‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernesChapitre 68 sur 101 · Rtlaiùm des fanatiques. (Lettres choisies, t. I, p · texte numérisé non relu

Rtlaiùm des fanatiques. (Lettres choisies, t. I, p

Ïi8 HISTOIRE DU MERVEILLEUX.

double rôle religieux et militaire des chefs, le mépris absolu de la mort et le désir immodéré du martyre. Pour né pas trop étendre un récit déjà bien long, nous nous bornerons à énoncer ce parallèle en renvoyant à la curieuse compilation du P. Gatrou.

Lamaladie des trembleursdesCévennesa'eslinistioa plus sans de grandes analogies avec celle des convulsïonnaires jansénistes, qui devait éclater peu après el par une cause du même ordre. Si l'on se reporte au premier volume de cet ouvrage, on reconnaîtra que les mêmes caractères extérieurs et intérieurs dominent dans ees deux épidémies physico-morales. Agitations plus ou moins violentes, extases, chutes subites, contorsions convulsives, insensibilité physique momentanément acquise, voilà ce qu'avec la moindre attention on reconnaît également dans le cimetière de Saint-Médard el dans le désert des Cévennes. Les cas d'insensibilité physique bien constatés sont plus nombreux et plus remarquables chez les convulsionna ires jansénistes que chez lés prophètes protestants; mais ce n'est là qu'une différence dans'le degré, et qui n'a rien d'essentiel. Ce n'est pas sans motifs que nous disons : phénomènes d'insensibilité bien constatés, c'est-à-dire observés par des spectateurs intelligents el attestés par des témoignages irrécusables. Sans cette réserve, certains phénomènes, du côté des prophètes protestants, l'emporteraient de beaucoup sur leurs analogues que nous voyons chez les convulsionnaires jansénistes. Mais les coups de bûche, les coups de barre de fer, les piétinements qu'enduraient impunément les filles du cimetière de Saint-Médard, ont eu pour témoins des hommes d'une bonne foi et d'une sagacité universellement reconnue. Qui a vu, au contraire, ces balles de fusil dont parle le Théâtre

sacré des Cévennes, arrêtées dans leur force par la volonté de Dieu, de sorte qu'elles frappaient quelquefois aplomb, et quelquefois à bout portant , ceux que Dieu voulait garantir, sans qu'ils en fussent offensés ? N'estce pas la foi seule du témoin, son vif désir de voir un étonnant miracle, son illusion en un mot, qui lui a persuadé de pareilles choses ?

L'incombustibilité du prophète Glary, qui, selon le Théâtre sacré des Cévennes, resta un quart d'heure dans la flamme d'un bûcher, serait un bien grand miracle s'il n'y avait pas là aussi quelque chose à rabattre historiquement. Nous avons heureusement, à propos de ce fait, une note précieuse de Court, sage historien.

c Cet événement, dit Court, fit grand bruit dans la province ; il m'a été attesté pour le fond par un grand nombre de témoins; mais par les informations que j'ai prises sur les lieux mêmes, la vérité se trouve altérée : 1° Gary ne séjourna pas dans le feu ; 2° il y entra deux fois ; 3° il se brûla au cou, au bras, et fut obligé de s'arrêter au lieu de Pierredou pour se faire panser.' Le brigadier Montbonnoux, ami intime de Clary, et qui vécut longtemps après lui et cet événement, confirme ces trois observations ; mais il était néanmoins très-persuadé que le feu et le temps qu'il y demeura auraient dû V endommager davantage, s'il n'y avait pas eu dans cet événement quelque chose de miraculeux, >

Combien d'esprits laissent paraître la même naïveté que cet honnête brigadier camisard ! Eh bien ! l'excessive dévotion ne peut-elle se créer à elle-même les mêmes illusions que l'excessive amitié?

Si nous passons aux manifestations morales, nous trouvons une plus grande ressemblance, nous pouvons dire cette fois une parfaite identité, entre celles des convulsionnâmes jansénistes et celles des prophètes cévenols. C'est départ et d'autre une exaltation de l'esprit qui les

force à subir une pensée arrivant chez eux toute formulée et dont ils sont même contraints de se faire l'organe. L'idée dominante et dont on dispute sans cesse au milieu d'une secte s'impose d'elle-même à l'esprit des sectaires, et moins ils sont lettrés ou intelligents, plus ils sont dociles à recevoir cette impression. « Tous ceux que l'inspiration fait parlerait Durand Fagedans sa déposition, ont ceci de commun, c'est que les paroles sont formées dans leur bouche sans qu'ils y contribuent par aucun dessein, de même que leurs corps sont mus par une puissance qui les domine et à laquelle ils ne font que prêter leur organe *. * On sait que le janséniste Fontaine, dans ses pirouettes forcenées, s'écriait « qu'il ne lui était pas possible de se soustraire à la puissance qui l'entraînait. a

Les discours que les convulsionnaires jansénistes tenaient dans leurs extases, et où 41s déploraient l'avilissement et la corruption de l'Église catholique, sont le fidèle reflet des prédications des prophètes cévenols tonnant contre Rome et son culte. Il est remarquable que les uns et les autres fissent' usage, dans leurs discours, de formules éloquentes qui étonnaient dans la bouche de personnes sans instruction. En ce qui concerne les prophètes cévenols, sans doute nous croyons que des enfants prononçaient de beaux sermons, mais certainement ces enfants n'étaient pas assez jeunes pour n'avoir pas déjà entendu prononcer les paroles ou exprimer les idées qui se retrouvaient si merveilleusement dans leur mémoire par le bénéfice d'une exaltation extraordinaire de leurs facultés intellectuelles. Avec cette explication, les petits enfants qui prêchaient dans les assemblées

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