera. Tout ce que je puis dire, c'est que ces messieurs sont des agents.passifs. »

Cette expression sonnant décidément trop mal aux oreilles de l'assistance, l'interprète coupa court à sa harangue, et les frères Davenport parurent enfin sur l'estrade.

Ce sont deux jeunes gens paies, souffreteux; physionomies intéressantes après tout, vrais types yankees, ce qui ne veut

uulloment dire qu'ils ont l'air de revenir de l'autre monde, dans le sens figuré du mot.

Cependant, on n'en est encore qu'aux préliminaires, aux bagatelles de la porte. Deux personnes de la société sont invitées à venir examiner l'armoire où se produisent les manifestations. Le public, qui n'est pas en veine de politesse, les récuse sans façon; il voit partout des compères. Deux autres assistants, ceux-ci bien connus des spectateurs et à l'abri de tout soupçon de connivence, consentent alors à se livrer à l'enquête demandée; ils palpent le terrible meuble, ils l'auscultent, pour ainsi dire, et n'y trouvent rien d'extraordinaire : une simple boîte à trois ouvertures, monté sur des tréteaux qui l'isolent du planclier de la scène, voilà tout.

Après ce minutieux examen, il s'agit d'attacber les frères Davenport sur les banquettes placées à chaque extrémité de l'armoire. Les deux examinateurs se prêtent encore à cette besogne; une troisième personne vient se joindre à eux de peur de surprise : c'est M. Duchemin, un ingénieur civil, qui fait remarquer en passant que la boîte est beaucoup plus riche en fharnières qu'il ne convient à un meuble de ce genre. Sur ce. arrivée d'un quatrième spectateur pour examiner les ligatures : on reconnaît dans le nouveau venu le premier vainqueur di- Rigolo.

Les deux frères sont attachés; les portes de l'armoire se ferment; un cornet de cuivre, violemment projeté, tombe de l'intérieur du meuble sur la scène.

Cet exercice est répété à deux ou trois reprises, et chaque fois, en rouvrant les portes de la boîle, on y voit les frères Bavenport immobiles sur leurs banquettes, les mains et les pieds toujours retenus par ies entraves dont on les a chargés.

Enfin, après un temps de fermeture un peu plus long, l'un des jeunes Américains paraît complètement débarrassé de ses liens, tandis que son compagnon, resté attaché, ne s'en e»t délivré qu'à quelques minutes d'intervalle.

Jusque-là, tout avait été relativement bien. L'interprète annonce alors que les d<nix frères vont s'attacher eux-mêmes dans l'armoire, ce qu'ils exécutent en effet portes closes, et avec une grande promptitude. « Maurice Houx en a fait autant, » crie une voix dans la salle. El le tumulte, un instant apaisé, redouble de nouveau. Eu ce moment, un spectateur se précipite sur l'estrade « C'est une mystili;-,ation, » s'é^rie-t-il, et il le

prouve en montrant qu'il est facile à MM. Davenport de faire glisser les cordes tout le long des barres autour desquelles ou noue, et qui se relèvent à l'extrémité par un mécanisme ingénieux pour leur livrer passage. Les nœuds, ne serrant plus rien, se relâchent ainsi d'eux-mêmes, permettant à l'expérimentateur toute espèce de mouvements : ce n'est plus du spiritisme, c'est de la menuiserie.

In immense hurrah, accompagné de sifflets discordants, a donné le signal de la débâcle. C'en était fait des agents passifs, qui, nous devons le dire, se montrèrent très actifs à s'enfuir dans la coulisse ;

Je n'ai fait que passer, ils n'étaient déjà plus...

Us avaient pourtant là une superbe occasion d'évoquer quelque formidable esprit pour arrêter la foule qui se précipitait en masse sur leur estrade. Ce fut M. Bellenger, commissaire de police du quarlier de l'Opéra, qui se présenta et qui prononça le quos ego fetidique en invitant le public à se retirer et à passer à la caisse reprendre son argent. j>

La comédie était finie, « E finila la comecUa ». A Paris, quand un commissaire de police a prononcé el fait rendre l'argent, on est bien et dûment enterré. A partir de cette fjcheuse aventure, on n'a plus entendu parler des frères Davenport.

