‹ Histoire du merveilleux dans les temps modernesChapitre 76 sur 101 · lbtd., p · texte numérisé non relu

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struments étaient au nombre de sept, pour correspondre aux sept métaux connus et aux sept planètes qui sympathisaient avec ces métaux.

< I. Le grand compas, ou verga lucente, pour reconnaître, de la surface de la terre et des eaux, les mines d'or, les marchassites, la pierre d'azur, les talcs dorés et la pierre solaire, qui sont sous l'influence du Soleil.

» H. Les grandes boussoles à sept angles, ou verga cadente, pour trouver les mines d'argent, les marchassites, le crystal de roche, les diamants qui sont dans les pierres, et les pierres référentes à la Lune.

» III. V astrolabe minéral, ou verga saltante, pour trouver les mines de cuivre, les marchassites esmeraudes et autres pierres et minéraux qui se réfèrent à Vénus.

» IV. Lé cadran minéral, ou verga battante, pour trouver Tétain, le zinc ou spiantre, et toutes les pierres et minéraux qui se réfèrent à Jupiter.

» V. Le géométrique minéral, ou verga trépidante, pour connaître, de la surface de la terre, les mines de plomb, d'antimoine et toutes les pierres qui se réfèrent à Saturne.

» VI. Le râteau métallique, pour connaître les mines de fer et tout ce qui se réfère à Mars.

» VIL L'hychoïque minéral, pour reconnaître, de la surface de la terre, le mercure, le cinabre minéral et toutes les pierres et minéraux qui se réfèrent sous l'influence de Mercure, »

La baronne indique en même temps les constellations sous lesquelles il faut construire ces divers instruments, et elle y joint les signes représentant l'aspect du ciel, tel qu'il doit présider à leur construction.

Si maintenant, après cette énumération, et malgré cette énumération, faite par la baronne elle-même, des moyens fantastiques qui la dirigeaient dans la recherche des mines, on nous demandait notre sentiment sur le fond de cette question, nous n'hésiterions pas à accuser ici la sincérité de l'auteur, et à dire que les procédés et méthodes cabalistiques dont la baronne

de Beausoleil faisait parade, n'avaient pour objet que de se conformer aux vues et aux manières de son siècle, et de cacher sous le voile du surnaturel les résultats d'une observation et d'une science positives 1 . Mais si c'était là un calcul, le calcul devait lui être funeste.

Cette apparence de surnaturel et de merveilleux dont la baronne s'était plu à entourer ses opérations pour rester fidèle aux habitudes de l'époque, fut en effet le prétexte qui servit à ses ennemis pour provoquer sa ruine. C'est là ce qui lui avait déjà valu beaucoup de persécutions dans la province, et ce qui lui avait attiré sa méchante affaire avec le prévôt de Morlaix ; c'est ce qui excitait contre elle, même à Paris, toutes sortes

1 . C'est aussi le sentiment de Gobet, pour tout l'ensemble des personnages qui ont affirmé s'être servis de tels moyens dans la découverte des minéraux. Voici ce que dit à ce sujet le. judicieux éditeur des œuvres minéralogiques de Beausoleil, dans un avis qu'il met en tête de cette dernière partie de la Restitution de Pluton :

« Le merveilleux inspire toujours une confiance absolue parmi les ignorants; des gens fins et très-instruits ont profité de cette faiblesse humaine en imaginant la baguette divinatoire pour découvrir les mines, les trésors, etc. Ayant des signes plus certains pour reconnaître les mines, ils ont mieux aimé paraître favorisés par la divinité que d'avouer leurs connaissances particulières. Le prestige le plus généralement adopté en Allemagne a été la baguette, virgula furcata : ils ont employé le coudrier pour découvrir l'argent, le frêne pour rechercher le cuivre, le picea pour trouver le plomb et rétain, le fer et l'acier pour rencontrer l'or. Au tour de main qui occupait les yeux des spectateurs, ils ajoutèrent des vers pour en imposer aux oreilles, et des enchantements pour affecter l'esprit des amateurs.

