Théâtre sacré des Cévemes, p
2. Sayous, t. I, p. 303, d'après les Mémoires inédits de Court, pour servir à l'histoire des Églises réformées de France et de leur dispersion depuis la révocation de l'èdit de Nantes. (Manuscrit de la bibliothèque publique de Genève.)
nerveux. Quant aux causes qui l'avaient engendrée,, elles n'étaient autres que les longues souffrances et l'excès du malheur auxquels les protestants du Midi étaient en proie depuis une longue série d'années. Celui qui succombe sous le poids de l'injustice et du criminel acharnement de ses semblables, n'a plus d'autre recours que dans la protection de l'Être suprême, qui seul est plus puissant que ses ennemis ; il s'absorbe dans l'idée de Dieu, et la théomanie, ou folie religieuse, sort bien souvent de cette contemplation assidue.
Fléchier, tout en essayant de prendre en dérision le fanatisme des calvinistes, a pourtant émis des réflexions judicieuses sur la cause de la naissance et de la propagation du délire qui envahit le Dauphiné, le Vivarais et les Cévennes; il entre ainsi, sans s'en douter, dans la théorie médicale qui nous semble expliquer le mieux ces phénomènes.
€ Ces pauvres gens, nous dit Fléchier, n'entendaient parler que de ces sortes de dévotions ; leur imagination en était remplie. Ils voyaient dans les assemblées ces représentations dont ils s'entretenaient sans cesse eux-mêmes. On leur ordonnait de jeûner plusieurs jours, ce qui leur affaiblissait le cerveau et les rendait plus susceptibles de ces visions creuses et de ces vaines créances. Les courses qu'ils faisaient de paroisse en paroisse, de montagne en montagne, pour y passer les jours et les nuits, sans prendre d'autre nourriture que quelques pommes ou quelques noix ; les spectacles et les exhortations continuelles de tout quitter, pour se trouver dans l'assemblée dçs élus et des fidèles, et d'y faire, comme les autres, des prédictions imaginaires; la petite gloire d'être élevé sur un théâtre, d'être écouté comme un oracle, de faire tomber d'un seul mot mille personnes à la renverse, de consacrer, pour ainsi dire, ses extravagances, et rendre sa folie vénérable par le mélange de quelques textes mal appliqués de l'Écriture, c'étaient autant de causes de cette corruption presque générale. Les ignorants sont disposés à
suivre et à imiter. On leur soufflait l'erreur et dans le cœur et dans la bouche ; il se faisait une génération spirituelle de prophètes et de prophéties par les yeux et par les oreilles, plutôt que par l'esprit et par la foi ; en sorte qu'ils devenaient tous ou trompeurs ou trompés par contagion *. »
On ne peut mettre en doute que la cause du mal épidémique dont nous venons de nous occuper, ne soit l'excès de la persécution qui avait frappé les calvinistes du Midi. Le désespoir exalta leur cerveau, et le délire, une affection épileptiforme, vint s'ajouter à tant d'autres maux. Voilà, pour le médecin philosophe, l'origine la plus probable à assigner hlamaladie des trembleursdes Cévennes.
Quoiqu'elle se distingue par des caractères propres, l'affection épidémique des protestants cévenols offre pourtant de grands rapports avec des états analogues qui avaient apparu à une époque antérieure, et avec d'autres qui l'ont suivie. On ne peut, par exemple, s'empêcher de reconnaître l'analogie qui existe entre les prophètes des montagnards cévenols et les prophètes qui accompagnaient, ou plutôt dirigeaient ce& masses immenses d'anabaptistes qui, au seizième siècle, allaient de ville en ville, parcourant là Suisse, l'Alsace, la Pologne, la Lorraine et presque toutes les principautés de l'Allemagne, rebaptisant les chrétiens et traînant à leur suite des flols de paysans enrégimentés. Quand on lit, dans YHistoire des anciennes sectes lutliériennes du P. Catrou, les exploits des anabaptistes, on est surpris , de la presque identité qui existe entre les prophètes des ; anabaptistes et ceux des protestants cévenols, en ce qui N concerne la forme des prophéties, les visions, les pré- \ dications, les extases, les excitations à la guerre, le