‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernes (volume 2)Chapitre 61 sur 68 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

M. Hoaie et ses prodiges. — Les Mémoirex de M. Home — Les frères Davenport; leur truc dévoilé. — La photographie spirite. — Buguet ; sa condamnation. — Explication physiologique du spiritisme. — Résumé et conclusion générale de cet ouvracre.

Au moment de continuer cette histoire des hauts faits du spiritisme, nous nous apercevons que nou.< n'avons pas encore prononcé le nom de M. Home, ou Hume, qui lit tant de bruit, pendant les deux hivers de 1857 et de 1858, dans les salons de la capitale, et surtout dans les feuilles parisiennes. 11 n'était question que de M. Home dans le bulletin quotidien que le journal, la Patrie, ouvrit, pendant un certain temps, aux sciences occultes. Les chroniques des grands journaux étaient également remplies d'histoires renversantes sur le célèbre magicien venu d'Ecosse, pays de la seconde vue. C'était tous les jours de nouveaux récits de ses exploits. Chez le prince deX..., dans une soirée que M. Home avait honorée de sa présence, un lustre s'était décroché du plafond, et après s'être promené en l'air à travers le bal, était venu, de lui-même, se raccrocher à son anneau. Chez la duchesse de Trois étoiles, des tables et des chaises, s'étant soulevées avaient exécuté toutes sortes de mouvements, qui figuraient presque un quadrille. Chez le marquis de A..., des mains invisibles s'étaient piomenées sur le visage des spectateurs, pour les aga-er ou les caresser, et d'autres mains, flottant

yS'J HISTOIRE DU MEUVEILLEUX.

sans corps, s'étaient rendues visibles. Chez le vicomte de B..., des pianos et des accordéons avaient exécuté spontanément des airs, sans le concours d'aucun musicien. Chez le vidame de C...,des spectres étaient apparus, de formidables bruits s'étaient fait entendre, la maison tout entière s'était ébranlée, et le parquet avait ondulé, comme un navire sur les flots. Chez le landgrave de D..., la température de la pièce où se trouvait la compagnie, s'élait abaissée à l'entrée de M. ïlome, et des assiettes de petits pâtés s'étaient élancées toutes seules à sa rencontre.

Telle est la qualité des prodiges qu'attribuait à M. Home la partie légère de nos journaux sérieux. Notons, en passant, que la presse qui, sous la Restauration et sous Louis-Philippe, s'était montrée l'adversaire constant etéclairé de la superstition et du miracle, semblait avoir pris à tâche, sous le second Empire, de venir en aide aux folies dusupernaluralisme, et presque de servir de compère à ses héros. Ce n'était là, sans doute, que l'effet d'une légèreté d'esprit, encouragée par l'appât d'un succès facile et vulgaire. On ne voit pas ce qu'un pareil système faisait gagner aux journaux en considération, mais on voit fort bien les dangers qu'il faisait courir à l'esprit public.

Cependant, quand on allait au fond de toutes les fantastiques histoires que nous venons de rappeler, quand on procédait aux informations, il se trouvait que les prodiges si complaisamment racontés par les journaux étaient de la pure invention des chroniqueurs. En réalité, M. Home ne s'élait dérangé que pour quelques rares sommités du parti spiritiste.il opéra aux Tuileries et chez le prince Napoléon. Mais qui nous dira ce qui s'est passé dans ces demeures souveraines? Nul

témoin nel'a rapporté. Le magicien prenait, d'ailleurs, une précaution excellente pour garantir sesmerveilles. Avant de se livrer à ses opérations fantastiques (qui consistaient surtout, à arracher, à distance, une sonnette des mains d'une personne, et à faire entendre des bruits insolites), M. Home passait attentivement la revue de l'assistance. Si une figure lui déplaisait, c'està-dire si elle appartenait k un incrédule, le nécromancien demandait son exclusion. Dhplaciiit nasus tuiis, et le suspect était mis poliment à la porte du salon.

Nous tenons ce détail de l'une des personnes ainsi éconduites lors d'une séance de M. Home chez le prince Napoléon, et qui n'était rien moins que le célèbre académicien, Babinet, qui s'était permis d'émettre quelques doutes surles facultés supérieures du thaumaturge. • Pour dernière précaution, au moment de faire éclater ses prodiges, le magicien tournait discrètement le bouton de la lampe, de sorte qu'une obscurité propice couvrait et cachait ses merveilles.

