‹ Histoire du MexiqueChapitre 10 sur 28 · II · texte numérisé non relu

II

1821 ne cessèrent de s'entre-déchirer; sous le régime républicain, les conservateurs voulaient, autant que possible, se rapprocher du système qui avait régi le Mexique pendant tant d'années, qui avait fait sa fortune et sous lequel il vivait en paix ; les démocrates, au contraire, irrités par les souvenirs cruels du passé, désiraient arracher des institutions nationales tout ce qui pouvait rappeler la domination espagnole et cléricale au Mexique. Pour faire cesser cet antagonisme qui fit répandre tant de sang, coûta tant de larmes et d'humiliations, il aurait fallu trouver une main honnête et ferme qui sût apaiser les rancunes, enchaîner les passions et réorganiser la nation mexicaine, en tenant compte des exigences de cette situation. Malheureusement, celte main ne s'est pas trouvée, et l'homme au pouvoir a toujours été un homme de parti qui ne savait pas oublier.

Sanla-Anna accourut à Mexico dans l'intention de réparer les fautes du vice-président, mais le gant était déj^ jeté. Chose étrange, Santa-Anna allait se battre contre des gens qui voulaient le nommer dictateur. Le 26 mai, le colonel Ignacio Escolada se prononça a Morelia, — anciennement Valladolid, — au nom de la religion persécutée et des droits méconnus du clergé et de l'armée. Le colonel protestait néanmoins de son obéissance au général Santa-Anna. Le 31, le général Duran, à Chalco, et Unde, à Talpam, se prononcèrent dans le même sens. Santa-Anna refuse la dictature, proclame son respect pour la constitution aux applaudissements du congrès, et part le 2 juin pour étouffer la rébellion. Avant de partir, il reçut du général Duran une lettre dont voici quelques extraits : — « Mes compagnons et moi, loin de conspirer contre le pouvoir, notre intention est de lui donner, dans vos mains, les garanties propres à concilier tous les intérêts opposés, à consolider Tordre public, uniques moyens de sauver la nation.

« Excellence, on a abusé du traité de Zavaleia et dans seulement trois mois qu'a duré l'administration du général Pedraza, il a fait triompher, sous une honteuse dépendance,

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le parti le plus dangereux à nos libertés, parce que ce parti est celui qui favorise les haines, les vengeances, les désordres et l'anarchie... — Gabriel Duran. »

Sans changer de résolution, Santa-Anna partit emmenant sous ses ordres le général Àrista ; arrivé à Tenango, il fit reposer ses troupes, avant d'aller à Guernavaca où se trouvait alors Duran. Le jour suivant, le président s'étant éloigné . du camp, accompagné de quelques officiers, fut rejoiut par le lieutenant-colonel Moreno, qui lui annonça que le général Arista, avec toute sa division, s'était prononcé en faveur des insurgés, en le proclamant dictateur; il ajouta qu'en cas de résistance de sa part, il avait l'ordre de le conduire au général Duran. Je ne sais si Santa-Anna était tombé dans un piège tendu par Arista, avec le but de s'emparer de sa personne, ce qu'il y a de certain, c'est que le président, devenu prisonnier, fut conduit à Morelia, où se rendaient Arista, Duran et leurs deux divisions. A son entrée dans cette ville, il fut salué par la population aux cris de : — « Vive le libérateur ! vive le dictateur ! » — Les fonctionnaires et les membres du conseil municipal vinrent à l'hôtel de ville le féliciter et lui demander ses ordres. Santa-Anna leur témoigna sa gratitude pour leur dévoûment, mais leur déclara qu'étant prisonnier il n'avait rien à leur commander. Conduit ensuite à la hacienda de Buena-Vista, le 19 juin, il s'en échappa pendant la nuit, se dirigea sur Atlixco, et entra dans Puebla le 13, au matin.

Tandis que ces événements se passaient hors de la capitale, d'autres bien plus graves avaient lieu à Mexico. Gomez Farias, d'accord avec le congrès, continuait ses mesures de violence et de réaction; exaspéré de l'opposition qui se manifestait dans le public, il sembla décidé à tout bouleverser plutôt que de modifier sa conduite. Il augmenta la milice, déjà si antipathique au peuple; il offrit une décoration et cent mille piastres à celui qui délivrerait le président; il remplaça le conseil municipal, alors en fonction, par les membres qui siégeaient en 1829; il proclama la fameuse loi

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appelée del caso, par laquelle il expulsa de la république un grand nombre de citoyens, en prévenant le public que tous ceux qui se trouveraient « dans le même cas, » auraient le même sort, sans qu'il fût nécessaire de recourir à de nouvelles formalités. C'était la seconde loi de suspects, proclamée par les démocrates au pouvoir. En rappelant ces lois et celles d'expulsion des Espagnols, on voit que « les amis du progrès » comprenaient singulièrement la liberté. Il est bon de constater que les gouvernements démocrates mexicains ont eu toujours besoin d'employer des rigueurs anticonstitutionnelles pour prolonger leur'existence politique.

Les Mexicains virent avec stupeur des actes d'une telle nature et les craintes les plus justiflées s'emparèrent des hautes classes. Personne n'osait parler des affaires publiques; on était entouré d'espions, et comme si la situation n'était pas assez déplorable, le choléra-morbus vint ajouter ses calamités aux maux dont souffrait toute la nation. Le 23 juin, une partie de la garnison se souleva dans une des casernes voisines du palais, mais ce pronunciamiento, étouffé dès sa naissance, ne servit qu'à remplir les prisons, déjà encombrées. Dans ce même temps, Arista et Duran éprouvaient un échec à Queretaro, où les troupes du gouvernement entrèrent de vive force et firent un grand nombre de prisonniers. Ce succès alarma la garnison de Morelia qui abandonna subitement la ville et prit la route de Zinapecuaro, dans le but de se réunir à Escalada qui s'y trouvait avec quelques soldats. Morelia fut occupée par le général Salgado, et Cortazar se mit à la poursuite des rebelles. A Tepeaca, le général Lemus attaqua Arista, mais il fut battu parce qu'une partie de ses troupes s'unit aux rebelles. Dans la correspondance du général Arago, j'ai trouvé sur cette affaire les détails suivants, envoyés au général Woll.

« Mexico, 6 juillet 1833. — C'est, mon cher, lorsque nous espérions qu'on allait donner un grand coup, et peut-être le dernier, à la révolution, que la plus noire infamie a détruit nos espérances et ranimé celles de nos ennemis. Les 8% 9e

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et 12e escadrons de cavalerie, ainsi que les restes du 4* et les compagnies de chasseurs du 3e bataillon de Matitlan, passèrent à l'ennemi au moment même où le feu commençait; et, plus criminels, mille fois, que les Saxons, ils tournèrent leurs armes contre leurs camarades. Cette malheureuse affaire eut lieu à Tepeaca, à sept lieues de Puebla qui, aujourd'hui, est assiégée par Arista et Duran. Nous organisons ici une nouvelle division, et le général président sortira sous peu de jours. Je suis nommé major général de la nouvelle armée qui se trouve presque sans cavalerie : auronsnous un Lutzen?... Lemus, Heredia, Gespedès et presque tous les officiers sont prisonniers. Maillet, qui avouait bêtement qu'il n'avait vu que du feu dans le pronunciamiento d'Arista, avait été destiné à la division Lemus, et il est aussi prisonnier. Cet homme est vraiment malheureux; il n'en est pas de même de Quijano et Delgado qui parviennent à se sauver et qui arrivent ici en courriers pour annoncer la défection des troupes.

