Tliéâtfe sacré des Céucnncs, p
cet homme se mit à carier miséricorde, sans nier le fait, demanda fortement à voir le frère Cavalier. Mais le frère Cavalier ne le voulut point voir. De sorte que La Salle ayant pleinement confessé qu'il avait été suborné pour commettre le crime dont il était accusé par les inspirations, il fut conclu qu'il aurait la tète coupée, parce que si on l'avait fait passer par les armes, selon la pratique ordinaire, le bruit des fusils aurait pu nous attirer l'ennemi, qui nous cherchait, et qui pouvait être proche de nous.
> Le frère Cavalier avait un double sujet de tristesse. Il se voyait privé, par un accident douloureux, d'un homme qu'il avait aimé et dont il avait été bien servi; et d'ailleurs, il se reprochait d'avoir en quelque façon dissimulé l'avertissement que Dieu lui avait envoyé, ou plutôt, de n'en avoir pas profité aussitôt qu'il l'aurait dû faire. Car lorsqu'il consentit à la mort da traître, il nous dit qu'il avait eu lui-même un avertissement en vision du mauvais dessein de cet homme, dans laquelle vision ledit La Salle, étant couché auprès de lui, avait voulu par trois fois le tuer d'un coup de pistolet, et que chacun des trois coups avait manqué.
» Dès qu'il eut été résolu de faire mourir La Salle et qu'on eut ordonné qu'il fût exhorté et consolé, selon que cela se passait en pareille occasion, je m'éloignai de l'endroit de l'exécution et je m'en allai vers le frère Cavalier, qui n'avait pas voulu non plus en être témoin. Comme toute la troupe était en prières pour le criminel, le frère Cavalier, qui était assis à terre, tomba en extase et eut des agitations extraordinaires. Dans la violence des mouvements qui le soulevaient et qui le secouaient rudement, l'Esprit lui dit : Je t'assure, mon enfant, que si tu munmmres contre mon commandement, je t'abandonnerai. Je f avais fait connaître qn'U fallait que ce traître fût mis à mort, et tu m'as résisté. Prends garde, mon enfant; car je te déclare que si tu n'obéis aux ordres que je te donne, je V abandonnerai et je donnerai mon troupeau à conduire à Vautres qui le conduiront aussi bien que toi. Je puis bien répondre de ces paroles; mais il y en eut beaucoup d'autres qui tendaient à la même chose. Je fas extraordinairement touché, de même que les autres qui étaient présents, de cette terrible extase du frère Cavalier K »
1. Tliéâtre sacré des Cévennes, p. 119-121. Déposition de Durand Fage.
Voici un autre fait du même genre, qui est rapporté dans la déposition de Jean Cavalier (de Sauve)!, qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre chef, et qui était seulement de sa famille.
c Après la bataille de Gaverne, nous nous eu allâmes au château de Rouvière, à une demi-lieue de Sauve. Comme j'étais avec le chef Cavalier, mon cousin, et plusieurs des principaux de la troupe, il dit tout haut : Je me sens tout contristé, un Judas m'a baisé aujourd'hui. Cependant on prépara le diner; environ vingt personnes se trouvèrent à table, tant de ceux de la troupe que des amis du voisinage. Entre autres, il y avait un certain N..., protestant de profession, qui avait été l'ami de l'illustre Brousson; il avait aussi toute la confiance de SI. Cavalier, et nous le regardions tous ensemble avec d'autant plus d'estime, qu'il avait toujours fréquenté nos saintes assemblées, qu'il aidait souvent à les convoquer, qu'il recevait les charités de ceux qui nous communiquaient des secours d'argent, et qu'il avait même souffert la prison pour quelqu'une de ces bonnes œuvres. C'était un homme de quarante-cinq ans. Comme nous étions tous à table, N... à la droite de mon cousin et moi à sa gauche, l'Esprit me saisit avec de grandes agitations, au milieu du repas; et, entre autres paroles, il me fit prononcer celles-ci : Je te dis, mon enfant, qu'un de ceux qui sont assis à cette table et qui a trempé la main dans le même plat avec mon serviteur, a dessein de l'empoisonner. Presque aussitôt que mon inspiration .eut cessé, une parente de M. Cavalier, qui était dans la même chambre auprès du feu, tomba en extase et dit en propres termes : Il y a ici un Judas qui a baisé mon serviteur et qui est venu pour V empoisonner. Dès que mon cousin eut entendu ce que j'avais prononcé, il s'était abstenu de manger et avait ordonné que les portes fussent gardées ; mais après qu'il eut reçu le second avertissement de la bouche de la jeune fille, il fit redoubler la garde. La compagnie continua de dîner. Comme on était encore à table, le frère Ravanel (celui qui a souffert le martyre) fut soudainement saisi de l'Esprit avec des agitations très-grandes : Je t'assure, num enfant, lui dit l'Esprit, qu'il y a présentement un traître assis à cette table qui a reçu une somme d'argent pour empoisonner mon serviteur et même toute la troupe fil lui était fros-
sible. Je te dis qu'il a promis à l 'ennemi d'empoisonner le chef, et qu'il s'est proposé, en entrant dans cette maison, d'empmmner Veau de la citerne et le seau, pour tâcher de détruire le troupeau, s'il ne peut pas faire périr le berger. A l'instant que M. Cavalier eut entendu ces paroles, il défendit qu'on puisât de l'eau, et il fit garder la citerne du château après que l'on eut jeté le seau dedans.