» Cette superstition avait gagné la baronne de Beausoleil, qui y croyait ainsi que d'Arcons, Blumenstein, comme nous le verrons par

la suite Ceux qui trouvent des mines par la baguette doivent être

examinés avec attention par des minéralogistes instruits, pendant cette opération, parce qu'ils découvriraient certainement les signes extérieurs qui font tourner à propos la baguette dans la main de ces pauvres sorciers. »

(Les Anciens minéralogistes, t. I, p. 423-42i.)

LA BAGUETTE DIVINATOIRE. &)o

de préventions et de défiances ; c'est enfin l'armé qui servit à ses ennemis et à ses envieux pour consommer sa perte.

Richelieu, qui, dans le même temps, faisait brûler Urbain Grandier pour cause de sorcellerie, était tout disposé à accueillir une calomnie fondée sur les mêmes préventions. À la distance qui nous sépare de ces événements, en l'absence complète de tout document qui en conserve les traces, toutes les suppositions sont admissibles, hormis celle peut-être qu'il se soit rencontré dans l'entourage de ce ministre redouté quelque défenseur de cette femme héroïque.

Quoi qu'il en soit, en 4642, par ordre de Son Èmittence, la baronne de Beausoleil fut enfermée dans la prison d'Etat de Vincennes, et son mari dans celle de la Bastille, le tout sans avis, sans jugement, ainsi qu'on procédait à cette triste époque. Vante qui voudra la politique du cardinal-ministre : repousser du pied les moyens d'ajouter à la richesse du royaume, moyens si nettement formulés dans le mémoire, dont nous avons cité le contenu ; ne pas daigner examiner la portée de propositions aussi claires et fondées sur des faits irrécusables; au lieu d'écouter ces habiles et généreux savants, n'entendre que leurs adversaires, et finalement les jeter en prison pour en finir, ce n'est certes pas là le caractère d'un noble esprit, chargé de veiller aux intérêts d'un grand peuple.

Après avoir vécu pendant quarante années de la même vie et des mêmes sentiments, la baronne de Beausoleil et son mari étaient donc séparés, au déclin de leurs jours, et jetés, chacun de son côté, dans la solitude d'un cachot. Tel était le prix de leur dévouement et de leurs travaux, telle était leur récom-

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pense pour les bienfaits dont ils avaient médité d'enrichir la France.

La baronne de Beausoleil mourut dans sa prison. On ne saurait fixer l'époque de sa mort; mais il est probable que ce moment ne se fit pas attendre. Cette âme ardente ne put sans doute supporter longtemps les tortures de l'emprisonnement et la douleur de voir payer ses services d'une si noire ingratitude. Il résulte d'un document qui sera cité plus bas, qu'elle fut atteinte d'hydropisiepeu de temps après son entrée dans la prison de Vincennes. Quant à son mari, on sait qu'il mourut à la Bastille vers 4645.

Dans les Mémoires de Lancelot touchant la vie de M. de Saint-Cyran, nous avons trouvé quelques détails concernant le séjour de la baronne- de Beausoleil dans la prison de Vincennes. Les documents qui se rapportent à l'histoire des sciences ou à la biographie des savants sont si rares dans les ouvrages des derniers siècles, qu'il faut encore s'estimer heureux de rencontrer, disséminés dans ces écrits, quelques indices qui les rappellent, et qui n'ont été conservés le plus souvent que par des circonstances toutes fortuites. C'est par une circonstance de ce genre que Lancelot parle, dans ses Mémoires, de la baronne de Beausoleil.

L'abbé de Saint-Cyran, Duvergier de Hauranne, fut enfermé à Vincennes en 1638, comme propagateur du jansénisme. Le 44 mai 4638, c'esl-à-dire Tannée même de la mort de Jansénius, et deux ans avant la publication de YAugustinus, il fut arrêté par l'ordre de Richelieu, qui dit à cette occasion : « Si l'on avait fait emprisonner Luther et Calvin au moment où ils commençaient à dogmatiser, on aurait épargné bien des

troubles aux États. » L'abbé de Saint-Cyran resta détenu à Vincennes jusqu'à la mort de Richelieu, qui eut lieu le 4 décembre 4642. Mis alors en liberté, il ihourut lui-même quelques mois après, le 8 octobre 4643.