« Je suis harassé de fatigue... voilà quatre jours que je ne dors pas, ayant été chargé de cette commandance générale à cause du départ projeté du général Anaya... Il est triste d'être témoin de si près des événements funestes qui se passent autour de nous. Je vois bien noir dans l'avenir... — Jean Arago. »

Puebla était défendue par le général Victoria, lorsque Arista vint l'assiéger. La garnison commença son feu sur les assiégeants qui se dirigeaient, en trois colonnes, sur la porte appelée de Mexico. Plusieurs combats eurent lieu avec quelques succès d'abord du côté des insurgés, mais ensuite ils furent repoussés avec de grandes pertes. Ayant appris que Santa-Anna venait au secours de la place, Arista battit en retraite, prit position au Cerro-Colorado et se retira finalement à Guanajuato dans un état misérable. Santa-Anna se mit à sa poursuite et arriva à Tula au moment où les insurgés venaient de quitter cette ville, en route sur Guanajuato; il fallait à tout prix les empêcher de passer. Arago, chef d'état-

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major de Santa-Anna, envoya de suite un courrier au général Woll, avec la lettre suivante :

— «Tula, 20 juillet 1833. — Mon cher Woll. Nous arrivons ici quelques heures après le départ de l'ennemi qui poursuit sa marche sur Queretaro. Les ordres qu'on a donnés au général Cuesta pour qu'il occupe cette ville, où je vous suppose déjà, sont du plus haut intérêt, et je ne doute nullement que vous emploierez toute votre influence pour qu'ils soient exécutés fidèlement. Le sort de la république dépend peut-être de la résolution de celte division de défendre Queretaro et d'entretenir l'ennemi quelques heures pour nous donner le temps d'arriver... — Jean Arago. »

Mais Arista, ne voulant pas être pris entre deux feux, esquiva les troupes du général Woll, et vint se fortifier de son mieux à Guanajuato. Le général Valencia, ayant complètement battu Escalada dans le bois de Las Cruces, il ne restait plus qu'à faire le siège de Guanajuato pour se rendre maître de l'insurrection. Ce siège se fit avec toutes les forces dont disposait alors Santa-Anna. Les fortifications tombèrent bientôt au pouvoir des troupes du gouvernement, et, pour prouver que cette révolution n'était point une comédie, je vais citer des fragments d'une lettre particulière du général Woll, écrite sous les murs de Guanajuato, le 5 octobre 1833.

« ... J'ai attaqué Valenciana que j'ai pris de force à la tête du 12e de ligne. On avait donné l'ordre de ne laisser en vie aucun officier; mais j'ai contenu mes troupes. Les officiers étaient à genoux, quand arriva Mejia qui, s'étonnant de ce que nous n'avions pas tué ces malheureux, me donna l'ordre de les faire fusiller. Je résiste; il se fâche et me demande si je veux obéir. Je réponds que non. — N'êtes-vous pas général mexicain? me dit-il. — Oui, senor, je suis général mexicain pour me battre, mais non pas pour fusiller personne. — Eh bien , allez-vous présenter au général président, vous êtes aux arrêts. — Avec plaisir, senor, parce que cet arrêt, le seul qui m'a été infligé dans ma vie, m'honore beaucoup.

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« Je m'en allai ; mais à peine eus-je fait cent pas que je reçus de Mejia même, Tordre de continuer l'attaque, avec ma brigade et trois pièces, sur le Mellado, jusqu'au moment où Arista demanda à parlementer.. Duran a tenu avec une partie de sa cavalerie; les croisés sont perdus, parce que prenant demain le Mellado, ils seront obligés de se rendre à discrétion... — Adrien Woll. »

En effet, les forts de Valencia, Gerona et Mellado, étant pris, Arista obtint une suspension d'armes, pendant laquelle il négocia la reddition de Guanajuato et la vie sauve de tous les révoltés. Les vaincus furent ramenés prisonniers à Mexico, où Santa-Anna fit son entrée aux acclamations de la foule. La guerre civile pouvait être considérée comme terminée après la reddition d'Arista etd'Escalada, vu qu'il ne restait plus qu'un très petit nombre de leur parti qui se soutenait avec peine dans les provinces du Michoacan et de Oajaca. Le général Woll, commandant la brigade d'arrièregarde, était chargé, par un ordre portant la date de Salamanca, 19 octobre, et signé Jean Arago, de protéger l'armée qui rentrait, et de veiller sur les insurgés de Michoacan, « car il pourrait se faire, disait-il, que Garcia, par une marche forcée, abandonnât les environs de Yalladolid pour revenir sur le Valle Santiago. » Woll s'acquitta si bien de sa mission, qu'il mit en déroute, à Puruandiro, mille cavaliers réguliers, n'ayant avec lui que quelques fantassins, et leur prit tous leurs bagages. Cette brillante action valut aux vainqueurs une médaille commémorative; quant au général, il était déjà nommé benemerito, — bien mérité. — Sur sept personnes qui portaient ce titre, Woll était le seul étranger qui l'eût reçu, il devint général effectif.

De retour à Mexico, Santa-Anna, ne songea nullement à prendre en mains les rênes du gouvernement; le titre et les fonctions de président paraissaient ne lui être agréables en aucune manière. Cet homme étrange, qu'on a tant accusé d'ambition, semblait éprouver une profonde répugnance pour le pouvoir suprême ; il laissa de nouveau Gomez Farias

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gouverner à sa guise et retourna dans son hacienda de Manga-de-Clavo. D'un autre côté, on s'explique difficilement commentune nation nese révolte pas, quand après avoirconfié ses intérêts à un homme qui a sa confiance, elle se voit gouvernée par un brouillon qui met le désordre dans les affaires publiques. Mais, tâcher de trouver de la logique et du sens commun dans la politique mexicaine, serait un labeur inutile. Je dois me limiter à cataloguer les faits, tels qu'ils se présentent, me bornant à contrôler leur exactitude.

Tandis que Santa-Anna, surnommé le Gincinnatus mexicain, se reposait à la campagne, Gomez Farias continuait ses mesures réactives qui le rendirent odieux. Il bannit plusieurs membres du clergé, disposa des cures vacantes, proclama la liberté des cultes et la nationalisation des biens de mainmorte. Ces actes étant arbitraires ou prématurés soulevèrent l'indignation générale. La presse de l'opposition commençait à accuser Santa-Anna de son indifférence pour le bien public et des maux dont souffrait la nation. Tous ces éléments de mécontentements ressuscitèrent la révolution mal éteinte. Le pronunciamiento qui prit le nom de Cuernavaca eut un écho à Tenancingo, Toluca, Orizaba, Zacatecas et même dans la capitale. Le pays, fatigué des actes subversifs de Farias, demanda son éloignement des affaires. Santa-Anna se vit obligé de reprendre le pouvoir, a la grande joie des habitants qui l'estimaient et avaient beaucoup de confiance en son patriotisme. Le président, comme s'il eût ignoré ce qu'avait fait son substitut, le désavoua, rapporta la plupart des décrets lancés par les chambres, les déclara illégales pour avoir prolongé leur session au delà du terme fixé par la loi, et convoqua une autre assemblée pour l'année suivante. Les législatures des États abondaient dans ce sens et voulaient la chute du vice-président. Celui-ci, qui avait eu de sérieuses altercations avec le président, demanda ses passeports et sortit de la république. Cette révolution se fit sans effusion de sang et la tranquillité publique régna de nouveau pendant toute l'année 1834.

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Pour arriver à ce résultat, Santa-Ànna n'employa la force nulle part; il protégea simplement les institutions conservatrices contre les démocrates qui voulaient les détruire, sans permettre toutefois à personne de vouloir attaquer le système fédéral. Voici quelques extraits de ses lettres, adressées au général Woll commandant alors à Irapuato, et très remarquables à bien des titres.

a — Mexico, 20 août 1834... J'écris aujourd'hui au colonel D. Gayetano Montoya, qu'il est important de chasser des peuples cette funeste aversion qu'ils ont conçue contre le régime représentatif; les militaires surtout doivent beaucoup travailler dans ce sens... — A. L. de Santa-Anna. »

« — Mexico, 3 septembre 1834... Les difficultés et même l'impossibilité d'effacer dans le peuple l'aversion du système représentatif fédéral... proviennent de n'avoir pas su donner à l'opinion la direction qu'elle devait prendre... Aucun système de gouvernement n'est absolument bon, ni absolument mauvais : le système fédéral suivi par les derniers mandataires était une vraie tyrannie pendant laquelle les hommes se virent privés des garanties que les rois — d'Espagne — durent respecter dans les derniers temps. Ce serait une folie de vouloir détruire sa maison parce qu'elle a des défauts qui la rendent sujette à toutes les inclémences de l'atmosphère ; c'en serait une plus grande encore de vouloir détruire notre institution dans l'espérance d'en avoir une meilleure; nous n'aurions ni l'une ni l'autre; la nation serait livrée à l'anarchie qui est le plus grand de tous les maux. On doit faire comprendre ces vérités au peuple, et quand il les comprendra il changera d'opinion... A. L. de Santa-Anna. »