Ils ont eu une malle pour tombeau. Expliquons nous.

Leur truc une fois éventé , tomba dans le domaine des prestidigitateurs vulgaires. Pendant cinq à six ans, on a répété, dans la salle de Robcrt-IIoudin, au boulevard des Italiens, le tour de la nndle des Indes, qui n'était autre chose que le tour de Varmoire des frères Davenpoit, exécuté dans une malle. Bien plus, aujourd'hui le tour delà malle des Indes s'cffeC' lue chez les saltimbanques des foires.

LES Sl'IlilTES. IW

C'est ainsi que le magnétisme animal est maintenant tombé aux mains des exhibiteurs forains, et que l'on exhibe, pour deux sous, la somnambule extralucide dans les baraques de la banlieue de Paris. Sic transit gloria spirilorum!

Nous venons de voir le spiritisme pénétrant dans des baraques foraines. Nous allons le voir tomber plus bas encore, c'est-à-dire échouer en police correctionnelle.

AUan Kardec avait fondé la Revue spirite, qu'il dirigea jusqu'à sa mort. Elle fut continuée après lui, par une société anonyme. En 1873, la Revue spirite parlait de photographies obtenues en Amérique, par l'intervention des esprits. En 187i, la même Revue fit savoir qu'un photographe du boulevard Montmartre, du nom de Buguet, et qui était doué des facultés d'un médium, produisait, comme les Américains, des photographies par l'intervention des esprits, c'est-à-dire fournissait le portrait d'une personne morte, dont il évoquait et fixait l'image photographique.

Depuis ce moment chaque numéro de la Revue spirite, recueil mensuel, contenait une épreuve spirite,cesi-k-dke la photographie obtenue par Buguet d'une personne morte, dont le client avait demandé la reproduction. Une réclame sur cet art nouveau, et une lettre de remerciements du client, accompagnaient V épreuve spirite.

Buguet ne garantissait pas la ressemblance de la personne évoquée, mais il n'exemptait jamais du prix de la pose et du tirage, qui était de 20 francs pour six épreuves.

Le client était reçu par la caissière, Mlle Menessier,

personne avenante, qui lui posait diverses questions sur l'âge et la physionomie du défunt qu'il désirait faire photographier. iVlors Buguet se présentait. Il faisait monter le client sur la terrasse, le faisait poser, et lui recommandait de se mettre en communication par la pensée avec l'esprit dont il voulait voir apparaître l'image. Prenant des mains d'un aide la plaque sensibilisée cl placée dans un châssis, il la plaçait devant robjectif, et la mettait au point.

Pendant qu'il faisait ainsi poser le client (au propre comme au figuré), Buguet agitait les bras, et affectait de se livrer à l'évocation des esprits. Il se plaignait de vives souffrances dans la tète, occasionnées par les esprits. Alors un médium guérisseur lui faisait des passes magnétiques, pour lui enlever les mauvais fluides dont il se plaignait. La pose terminée, l'aide emportait l'épreuve; il la traitait par les procédés ordinaires, puis il la rapportait à Buguet, qui la montrait au client. Celui-ci n'y voyait autre chose qu'une apparence de spectre enveloppé d'un suaire, dont la tête seule se dégageait, d'une manière plus ou moins confuse. 11 versait néanmoins le prix convenu, et au bout de quelques jours il recevait les épreuves-spectres.

Buguet alla plus loin. Il prétendit pouvoir se passer de la présence de la personne qui voulait faire photographier son parent mort. Il voulut, en un mot, travailler pour la province. Il déclara donc qu'il suffisait de lui envoyer par la poste le portrait du client qui désirait obtenir la photographie d'un de ses parents défunts. Il placerait ce portrait dans son objectif, en évoquant l'esprit du défunt, dont l'image apparaîtrait dans la nouvelle épreuve, auprès de la reproduction du portrait du client.

