‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernesChapitre 20 sur 101 · Fléchier, ouvrage cité · texte numérisé non relu

Fléchier, ouvrage cité

où se tenait une assemblée religieuse. Elle arriva au moment où il commençait la prière, et l'apostrophant de la manière la plus vive, lui demanda s'il était vrai qu'elle se fût laissé séduire par son valet. Gabriel ayant répondu affirmativement, elle se jeta sur lui comme une furie et le saisit par les cheveux pour le traîner, avec l'aide de sa fille, devant le juge de Lavoulte. Les assistants intervinrent, et ce ne fut pas sans peine qu'ils parvinrent à l'arracher aux mains de ces deux femmes.

A Saint-Julien, un homme, saisi tout* à coup d'un transport prophétique, veut immédiatement associer à ce don sa famille et ses amis. Averti de son état, le curé de la paroisse se rend à la maison du nouveau prophète, avec le maître d'école, armé d'un fusil. Il lui représente l'ordre du roi, auquel il faut obéir, sous peine d'un châtiment terrible. Mais le prophète répond hardiment qu'il ne craint rien, car il a le Saint-Esprit. Puis, découvrant sa poitrine et faisant deux pas en arrière : « Tirez sur moi ce fusil, dit-il au maître d'école, vous ne sauriez me faire du mal. » Sa femme, à qui l'Esprit se communique soudainement par sympathie, se figure alors être enceinte. Elle assure que l'enfant qu'elle porte dans son sein prophétisera tout en naissant, et parlera une langue intelligible à tout le monde. Pendant que les soldats, chargés de l'arrêter, ainsi que sa sœur, les conduisaient à Lavoulte, la première leur répétait souvent : « Ecoutez mon enfant qui prophétisé dans mon ventre. » Et l'autre, les attirant de son côté, leur disait : « Ne voyez-vous pas le Saint- Esprit qui saute et danse sur mes mains? »

On voil que l'inspiration prophétique n'était souvent qu'une véritable folie. Cette maladie mentale devint épidémique, car toute maladie peut revêtir ce carac-

1ère et passer, sans aucun mode apparent de transmistion, d'un individu à un autre, et de là à des populations entières. Les prophètes protestants furent donc en proie à un délire épidémique, suite de l'exaltation religieuse. Nous établirons plus loin les caractères particuliers que revêtit chez eux cette affection.

Un jour le curé de Saint-Vincent, et quelques catholiques curieux de savoir ce qui se passait dans une maison de la paroisse où les religionnaires étaient assemblés, s'y rendirent sans se faire annoncer, et s'arrêtèrent à la porte pour ne pas les interrompre. Là ils entendirent un curieux dialogue entre une prophétesse de vingt-deux ans et un petit garçon d'environ quatorze ans. La fille, soupirant, disait :

« Hélas ! il y a quelque chose qui me tourmente.

— Qu'est-ce que c'est, ma sœur? demandait le garçon.

— Mon frère, reprenait la fille en s'agilant, ce sont les papistes. »

Puis joignant leurs voix, ils disaient tous deux : « Que les mille diables, que les cinq cent mille

diables les emportent ! »

Le garçon seul, et d'une voix radoucie :

« Courage, ma sœur, nous serons bien heureux dans

le ciel. Je le vois ouvert. Dieu soit loué! » Fléchier, qui passe légèrement sur ce phénomène

d'hallucination, ajoute ce détail, qui paraît plus dans

l'esprit de sa relation.

c L'ecclésiatique entre là-dessus avec ceux qui raccompagnaient, et ils furent surpris du spectacle qui s'offrit à leurs yeux. La prophétesse Isabeau (Charras), c'est ainsi qu'elle s'appelait, était couchée à la renverse dans une cuisine, les jambes nues et l'estomac tout à fait découvert. Tous les assistants, au-

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tour d'elle, étaient attentifs à ces pieuses nudités, et contemplaient ce corps où résidait le Saint-Esprit. Cette folle remuant les pieds et faisant des postures extravagantes, et battant des mains, s'écriait : « Je nrule, je n'en puis plus, ce diable, ce Satan me brûle ! » Le prêtre voulut faire quelque remontrance à la fille, mais la mère indignée lui dit : « Quoi ! malheureux qne » vous êtes, vous ne respectez pas ma fille qui a le Saint-Esprit > dans l'estomac ! * Toutes les femmes mutinées se mirent à crier : « Arrière de moi, Satan! » et enlevèrent le curé hors de la maison i . »

Le pltfs puissant des prophètes du Vivarais, après Gabriel Astier, était un jeune garçon nommé Valette. Dans une assemblée de deux ou trois mille personnes, tenue sur un coteau des environs de Lavoulte, il déclara que, depuis qu'il avait reçu l'Esprit, il était devenu un tout autre homme ; qu'il se sentait plus fort «que les Alexandre, les Samson, les Mars, et qu'il lui suffirait d'une parole pour renverser toute l'assemblée. Et tout de suite, passant aux effets, il ordonne de crier miséricorde! et dit d'une voix forte : « Laissez-vous tomber tous à la renverse, sans vous faire de mal. » Gela fut exécuté sur-le-cbamp, toute l'assemblée se jeta il la renverse sur le sol.

La guerre et les massacres, complétés par les sentences du tribunal de Privas, continuèrent plus d'un an dans le Vivarais. Gabriel sortit vivant de vingt combats. On ne sait pas au juste le motif qui lui fit abandonner la retraite où il s'était tenu caché après cette guerre, pour aller tomber entre les mains de Bâville, qui le faisait traquer depuis plus d'un an. D'après Fléchier, il se serait enrôlé, pour mieux dépister les recherches, dans la compagnie du régiment de Laré; reconnu à Perpignan, il aurait 'été conduit à Nîmes

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