Ces lettres du président nous révèlent les répugnances insurmontables du peuple mexicain pour le régime fédéral républicain, essentiellementdémocratique. Ces répugnances, du reste, se sont manifestées, on l'a déjà vu, par des désordres plus graves, sous les administrations démocratiques que sous les gouvernements conservateurs. Malgré cet aveu, Santa-Anna était sincèrement républicain fédéraliste, et, si

plus tard il changea de conviction, c'est qu'il est patriote avant tout; il fait passer le bonheur de la patrie avant l'entêtement dans des opinions basées uniquement sur des théories. Ses opinions se seraient modifiées plus tôt, s'il s'était donné la peine d'étudier ses compatriotes dans leur histoire passée et dans leur histoire présente; mais, on le voit toujours, aux préoccupations politiques, aux fatigues du pouvoir, il préfère les plaisirs de sa campagne et le calme du simple citoyen. En 1834, il ne songe qu'aux élections:... «On ne doit travailler en rien, disait-il dans une lettre datée du 10 septembre, autant qu'à former une bonne représentation nationale, pour que la nation se régénère et parvienne à cette félicité dont la réalité se fait attendre plus de temps qu'il n'est juste. » Cette bonne représentation étaitelle possible dans un pays sans passé politique et dont les traditions étaient celles de la monarchie absolue? Les événements répondront pour moi. Aussitôt le congrès installé à la fin de 1834,Santa~Anna, trouvant les élections satisfaisantes et le pays tranquille, pensa de nouveau à retourner à Manga-de-Clavo! Il se trouvait mal assis dans son fauteuil présidentiel ; il regrettait déjà son hamac des terres-chaudes, qu'il venait à peine de quitter.

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Au mois de janvier 1835, le président Santa-Anna présenta sa démission pour rentrer dans la vie privée; le congrès ne l'accepta pas, mais il consentit à lui donner un congé. Le général Miguel Barragan fut choisi pour remplacer provisoirement Santa-Anna à la présidence. Au mois de février de l'année suivante, il mourut, et le congrès installa à sa place l'avocat José Justo Corro, qui gouverna, par intérim, jusqu'au mois d'avril 1837. Les ministres de ces deux présidents intérimaires furent D. José Maria Gutierrez de Estrada et D. Manuel Diaz de Bonilla, aux affaires étrangères; D. Mariano Blanco et D. José Corro, à la justice; D. Vicente Segura, D. Antonio Vellejo etD. Rafaël Manjino eurent leportefeuille des finances, et le général José Maria Tornel reçut celui de la guerre. Ce Tornel disait des frères Velasquez de Léon, qu'il plaça plus tard au ministère, malgré leur peu d'intelligence : — « Des deux, je n'ai jamais pu faire un homme. »

Au commencement de Tannée 1835, il y eut dans le sud

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quelques manifestations regrettables contre les étrangers qui, pourtant, étaient encore en très petit nombre au Mexique. « Je viens d'apprendre, écrivait le président, le 7 février, à l'un de mes amis, qu'il s'est allumé une nouvelle révolution dans le sud, touchant un ressort qui avait été respecté jusqu'aujourd'hui, pour ne pas nous discréditer devant les nations étrangères; mais le génie du mal, qui ne respecte rien et qni espère tout du désordre, profitera de cette occasion pour attirer l'antipathie qu'on remarque contre les étrangers parmi notre population peu instruite, pour connaître la vraie origine de ses malheurs... — Miguel Barragan. » — 11 eût mieux valu empêcher le génie du mal de s'ébattre à son aise que de fermer les yeux lorsqu'il troublait le repos public. Le général Cortazar y voyait plus clair. Voici sur ce même sujet une lettre qui mérite d'être connue :

« Celaya, 8 février 1835. — Je n'ai rien lu contre les

étrangers que ce qu'a rapporté le télégraphe, le 2 de ce mois... La pauvreté, l'ignorance et l'excessive immoralité doivent donner de tels résultats. Espagnols, religion, étrangers, sont des prétextes recherchés pour faire des révolutions, et nous ne verrons pas le fruit de la douloureuse expérience qu'on en retirera. On marche sans connaître les principes que l'on proclame; tous croient avoir le droit de faire des lois. Ceux qui font les révolutions n'ont aucune instruction et s'inquiètent fort peu d'étudier dans le grand livre du monde; ils ignorent ce qu'ils sont; ils cherchent seulement à sauver le jour, en satisfaisant la multitude de nécessités qu'ils se créent, et tout cela ne fait que précipiter plus tôt dans l'abîme. De là vient la rapide succession des partis dans le triomphe, et, ne voyant aucun remède à tous ces maux, je m'en afflige en vain et cherche à me retirer dans un coin... — Luis Cortazar. »

Cette lettre prophétique, stéréotype en peu de lignes la situation morale et politique du pays. Huit jours après, Cortazar devient encore plus explicite et présage ce qui devait arriver... « Si le congrès, dit-il, dans une lettre du 16 fé-

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vrier, proclamait aujourd'hui des mesures imprudentes, alarmantes pour le peuple, les anarchistes feraient sentir leurs féroces tendances et nous précipiteraient dans une révolution barbare . . . Tout le matériel du feu révolutionnai re provient de la constitution : celle-ci n'a pas su concilier les intérêts d'un clergé organisé sous une monarchie absolue et fanatique qui ne saurait servir une république calquée sur celle du nord, — les États-Unis, — de sorte que ce corps privilégié se heurtera toujours contre le pouvoir exécutif... Que Dieu nous protège dans le mauvais chemin que nous sommes obligés de suivre... — Luis Cortazar. »

Tous les Mexicains honnêtes et sensés connaissaient le mal, mais aucun n'était assez fort pour imposer le remède ou assez patriote pour l'accepter. « La mauvaise étoile de la république qui ne laisse pas asseoir la paix, disait le président Barragan, rend illusoires les espérances, et inutiles les efforts du gouvernement pour établir un système de finances. » Les finances ont toujours été le seul objectif des gouvernements mexicains ; mais, comment le simple bon sens ne leur faisait-il pas comprendre que les finances sont le résultat de l'ordre, de l'économie et d'une bonne administration, que l'ordre est le résultat de la moralité du peuple et que la moralité ne s'acquiert que par la pratique des vertus civiques. Les démocrates comme les conservateurs ontils jamais connu ces vertus? les ont-ils jamais pratiquées de 1821 à 1867? Tous ont trouvé leur châtiment dans leur propre égoïsme, et je commence à douter que ce demi-siècle d'amères leçons leur soit jamais profitable.

Dans le mémoire lu aux Chambres, par M. Gutierrez de Estrada, au mois de mars 1835, sur la situation intérieure et extérieure du Mexique, je trouve des renseignements et des projets de loi qui ne peuvent être tenus sous silence. M. Gutierrez passe d'abord la revue des puissances avec lesquelles le Mexique est en relations, et montre l'excellence des rapports de la république avec les deux contineuts. Il y avait bien de la part du ministre anglais des réclamations

faites pour les sommes considérables prises en 1833, par le général Arista à la « Compagnie unie mexicaine > de Guanajuato; mais le gouvernement espérait que les Chambres ne feraient pas droit aux réclamations anglaises. Voici quelquesunes des raisons de M. Gutierrez pour engager les Chambres à ne pas accorder d'indemnité aux étrangers volés pendant les révolutions... « Il est également digne d'observer que le même état de choses qui occasionne ces désastres procure aussi de très grands profits à ceux qui risquent leurs capitaux; enfin on doit songer que les indemnités deviendraient tellement grandes qu'aucun trésor ne suffirait à les payer. Dans la révolution tous souffrent, tous voient leurs propriétés détruites, et si Ton accorde des indemnités aux marchands étrangers, aux sujets des autres nations, on devrait aussi en accorder aux sujets de la république, parce que la justice doit être égale, et dans ce cas, elle pencherait autant pour les uns que pour les autres». — Le ministre termine son rapport sur les affaires étrangères en annonçant que la reine Christine allait reconnaître l'indépendance du Mexique et qu'on était en train de négocier un traité de commerce et d'amitié avec l'Espagne.

