‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernesChapitre 28 sur 101 · Théâtre sacré des Cévennes, p · texte numérisé non relu

Théâtre sacré des Cévennes, p

Etienne recueillit le baiser du vieillard, et se mettant en route aussitôt, il alla évangéliser de bourgade en bourgade * .

On a pourtant remarqué que l'Esprit s'emparait rarement des vieillards, jamais des riches, des savants, ni des prêtres catholiques. Il s'établissait de préférence chez les enfants, chez les jeunes gens des deux sexes, chez des pâtres, des laboureurs et de pauvres artisans, cœurs simples dont la science n'avait point altéré la native candeur. Mais partout où il soufflait, l'Esprit opérait de même. Il est attesté par de nombreux témoins que les personnes qui avaient reçu les grâces a quittaient sur-le-champ toute sorte de libertinage et <le vanité » . Quelques-uns, qui avaient été débauchés, devenaient immédiatement sages et pieux; et comme ils ne parlaient guère sans exhorter les assistants à se repentir de leurs fautes et à régler leur vie, tous ceux qui les fréquentaient devenaient aussi plus honnêtes et menaient une conduite exemplaire .

Le retour et la multiplication des prophètes eurent pour effet naturel de rendre les assemblées beaucoup plus fréquentes et plus nombreuses qu'elles ne l'avaient jamais été. L'Église du désert retrouva ses fidèles et ses prédicants improvisés, qui se réunissaient à des heures convenues, au milieu des bois et des montagnes inhabitées, presque toujours la nuit, et quelquefois même pendant le jour, malgré les défenses répétées de l'autorité. La renaissance de l'Église du désert devait amener une répression poussée jusqu'aux excès les plus inouïs.

1. Le fanatisme renouvelé, ou Histoire dès sacrilèges, des incendies, des meurtres et autres attentats que les calvinistes révoltés ont faits dans les Cévennes, et des châtiments qu'on en a faits. 3 vol. in-12, à Avignon, 1703-1705, t. I, p. 18.

Daniel Raoul était accusé de s' être vanté d'avoir reçu de Dieu l'Esprit du prophète dont il portait le nom ; il fut pris dans les bois de Tornac près d'Anduze, et condamné à la roue. Trois de ses disciples furent arrêtés avec lui : l'un, Floutier, fut condamné au gibet, l'autre, Bonaventure Rey, aux galères, et le troisième, Bourelli, au service des armes. Le 9 septembre 4701, Daniel marcha lui-même au supplice en confessant Jésus- Christ, qu'il reconnaissait pour son sauveur, et dénonçant comme une idolâtrie les pratiques de l'Église romaine. Arrivé au pied de l'échafaud, il s'agenouilla et fît devant le peuple $& dernière prière, puis il s'étendit lui-même sur la roue.

c Ce laboureur, dit M. Peyrat, qui se comparait aux rochers éloquents du désert, en avait la dureté dans ses os. Il fallut cent trois coups de barre pour le briser. Il ne pouvait pas mourir : il resta plusieurs heures, ses membres repliés sous lui, la tête en bas et la bouche entrouverte, épanchant à flots le sang et la prière *. »

Malgré ces cruautés, ou plutôt à cause de ces cruautés, les prophètes se multipliaient de plus en plus ; ifs renaissaient de leurs cendres, comme Tertuliien l'avait dit des chrétiens martyrs. La perspective du gibet, de la roue et des galères ne faisait qu'affermir leur zèle, sans affaiblir encore leur soumission à l'autorité du roi. LesCévennes se montrèrent sur ce point plus longtemps patientes que le Vivarais, quoiqu'il y régnât la même ardeur pour la parole de Dieu et pour le chant de ses louanges. Le nombre et l'importance des assemblées religieuses continuant tous les jours, on se mit à traiter les simples fidèles qui les fréquentaient aussi

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