De nombreux amateurs de province reçurent, en échange de leurs 20 francs, six photographies, représentant leur portrait-carte, accompagné d'une silhouette d'apparence spectrale. Pour entretenir leur confiance dans son pouvoir surnaturel, Buguet leur faisait connaître à l'avance le jour et l'heure de la prétendue évocation à laquelle il devait prêter son ministère de médium, afin de leur permettre, disait-il, d'unir de loin leurs prières aux siennes, au moment opportun.

Quelques correspondants bénévoles s'imaginèrent reconnaître dans les épreuves qu'on leur envoyait les portraits de défunts évoqués ; mais la plupart déclarèrent qu'il n'existait aucune ressemblance entre les Iraits de la personne dont ils désiraient conserver le souvenir et l'image qu'on leur envoyait. Une femme de chambre de Lyon, ne reconnaissant aucun des traits de son père dans le spectre reçu par la poste, réclamait ses 20 francs, qu'on lui restituait de mauvaise grâce. Un journaliste réclamait contre l'usage que l'on faisait de la photographie de son beau-père, pour représenter des spectres. Vn épicier de Montreuil jettait feu et flammes parce qu'ayant demandé la photographie de son jeune enfant défunt, on lui avait envoyé un spectre âgé de 50 ans.

Sur de nombreuses plaintes adressées au parquet, le juge d'instruction commença une information contre le photographe du boulevard Montmartre.

Le 22 avril 1875, un commis.saire de police, accompagné d'agents, se rendit chez Buguet, pour constater le flagrant délit. Deux agents commencèrent par se présenter seuls et demandèrent à Buguet s'il pourrait reproduire l'image de leur père. Buguet leur répondit que rien n'était plus facile, et il les fit monter

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a son alelier. Il s'éloigna pendant quelques inslanls, et revint, rapportant un châssis ferme, qui contenait la plaque enduite de coUodion. Il la plaça devant son objectif et fit poser l'un des agents de police, en lui re- :ommandant de penser à son père. Ensuite il se livra aune préte)idue évocation des esprits.

Le commissaire se montra alors, et faisant connaître sa qualité, il demanda à Buguet si le cliché ne portait pas déjà une empreinte. Bfigact fut forcé d'avouer que le cliché portait une image préparée, quelques moments auparavant, dans un autre atelier.

Les perquisitions dans ce second atelier amenèrent, en effet, la découverte d'une poupée, dont on pouvait changer la tête h volonté. La dite poupée était en bois et haute de 15 centimètres. Sa tête était remplacée parune image en carton découpé, représentant une tête de vieillard. C'est par le secours de cette image de carton que Buguet allait reproduire la noble tête du père de l'agent de police. Le corps de la poupée était enveloppé d'une G'az<3 bleue et d'un morceau d'étoffe noire, drapés de manière à représenter un spectre. A une petite distance, était l'appareil photographique. Sur l'invitation du commissaire de police, Buguet, sans trop se Hiire prier, produisit, dans son appareil, la photographie du spectre policier, avec son linceul.

En continuant les perquisitions, on (rouva, dans un petit cabinet dépendant de l'atelier, ^4-0 têtes des deux sexes et d'âges divers, découpées et collées sur du carton, obtenues par la pose de personnes naturelles, puis agrandies. On trouva, dans une autre boîte, 00 autres têtes qui servaient à varier les apparitions de spectres. On saisit, en outre, une seconde poupée articulée, avec un voile vert, pour composer les spectres d'enfants.

Des perruques, de fausses barbes, une lêle de mort, une lyre et une guitare, complétaient ce bizarre arsenal de l'escroquerie scientifico-spirile.

Le procès de cet audacieux imposteur se jugea, à Paris, les 16 et17 juin 1875. Après le défilé d'un grand nombre de témoins, dont la plupart d'ailleurs confessaient hautement leurcroyance au spiritisme, et parmi lesquels figuraient au premier rang la veuve d'Allan Kardec, et la caissière, mademoiselle Ménessier, le photographe Buguet fut condamné cà un an de prison et à cinq cents francs d'amendes.