Sur la situation intérieure, M. Gutierrez fait un rapide historique des principes qui ont amené la dernière révolution, il critique les actes du dernier congrès et ceux du président déchu... « A la tyrannie civile, dit-il, s'unit bientôt la tyrannie religieuse. La loi sur les cures qui arrachait les pasteurs de leurs églises et fit aller errants nos vénérables évêques, fatigua enfin la patience des peuples, et l'on vit, dès lors, les premiers symptômes de résistance à l'oppression qu'on ne pouvait plus tolérer ». Avant de passer à l'exposé des différentes branches de l'administration, M. Gutierrez malmène assez vertement la constitution de 1824, et surtout le droit de pétition, exercé par toute autre voie que celle des députés. Il propose ensuite une loi en vingt-deux articles, que l'on pourrait appeler — loi contre les étrangers. — et qui révèle toute l'antipathie que ce ministre n'a

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cessé de leur témoigner. Ces idées peu libérales, mais essentiellement mexicaines, n'ont pas mis M. Gutierrez à l'abri des accusations de manque de patriotisme que lui ont adressées ses concitoyens; pour s'assurer de son civisme, ils n'avaient qu'à se rappeler le projet de loi du 24 mars 1835 qu'il présenta aux Chambres.

Dans l'article 14 de ce projet, il demande l'expulsion du territoire de tout étranger qui ne ^ sera pas fait naturaliser six mois après son arrivée au Mexique. L'article 15 n'accorde les amnisties et les pardons pour délits politiques qu'aux étrangers naturalisés ; les autres sont sujets à toutes les rigueurs des lois mexicaines, mais non à leurs bénéfices. L'article 16 leur refuse tout droit à des indemnités pour dommages soufferts pendant la révolution. L'article 17 les déclare sujets à toutes les contributions que paient les Mexicains. M. Gutierrez présenta pourtant deux autres projets de loi qui lui font honneur : — celui de la franchise de taxe de tous les journaux étrangers et mexicains, et celui pour l'augmentation des fonds de la Banque de secours, Banco de avio.

Les fonds de celte Banque avaient été supprimés le 1er mars 1833, à cause de la pénurie du trésor. M. Gutierrez non seulement les rétablit, mais les augmenta, pour développer l'industrie cotonnière du Mexique. Ce projet, aussi louable que patriotique, appliqué sérieusement, aurait eu de beaux résultats, si les intérêts privés n'avaient pas dominé les intérêts généraux. Alaman, on se le rappelle, avait décrété la Banco de avio pour créer l'industrie des tissus au Mexique, et, pour favoriser sa création, il avait promulgué des lois prohibitives ou restrictives sur l'importation des matières premières et des cotons tissés ; il s'était surtout occupé d'empêcher la contrebande. Malheureusement, la contrebande enrichissait trop de monde; les gouvernements qui se succédèrent depuis le plan de Zavaleta, fermèrent les yeux, moyennant finances, ou ne purent pas l'empêcher. Le petit port de Tuxpam devint le dépôt de ce commerce

interlope; il jetait sur le littoral des milliers de ballots de coton, venus de la Nouvelle-Orléans; des mu Ile tiers apostés enlevaient pendant la nuit les ballots et les introduisaient dans l'intérieur. Les filatures nationales furent bientôt en détresse, et la banqueroute de la plupart des industriels d'Orizaba à Mexico répandit partout le découragement et le désarroi. M. Alaman lui-môme dut fermer sa filature d'Orizaba et son déficit s'élev|à sept millions de francs.

Le 31 mars 1835, c'est à dire sept jours après avoir entendu le rapport de M. Gutierrez de Estrada, sur la situation extérieure et intérieure du pays, le congrès général décréta que la milice locale serait réduite à un individu sur cinq cents habitants; en outre, elle devait être organisée et distribuée pour le service de la nation, selon la volonté du gouvernement suprême. En transmettant ce décret dans les différents districts, on avait ordonné de recueillir toutes les armes excédantes et de les mettre à la disposition du gouvernement, qui s'engageait à en indemniser les propriétaires. Les assemblées des États, — la plupart du moins, — crurent voir dans cette mesure l'intention de désarmer les citoyens et de leur ôter tous moyens de résistance; ils la considérèrent également comme une atteinte blessante portée à leur autorité. L'État de Zacatecas, en particulier, avait pris quelques jours auparavant une décision contraire, en autorisant le gouverneur à faire usage de la milice locale pour combattre toute agression de quelque côté qu'elle vint, et disposer, à cet effet, des fonds publics.

Se basant sur ce décret, le gouverneur Cosio adressa aux autorités de Zacatecas une circulaire pour les informer qu'il s'opposerait par la force à toutes les tentatives qui auraient pour but de soutenir la loi réformatrice du congrès souverain. Le gouvernement central s'efforça d'atténuer ces dispositions hostiles en déclarant qu'il n'entendait porter aucune atteinte aux droits des États ; mais, que le pouvoir ne pouvant uniquement s'appuyer sur ces masses armées dont l'organisation défectueuse troublait constamment la tranquillité publi-

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que, il devait les régulariser. Zacatecas continuant ses actes hostiles, l'ordre fut donné au général Cortazar de partir, et un détachement de trois cents hommes, tirés de S. Luis Potosi, prit position au point de la Parada. Alors, le gouverneur Cosio expédia une dépêche au président intérimaire pour lui faire connaître qu'un semblable procédé attaquant l'indépendance de l'État, il se voyait dans l'obligation de repousser la force par la force. Barragan répondit que le gouvernement suprême était résolu à faire respecter la loi du congrès général. Les hostilités commencèrent.

L'insurrection de Zacatecas trouva de l'écho dans le sud, car je vois Santa-Anna dire dans une lettre datée du 3 avril 1835 : — « Alvarez a levé l'étendard de la rébellion, croyant se superposer au vote de la nation ; il sera bientôt puni, et celle-ci vengée des outrages que lui inflige ce cosaque ingrat. » Mais il ne paraît pas qu'on se soit occupé de châtier ce rebelle ; la révolution de Zacatecas appelait plus directement l'attention du gouvernement. Barragan pria son ami Santa-Anna de se mettre à la tête des troupes, et de partir pour Zacatecas. Santa-Anna se rendit à cet appel, avec trois mille vétérans, et le général Woll pour chef d'état-major. Arrivé à Posillos, il intima l'ordre à Cosio de se rendre, et lui donna huit jours pour délibérer. Sur son refus, les deux armées se disposèrent au combat. La milice de Zacatecas, forte de onze mille hommes bien armés et protégés par dix pièces d'artillerie vint se mettre en ligne de bataille dans la plaine de Guadalupe, adossée à la ville. Santa-Anna arriva pendant la nuit et donna l'ordre au général Woll d'aller reconnaître Guadalupe. Il était quatre heures du matin : Woll part, suivi de son ordonnance, passe derrière l'armée, entre dans la place, rencontre le capitaine Romanco, aide de camp du général Garcia, le fait prisonnier et retourne au quartier général. Tout cela ne se fit pas sans bruit; les sentinelles tirent sur Woll, les coups de feu éveillent l'ennemi; Santa-Anna n'attend pas que la milice vienne attaquer sa petite armée, et donne le signal du combat. Après une bail. 9

HISTOIRE DU MEXIQUB.

taille sanglante qui dura deux heures, Santa Anna remporta la victoire, força cent cinquante officiers et deux mille cinq cents soldats a se rendre et s'empara de presque toute l'artillerie. Il envoya de suite le général Woll avec cinquante lanciers à Zacatecas, et le fit suivre de près par le bataillon du colonel Paredès. Woll enlève l'une après l'autre les fortifications de la Canada ; arrivé sur la place de Zacatecas, au milieu d'un feu meurtrier, il commande aux troupes ennemies qui garnissaient les redoutes et les terrasses des maisons de cesser le feu ; elles hésitent, mais en voyant déboucher le bataillon de Paredès, elles obéissent et l'insurrection est vaincue.

