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CHAPITRE X

Le pendule explorateur. — Expérience de Fortis. — Ouvrage de Gerboin. Expériences et théorie de M. Chevreul. — Conclusion.

Nous touchons enfin à l'époque où fut observé un phénomène curieux, celui du pendule dit explorateur,

qui, après avoir été l'objet de diverses recherches et tentatives d'explication, fut enfin rigoureusement anaa lysé par M. Chevreul. Ce savant a trouvé dans l'étude de ce fait et dans son application le moyen de se rendre compte d'une manière très-exacte de toutes les erreurs, involontaires ou volontaires, qui se rattachent à l'histoire de la baguette divinatoire.

Voici comment on a été conduit à l'expérience du pendule explorateur.

Le naturaliste Fortis, défenseur enthousiaste des vertus hydroscopiques de Pennet et de Campetti, est le premier auteur de l'expérience du pendule explorateur, qu'il fit peu de temps avant sa mort, arrivée en 1803. Le chimiste bavarois Ritter avait, comme nous l'avons dit plus haut, ramené avec lui à Munich l'hydroscope Campetti, en 1806. C'est à propos des expériences qu'il fit sur cet hydroscope, que Ritter répéta devant Schelling et François Baader l'expérience de Fortis, relative au pendule explorateur. Un recueil allemand,*^ Feuille du matin, nous donne en ces termes la description de cette expérience et de celle que Ritter ajouta au premier fait observé par Fortis.

« On prend un cube de pyrite, ou de soufre natif, ou d'un métal quelconque. La grandeur et la forme de ces corps sont indifférentes (on peut, par exemple, employer un anneau d'or). On attache ce corps à un morceau de fil d'une demi-aune de longueur ; on tient celui-ci secré entre deux doigts, et suspendu perpendiculairement, en empêchant tout mouvement mécanique ; le mieux est de mouiller un peu le fil.

» Dans cet état, on place Je pendule au-dessus ou assez prés d'un vase rempli d'eau, ou au-dessus d'un métal quelconque; on choisit, par exemple, une pièce de monnaie, une plaque de zinc ou de cuivre ; le pendule prend insensiblement des oscil-

lations elliptiques qui se forment en cercle, et deviennent de plus en plus régulières.

> Sur le pôle nord de l'aimant, le mouvement se fait de gauche à droite; sur le pôle sud, il se fait de droite à gauche.

» Sur le cuivre ou l'argent, comme sur le pôle sud- » Sur le zinc et sur l'eau, comme sur le pôle nord.

* Il faut avoir soin de procéder toujours de la même manière, c'est-à-dire d'approcher toujours le pendule de l'objet, soit de haut en bas, soit de côté ; car, en changeant de manière, on change aussi le résultat : le mouvement qui s'était fait de gauche à droite, se fait de droite à gauche, et vice verm,

* Il n'est pas indifférent non plus que l'opération se fasse de la main droite ou de la main gauche; car chez quelques individus il y a une telle différence entre le côté droit et le côté gauche, qu'elle forme la diversité la plus prononcée du pôle.

» Toute supposition d'erreur dans ces épreuves est facile à détruire; par cela seul que le pendule s'ébranle sans aucun mouvement mécanique, la régularité des mouvements finira par vous en convaincre entièrement. Vous pouvez varier les expériences à l'infini, vous pouvez même donner au pendule une impulsion mécanique opposée à son mouvement ; il ne manquera pas de reprendre sa première direction lorsque la force mécanique ayra cessé d'agir.

» Si Ton tient le pendule sur une orange, une pomme, etc., du côté de. la queue, le mouvement se fait comme sur le pôle sud de l'aimant; si l'on tourne le fruit du côté opposé, le mouvement change aussi ; la même différence, de polarité se montre aux deux bouts d'un œuf frais. *

> Elle se montre d'une manière encore plus frappante dans les différentes parties du corps humain,

» Sur la tête, le pendule suit le même mouvement que sur le zinc;

> Sur la plante des pieds, le même que sur le cuivre ; » Sur le front et sur les yeux, pôle nord;

» Sur le nez, pôle' sud ; . .

» Sur la bouche, pôle sud ; » Sur le menton, comme sur le front.

» On peut, faire des expériences analogues sur toutes les parties du corps, Lies surfaces intérieure; et extérieure de la

main agissent en sens inverse. Le pendule se met en mouvement sur chaque pointe du doigt, et même sur le quatrième ou l'annulaire, mais dans une direction opposée à celle des autres doigts. Ce doigt a aussi la faculté d'arrêter le mouve- • ment du pendule ou de lui donner une [autre direction, si on le pose seul sur le bord de la table sur laquelle on fait les expériences.

* L'abbé Amoretti avait déjà fait des épreuves du même genre sur le petit doigt ou doigt auriculaire.

» L'opinion de M. Kitter est que la baguette divinatoire n'est autre chose qu'un double pendule, qui, pour être mis en mouvement, n'a besoin que d'une force supérieure à celle qui produit les effets qui viennent d'être décrits *. *

L'explication de cette direction constante prise par le pendule ou le corps pesant suspendu à un fil flexible était fort embarrassante. On était presque forcément amené par l'observation de ce fait à penser que le mouvement imprimé au corps suspendu en équilibre était dû à quelque émanation physique de la personne qui tenait le fil. C'est, en effet, une conclusion de ce genre que tirait le chimiste Ritter; ce savant expliquait le mouvement de la baguette des hydroscopes par quelque influx intérieur émané de leur corps.

Un professeur de la faculté de médecine de Strasbourg, Antoine Gerboin, qui fut conduit à répéter, ou plutôt à exécuter de son côté, la même expérience, n'en lira pas une conclusion différente. L'origine de ses recherches remonte à l'année 4798. Dans l'ouvrage qu'il publia en 1808, Recherches expérimentales sur un nouveau mode d'action électrique*, Gerboin nous apprend comment il fut conduit à s'occuper de ces expériences.

1. Cité par M. Chevreul, De la baguette divinatoire, p. 148-142.

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