‹ Histoire du MexiqueChapitre 9 sur 28 · II · texte numérisé non relu

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la république, se vendaient au plus offrant; une contrebande effrénée, tolérée par les employés supérieurs des douanes, empêchait cet important revenu de remédier à la pénurie du trésor; la confiance et l'ordre n'existaient nulle part. Alaman voulut faire marcher de pair la réforme politique et la réforme financière, ^'exécution de la seconde devait lui fournir les moyens d'opérer la première, et, pour y parvenir, il suffisait d'appeler aux emplois les hommes les plus probes. Il semblait impossible de les trouver, et, s'il n'en trouva pas un grand nombre qui joignit la probité à la capacité, il sut, du moins, utiliser ceux qu'il rencontra pour réprimer les concussions des employés qu'il maintenait, faute de pouvoir les changer. Par ce moyen, la contrebande fut comprimée ; le trésor vit ses coffres se remplir du produit des droits qui n'enrichissaient autrefois que les administrateurs des douanes, et les troupes bien payées, bien vêlues, devinrent dès lors un appui pour le gouvernement. .

Les dépenses ne dépassèrent plus les recettes ; l'économie s'introduisit dans l'administration; le Mexique, pour la première fois depuis son indépendance, se vit organisé comme un gouvernement régulier, le brigandage des routes devint rare; les voleurs étaient fusillés, étranglés, —garrotados, — ou pendus aux murs de leur maison; on put enfin circuler librement sur les grands chemins. Les généraux qui gênaient le pouvoir ou la tranquillité publique furent impitoyablement mis à mort, malgré le prestige de leur nom. Après avoir ainsi transformé le Mexique, Alaman voulut le faire industriel et manufacturier pour l'élever au niveau des États de l'Europe. Manquant de voies naturelles de communication, le Mexique a plus besoin d'industrie que les pays moins riches que lui en productions de toutes sortes; Alaman, pour encourager cette branche de la richesse publique, appliqua, sous le nom de Banque de secours, — « Banco de avio, » — une partie des fonds provenant des droits de douane à des prêts faits aux diverses industries du coton, de la laine, du fer et du papier; une autre partie de ces

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fonds était destinée à l'achat, en Europe, des machines nécessaires, livrées gratis aux manufacturiers. L'industrie allait donc prendre son essor; la paix était rétablie, les arsenaux étaient garnis de munitions, les droits de douanes régulièrement perçus, les chemins réparés, entretenus, purges de bandits; tout cela s'était fait dans l'espace de deux ans; tout fut détruit par la révolution de 1832. Si l'empire de 1864, avait eu, comme ministre dirigeant, un homme énergique, intelligent et patriote comme Alaman, l'empire serait un fait accompli.

Pourtant, l'administration de Bustamante n'était point couchée sur un lit de roses. Le président et ses ministres, pour affirmer leur pouvoir, crurent devoir faire légitimer par les chambres la révolution de Jalapa qui mettait les écossais, c'est à dire les conservateurs, à la tête des affaires publiques. Le congrès, toujours vénal, toujours instrument docile du vainqueur, et sans foi politique, avait déclaré national et légitime le mouvement qui avait élevé Guerrero à la présidence, il déclara légitime et national celui qui l'en avait fait tomber, il fit plus, il déclara Guerrero « moralement incapable d'exercer la suprême magistrature. » Néanmoins, par respect pour ce vieux chef qui avait reçu le titre de « bien mérité de la patrie, » le mot : « moralement, » fut supprimé dans le décret d'incapacité lancé contre lui. Des législatures, des généraux et des colonels agitèrent le pays, au nom de la fédération que le gouvernement paraissait vouloir renverser pour lui substituer une république centrale, mais le centralisme avait tellement de partisans que ces agitations partielles ne devinrent pas sérieuses alors.