Santa-Anna revint à Mexico, et fut reçu, par la population comme par le gouvernement, avec toute la distinction qu'il méritait. La révolte de Zacatecas était à peine réprimée que la municipalité d'Orizaba se déclara subitement pour le centralisme, demandant que le président abolit les institutions fédérales, et déclarât la république une et indivisible. Cette manifestation fut soutenue quelques jours après, par la ville de Toluca et sa garnison. Les esprits étaient si disposés en faveur de cette forme du gouvernement, qu'en un instant les États d'Oajaca, Queretaro, S. Luis Potosi, Zacatecas, Durango et la ville de Guadalupe-Hidalgo adoptèrent la cause d'Orizaba. Dans ce conflit, le conseil du gouvernement convoqua le congrès général pour s'occuper de ces manifestations publiques qui voulaient changer le système fédératif. Après une longue discussion, les chambres déclarèrent avoir des facultés suffisantes pour accéder aux vœux de tous les États cités, et elles s'occupèrent des lois organiques qui devaient servir de base au nouveau système administratif.

Le travail n'était pas encore terminé que l'État du Texas s'insurgeait. Mais avant de parler de la guerre du Texas, en 1836. je dois raconter les événements qui la rendirent inévitable.

On se rappelle qu'en 1803, le gouvernement de Washington, désirant posséder les deux rives du Mississipi, acheta

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la Louisiane a la France. A peine fut-iî en possession de ce vaste territoire, qu'il suscita des querelles à l'Espagne, sous prétexte que ses frontières naturelles arrivaient jusqu'au Rio-Grande. De là, s'ensuivirent des conflits et des réclamations qui durèrent jusqu'en 1819, époque à laquelle les États-Unis et l'Espagne conclurent un traité pour régler définitivement les limites des deux États. Par ce traité, la frontière commençait à l'embouchure du Rio Sabinas, s'étendait jusqu'au 32° de latitude nord, puis remontait en ligne droite la rivière Rouge jusqu'au 100° de longitude ouest, méridien de Greenwich. De la sorte, les États-Unis entraient en possession des riches contrées, appelées alors : « Floride orientale et Floride occidentale. » Pendant cette môme année de 1819, des Américains commandés par le général Long pénétrèrent au Texas et voulurent s'emparer de Nacogdochès; ils furent repoussés par les Mexicains, mais, dès ce moment, le Mexique n'eut plus de repos du côté du Texas.

Le cinquième article du traité de 1819 stipulait que les habitants des territoires cédés, à l'est et au nord de la ligne de démarcation, pourraient s'établir, quand ils le voudraient, en deçà des frontières espagnoles. Cette clause engagea le nommé Moïse Austin à demander, par l'entremise du général Maria Marti nez, gouverneur de Bejar, au gouverneur de la province, D. Joaquin Arredondo, l'autorisation de s'établir au Texas avec trois cents familles de colons. L'autorisation fut accordée et les terrains concèdes, sous la condition que les colons seraient de la Louisiane, catholiques, et jureraient fidélité au roi et aux lois. Ces formalités remplies, les titres de concession furent accordés le 17 janvier 1821. Le 10 juin de cette même année, Austin mourut et son fils Étienne hérita du privilège. Les changements politiques survenus à Mexico l'obligèrent à se rendre dans la capitale pour faire confirmer les litres obtenus sous le gouvernement espagnol, enfin, le 14 janvier 1823, ses concessions furent légalisées, puis confirmées le 14 avril, après la chute de l'empire, et Étienne Austin put revenir au Texas.

La république mexicaine ayant adopté le système fédéral, le Texas devint partie intégrante du Cohahuila ; en vertu de ses droits, la législature de cet État accorda de nouvelles concessions de terrains à Austin pour l'introduction de huit cents familles. A ces donations s'en ajoutèrent d'autres, de sorte qu'en très peu de temps huit mille familles américaines, appartenant à toutes les religions et à toutes les classes de la société, envahirent le Texas. Une loi mexicaine accordait pendant sept ans une franchise de tout impôt aux colons texiens ; aussi, de l'Europe comme des États- Unis, accoururent bientôt des milliers d'aventuriers qui, ne voulant pas se livrer au travail de l'agriculture, cherchaient fortune en faisant la contrebande avec les provinces des frontières.

Telle était la situation du Texas, lorsque le général Mier y Teran fut nommé par le président Victoria, chef de la commission qui devait réviser, avec les Élats-Unis, et sur leur demande, le traité de 1819. Dès son arrivée à San-Antonio de Bejar, le général Teran put se rendre compte du formidable ennemi, introduit par le Mexique même sur son propre territoire. Peu de mois après la promulgation de la loi du 21 mars 1826, qui régularisait les compagnies présidiales, deux Américains, Hayden Edwards et John Hunter, projetèrent l'indépendance du Texas, sous le nom de: « République de Fredonia, » d'accord avec deux chefs des Cherokees. Ce projet ne favorisait pas les vues d'Étienne Austin; aussi, s'erapressa-t-il de dévoiler ce complot au commandant D. Maleo Ahumada qui se mit immédiatement en route pour attaquer les Américains. Ceux-ci ne l'attendirent pas ; ils tuèrent Huuter et se dispersèrent aux États-Unis. Ainsi finit celte échauflfourée ; mais les dangers créés par la prodigalité des concessions et des privilèges devenaient de plus en plus inquiétants.

Alaman crut pouvoir, d'un trait de plume, remédier au mal. Par la loi du 6 avril 1830, il prohiba la colonisation étrangère et l'entrée des étrangers dans les États limitro-

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phes, et décréta l'organisation des douanes maritimes et territoriales. Le général Mier y Teran fut chargé d'aller, au Texas, faire exécuter les ordres du gouvernement. Ces mesures exaspérèrent les colons qui, jusqu'alors, avaient vécu et prospéré, grâce aux lois libérales qui les régissaient depuis 1824. Une série non interrompue d'émeutes locales suivit l'entrée de Teran au Texas. L'insubordination et Panimosité des Texiens contre le gouvernement de Mexico se développèrent avec rapidité sur tout le territoire. Un nommé John Austin parcourut le pays pour engager les habitants à proclamer l'indépendance du Texas; chaque jour il arrivait de la Nouvelle-Orléans des goélettes chargées d'armes et de munitions; les Mexicains furent attaqués dans les districts d'Anahuac et de Nacogdochès ; à la fin de l'année 1831, les Américains avaient même établi un gouvernement provisoire à Brazoria. Cet état de choses dura jusqu'en 1835, époque à laquelle les aventuriers venus des États-Unis prirent les armes pour déclarer l'indépendance du Texas. Commandés par Samuel Houston, nommé président de la future république, ils s'emparent de San Antonio de Bejar le 11 décembre; le général D. Martin Cos qui défendait la ville dut capituler et se retirer à Loredo, près du Rio- Grande.

A cette nouvelle, le président par intérim eut encore recours à Santa-Anna; il fit appel à son patriotisme pour reconquérir le Texas et le chargea de tous les détails de cette expédition. Voici, d'après les documents officiels, inédits pour la plupart, et les correspondances privées des généraux mexicains, l'historique de cette campagne. En ce moment, le pays avait un grand besoin de calme pour songer à sa transformation politique, et rédiger sa nouvelle constitution ; ses finances étaient dans le plus déplorable état, ce qui, du reste, pouvait passer pour un état normal. En dépit de cette situation, il fallait lever une forcé suffisante pour faire la conquête projetée, sans dégarnir les points importants. La loi sur la milice, qui venait de causer une guerre

civile, ne permettait pas de lever des troupes dans ce corps mluii à ses cadres.

