‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernesChapitre 45 sur 101 · Théâtre sacré des Cévennes, p · texte numérisé non relu

Théâtre sacré des Cévennes, p

put échapper. L'autre espion, qui était à quelque distance, fendit la presse, et vint auprès de son Camarade se jeter aux pieds de M. Cavalier, en confessant sa faute et en demandant pardon à Dieu et à l'assemblée. L'autre fit la même chose, et tous deux .dirent que c'avait été leur extrême pauvreté qui avait été la cause de ce qu'ils avaient succombé à la tentation ; mais qu'ils s'en repentaient avec amertume et qu'ils promettaient qu'avec l'assistance de Dieu ils seraient à l'avenir fidèles, si on leur voulait donner la vie.

9 Cependant M. Cavalier les fît lier, et commanda qu'on les gardât. Alors, l'inspiration de Clary continuant avec de trèsgrandes agitations, l'Esprit lui fit dire à fort haute voix que phisieurs murmuraient sur ce qui venait d'arriver, comme si la promptitude avec laquelle les deux accusés avaient confessé était une marque qu'il y avait eu de l'intelligence entre Clary et eux, pour supposer un miracle. gens de peu de foi, dit l'Esprit, est-ce que vous doutez de ma puissance, après tant de merveilles que je vous ai fait voir ? Je veux qu'on allume tout prése*~ tement un feu, et je te dis, mon enfant, que je permettrai que tu te mettes au milieu des flammes sans quelles aient de pouvoir sur toi, etc.

» Sur cela le peuple s'écria, particulièrement les personnes qui avaient murmuré, et qui, n'étant pas du nombre de ceux qui portaient les armes, n'avaient pas tant de foi qu'eux. On entendU un cri de toutes ces personnes, qui confessaient leur doute et qui demandaient grâce ! Seigneur, retire de nous le témoignage du feuf Nous avons éprouvé que tu connais les coeurs t Mais comme Clary insista, avec des redoublements d'agitations de tout son corps, M. Cavalier, qui ne se pressait pas trop dans une affaire de cette conséquence, ordonna enfin qu'on allât chercher du bois sec pour faire promptement un feu. Comme il y avait tout auprès de là des fourneaux à tuile, on trouva en un moment quantité de branches sèches de pin, et de cet arbrisseau piquant que nous appelons argealas, et peut-être quelques sarments. Ce menu bois, mêlé de grosses branches, fut entassé au milieu de l'assemblée, dans un endroit qui était un peu bas, de sorte que tout le monde était élevé tout autour. Alors Clary, qui, pour le dire en passant, avait une camisole blanche (habit de la saison, que sa femme lui avait apporté le jour même), se mit au milieu du tas de bois, se tenant debout et levant les mains jointes au-des-

sus de sa tête. U était toujours dans l'agitation et parlait par inspiration. Plusieurs personnes m'ont rapporté les choses qu'il disait; mais pour moi je ne pus l'entendre distinctement. On me dit aussi que c'était lui-même qui avait mis le feu au bois, et que ce feu avait pris en un instant, au premier attouchement : merveille que j'ai plusieurs fois observée en d'autres occasions, et particulièrement quand on criait : A sac! à sac! contre les temples de Babylone. Toute la troupe en armes environnait l'assemblée entière, qui était généralement en pleurs et en prières, les genoux en terre, faisant un cercle à l'entour du feu. JL.a femme 4e Clary était là, qui faisait de grands cris; son beau-père, deux de ses belles-sœurs, et même quelques propres parents de Clary, que je ne puis pas précisément nommer. Chacun le vit, au milieu des flammes qui l'enveloppaient et qui le surmontaient de beauloup. Ceux qui avaient eu soin de ramasser les bois eurent aussi celui de repousser les restes des branches qui étaient un peu écartées, afin qu'il n'en restât rien. Clary ne sortit donc du milieu du feu que quand le bois eut été tellement consumé, .qu'il ne s'éleva plus de flamme. L'Esprit ne l'avait point quitté pendant ce temps-là, qui, autant que j'en puis juger aujourd'hui, fut pour le moins d'un quart d'heure ; et il parlait encore avec sanglots et mouvements de poitrine quand il fut sorti. M. Cavalier fit la prière générale, pour rendre grâces à Dieu de la grande merveille qu'il avait daigné faire pour fortifier la foi de ses serviteurs. Je fus des premiers à embrasser le digne frère Clary et à considérer son habit et ses cheveux, que le feu avait tellement respectés , qu'il était impossible d'en apercevoir aucune trace. Sa femme et ses parents étaient dans des ravissements de joie, et toute l'assemblée se sépara, la nuit venant, en louant et en bénissant Dieu. J'ai vu et entendu toutes ces choses-là *. »

De telles scènes augmentaient la confiance des insurgés dans la justice de leur cause et dans la protection du ciel. Se croyant directement conduits par le Saint-Esprit, ils se sentaient appelés à obtenir, par la *voie des armes, la restauration de leur religion pro-

1. Théâtre sacré des CévenneSj page 99-102. Déposition de Cavalier (de Sauve).

scrite : une telle confiance morale décuplait leurs forces et leur faisait braver la mort avec joie.

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