Pendant son emprisonnement à Vincennes, Duvergier de Hauranne eut l'occasion de remarquer à la chapelle la baronne de Beausoleil et sa fille, prisonnières comme lui. Touché de leur dénûment, il s'occupa de leur procurer les vêtements qui leur manquaient,' et que rendaient plus nécessaires encore l'état de maladie où se trouvait la baronne. Voici comment s'exprime à ce sujet Lancelot, racontant la conduite tenue dans cette circonstance par son ami Duvergier :

« Pendant que M. de Saint-Cyran était à Vincennes, il y rencontra une dame nommée la baronne de Beausoleil, qui était là retenue avec sa fille et qui avait aussi son mari prisonnier à la Bastille. La voyant quelquefois à l'église, assez mal en ordre, il s'informa qui elle était, et il manda à madame Le Maître la rencontre qu'il avait faite, la priant de faire acheter des chemises pour cette personne, marquant expressément qu'elles fussent fort longues (car rien ne pouvait échapper à sa charité), et priant qu'elles fussent de belle toile. Quand on les eut envoyées, il se trouva que ce qui avait été fait pour la mère n'était bon que pour la fdle, et il les lui donna, et manda que l'on en fît d'autres pour la mère. Après, il manda à la même personne de leur faire avoir des camisoles de fùtaine, des souliers et des bas de laine, envoyant les mesures exprès pour cela, et recommandant que tout fût fort bien fait et comme on les portait alors.

» A l'entrée de l'hiver, il récrivit qu'il avait appris que cette dame était menacée d'hydropisie, et que ce mal la rendait sensible au froid. 11 pria donc la personne dont j'ai parlé qu'on lui fit faire un habit de ratine, toute de la meilleure, et qu'on y mît une dentelle noire, parce qu'il avait ouï dire que c'était la mode; il ajoutait que sa maxime était, dans les aumônes de charité, de

servir toujours les personnes selon leur condition. Il fit faire aussi un habit à la fille... Il envoya de même à la Bastflle pour faire habiller le mari de cette femme ; et j'ai su de la personne qui y mena son tailleur, qu'il eut soin de lui demander expressément » de quelle étoffe il le voulait et avec quelle garniture, parce qu'il avait charge de le lui faire faire à la manière qu'il le voudrait 1 . »

Dans le recueil des Lettres de Vabbé de Saint-Cyran, on trouve des renseignements plus explicites concernant les prisonniers qui avaient éveillé l'attention et l'intérêt du célèbre janséniste. Dans la lettre intéressante que nous allons transcrire, et qui renferme plusieurs détails précieux pour l'histoire des Beausoleil, l'abbé de Saint- Cyran charge son ami, M. de Rebours, de s'informer secrètement des causes qui retiennent la baronne prisonnière à Vincennes, et de conférer sur ce point N avec un avocat au conseil, nommé Maturel, qui est au courant de leurs affaires. La même lettre nous apprend que le fils aîné du baron de Beausoleil, étant allé faire une visite à son pète détenu â la Bastille, y fut arrêté et mis en prison. Mais laissons parler Saint-Cyran.

« Celle-ci, écrit-il à son ami, M. de Rebours, est pour vous prier, à votre commodité, d'être entremetteur en secret, sans vous découvrir à ceux à qui vous parlerez, ou pour lesquels vous parlerez, d'une charité à laquelle je me suis engagé. U y a ici une personne prisonnière qui a fait un livre que je vous envoie 2 . S'il vous plaît de vous transporter chez un nommé^M. Maréchal, Verrier, et par conséquent gentilhomme, pour apprendre de lui te que sont devenus les enfants de la baronne de Beausoleil,

1. Mémoires touchant la vie de M. de Saint-Cyran, par Lancelot, pour servir d'éclaircissement à l'histoire de Port-Royal, in-12, t. 1, p. 108.

2. 11 s'agit ici probablement de l'ouvrage des Beausoleil, la Restitution de Pluton.

