‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernesChapitre 19 sur 101 · Fléchier, ouvrage cité · texte numérisé non relu

Fléchier, ouvrage cité

avertit le châtelain de ce qui lui arrivait. Celui-ci accourut, et la nouvelle prédicante lui donna la représentation qui va suivre :

« Elle se coucha sur du foin, tout de son long à la renverse, battit des pieds et des mains, cria miséricorde! annonça le jugement dans trois mois ; puis s'agitant, comme pour exciter l'esprit prophétique, elle prédit qu'à la fin de février tomberait partout une grosse grêle, que les incrédules iraient errants sur les montagnes, qu'une étoile tomberait du ciel et sur Rome, et que les fidèles régneraient avec Jésus-Christ l'espace de mille ans sur la terre... Tout à coup elle se mit à passer en revue les habitants du village de l'un et de l'autre sexe : — « La demoiselle... n'a

> jamais fait d'autre péché que de se faire catholique. Sa voisine... » a bien fait d'autres péchés que celui d'aller à la messe. Tel

> sera sauvé... tel sera sera damné... tel se convertira... » Déclarant que c'étaient là des oracles du Saint-Esprit, qu elle avait reçu, non pas tout entier, mais de la grosseur d'un grain de froment *. >

Ces sortes d'accusations se renouvelèrent souvent chez les inspirés, et Gabriel Astier en donna lui-même l'exemple à Saint-Cierge, dans les Boutières. Ce jour-là il était assisté d'un autre prophète, nommé Pierre Regnaud; tous deux, montés sur une estrade, scrutaient les reins et les cœurs des assistants. « Mon frère, demandait Gabriel à Pierre, qui était prosterné devant lui, la face sur ses genoux, qui est-ce qui vous a fait de la peine? » Pierre répondait : « C'est un tel..., grand pécheur. C'est une telle..., grande pécheresse. »

Quoique le crime le moins pardonnable, à leurs yeux, fût le crime de papisme et d'apostasie, les prophètes ne se privaient pas lie dénoncer d'autres fautes. On raconte qu'une vieille femme qu'ils avaient accusée d'impureté, s'en alla trouver Astier dans une maison

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