Au commencement de mars 1830, Salgado, gouverneur du Michoacan, destitué par Bustamante, se souleva et se réfugia dans la petite ville de Zamora avec trois cents hommes. Il croyait que l'État de S. Luis Potosi et celui de Jalisco le soutiendraient. Il n'en fut rien : obligé de fuir le 23 mars, il tomba entre les mains de ceux qui le poursuivaient. Alvarez se révolta dans ses montagnes ; Guerrero sortit de Tixtla

pour se joindre aux prononcés, déjà renforcés par D. Francisco Victoria, frère de l'ex-président. Les insurgés n'avaient d'autre but que celui de renverser le gouvernement; ils opéraient surtout dans les provinces du sud. Le général Bravo, chargé de les poursuivre, battit Alvarez le 25 avril à Venta- Vieja, et s'empara d'Acapulco, qui retomba, par la défaite d'Armijo, au pouvoir d'Alvarez au commencement d'octobre. Le 1er janvier 1831, Bravo remporta une victoire sanglante ét longtemps disputée sur les troupes d'Alvarez et de Guerrero. Après ce combat, les insurgés n'eurent que des guérillas pour continuer la lutte, plusieurs d'entre elles furent détruites par les colonels Canalizo, Sesma et autres. Presque tous les chefs de ces bandes furent fusillés; les plus célèbres étaient Collados, frère du gouverneur de Mexico et Francisco Victoria.

Le général Facio, ministre de la guerre, ne pouvant espérer que ses lieutenants saisiraient Guerrero au milieu des montagnes du sud, résolut de s'en rendre maître par trahison. Ayant appris que les insurgés disposaient d'un brigantin « Colombo » pour le transport des vivres d'Acapulco à la Palizada, il se mit en relation avec le capitaine génois Picaluga qui le commandait et qui se trouvait alors à Mexico. Picaluga demanda deux cent cinquante mille francs pour livrer Guerrero. Ce prix parut énorme au ministre, mais il fut accepté. Le capitaine du « Colombo » invita Guerrero à venir dîner à bord; celui-ci, sans méfiance, se rendit à l'invitation, et, tandis qu'on était à. table l'ancre fut levée, la victime garoltée et remise le 25 janvier 1831^ entre les mains des autorités militaires de Santa-Cruz Huatulco, province de Tehuantepec. Le prisonnier, conduit a Oajaca, fut jugé et condamné à mort. Le 14 février, on vit à Cuilapa ce vétéran de l'indépendance marcher d'un pas mal assuré au lieu de l'exécution ; soit l'effet des fatigues, soit la pensée de cette infâme trahison ou de l'horrible ingratitude de ses compatriotes, des larmes coulaient de ses yeux, lorsque la mort vint le frapper. L'administration de M. Bustamante ne s'est

jamais lavée de ce crime, et le général Santa-Anna promit de le venger. Dans cette triste histoire du Mexique, on voit toujours une trahison derrière une grande victime. Sous Bustamante, les exécutions commencèrent à devenir nombreuses; je ne doute pas qu'elles ne fussent utiles, sinon nécessaires, mais il est déplorable pour un gouvernement d'en venir à de pareilles extrémités, et lorsque ce gouvernement représente un parti, les exécutions politiques ont généralement l'air d'une vengeance.

Je dois placer ici quelques lignes sur la situation du clergé mexicain. Le pape Jules II avait autrefois accordé au roi d'Espagne la faculté de nommer les évéques aux sièges vacants, et les chanoines des cathédrales, dans toutes les possessions espagnoles. Après l'indépendance et dès 1821, la cour de Rome refusa toutes sortes de transactions, avec le gouvernement mexicain sur cette question. Le droit de patronat fut refusé au Mexique. En attendant un concordat qui ne se faisait pas, tous les évêchés du Mexique devinrent vacants, par l'émigration de deux prélats et la mort des autres. Le personnel des chapitres ecclésiastiques était tellement diminué, que plusieurs cathédrales ne possédaient qu'un ou deux chanoines. Cette situation démoralisa singulièrement le clergé qui ne recevait ni instruction, ni direction. L'administration de Bustamante, étant très favorable au clergé, sut tirer profit de cet état de choses, en renonçant au droit de patronat. Cette abdication d'une prérogative nationale, plus ou moins contestée en droit, était fort peu patriotique; mais elle rattacha au pouvoir exécutif tout le clergé, et ce qu'on appelle les cléricaux, parti fort considérable alors au Mexique. Une loi fut promulguée pour remplir les sièges épiscopaux vacants et compléter les chapitres ecclésiastiques qui gouvernaient les diocèses en l'absence des évéques; le clergé lui-même faisait ces nominations, et les bulles pontificales consacrant les nominations portaient la clause motu proprio , qui n'a cessé d'exister depuis cette époque.