Le général Santa-Anna arriva de Manga-de-Clavo à Mexico, au commencement du mois de novembre. Le trésor étant vide, par suite des hypothèques sur les douanes, dont les produits, engagés pour plusieurs années encore, servaient à payer des emprunts ruineux, le congrès, dans sa séance du 23 novembre 1835, permit au gouvernement un nouvel emprunt de cinq cent mille piastres, destinées aux frais de la guerre. Avec cette autorisation , Santa-Anna se rendit à S. Luis Potosi, où se trouvait un noyau d'armée qui, depuis cinq jours, n'avait reçu ni solde, ni vivres. Le général président offrit immédiatement sa garantie personnelle pour obtenir du commerce dix mille piastres, à l'effet de subvenir aux nécessités les plus urgentes. Le 15 décembre, il prit des engagements onéreux pour l'État, avec D. Joaquin Errazu, mais qui pouvaient devenir désastreux, s'il eût attendu plus longtemps. Par ce contrat, M. Errazu, s'engageait à fournir au quartier général deux cent mille piastres en argent et deux cent mille en traites, à la condition qu'on lui remettrait : 1° Le total de l'emprunt forcé des départements de S. Luis Potosi, Zacatecas, Guanajuato et Guadalajara; 2° le subside de guerre des mêmes départements, et deux autres conventions douanières, non moins onéreuses. Santa- Anna dut subir ces rudes conditions par lesquelles il perdait cent mille piastres sur ta somme accordée par le congrès. Le gouvernement les approuva le 31 décembre, mais le congrès ne fut pas de son avis. La décision du congrès suscita mille embarras au général. Il n'en organisa pas moins un corps de six mille hommes, une batterie de vingt pièces avec le matériel nécessaire , l'approvisionnement , les vivres et les transports.

Il fallait agir promptement, car il y avait quatre cents lieues à franchir pour arriver à San Antonio de Bejar, avant la saison des pluies; puis les ressources de cette petite armée étaient si minimes et si précaires, qu'il fallait terminer

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la campagne avant qu'elles fussent épuisées. San Antonio de Bejar était l'objectif du général en chef, cette ville devant lui servir de base d'opérations. Les Texiens ne se doutaient pas le moins du monde de son approche; de sorte qu'il arriva le 23 février 1836, aux portes de la ville sans avoir tiré un coup de fusil. La première colonne était mal commandée et se composait en grande partie de recrues; elle s'empara néanmoins de San-Antouio, malgré la résistance des Texiens qui se réfugièrent au fort de l'Alamo, situé sur une colline derrière la ville.

Voulant éviter l'effusion de sang, Santa-Anna envoya le colonel Almonte, — depuis général, — proposer aux Texiens de se rendre; il leur promettait la vie sauve, à la condition de ne plus se battre contre le Mexique. Les Texiens refusèrent, et l'assaut fut donné dans la matinée du 5 mars. Les Mexicains furent encore vainqueurs. Cette victoire leur coûta soixante et dix hommes tués et trois cents blessés. La prise de l'Alamo jeta la consternation parmi les Texiens qui, dès lors, fuirent constamment devant les troupes mexicaines qui les poursuivaient.

Aussitôt après la prise de San-Antouio, Santa-Anna divisa son coips d'armée en trois colonnes. La première, forte de treize cents hommes, sous les ordres du général D. José Urrea, partit de suite pour opérer à droite, dans le sud, du côté de Coliad et du Copano. La seconde, forte de quatorze cents hommes et commandée par le général Ramirez y. Sesraa, se dirigea à gauche du côté de San-Felipe d'Austin. La troisième, au centre, sous les ordres du général D. José Andrade, devait combiner ses mouvements avec les deux, autres colonnes. Le général en second, D. Vicente Filisola, restait à San-Antonio avec les cavaliers démontés, quelques fantassins, les dépôts et les malades. Le lieutenant-colonel D. Pedro Ampudia commandait l'arrière-garde et suivait l'armée, à deux journées de marche. Pour quiconque connaît le Texas et la nature de l'insurrection texienne, ce plan de campagne paraîtra parfaitement conçu; habilement exé-

cuté, il aurait, en moins de deux mois, balayé du Texas tous les insurgés.

Le 15 mars, le général Woll, commandant la brigade d'avant-garde de la division Ramirez, arriva en face de Gonzalès; il franchit le Guadalupe, ayant de l'eau jusqu'aux épaules, entra dans la ville, à laquelle les Texiens avaient mis le feu et s'empara de leur camp retranché sans coup férir. Dans cette malheureuse guerre, les Texiens pillaient, dévastaient et brûlaient tout sur leur passage, sous le prétexte d'arrêter et d'affamer les Mexicains ; la cause réelle de ce vandalisme doit se chercher dans le petit nombre de colons qui se trouvaient parmi les combattants. En effet, les colonnes de Travis, de Fanning, de Grant et même de Samuel Houston, se composaient presque uniquement de flibustiers venus des États-Unis. De Gonzalès, les vainqueurs se portèrent sur le Colorado, sans s'arrêter. Dans la correspondance du général Santa-Anna, j'ai trouvé, sur la prise de Gonzalès et la marche des Mexicains, une lettre du général Woll, qui se termine par une prophétie, et dont voici quelques extraits :

« A S. Exc. le général président Santa-Anna... Nous avons passé la rivière de Guadalupe le 15, en face de Gonzalès; l'ennemi, à notre approche, a fui précipitamment, abandonnant une espèce de camp retranché, dans lequel nous avons trouvé des sacs, des gibernes, quelques armes et les ustensiles de cuisine des soldats; mais en fuyant, ils ont mis le feu à toutes les maisons désertées par leurs habitants , et sur leur passage ils continuent de la même manière, de sorte que ces barbares font une guerre de désolation. Si l'on n'agit pas méthodiquement et avec prudence, si l'on s'aventure avec précipitation, si l'on veut en finir trop vite, peut-être les mêmes revers éprouvés par Charles XII, nous attendent. — Au camp, sur les bords du Colorado , 23 mars 1836. — Adrien Woll. »

Les succès remportés par les Mexicains et la fuite constante de l'ennemi, les avaient enhardis, au point de leur

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faire mépriser les Texiens comme gens poltrons et peu dangereux; s'étant relâchés des précautions qu'ils devaient prendre en campagne, ils ne tardèrent pas à être sévèrement punis de leur présomption. Le général Ramirez y Sesma, arrivé sur le Colorado, en face de l'ennemi, demanda des renforts, par une dépêche expédiée le 25 mars, afin de pouvoir partager sa division en deux colonnes , en diriger l'une au nord, sur Austin, et l'autre au sud. Santa-Anna, qui se trouvait encore à San-Antonio, décida que le colonel Amat irait, avéc six cents hommes, rejoindre le général Ramirez et que le général D. Vicente Filisola laisserait le commandement de San-Antonio au général Andrade, et marcherait rapidement, en sa qualité de second général en chef, sur le Colorado. Ces différents mouvements furent aussitôt exécutés et Santa-Anna , parti de San-Antonio le 31 mars, arriva le 5 avril au camp du Colorado, à l'endroit appelé Paso del Atascosito.

L'armée n'avait ni pont, ni bateaux pour passer le fleuve ; le général Woll fit jeter à l'eau des balles de coton avec lesquelles il construisit les radeaux, et toute la division Ramirez put effectuer le passage. Apprenant alors que le général Gaona se trouvait à trente lieues de San-Felipe d'Austin, et que le général Urrea marchait sur Brazoria, Santa-Anna prit le commandement de la division Ramirez, laissa le général Woll au Paso del Atascosito pour faciliter aux troupes de Filisola le passage du Colorado et partit le 6 pour San- Felipe, où il arriva dans la matinée du 7 avril. Cette ville venait d'être incendiée par un corps de cent cinquante Américains campés de l'autre côté du Brazos. Des renseignements fournis sur les Texiens le décidèrent à traverser immédiatement le Brazos et à courir sur leur principale colonne, commandée par Samuel Houston. La défaite de ce général amenait la fin de la guerre. Malheureusement, il fallait dix à douze jours pour construire les chalands nécessaires au passage de la rivière ; rester pendant ce temps les bras croisés , tandis que l'ennemi se retirait toujours a marche for-

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cées et complètement démoralisé, paraissait chose impossible et même honteuse au vainqueur. Le général Filisola n'était pas encore arrivé sur le Colorado; la lenteur de sa marche parait inexplicable, je dirai même plus, il est impossible de disculper ce général, qui a révélé dans cette campagne une immense incapacité, sinon une hostilité secrète contre Santa-Anna. Le général Gaona aurait dû faire sa jonction avec la division Ramirez avant le 5 ; le 8, on ne savait pas encore quand il la ferait.