Allemands, et alin qu'il ne se méfie pas de vous, vous pourrez dire que c'est par charité; et s'il veut s'en assurer, que vous lui donnerez telle marque qu'il lui plaira daus peu de jours. 11 demeure proche de la Charité au faubourg Saint-Germain. Peut- * être que vous ferez mieux de vous enquérir à la Charité de M. Maréchal, de sa fille nommée mademoiselle Barbe, chez qui le baron de Beau sol cil, prisonnier à la Bastille, et sa femme, prisonnière céans, avaient mis une de leurs filles nommée Anne du Chàteiet, qui est de l'âge de douze ans, et à qui la mère fait apprendre le latin, qu'elle entend assez bien, pour la rendre capable de la science des mines, qui est héréditaire en leur maison. Vous pouvez savoir par cette voie que sont devenus les autres enfants.

> Si vous connaissiez, par vous ou par vos amis, M. Maturel, avocat au conseil, ou son frère, qui est à la chambre de justice, qui ont favorisé ces gens et qui connaissent toutes leurs affaires et le vol qu'on leur a fait en Bretagne, qu'Us estiment plus de cent mille écus, vous auriez une entière connaissance de ces gens et ce que sont devenus leurs enfants. Il faut que cela se fasse dexlrement et sans qu'on puisse pressentir que cela vient du lieu d'où il vient. Il faudrait dire que de vos amis, qui ont été autrefois à Paris, ont désiré savoir ce que demandent ces gens-là à Paris et ce que sont devenus leurs enfants, fe sais bien que l'aîné, qui allait visiter son père inconsidérément, y a été arrêté. Mais on désirerait savoir que sont devenus les autres, qui sont cinq ou six, et qui les nourrit. M. le lieutenant civil les a ouïs, et l'on sait bien la vérité chez lui. Mais ces MM. Maturel et Ma- ' réchal diront les choses au fond comme elles se sont passées, au cas qu'elles eussent été brouillées par les contestations et les obscurcissements qu'-apportent les procès.

ï C'est une chose étrange que d'aimer la foi et la vérité ca«* tholique : il n'y a point un plus court moyen pour tomber en la souffrance, si on veut faire ce que Dieu veut et ces deux vertus en telle occasion. Je me recommande à vos prières et suis tout à vous *. »

Quel triste et touchant tableau d'infortunes nous dé-

1. Lettres chrétiennes et spirituelles de messire Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, qui n'ont point encore été imprimées jusqu'à présent, t, II, p. 754 (lettre 34). In-12, 1744.

voile à demi cette lettre du fondateur du jansénisme ! Ce fils aîné arrêté lorsqu'il vient en secret, mais sans les précautions suffisantes, s'informer de son père à la Bastille ; cette noble femme s'occupant, sous les verrous de Vincennes, d'instruire sa fille dans l'art des mines, « héréditaire dans sa maison ». Sans nul doute, les écrivains qui, sur la fausse opinion accréditée par des ennemis, ont condamné les Beausoleil comme des imposteurs et des charlatans, auraient réformé ce jugement immérité s'ils avaient eu connaissance de ces pages, écrites par un spectateur désintéressé, et dont l'âme fut forcée de s'attendrir à la vue de leurs malheurs.

Dans la trente-septième lettre du même ouvrage * , l'abbé de Saint-Cyran revient sur ses prisonniers. Il s'attache à disculper le baron de divers reproches qui lui sont adressés, et du crime qu'on lui impute de s'être occupé d'astrologie, de chiromancie, et d'avoir tiré des horoscopes, « qui sont des effets de la science, et qui ne sont pas de soi mauvais, ajoute le janséniste, si on demeure dans le pronostic des astres, et qu'on n'assure rien, ou qu'on laisse Dieu par-dessus ». Les autres détails de cette lettre nous présentent quelque obscurité, par suite de l'ignorance où nous sommes des particularités de cette dernière et triste 'période de la vie des deux époux.

Ainsi les deux personnages dont nous venons d'essayer de réhabiliter la mémoire, jusqu'à ce jour outragée ou méconnue, après une carrière semée de tant de travaux et de disgrâces, n'ont laissé surnager que quelques lambeaux de leur histoire sur le gouffre de l'oubli.

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