Dans le courant de l'année 1831, le Mexique jouissait d'une grande tranquillité; le gouvernement avait une énorme majorité dans le congrès, malgré l'opposition que lui faisaient les députés D. Juan de Dios Canedo, D. Francisco Garcia, et D. Valentin Gomcz Farias; les partis modifièrent, non leurs rancunes, mais leurs drapeaux; les écossais devinrent les «amis de l'ordre, » et les yorkinos, les « progressistes.» Ces derniers demandaient bien la destruction des lois restrictives contre la liberté de la presse, — qu'ils avaient inaugurées,— et l'extinction des ordres monastiques; mais ces prétentions ne dépassaient pas, dans leur forme, la modération des débals parlementaires ou d'une polémique réservée. Néanmoins, vers la fin de cette même année, des .troubles arrivés dans le Jalisco, et réprimés par des mesures anticonstitutionnelles, furent le prétexte de la révolution de 1832. Santa-Anna, occupé dans son hacienda de Manga-de-Clavo de ses propres affaires, avait refusé de se mêler a la révolution qui coûta la vie à Guerrero, et n'avait pas voulu prêter ses services à l'administration de Bustamante. Les mécontents résolurent de le mettre à leur tête.

Le 2 janvier 1832, la garnison de l'État de Vera-Cruz se prononce, et dans sa proclamation, datée de ce même jour, elle renouvelle les protestations faites par le plan de Jalapa, demande le renvoi des ministres, donne au général Santa- Anna le commandement des troupes, et le soin d'obtenir ce que réclamaient les insurgés. Santa-Anna appuya cet acte, et le 4 janvier il écrivit au général Bustamante une lettre dans laquelle il relève les conséquences des actes arbitraires ou rigoureux de ses ministres et le prie de conjurer la révolution en cédant aux justes réclamations de l'armée. Le pouvoir exécutif communiqua au congrès l'acte du 2 janvier, et la lettre qui l'accompagnait, en l'informant que, « bien que tous les ministres eussent remis leurs portefeuilles dans un but de conciliation et pour aplanir les difficultés, le vice-président s'était refusé à donner sa démission, afin de ne point créer un précédent pernicieux. » Les chambres dé-

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clarèrent alors acte révolutionnaire cette pétition à main armée, et invitèrent le gouvernement à combattre l'insurrection. Le général Calderon fut chargé de la réduire avec trois mille hommes de troupes, bien équipées, qu'on lui donna.

Santa-Anna s'empare aussitôt de deux millions cinq cent mille francs qui se trouvaient à la douane de Vera-Cruz, et, avec cet argent, il organise son armée. Woll et les deux Arago viennent à son appel. Le général Jean Arago est chargé du commandement de Vera-Cruz, et son frère Joseph reçoit l'ordre de former un corps de jarochos, — habitants des campagnes de la côte. — Calderon arrive le 23 février à Santa-Fé, petit village situé presque aux portes de Vera-Cruz. Facio doit lui mener des renforts. Le 24, Santa-Anna apprend qu'un riche convoi d'argent, de munitions et de vivres, escorté parPerezPalacios et cinq cents hommes, est attendu par Calderon, il part aussitôt avec deux cents cavaliers et deux compagnies de fantassins, jusqu'à Manantial, — cinq lieues de Vera-Cruz, — se jette sur le convoi, s'en empare et revient à Vera-Cruz avec le trésor, les munitions, les vivres et les cinq cents hommes d'escorte qui se joignent à lui en criant : « Vive Santa-Anna ! mort aux ministres! » Le 3 mars, Santa- Anna, à la tête de six cents hommes d'infanterie et cinq cents jarochos, attaque, à Tolome, le général Calderon qui s'éloigne, avec trois mille sept cents hommes et de l'artillerie, des rivages empestés de Vera-Cruz. Aux premières détonations de l'artillerie, les jarochos se sauvent, entraînant le capitaine Arago qui fait de vains efforts pour les rallier. L'infanterie tient bon et se fait tuer bravement. Les meilleurs officiers de Santa-Anna sont massacrés, et lui-même ne doit la vie qu'à la vitesse de son cheval, qu'il lance au galop dans les bois, après la perte de la bataille.