Il est donc fort probable que M. Home était*tout simplement un prestidigitateur, qui avait pris l'enseigne du spiritisme et profitait de sa vogue, pour exhiber des tours d'adresse, imités de ceux de Robert Houdin.

On pourrait, jusqu'à un certain point, comprendre le parti pris que manifesta M. Home de se dérober à l'inspection des incrédules ou des profanes ; mais les croyants à sa personne et à ses pratiques ne furent pas plus heureux que le vulgaire. Un grand nombre de spirites parisiens, l'élite des médiums de la capitale, l'avaient conjuré, supplié de leur accorder une séance ; M. Home fut sourd à leurs prières. 11 resta im-

pénétrable et inaccessible pour les dévots do la secte, comme il l'avait été pour les simples curieux.

Aussi les maîtres de l'art ne cachèrent-ils point leur mécontentemeni de cette manière d'agir. M. Dupotet, après avoir chanté, dans son Journal du magnétisme, les louanges de son confrère d'Ecosse, exhalait contre lui, trois mois plus tard, sa mauvaise humeur, et laissait percer les doutes les plus sérieux sur les facultés du médium qu'il avait tant prôné :

« Que reprochoas-iious à M. Home, dit M. Dupotet? C'est an jnanque de franchise ; c'est son peu de souci de la vérité et de ceux qui la défendent, son absence de dévouement à la science ; enfin, c'est qu'il n'a à cœur que son propre succès et qu'il ne recherche que ce qui reluit.

» Il y a ici quelque chose de mystérieux, à approfondir, et ce n'est qu'avec circonspection (}ue l'on doit admettre la cause avouée et soutenue de tous les phénomènes étranges produits par M. Home. Dans tous les cas, notre sentiment est qu'il y a mélange, que tout n'est pas toujours indépendant de lui-même, et qu'un jour on sera étonné d'apprendre (jue la force psychique n'était pas seule au service de M. Home. Mais est-ce moi qui ose écrire aujourd'hui ces paroles de méfiance, moi ijui ai loué et prôné le médium extraordinaire, moi spiritualiste? Pourquoi pas, si le doute est entré dans mon esprit fEsl-ca que je ne dois pas dire la vérité aux honmies qui croient en ma sincérité et en ma prudence? La vérité est simple, elle marche à découvert; ses vrais apôtres sont pour tous. Hs ne se fixent pasdans la classe des oisifs, que M. Home aime par-dessus toute chose... H a tout sacrifié à un vain orgueil. On a usé de lui comme d'un chanteur de romances. Il a amusé plutôt que convaincu.. Aussi pas un témoignage authentique de ses hautsfaits n'est sorti de ce brillant milieu, ce qui prouve que le doute y est resté. »

Ainsi, M. Dupotet lui-même {ta quoque!), exprimait des doutes, et se plaignait qu'il n'existât aucun témoignage authentique des hauts faits de ce spirite. Ce grand

maître aurait-il découvert les ficelles ou le stratagème deM. Home? Aurait-il constaté qu'une hallucinalion des assistants, ce qui est admissible, leur faisait seule ajouter loi à ses merveilles ? Voilà ce qu'il est impossible de décider. Mystère! mystère! telle est l'exclamation qui revient sans cesse quand il s'agit du thaumaturge d'Ecosse.

M. Home finit sans doute par être sensible au reproche qu'on lui adressaitde se dérober à l'examen des profanes, car il se décida à sortir |de son demi-jour, pour apparaître à la lumière delà publicité. En 18(33, M. Home donnaitle récit circonstancié de ses aventures et de ses miracles, dans un volume, à couverture rouge, ayant pour titre Révélations sur une vie surnaturelle^. Grâce à ce volume, on a pu savoir quelque chose de ce personnage et des balivernes qu'il entendait faire avaler au public.

M. Daniel Dunglas Home nous apprend qu'il est né à Edimbourg, en 1833. Dans son enftmce, il était d'une santé délicate et d'un tempérament très nerveux. Sa mère, son oncle, son grand oncle, étaient des voyants^ doués de la seconde vue, qui avaient prédit la mort de diverses personnes, et même la leur. M. Home ne se rappelle pas exactement l'époque où il fut, pour la première fois, sujet aux phénomènes surnaturels ; mais sa tante lui a dit que son berceau était fréquemment secoué, et qu'à l'Age de quatre ans il eut une vision relative à la mort d'une peli'.e cousine. A treize ans, l'esprit d'un camarade qui venait de mourir, lui apparut, au milieu d'un nuage de lumière, d'après une jtromesse qui avait été échangée entre eux, quelque temps auparavant.

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