On peut rapprocher de ce jugement de la cour de Paris, rendu en 1875, un arrêt de la cour de Buffalo, aux États-Unis, en date du mois de juillet 18G5, qui a déclaré les spirites « des escrocs ».

[ci se termine l'histoire du spiritisme. Depuis l'année 1875, date du dernier événement que nous venons de raconter, cette forme du merveilleux moderne n'a présenté aucun autre fait digne d'être signalé.

Le spiritisme, maintenant qu'il est sorti delà période (les luttes et des discussions actives, tend à se renfermer désormais dans le mysticisme et la simple dévotion, ('/est une forme nouvelle que revêt le sentiment religieux. Le spiritisme se fait ainsi pardonner, par ses honnêtes intentions, l'élrangeté des procédés qu'il tend à introduire dans la morale dogmatique.

Après cet historique du spiritisme depuis son origine jusqu'au moment présent, il nous reste, selon le plan uniforme de cet ouvrage, à donner l'explication (les actions des médiums, dans leurs rapports avec les prétendus esprits.

Avant, dans le cours des récils qui précèdent, exposé plus d'une fois noire théorie physiologique de l'état extatique des médiums, nous craindrions de tomber dans des redites en insistant longtemps sur cette partie théorique.

Bornons-nous, en conséquence, à rappeler que c'est par l'état d'hypnotisme, découvert par le D"" Braid, étudié parMM. Azam, Broca, Follin,Yerneuil, etc., et remis en lumière, en 1879, par le professeur Charcot, dans ses expériences sur les hystériques de la Salpè- Irière, que nous expliquons l'état du médium et la sincérité de son témoignage. Un médium est, comme nous l'avons dit, un halluciné sans le savoir. C'est l'hypnotisme dans lequel il est plongé qui lui fait accomplir, sans en avoir conscience, des adesde différente nature, ou jtrononccr des paroles et tenir des conversations dont il n'a plus aucun souvenir au sortir de cet étal. Ouand on voit avec quels mouvements fébriles le médium fait agir son crayon, avec quelle rapidité il trace sur le papier les prétendues révélations de l'espiit; cpiandon voit le crayon s'échapper subitement et automatiquement de ses doigts dès que l'écriture est achevée, on ne peut mettre en doute que l'on n'ah sous les yeux un véritable halluciné temporaire.

Les spiritcs se plaignent souvent de l'espèce de dédain avec lequel les savants ont jusqu'ici traité leurs merveilles. Ils leur ont plus d'une fois reproché avec amertume d'avoir refusé d'étudier de près leurs manifestations.

Le présent ouvrage, qui n'a d'autre but que de donner l'explication scientifique du prétendu surnatuiel ancien et moderne, répond déjà à celle plainte.

LES SPIRITES. i05

Maiv k> tourneurs de table et les spiriles aiment à laisser dans l'ombre, et pour cause, notre Histoire du merveilleux. Nous dirons donc seulement que les savants se sont complètement lavés du reproche de détourner leur attention des faits du spiritisme, puisque une étude attentive de ce genre de phénomènes a été entreprise en 1876, par une société éti-angère, la Sociélé de physique de VUniversité de Saint-Pétersbourg.

^ Le spiritisme ayant fait son apparition, en Russie, rUniversité de Saint-Pétersbourg voulut l'étudier à fond et prononcer, après examen, sur la réalité des phénomènes attribués aux médiums et aux spirites. Un rapport fut publié par la commission ch:irgée de cette étude. Ce rapport était accompagné des procès-verbaux des séances de la commission.

Nous laisserons de côté les pièces annexées au travail de la commission, et nous ne citerons que le rapport, qui juge, avec une parfaite compétence et une grande clairvoyance, la question en litige.