Calderon, au lieu de courir à Vera-Cruz et de s'en emparer, comme cela lui eût été facile, le lendemain de sa victoire, ne parut que le 10 mars sous les murs de la ville. Elle était alors remise en état de défense. Santa-Anna comptait encore

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plus sur la fièvre jaune, la faim, la soif et la maladie que sur ses propres forces pour se débarrasser des assiégeants; il leur fît éprouver, néanmoins, des pertes sensibles par de fréquentes sorties. Le 13 mai, Calderon dut lever le siège et se replier sur Mexico; il ne lui restait presque plus de troupes valides. Joseph Arago, chargé de poursuivre l'arrière-garde, commandée par le général Rincon, la mit dans un tel désordre qu'elle se sauva en abandonnant ses malades, son parc et son équipement.

Tandis que ces événements s'accomplissaient, le général Moctezuma se souleva dans la ville de Tampico, et se mit à la disposition de Santa-Anna. Les États de Zacatecas, Jalisco, Nuevo-Leon et Tamaulipas se disposaient à renverser l'ad-' ministration de Bustamante. GomezFarias et Garcia, fidèles amis de Pedraza, président de droit, élu en 1828, et exilés, travaillaient à sa réinstallation. Ils manœuvrèrent pour qu'on le désirât à Zacatecas et dans le Jalisco, puis essayèrent de faire tourner l'insurrection de Vera-Cruz a son profit. Le général Inclan, poussé par eux, se prononça à Toluca le 27 avril, et menaça Bustamante et Santa-Anna, dans sa proclamation, de les combattre s'ils ne consentaient pas au retour de Pedraza. Trois jours après, le colonel D. Mariano Arista s'emparait de sa personne. Mais le mot était jeté, le nom de Pedraza circulait dans toutes les bouches, comme remplaçant de Bustamante.

La presse se mit à discuter la légitimité du gouvernement actuel et la nécessité de rappeler Pedraza ; Santa-Anna marcha sur Mexico. Calderon, voulant s'opposer à son passage, quitte Jalapa et se rend à Corral Falso où Santa-Anna le rejoignit le 13 juin. Au moment d'en venir aux mains, Calderon et son lieutenant Corraza se présentent en parlementaire au camp des insurgés pour demander un armistice qui leur fut accordé de grand cœur. A la suite de cette transaction, les deux généraux nomment des commissaires pour négocier les détails de l'armistice, et la paix auprès du gouvernement, et se retirent ensuite chacun de son côté. Bustamante, mé-

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content de cet arrangement, remplaça le général Calderon par le ministre Facio, dans le commandement des troupes deJalapa.

Sur ces entrefaites, Zacatecas, Durango et Jalisco se prononcent en faveur de Pedraza. Zacatecas ne se limite pas au décret qui proclamait l'exilé, président constitutionnel de la république, la législature organisa de suite quatre mille hommes de milice pour appuyer son décret. Le général D. José Urrea se prononça dans le même sens à Durango et mit un gouverneur démocrate à la place du conservaleur'qui dirigeait les affaires de cette province, depuis 1830. A Guadalajara, le gouverneur Caîiedo, conservateur et royaliste, en outre, s'entendit avec le général Cuesta et le colonel Negrete pour seconder la révolution de Zacatecas. Dans la nuit du 15 juillet, Guesta fit son pronunciamiento, tandis que le général Anaya se trouvait à l'enterrement de l'évéque Gordoa, escortant le corps du défunt avec ses troupes, tenant des cierges en main.* Les autorités civiles et militaires prononcées obligèrent Anaya, commandant la force armée du gouvernement général, h quitter la ville. Le général Mier y Teran, de son côté, se battait dans le Tamaulipas contre Moctezuma, partisan de Santa-Anna, et finit par se suicider le 3 juillet. Le colonel Antonio Mejia révolutionnait contre le gouvernement de Mexico les colons du Texas, et s'emparait des douanes de Brazos-Santiago et autres ports de la côte. Les chambres, réunies de nouveau le 3 août, acceptèrent la démission des ministres, cause première de ce vaste conflit ; elles donnèrent le commandement de l'armée fédérale à Bustamante et nommèrent président, par intérim, le général D. Melchior Muzquiz, qui prit possession du pouvoir le 14. Le 19, Muzquiz organisa son ministère : D. Francisco Fagoaga fut appelé aux affaires étrangères; D. Juan Ignacio Iberri, à la guerre. Godoy était fédéraliste, mais les autres ministres étaient monarchistes. Ge ministère était encore moins acceptable, pour les prononcés, que le précédent.

