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I. — Idées des Anciens sur la forme et les

DIMENSIONS DE LA TeRRE

Les deux questions de la grandeur et de la figure de la terre, qui exercent depuis si longtemps les astronomes et les géomètres, paraissent de nature à n'être jamais entièrement épuisées. Les anciens ne se sont guère occupés que de la première ; la seconde leur avait semblé résolue aussitôt qiie posée. Dès l'instant où l'on se fut démontré la courbure de la terre et la convexité des mers, on se hâta de conclure que la terre était un globe. Dans un temps où l'on ne voulait voir dans le ciel que des cercles, quand on ne pouvait concevoir que des mouvements rectilignes ou circulaires, on n'avait garde d'élever le moindre doute sur une supposition qui réunissait une grande simplicité en théorie et une exactitude suffisante pour la pratique. Il

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passa donc pour certain jusqu'à Huygens et Newton que la terre était sphérique. Dans cette hypothèse, il suffit de mesurer un arc d'un méridien quelconque pour être en état de construire un globe qui soit en petit la représentation delà terre, et sur lequel on puisse tracer dans leurs justes proportions les différents pays qui en partagent la surface. Eratosthène paraît être le premier qui ait montré comment devait se faire cette opération fondamentale de la géographie. Sans sortir de son observatoire, il donna la première idée de la marche qu'il fallait suivre pour déterminer la grandeur de la terre. Il avait lu, ou entendu dire, qu'à Syène, le jour du solstice, les puits étaient éclairés jusqu'au fond; que les corps droits ne jetaient aucune ombre à midi. Il en conclut que Syène était sous le tropique. La hauteur solsticiale, qu'il put observer lui-même à Alexandrie, lui donnait la différence de latitude ou le nombre de degrés du méridien interceptés entre les parallèles de ces deux villes. La route qui conduisait de l'une à l'autre était d'environ 5,000 stades; elle se dirigeait à peu près dans le sens du méridien : il en supposa la déclinaison tout à fait nulle. La différence en latitude lui parut la cinquantième partie d'un grand cercle. La circonférence de la terre devait parconséquent être de 250,000 stades : il la porta à 252,000, pour avoir un degré de 700 stades en nombre ronds. Ces résultats ne sont pas, comme on voit, d'une

précision bien rigoureuse; mais ils suffisaient à la géographie de son temps. Pour placer sur son globe ou sur ses cartes, par rapport à Alexandrie, tous les lieux qu'il voulait décrire, il lui suffisait de connaître vers quel point de l'horizon et à quelle distance ils se trouvaient; ou bien encore, les latitudes de deux lieux, et, leur distance itinéraire étant données, on pouvait les mettre à leurs places respectives sur le globe. C'était un service essentiel, qui ne pouvait être rendu à la géographie que par un homme qui, à beaucoup d'esprit, joignît toutes les connaissances qu'on avait pu amasser de son temps. Qiielques modernes ont voulu lui faire honneur d'une précision à laquelle il ne pouvait prétendre. Ces anciennes opérations , dont il ne reste que des traditions vagues, sont extrêmement commodes pour ceux qui aiment les systèmes. Elles renferment toutes quelque indertéminée qu'on évalue d'après les observations modernes, ou d'après l'hypothèse que l'on s'est faite. On y trouve tout ce qu'on veut, mais on n'y peut jamais lire que ce que l'on sait d'ailleurs ; on n'y peut rien puiser qui avance le moins du monde nos connaissances. Si les modernes n'eussent pas exécuté ce qu'Eratosthène s'était contenté d'indiquer, sa mesure, si fameuse et tant de fois commentée, ne nous apprendrait rien, sinon que la distance d'Alexandrie à Syène était environ la cinquantième partie d'une circonférence. Quant à sa division du

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degré en 700 stades, elle n'a pour nous aucun sens, puisque rien ne détermine le stade dont il s'est servi. D'autres géographes ont divisé le degré en un autre nombre de stades, c'est-à-dire qu'ils ont traduit les nombres d'Eratosthène en d'autres fractions équivalentes , comme nous faisons nous-mêmes quand, pour la commodité du calcul , nous convertissons les minutes et les secondes en décimales de degré, ou réciproquement. Ces fractions sont identiques; il n'y a que la forme qui soit changée, et ces différents degrés dont il est question dans les anciens auteurs ont encore une existence moins réelle que celui d'Eratosthène, dont ils ne sont qu'une espèce de traduction. Celui de Posidonius est le seul sur lequel on ait conservé quelques détails ; mais ses données étaient encore bien plus incertaines que celle d'Eratosthène. Riccioli fait remarquer avec beaucoup de raison, comme une chose fort suspecte, ces dislances de 5,000 stades justes, que l'on compte entre Rhodes et Alexandrie, Alexandrie et Syène, Syène et Méroé; il n'en faut pas davantage pour montrer que ces trois degrés ne sont que des approximations grossières qui ne valaient pas la peine d'être tant et si longuement discutées...

Ce que les Arabes ont fait pour la mesure de la terre est encore bien moins précis. Almanoun, nous dit-on, fit assembler ses astronomes dans les plaines de Sinjar. Après y avoir pris la hauteur

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du pôle, on ne dit pas comment, ils se séparèrent en deux troupes et marchèrent^ les uns vers le midi , les autres vers le nord, mesurant le mier^ qu'ils purent la route qu'ils faisaient, observant de temps à autre la hauteur du pôle, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé des deux côtés une différence d'un degré entreleur latitude et celle de leur point de départ. De cette mesure dedeux degrés, il résulta une évaluation qui paraît encore moins précise que celle des astronomes d'Alexandrie.

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