« Coiisidcraiit, dil le rapport .le la Société russe : 1» la rapidité avec laquelle s'est répandu au coininencement de 1872 rinlérét excité par les phénomènes méJiumiques ;

» -2'> La légèreté avec laquelle beaucoup de personnes ajoutent foi à la doctrine mystique des esprits;

» 3" Le reproche que les personnes qui ont propa<ïé celte doctrine chez nous ont fait à la scimce, de ne pas recoaaaîlre Je spirilisme ;

» La Société de physique de l'L'niversité de Saint-Pétersbourg a nommé dans son sein, au mois de mai 1875, une commission spéciale pour l'étude des phénomènes du spiritisme. Cette commission s'est proposé pour but de lever le voile mvstérieux qui couvre ces phénomènes, de vériÛer leur authenticité et au cas où il en serait reconnu de réels, de les étudier avec les moveas de la science.

^Qg HISTOIRE DU MERVEILLEUX

T> De cet examen, la commission a tiré les conclusions sui-

^^» l°Ceux des phénomènes aUnhués au spiritisme iiui se produisent par l'imposition des mains, comme par exemple les mouvements des tables, sont incontestablement détermines par l'effet de la pression exercée intentionnellement ou non par les personnes présentes, c'est-à-dire se rapporlent à des mouvements musculaires conscients ou inconscients; pour les expliquer, il n'est pas nécessaire d'admettre l'existence de la torce ou de la cause nouvelle acceptée par les spiriles;

» 2° Des phénomènes tels que le soulèvement de tables et le mouvement de divers objets derrière un rideau ou dans 1 obscurité portent le caractère irrécusable d'actes de supercherie commis sciemment par les médiums. Lorsque des mesures sutfisanles sont prises contre la possibilité d'imposture, ces phénomènes ne se produisent pas, ou bien la tromperie est dévoilée : » 3° Les bruits et sons, dans lesquels les spintes voient des phénomènes médiumiques ayant un sens et pouvant servir a communiquer avec les esprits, sont des actes personnels de médiums et ont la même portée et le même caractère de basai rt ou de supercherie que les divinations et présages de bonne

n v'Pnf lire '

» 4» Le's phénomènes attribués à l'influence des médiums et a,.pelés médlumoplastiqxos par les spintes, tels que la matérialisation de différentes parties du corps et » ^PF'.f «" .-i^ ' " sures humaines, sont incontestablement faux. On doit en effet le conclure, non seulement de l'absence de toute preuve prêche mais encore de l'absence d'esprit d'investigation scientifique cht les personnes qui croient à l'authenticité de ces phénomènes e décrivent ce qu'elles ont vu; des précautions que les spintes et les médiums réclament d'ordinaire des personnes devant le.nuelles ces phénomènes doivent s'accomplir, en des cas nombreux où les médiums ont été directement convaincus d avmr produit par imposture de semblables manifestations, soit par eux-mêmes, soit à l'aide de tiers; j- ^„,

)^ 5» Dans leurs manifestations, les personnes qui se disent médiums mettent à profit d'une part, les '"«^'^7"^";^;,;';;;^7; scients et involontaires des personnes preçenles, et, d autie pan, la ci^dulité de gens honnêtes mais superficiels, qui ne soupçon^ • nenl pas la supercherie et ne prennent pas de mesures poui la

» 6° La plupart des adeptes du spiritisme ne font preuve m

LES SPIHITES. 407

de tolérance pour l'opinion des personnes qui ne voient rien Je scientifique dans le spiritisme ni pour mettre au jour la participation de '( personnes humaines » à la production de ces faits et qui ont pour base les principes rationnels des reciierches scientifiques, ainsi que cela a eu lieu dans les observations de Gay-Lussac, d'Arago, de Cbevreul, de Faraday, de Tyndall, de Carpenter et d'autres, il a été constaté que les phénomènes attribués au niédiumisme sont le résultat ou de mouvements involontaires découlant de particularités naturelles de l'organisme, ou de l'adresse et de là supercherie de gens portant des dénominations analogues à celle de médium. C'est ce que la commission a constaté également dans ses observations sur les trois médiums anglais qui lui ont été présentés par nos spirites.

» Se fondant sur l'ensemble de ce qu'ils ont appris et vu, les membres de la commission sont unanimes à formuler la conclusion suivante :

» Les phénomènes spirites proviennent de mouvements inconscients ou d'une imposture consciente, et la doctrine spirite est une superstition.

