L'inspiration
avoir été blessée. L'autre sœur fut rapportée, encore vivante, chez son père, mais elle mourut de ses blessures quelques jours après. Je n'étais pas dans rassemblée, mais j'ai vu le spectacle de ces morts et de ces blessés. Ce qu'il y a de plus notable, c'est que tous ces martyrs avaient été avertis par l'Esprit de ce qui devait leur arriver. Ils l'avaient dit à leur père en prenant congé de lui, et en lui demandant sa bénédiction, le soir même qu'ils sortirent de la maison pour se trouver dans rassemblée qui devait se faire la nuit suivante. Quand le père vit tous ces lamentables objets, il ne succomba pas à sa douleur, mais, au contraire, il dit drôlement, avec une pieuse résignation : « Le Seigneur l'a donné, » le Seigneur l'a ôté, que le nom du Seigneur soit béni ! » C'est du frère, du gendre, des deux enfants blessés et de toute la famille que j'ai appris que tout cela avait été prédit *. »
II résulte des circonstances de ce récit que les prophètes et les prophétesses avaient moins de foi à leurs inspirations particulières qu'aux promesses de Gabriel, qui leur avait assuré l'invulnérabilité.
Un autre prophète, nommé Valette, faisait aux calvinistes les mêmes promesses que Gabriel Astier, et l'événement, qui d'ailleurs fut tout autre que le précédent, ne lui donna pas mieux raison. Le 14 février 1689, Valette, qui avait réuni trois mille personnes dans le bourg de Tauzuc, leur avait donné rendez-vous pour le lendemain à Saint-Cierge. Il fallait de toute nécessité, pour arriver à ce village, passer par Saint-Sauveur, où était posté Tirbon, un des capitaines de Folleville. « Mais ne craignez rien, enfants de Dieu, leur avait dit le prophète, je ferai tomber les armes des mains des soldats. » Le lendemain, le capitaine Tirbon, les ayant •vus descendre de la montagne en longues files, marcha à leur rencontre à deux cents pas de Saint-Sauveur, et les somma de se disperser. Au lieu d'obéir, ils se met-