Bustamante sortit à rencontre des forces révolutionnaires

commandées par Moctezuma ; il avait avec lui quatre mille hommes divisés en trois colonnes, à la tête desquelles se trouvaient les généraux gradués— généraux debrigade — D. Juan Amador, D. Gabriel Duran et D. Mariano Arista. Le 18 septembre, les deux armées se rencontrèrent au point nommé « Gallineros ». Le combat commença à six heures du matin et se termina par la déroute complète de Moctezuma et le massacre de tous les fugitifs tombés au pouvoir des vainqueurs. Le lendemain de son triomphe, Bustamante donna sa démission de président de la république et s'occupa de rétablir les autorités chassées par la révolution. La cause de Pedraza était perdue, si Santa-Anna ne l'eût relevée par une marche rapide sur Puebla. Facio, stupéfait de ce mouvement et comprenant tout le ridicule de son action, se décida à combattre et s'établit sur un point de la route que suivait Santa-Anna. Celui-ci, Payant observé du haut de la tour de San-Augnstin de Palmar, devina son plan. 11 s'empressa de 'reconnaître la position à la tête de sa c'avalerie, et fut assez heureux pour rencontrer, en retournant à son quartier général, la meilleure brigade de son adversaire, qui se rendit à discrétion. L'ex-ministre de la guerre n'eut plus qu'à se retirer en toute hâte vers la capitale, abandonnant aux insurgés tout ce qui pouvait embarrasser sa fuite. Santa-Anna continua sa marche sur Puebla défendue par Andrade; le 5 octobre, il était maître de tous les points importants de cette place. Calderon, qui se trouvait accidentellement à Puebla, fit cesser le combat, en sa qualité de général de division ; il conclut avec Santa-Anna un nouvel arrangement par lequel le général Andrade rentrerait à Mexico directement, laissant une garnison aux fortins du cerro de Guadalupe. Cette transaction conclue, Andrade partit et arriva presque seul dans la capitale; ses troupes s'étaient prononcées en chemin en faveur de Santa-Anna.

Les États du Yucatan, Tabasco et Chiapas avaient secoué, le 16 septembre, le joug du gouvernement conservateur et s'étaient prononcés dans le sens des États du nord. La révo-

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lution se propageait ainsi avec une grande rapidité. Santa- Anna en profita. Le 18 octobre, il mit ses troupes en marche sur Mexico. Le général Valencia, qui opérait dans la vallée de la capitale, vint grossir l'armée dite « libératrice ». Arrivé à Tacubaya, le général Santa-Anna intima, le 1er novembre, l'ordre au général Quintanar, qui défendait Mexico, de se rendre. Quintanar refusa, sachant que Bustamante arrivait au secours de la place et qu'il était déjà à Queretaro. Santa-Anna, espérant que Quintanar le poursuivrait, partit à la rencontre de Bustamante; les deux armées se rencontrèrent le 12, à la hacienda de Casas-Blancas ; après cinq heures et demie de combat, les troupes fédérales abandonnèrent leurs positions. Bustamante se retira sur Tequisquiac où Quintanar devait le rejoindre. Le 16, un convoi qui se dirigeait sur Puebla, escorté par Rodriguez, ayant failli tomber entre les mains du général Anaya, Santa-Anna leva brusquement son camp, accomplit une marche forcée de vingt et une lieues, délivra Rodriguez du danger qui le menaçait et fit même des prisonniers à ses ennemis. En présence de cette singulière manœuvre, Bustamante se vit obligé de courir après son rival et le 6 décembre les deux généraux se trouvèrent de nouveau en présence, près de Puebla, au rancho de Posadas. L'action s'engagea avec une violence extraordinaire ; les deux chefs payèrent de leur personne et firent des prodiges de valeur; la bataille, qui dura presque toute la journée, fut encore plus sanglante que celle de Gallinero; plus de mille hommes y perdirent la vie, et pourtant elle fut sans résultat. Les fédéraux conservèrent leurs positions et les conservateurs se replièrent au cerro de San- Juan et dans quelques édifices de la ville peu ou pas défendus.