» Signé les membres de la commission : Bobylew, agrégé de physique à l'Université de Saint-Péteisbourg; Borgmann, préparateur au cabinet de physique de l'Université de Saint- Pétersbourg ; Boulyguine; Hezebus, licencié en physique; Elenew, préparateur au laboratoire de chimie de l'Université de Saint-Pétersbourg; Kraiévitch, maître de physique à l'Institut des mines et l'École des ingénieurs; Latchinow, maître de physique à l'Institut agronomique de Saint-Pétersbourg; Mendéléïew, professeur de chimie à l'Université de Saint- Pétersbourg; Pétrow, professeur de mécanique; Pétrouschevsky, professeur de physique à l'Université de Saint- Pétersbourg; Khmolovsky, maître de physique; Van der Vlie, agrégé de physique à l'Université de Saint-Pétersbourg.

» Saint-l'étersltoui'g, le 21 mars 1876. »

Il ne manque, selon nous, qu'un mot au rapport ou au jugement qu'on vient de lii^e, pour donner l'explition scientifique des phénomènes du spirilisine. Le rapport de la société russe appelle les actes des médiums des actes inconscients. If fallait ajouter que ces

actes incouscients ont leur cause dans Vélalhijp)iotiqae du sujet. Avec cette addition, le rapport de la Société de Saint-Pétersbourg est en parfaite conformité avec la théorie que nous avons développée dans les pages qui précèdent, des actions involontaires des médiums.

Notre tâche est finie. Nous avons passé en revue, dans ces quatre volumes, toutes les manifestations modernes prétendues surnaturelles, et démontré la vérité de lathèsephilosophiquequiétaitrobjetgénéralde cet ouvrage, à savoir que l'amour du merveilleux est inné à la nature de l'homme, et qu'il varie peu dans ses manifestations.

Nous avons vu les prodiges attribués aux thaumaturges de Tantiquité se continuer, au moyen âge, par les possessions démoniaques et la sorcellerie. Les pratiques des sorciers de l'ancienne Egypte et de l'Arabie renaissent dans les opérations des Paracelsistes du temps de la Renaissance, et elles ne changent pas sen siblement, en passant, au xvm" siècle, aux mains de Mesmer et de Cagliostro.

L'hypnotisme nous a donné la clef des phénomènes physiologiques propres au magnétisme animal, au magnétisme mysliqite, aux suggestions morales, à l'empire de volonté d'un homme sur des sujets dociles et soumis. L'hypnotisme nous a également donné la raison de la rotation des tables, comme des paroles extatiques des médiums et des prétendues réponses des esprits. En un mot, nous croyons avoir fourni l'explication scientifique de tous les faits prétendus surnaturels, et démontré, en même temps, que, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, les formas sous lesquelles le merveilleux se produit sont, au fond, peu nom-

LES SI'IIirrES. 409

breuses, malgré leur apparente diversité, et ne font que revêtir, d'un siècle à l'autre, un caractère particulier : fascination et prophéties dans l'antiquité; possession démoniaque et sortilèges, au moyen âge; extase et délire religieux au xvif siècle; au xviif siècle, magnétisme animal avec ses variantes, et dans notre siècle, tables tournantes, médiums et esprits. Telle était la pensée générale qui était le but de ce livre, nous croyons l'avoir justifiée par l'histoire. Nous ne regretterons pas le long labeur que nous nous sommes imposé si cette idée de \a pérennité du merveilleux demeure acquise à l'histoire et à la philosophie. Et si, par les considérations et les faits développés dans cet ouvrage, nous sommes assez heureux pour ramener dans le droit sentier de la vérité et du bon sens quelques âmes fourvoyées, pour éclairer certains esprits chancelants, irrésolus, ou entraînés par le trompeur mirage d'un mysticisme si mal à propos renouvelé de nos jours, nous aurons recueilli la récompense la plus douce au cœur d'un écrivain.

Fl.N DU TOME QUATRIÈME ET DERNIER.

Pages.

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