Sauta-Anna , impatienté par ces retards qui le mettaient dans une fausse situation, prend avec lui cinq cents fantassins, cinquante cavaliers et descend la rive droite du Brazos à la recherche d'un gué. Le 13 avril, il s'empara du Paso de Tompson et fit venir la division Ramirez ; le général Gaona, perdu dans le désert de Bastrop, ne put arriver que le 20 dans cette localité. Ayant appris que D. Lorenzo Zavaia et tous les membres du gouvernement texien se trouvaient à Harrïsburg, Santa-Anna fait passer le Brazos, dans l'aprèsmidi du 14 , à ses cinq cents hommes , ses cinquante dragons, une pièce de six et cinquante caisses de cartouches. Dans la nuit du 15, il arrive à Harrisburg; la ville est en feu, le gouvernement et les habitants des maisons incendiées sont partis pour Galveston ; quant au général Houston, il venait de se réfugier au Paso de Gross, avec huit cents hommes et deux pièces d'artillerie.

Le lendemain, Santa-Anna envoie le colonel Almonte, avec les cinquante dragons de son escorte, faire une reconnaissance jusqu'au Paso de Lynchburg et New-Washington. Le colonel Almonte expédie un courrier au général président, par lequel il lui dit : — « Plusieurs colons trouvés dans leurs maisons atfirment unanimement que le général Houston se retire vers la rivière Trinidad par le Paso de Lynchburg. » Couper ce passage aux troupes ennemies et terminer par ce fait le mouvement révolutionnaire, devait naturellement tenter Santa-Anna. Il se décida donc aussitôt a marcher sur Lyncbburg, prendre possession du terrain et

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livrer bataille à Houston. Saos perdre de temps, il renforce ses troupes de deux cents fantassins , et fait porter à franc étrier, par son aide de camp, le colonel gradué D. José Maria Castillo, Tordre au général Filisola de choisir « cinq cents fantassins » de la division du général Cos et de les lui envoyer de suite avec ce général.

Dans la matinée du 19, Santa-Anna commanda au capitaine Marcos fiarragan d'aller avec quelques dragons à Lynchburg, éloigné de douze kilomètres de New-Washington, pour l'avertir de l'arrivée d'Houston. Le capitaine revint le lendemain à huit heures du malin, lui dire que le général texien arrivait. Santa-Anna se met alors en marche, voit l'ennemi en possession d'un petit bois situé sur le bayou de Buflfalo , dont les eaux se mêlent à celles du San-Jacinto. Houston devait se battre ou se jeter à la rivière; les Mexicains, harassés, voient cette position et veulent en profiter; il était cinq heures du soir. Le feu commence; Santa-Anna s'efforce, par une manœuvre habile, d'attirer l'ennemi au pied d'une colline ; mais, de part et d'autre, on meurt de fatigue et de faim, on a besoin de repos et de nourriture; les Texiens n'avan^ cent pas; les Mexicains ne s'approchent pas; la nuit arrive et la bataille est remise au lendemain.

Le 21, à neuf heures du matin, le général Cos arrive avec quatre cents recrues, au lieu de cinq cents hommes d'élite que Santa-Anna avait demandés; les autres cent hommes étaient restés avec les bagages près d'Harrisburg. Filisola était sicilien et n'aimait pas Santa-Anna; en lui envoyant des recrues à la place des soldats choisis demandés, il se donna l'air de vouloir mettre son chef dans un grand embarras, et ne put jamais justifier sa conduite. A la vue de ce renfort, Santa-Anna jugea tout de suite que ces hommes seraient plus dangereux qu'utiles dans un combat qui devait être décisif et désespéré; il eut d'abord la pensée de se retirer; l'honneur le retint, autant que sa présomption et le peu de cas qu'il faisait des Texiens. Il voulut attaquer tout de suite, mais le général Cos lui dit : — « Que pour forcer sa marche afin d'arriver

plus tôt, sa troupe n'avait ni mangé, ni dormi depuis vingtquatre heures, et, qu'en attendant les bagages qui viendraient dans deux ou trois heures, — ils ne vinrent pas, — elle pouvait se reposer et se disposer à se battre. » Une heure après, le capitaine D. Miguel Aguirre, commandant les quatre-vingt-cinq dragons, composant toute la cavalerie mexicaine, demanda pareillement une heure ou deux de repos pour ses hommes et ses chevaux qui n'avaient rien mangé depuis la veille. Santa-Anna la lui accorda avec répugnance, car la cavalerie d'Aguirre devait surveiller les Texiens et l'arrivée des bagages; il lui recommanda pourtant de retourner à son poste d'observation aussitôt après le pansage. Santa-Anna, lui-même très fatigué, alla s'étendre à l'ombre d'un bois pour dormir un instant, après avoir recommandé à son chef d'état-major, le général D. Manuel Castrillon, de l'éveiller au moindre bruit, au moindre mouvement des Texiens. Le rapport du général Houston, au président Burnet, et celui de Santa-Anna au ministère de la guerre à Mexico, donnent les détails suivants sur la bataille de San- Jacinto. Pour bien comprendre cette action, il ne faut pas oublier que sur les douze cents hommes qu'avait Santa-Anna, cinq cents au moins étaient occupés à prendre leur repas ou livrés au sommeil. En outre, le général Filisola avait envoyé de Tompson un pli à Santa-Anna, malgré la défense expresse « d'expédier aucun courrier et de séparer un seul homme de ses lignes ». Ce courrier fut pris par les Texiens et leur révéla la situation difficile de Santa-Anna.

« ... J'ai l'honneur de vous informer, écrivait, le 25 avril 1836, le général Houston au président Burnet , que dans la soirée du 18 courant, après une marche forcée de cinquantecinq milles, faite en deux jours et demi, l'armée arriva en face d'Harrisburg ; dans celte môme soirée nous saisîmes un courrier de l'ennemi, par lequel nous apprîmes que le général Santa-Anna, avec une de ses trois sections, marchait par le paso de Lynchburg, sur San-Jacinto, sans s'arrêter à Harrisburg.t. Le lendemain nous nous remîmes en

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route et marchâmes toute la nuit, sans prendre d'aliments. Aux premières lueurs du jour , nos vedettes rencontrèrent celles de l'ennemi... L'armée texienne s'arrêta, et se trouvait dans un bois, quand l'armée de Santa-Anna se découvrit, marchant en bataille... »

Après cette rencontre eut lieu l'engagement du 20, dont j'ai parlé. Le 21 , tandis que tous reposaient au camp des Mexicains, comme si l'ennemi était à cent lieues, les Texiens surprirent les postes avancés des Mexicains, mirent en déroute trois compagnies qui défendaient le bois à la droite de l'armée et s'en emparèrent ; le centre et la gauche furent en même temps attaqués avec de la cavalerie et deux pièces d'artillerie. Santa-Anna se réveilla ! Il donna de suite des ordres pour réparer le mal , mais il était trop tard. Les recrues enveloppaient les vétérans et les empêchaient de se servir de leurs armes; les soldats jettent leurs fusils et se sauvent pour éviter la pluie de balles que leur envoyaient les Américains de tous les côtés. Castrillon faisait sa toilette au lieu de veiller les mouvements de l'ennemi, comme l'en avait chargé son chef; le canon lui rappelle qu'il n'est ni dans une salle de bain ni chez un coiffeur; il monte à cheval, court de côté et d'autre pour rétablir l'ordre dans les files mexicaines et tombe sur le champ de bataille, mortellement frappé. Lorsque Santa-Anna, voyant tout perdu, voulut fuir la scène de ce désastre, il ne trouva que deux dragons pour l'accompagner ; toute son armée était prisonnière ou se sauvait avec une rapidité vertigineuse. Se rappelant que Fiiisola se trouvait au paso de Tompson, à seize lieues de San-Jacinto, il prit cette route , vigoureusement poursuivi par les Américains qui venaient de brûler un pont sur lequel il fallait passer. Santa-Anna laisse son cheval aller à l'aventure et se cache dans des broussailles. Pendant la nuit il traverse le bayou avec de l'eau jusqu'au cou, entre dans une cabane abandonnée, trouve des habits qu'il change contre les siens ruisselants d'eau, et continue sa course à pied. Dans la matinée du 22, quelques Texiens le rencontrent et lui deman-

dent : — « S'il n'a pas vu le général Santa-Anna? — Oui, leur répondit-il , il va devant, » — et, par cette réponse, il échappe à la mort. Peu d'heures après il est reconnu, par un autre détachement qui le fait prisonnier et le conduit au général Houston.

