Théâtre sacré des Cévennes
it à l'entourer. Tirbon commande le feu; plusieurs igionnaires tombent. Les autres, devenus furieux, rment de grosses pierres, tuent le capitaine et neuf ses soldats, et vont chanter un cantique de victoire * les ruines de leur temple. A partir de ce moment,
enfants de Dieu, tout en écoutant leurs prophètes,, nprirent la nécessité de se défendre, et mirent en itique l'éternelle maxime de la sagesse des nations : de-loi, le ciel t'aidera.
La défaite et la mort du capitaine Tirbon donnèrent 5si àpenser au colonel Folleville, qui jusque-là n'avait s pris au sérieux les prophètes du Vivarais. Il dépêi un courrier à Bâville, l'intendant du Languedoc, i partit aussitôt de Montpellier avec le gouverneur litaire de la province, M. de Broglie, son beau-frère, ville mit sur pied les curés, les juges, les consuls, sembla les milices, les volontaires et les châtelains, envoya toutes ces forces à Lavoulte, petite ville située ? les bords du Rhône, où Folleville avait établi son artier général. Bâville et de Broglie furent retenus
chemin à Privas, dont les environs n'étaient guère )ins agités que ceux de Lavoulte par les assemblées ligieuses. Ils venaient d'apprendre qu'il s'en prépait une de quatre mille personnes sur les ruines du nple de Privas. Ils parvinrent à l'empêcher; mais,
ce moment même, ayant eu avis qu'il se tenait une tre assemblée religieuse à Porchères, M. de Broglie ' rendit en toute hâte.
Dans ce hameau, qu'il fallait aller trouver par des emins affreux, vivait un pauvre vieillard nommé Paul iraut. Il avait quelque temps résisté à l'Esprit, blâant même ses enfants d'aller aux assemblées ; mais ux-ci lui racontaient des choses si merveilleuses du
pouvoir des prophètes, qu'un jour il se leva tout à coup en sursaut, enleva le ciel de son lit et le lança à trois pas, en proférant quelques paroles incohérentes. Cette subite victoire de l'Esprit sur leur père combla de joie les enfants de Béraut. Ils parcoururent le village, disant de maison en maison : « Venez voir mon père, qui a reçu l'Esprit et qui prophétise! » Sara, la fille de Béraut, qui avait reçu le même don presque immédiatement après lui, l'aidait dans la prédication. Ce vieux prophète présidait, dans sa maison, la petite assemblée de Porchères au moment où M. de Broglie y arrivait. Prévenus de l'approche du général, Béraut et sa fille s'élancent à la tête des assistants, fondent sur la troupe, qu'ils repoussent d'abord à coups de pierres, mais bientôt le vieux prophète est tué dans la mêlée avec une douzaine de ses compagnons, le reste est dispersé. Quant à Sara, qu'une blessure empêche de fuir, elle tombe entre les mains du général, qu rentre triomphalement à Privas avec cette belle capture.
Pendant ce temps Folleville n'était pas resté oisif ; mais ses soldats, les milices et les châtelains qu'on leur avait adjoints à Lavoulte, ne savaient de quel côté se porter, dans un pays qui fourmillait d'assemblées et de prophètes. S'engager dans les Boutières, c'était risquer d'y périr en détail et de n'en pas ramener un seul homme, il résolut donc de porter toutes ses forces sur. un seul point. Ayant entendu des chants qui descendaient de la cime du Gheilaret, entre Saint-Gënest et Gluiras, il s'avança de ce côté. 11 ne pouvait mieux choisir, car c'était Gabriel Astier en personne qui présidait cette autre assemblée. Après avoir embusqué ses milices dans les défilés pour arrêter au passage les fu-
gitifs, Folleviile gravit la montagne avec ses dragons, marchant en bon ordre. A son approche, Gabriel Astier harangue ses fidèles : « Enfants de Dieu, soyez sans crainte. En vérité, je vous le dis, vos corps seront comme du rocher sous le sabre et la balle. Les anges du Seigneur combattront avec nous. Eh! ne voyez-vous pas Homel, Brunier et les autres martyrs, vêtus de robes lumineuses, se promenant dans les cieux avec le Christ! »
D'autres inspirés prirent encore la parole, car les religionnaires, menacés d'aussi près, tinrent une espèce de conseil tumultueux, dans lequel plusieurs émirent l'avis de se retirer. Mais les prophètes et les prophétesses les signalèrent à l'assemblée comme des réprouvés, et déclarèrent qu'ayant tous le Saint-Esprit et se trouvant sous la protection des anges, ils n'avaient rien à craindre ; que les gens de guerre ne pouvaient rien contre ceux qui avaient la foi, et qu'en tout cas le paradis leur était ouvert après la port. « Il y en eut, dit Fléchier, qui assuraient que les anges tombaient sur eux comme des troupes de moucherons, et les environnaient*. »
Cependant Folleviile avait entouré, par ses détachements, la petite montagne du Ghcilaret. où se tenait l'assemblée. Avant d'attaquer ces malheureux, il leur envoya le prévôt de son régiment, pour essayer de les ramener à leur devoir. On lui cria : Tartara! arrière Satan! Le cri Tartara! était pour les religionnaires un mot sacramentel qui devait suffire pour réduire en poussière leur ennemi. Du milieu de l'assemblée, un homme s'élança vers le prévôt, essuya le feu de son
1. Fléchier, Relation des fanatiques, à la suile des Lettres choisies, 1. 1.
pistolet, le mit en fuite et le poursuivit à coups de pierres. Un second parlementaire envoyé par Folleville ne fut pas mieux traité : on le chassa à coups de pierres. L'ordre fut alors donné à la troupe de charger. On vit en ce moment les religionnaires s'embrasser les uns les autres et s'entre-souffler à la bouche, pour se communiquer le Saint-Esprit. Cela fait, ils marchèrent d'un pied ferme au-devant des soldats, en criant : Tartara! Ils avaient la conviction d'être invulnérables, ou la certitude que, s'ils mouraient, ce serait pour ressusciter peu de jours après. Quelquesuns étaient armés de fusils, d'autres lançaient des cailloux. Tous combattirent vaillamment; mais leurs rangs ayant été rompus, ils se dispersèrent, laissant sur le terrain trois cents, morts et cinquante blessés. Ces derniers furent envoyés comme prisonniers à Privas, et ceux qui ne moururent pas de leurs blessures trouvèrent le tribunal de Bâville, qui fit pendre ces malheureux « sur toutes les montagn'es où naguère ils chantaient les louanges de Dieu * » .
C'est ainsi que l'on traitait les prisonniers après chaque affaire. Nous ne raconterons pas tous les combats qui furent livrés à cette époque, jdans le Vivarais, entre les religionnaires et les soldats. Outre qu'ils ont l'inconvénient de se ressembler beaucoup, les faits d'armes ne doivent trouver place dans notre récit qu'autant qu'ils servent à expliquer les phénomènes que nous avons à décrire. Ce que nous devons noter avec soin, ce sont les manifestations de l'esprit prophétique durant cette période.
Dans la paroisse de Saint-Léger, où se tenaient de