‹ Histoire du mètreChapitre 28 sur 36 · I. — Avantages du nouveau système métrique · texte numérisé non relu

I. — Avantages du nouveau système métrique

C'est un beau projet, sans doute, que celui de faire disparaître cette immense variété de mesures et de poids dont on se sert dans chaque pays, dans des endroits même voisins, et de les ramener tous à un système unique et uniforme ; qui assure la facilité dans les échanges, et l'intégrité dans les opérations de commerce. Un système aussi sage, dont les Romains avaient déjà commencé à nous donner un exemple, mais qui disparut lorsque les guerres succédèrent à la paix; les démembrements, àTunitédeTempire; queTignorance remplaça les lumières; la barbarie, la sagesse, et que mille petits souverains crurent affermir leur autorité, en mettant des entraves à la libre communication de leurs vassaux avec ceux de leurs voisins, leurs rivaux en prétentions, en force et en tyrannie ; un tel système ne put que frapper les esprits éclairés, lorsque les sciences mathématiques ou physiques furent portées à un point qui pouvait faire espérer d'asseoir un système métrique sur une base invariable, prise dans la Nature.

Aussi, dès la naissance de l'Académie, quelques-uns de ses membres avaient profondément médité sur ce sujet, et en avaient fait sentir

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l'utilité; l'Académie elle-même s'en était souvent occupée : mais il est difficile de mettre en pratique les vérités de théorie les plus importantes, les plus palpables, même les mieux senties , quand il s'agit de déraciner de vieilles habitudes, de surmonter des obstacles, de vaincre des difficultés, si des circonstances heureusement ménagées, ou habilement saisies, ne donnent je ne sais quel essort aux esprits.

C'est ainsi qu'à l'époque à jamais mémorable, où le peuple français, prenant un élan sublime, commença à s'occuper de sa régénération politique et sociale, les esprits semblaient avoir reçu une impulsion qui permettait de proposer, de saisir, devoir, d'adoptertoutcequipouvaittendre au bien public. La proposition de rendre les mesures et les poids uniformes en France fut bientôt faite à l'Assemblée constituante, qui consulta l'Académie. Le système métrique, conçu par cette compagnie savante, fut adopté; l'exécution lui en fut confiée ; plusieurs de ses membres, furent nommés sans délai pour s'en occuper, et peu de mois suffirent pour proposer, pour décréter, et pour se mettre en état d'exécuter ce qui avait fait, pendant plus d'un siècle, le sujet des vœux des hommes les plus éclairés, mais dont la voix avait en vain frappé l'oreille des gouvernements : tant il est vrai que le réveil de Tesprit public est un bien, quand ce sont des hommes sages qui le dirigent dans sa marche!

Mais c'eût été peu que de la bannir, cette immense variété des poids et mesures, qui pèse, pQur ainsi dire, sur les peuples; qui gêne, qui ralentit, qui entrave le commerce, et de choisir à volonté une de ces mesures, un de ces poids, pour servir désormais de type et de modèle universel. Ce qui est isolé, ce qui ne tient à rien, se perd; ce qui est arbitraire n'est pas fait pour être généralement adopté. Les types des mesures qu'employèrent ces anciens peuples, qui ont rempli le monde de bruit de leurs exploits et de leur sagesse, ont été altérés, perdus, détruits par les dévastations que les barbares ont exercées, et par ces causes lentes de destruction que la Nature renferme dans son sein et dont l'activité n'est jamais suspendue. Si les travaux des érudits les plus célèbres, si l'examen des anciens monuments, si les rapprochements que les plus excellents génies ont su faire, ne nous ont donné que des probabilités par la valeur des poids dont se servaient les anciens peuples, c'est que ces mesures étaient arbitraires et ne tenaient pas à de grands objets.

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