La déroute commença, selon le rapport de Samuel Houston, à quatre heures et demie dans la soirée du 21 et dura jusqu'au 22. Parmi les prisonniers mexicains, outre Santa- Anna et cinq à six cents hommes, se trouvaient encore le général Cos, le colonel Almonte et quatre ou cinq autres colonels. La caisse, les bagages, les munitions et plus de six cents fusils tombèrent au pouvoir des vainqueurs. On le voit, les causes de ce désastre furent l'envoi des recrues, à la place des hommes d'élite demandés, l'envoi des bagages non demandés et qui nécessitèrent l'occupation de cent hommes pour les garder, la saisie du pli qui révélait la situation de Santa-Anna, la fatigue et la faim des quatre cents hommes du général Gos et de la cavalerie du capitaine Aguirre, le mépris, jusqu'alors justifié, que les Mexicains faisaient de l'ennemi, et finalement la conduite du général Castrillon, chargé de surveiller le camp des Américains, qui se laissa surprendre tandis qu'il faisait sa toilette.

Avant de parler des conséquences de cette défaite et des événements qui la suivirent, je dois dire quelques mots sur les opérations du général Urrea. Quant au général Gaona, incorporé trop tard à la division Ramirez, et cause première des embarras de Santa-Anna, il ne joue qu'un rôle effacé dans cette triste campagne. Le général Urrea n'eut que des succès; il battit Grant, purgea les côtes de tous les détachements texiens, et lit prisonnier, à Goliad, Fanning et ses trois cents compagnons qui furent fusillés, n'étant point considérés comme des prisonniers de guerre, mais bien comme des insurgés; plusieurs parvinrent néanmoins à s'échapper, ce qui prouverait qu'on les exécuta en masse. Cette exécution a été très vivement reprochée à Santa-Anna qui s'en est admirablement disculpé dans ses rapports officiels; je crois

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pourtant qu'il aurait pu sauver ces malheureux, et qu'il aurait dû le faire. Le 25 avril, le général Urrea était à cheval sur Columbia et Brazoria, la première ville à six et la seconde à douze lieues de Tompson, où se réunirent les troupes des généraux Filisola, Gaona, Ramirez, Toisait Woll.

Conduit, dans la journée du 22, en la présence de Samuel Houston, Santa-Anna, qui ne savait pas l'anglais, eut pour interprète le fils de D. Lorenzo Zavala, aide de camp du général texien, qui lui proposa de donner Tordre aux troupes mexicaines de déposer les armes. Santa-Anna ayant refusé cette proposition, le général Houston lui fit un tableau des forces et des moyens que possédaient les Américains pour obtenir l'indépendance du Texas, et l'impossibilité dans laquelle se trouvait le Mexique de conserver cette province; puis il ajouta que pour assurer la vie des prisonniers faits de part et d'autre, il fallait éviter un nouveau conflit entre les deux armées et célébrer un armistice. Santa-Anna subit volontiers les exigences du vainqueur; car, en écrivant au général Filisola, il lui donnait de ses nouvelles, et pouvait espérer que ce général profiterait de sa supériorité numérique et du voisinage des troupes américaines pour imposer sa propre volonté. Dans cette même journée du 22 avril, il envoya trois dépêches à son lieutenant : l'une lui disait de rétrograder avec le général Gaona jusqu'à San-Antonio, d'ordonner au général Urrea de se retirer à Victoria, et mettait à sa disposition les ressources en vivres et en argent qui se trouvaient à Matamoros et à Bejar. La seconde dépêche était un ordre de mise en liberté des prisonniers, et la troisième une recommandation de ne causer aucun dommage aux habitants, pendant cette retraite.

Le général Filisola ne parut pas comprendre que Santa- Anna, étant prisonnier, n'avait plus la liberté de commander librement, sans compromettre sa vie et celle de ses compagnons d'infortune. Étant devenu de fait, général en chef de l'armée mexicaine, après le désastre de San-Jacinto, Filisola devait arriver au pas de course sur l'ennemi, et sinon pour-

suivre les hostilités et probablement les terminer par une victoire, alors facile, au moins dicter les conditions de l'armistice et procéder à l'échange des prisonniers. Il ne fit rien de tout cela, comme on le voit par les extraits de la dépêche suivante, portée par le général Woll à Santa-Anna.

« Camp de Saint-Bernard, 28 avril 1836. — A Son Excellence le général président, D. Antonio Lopez de Santa-Anna. — Excellentissime Senor. — Aussitôt que j'ai eu connaissance, par quelques officiers et soldats dispersés, de la malheureuse rencontre dont Votre Excellence me fait part dans sa lettre du 22, j'ai opéré les mouvements qui me convenaient pour la concentration de l'armée... et prendre de nouveau l'offensive sur l'ennemi ; mais ayant égard à la communication mentionnée de Votre Excellence, aux circonstances qu'elle expose et désirant donner une preuve de ma considération pour votre personne comme à celle des prisonniers dont Votre Excellence me parle, je vais repasser le Colorado et je cesserai les hostilités tant que l'ennemi ne me donnera pas lieu de les continuer.

« Les généraux Gaona, Urrea et Ramirez y Sesma sont réunis à moi comme je vous l'ai déjà dit. V. E. connaît les forces disponibles grâces auxquelles je puis opérer avec ces divisions et savoir, par conséquent, que je cesse les hostilités, malgré ma responsabilité auprès du gouvernement suprême, uniquement par la considération due à la paix de la république et à la personne de V. E

« Comme V. E. me dit qu'elle s'est mise d'accord avec le général Houston pour un armistice, et que je n'en connais pas les bases, j'envoie le général D. Adrian Woll pour s'en informer, afin que nous puissions les remplir de notre côté et pouvoir également en exiger l'accomplissement.

« Tout ce que V. E. me dit dans sa lettre mentionnée sera fait, et j'ai le plaisir de vous réitérer l'assurance de ma considération et de mon respect. — Vicente Filisola. »

Le général Woll, porteur de cette lettre, arriva au camp des Texiens le 30 avril; il avait en outre la mission des'in-

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former du véritable état des forces américaines. La retraite des Mexicains paraissait aux yeux de ce général comme à ceux d'Urrea une faute et une honte; leur avis fut assez partagé par les autres généraux, et, avant de commencer le mouvement rétrograde, ils voulurent s'assurer de la nécessité de ce mouvement. A ce sujet, voici ce qu'écrivait le 16 juin à D. José Maria Tornel, ministre de la guerre, le général Urrea :

— « Excellence. — Après la disgrâce arrivée à notre digne président, le général bien mérité de la patrie D. Antonio Lopez de Santa- Anna, et lorsque les Texiens révoltés offrirent un malicieux armistice, il me parut convenable de profiter de cette occasion pour observer leurs forces, leur situation et ce qui aurait pu nous servir. Je proposai au général Filisota, alors chef de l'armée, de passer moi-même au camp ennemi, sous prétexte de savoir, par S. E. le président, les arrangements qu'il prenait avec les rebelles. Ma demande fut rejetée et le général D. Adrian Woll fut nommé pour remplir cette mission. J'envoyai mon aide de camp, le lieutenant D. Ambrosio Martinez, pour accompagner le général... Les malicieux Texiens ont retenu le général Woll et le lieutenant Martinez, et seulement hier j'ai eu le plaisir de les voir revenir... La conduite du général Woll a certainement été à la hauteur de sa mission et V. E. le recommandera au président par intérim, ainsi que mon lieutenant. — José Urrea. » — Les documents officiels , au nombre de quatorze, qui suivent cette dépêche nous révèlent une véritable épopée. Le général Woll, retenu par les Texiens, sous les prétextes les plus frivoles, faillit être assassiné plusieurs fois, il ne dut la vie qu'à son sang-froid, à son courage, et fut obligé en maintes circonstances de mettre le sabre au poing.

A Mexico, la nouvelle de la bataille de San Jacinto produisit naturellement une grande sensation, et comme les vaincus ont toujours tort, on ne tarda pas à faire tomber toute la responsabilité de la défaite sur Santa-Anna, au lieu

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