» Dans le même temps, on vint dire dans la chambre où nous étions que le frère Duplan, brigadier de la troupe, qui était dans une autre chambre, venait de tomber dans une extase extraordinaire, avec de fort violentes agitations. J'y courus et j'entendis qu'il prononça ces paroles : Je te déclare, mon enfant, qu'il y a dans cette maison un homme qui a vendu mon serviteur pour une somme d'argent (il nomma 500 livres ou 500 écus). fi a mangé à la même table que lui. mais je te dis que ce traître sera reconnu, et qu'il sera convaincu de son crime. Je te dis qu'il a dessein présentement de jeter le poison qu'il a caché sur lui, ou de le mettre dans les habits de quelqu'un de la compar gnie; mais je permettrai qu'il soit reconnu et nommé par son * nom. M. Cavalier ayant été averti de l'inspiration de Duplan, le lit venir dans une chambre particulière, avec les trois personnes qui avaient eu des inspirations, et tous ceux qui avaient mangé avec nous à la même table. On avait commencé à fouiller plusieurs de ces mêmes personnes, lorsque Duplan, qui marchait au milieu de ses agitations, entra dans la chambre; il vint droit à N..., et hii mettant la main sur le bras, il l'accusa et le censura avec beaucoup de véhémence, disant : Ne sais-tu pas, misérable, que je vois toutes choses, que je sonde les ceeurs et les reins, et que les plus secrètes pensées me sont découvertes ? N 'appréhendes-tu pas mes jugements terribles ? Oserais^tu nier le complot que tu as fait avec les ennemis de mon peuple ? Confesse, malheureux, confesse ton crime!
» N... voulut s'excuser; mais Duplan, dans un redoublement' de l'inspiration, déclara positivement que le poison était dans la tabatière et dans la manche du justaucorps de celui qui était accusé, de sorte qu'il Jfut pleinement convaincu. J'étais présent et j'ai vu tout cela. Le poison était dans du papier. M. Cavalier ayant des raisons particulières pour ne pas faire mourir ce trat- , tre, et, sa mort n'ayant pas été ordonnée par aucune des quatre inspirations; il se contenta de le censurer et de lui représenter
quantité de choses qu'il n'est pas nécessaire que je rapporte ici. De sorte que, la nuit étant venue, N... eut la liberté de s'en retourner chez lui. Il y eut ordre à la troupe de se préparer pour la prière générale, en actions de grâces de la délivrance admirable que Dieu nous avait accordée '. »
La dernière histoire que nous allons transcrire signale un fait plus miraculeux encore que les précédents : Tincombustibilité d'un prophète.
c Un jour, dit le témoin, que Cavalier avait fait une assemblée proche de Sérignan, dans le mois d'août 1703, et que notre troupe était, si je ne me trompe, de cinq à six cents hommes (et je ne doute pas qu'il y eût pour le moins autant de personnes de l'un et de l'autre sexe qui étaient venues des villages voisins pour assister aux exercices de piété ce jour de dimanche), après que l'on eut fait plusieurs exhortations, lectures, chants de psaumes, etc., le frère Gary (qui avait reçu des grâces excellentes, et dont les révélations fréquentes étaient, avec celles de M. Cavalier, les guides ordinaires de notre troupe) fut saisi de l'Esprit au milieu de l'assemblée. Ses agitations furent si grandes, que tout le monde en fut extrêmement ému. Lorsqu'il commença à parler, il dit plusieurs choses touchant les dangers auxquels les assemblées des fidèles se trouvaient ordinairement exposées 1 ; ajoutant que Dieu était celui qui veillait sur elles et qui les gardait. Ses agitations augmentant, l'Esprit lui fit prononcer à peu près ces mots : Je t'assure, mon enfant, qu'il y a deux hommes dans cette assemblée qui n'y sont venus que pour vous trahir. Ils ont été envoyés par vos ennemis pour épier tout ce qui se passe entre vous et pour en instruire ceux qui leur ont donné cette commission. Mais je te dis que je permettrai qu'ils soient découverts et que tu mettes toi-même la main sur eux. Tout le monde était fort attentif à ce qu'il déclarait; et alors ledit Gary, étant toujours dans l'agitation de tête et de poitrine, marcha vers l'un des traîtres (je les appelle ainsi, parce qu'ils professaient notre religion) et mit la main sur son bras. M. Cavalier ayant vu cela, commanda à ceux qui portaient les armes d'environner rassemblée, de telle manière que personne n'en