Les fédéraux de l'intérieur n'étaient pas abattus par leur défaite de Gallinero. Le Jalisco avait trois colonnes : la première, commandée par José de la Cuesta et destinée à l'invasion de Guanajuato, se trouvait à Lagos, bloquée par le général Cortazar qui, de la ville d'Encarnacion avait les yeux sur Lagos et sur la division de Zacatecas, cantonnée à

Aguascalientes. La seconde, sous les ordres de Benito Quijano, pénétra dans le Michoacan, s'empara de Zamora défendue par le colonel Torrejon et vagabonda, sans rien faire, jusqu'à ce que Cuesta l'incorporât dans sa brigade pour marcher sur Queretaro. La troisième, commandée par le colonel Woll, sauva la colonne de Quijano, après la prise de Zamora; puis, accourant au secours de Guadalajara, menacé par les ministériels, les força à se retirer. Woll les poursuivit ensuite avec vigueur, traversa les barrancas de Atentique avec trois cents hommes, en battit huit cents, et fit quatre cents prisonniers à l'ennemi, le 13 novembre. Il parcourut, après ces succès, le territoire de Colima, s'empara de sa capitale; mit en déroute à Tacinastla, le colonelmédecin D. Joaquin Solorzano et pénétra dans le Michoacan. Une lettre datée de Guadalajara, 23 novembre 1833, me donne des détails fort curieux sur la campagne du colonel Woll ; en voici quelques extraits qui méritent d'être signalés :

« Je suis persuadé qu'aucun de ceux qui l'ont accompagné, — le colonel Woll, — ne se serait hasardé à franchir les limites de l'État, s'il eût été à sa place. Ce sont des Fabius, qui attribuent à prudence, ce qui peut en langue vraie se nommer lâcheté... La nouvelle de sa victoire a été reçue avec la plus grande démonstration de joie; les patriotes parlaient de ses talents et de sa valeur avec enthousiasme; quelques-uns auraient désiré que ce fut un Mexicain qui eût remporté cette victoire. La jalousie règne ici plus qu'ailleurs... Je voudrais le voir marcher sur Morelia, s'en emparer et s'unir ensuite à Santa-Anna, cette expédition lui ferait un grand nom. »

Ce vœu allait être accompli sans un pronunciamiento qui dérangea les plans du colonel Woll. Moctezuma, de son côté, avait réparé son désastre et mis le siège devant Victoria, qui se rendit le 10 décembre. Valencia, Mejia et Jean Arago occupaient Toluca depuis le 23 octobre. Bravo se réunit, le 13 décembre, à Tixtla avec Alvarez, pour conclure

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un traité de paix. Il ne restait donc plus à cette époque au gouvernement du général Muzquiz que l'État de Oajaca, du Michoacan, la partie non envahie par le colonel Woll, et du Chihuabua, celle qui n'était pas soumise aux forces du général Urrea; tous les autres États étaient soulevés contre le pouvoir exécutif. Voici maintenant ce qui se passait à Puebla, après la bataille de Posadas.

Quoique ennemi, de Pedraza, Santa-Anna avait fini par se ranger à l'avis de ceux qui réclamaient son retour, comme étant le seul légalement élu, depuis l'avènement du général Victoria. Après son premier arrangement avec Calderon, Santa-Anna avait envoyé aux États-Unis D. Joaquin Castillo y Lanzas, homme d'une grande probité, pour inviter Pedraza à revenir. Celui-ci hésita, tant que le triomphe des prononcés paraissait problématique, mais dès qu'il devint sérieux, il partit et débarqua à Vera-Çruz le 5 novembre; Santa-Anna apprit son retour le 10, à son quartier général de Huehuetoca, avant devenir à Puebla. Lors du combat de Posadas, Pedraza se trouvait à Puebla chargé de la défense de la ville. Le général Cortazar, voyant la situation désespérée du pouvoir exécutif, vint à Puebla, demanda une audience aux généraux Santa-Anna et Pedraza, et le 8 décembre ces trois personnages se réunirent dans l'intention de faire cesser une guerre qui ruinait la république, coûtait la vie à tant de citoyens sans profiter à personne. Dans une narration exacte et succinte de ces événements, on lit le passage suivant, tracé de la main môme de Pedraza, sur cette conférence : — « Nous entrâmes en conversation avec plusieurs chefs de l'armée de S. Exc. le général Bustamante, et tous, mus par un esprit patriotique, convaincus que le ministère et la majorité des Chambres avaient cherché à les convertir en tyrans de leur patrie, les sacrifiant à des vues personnelles, se décidèrent à fraterniser avec leurs compagnons • d'armes et à me reconnaître pour le président constitutionnel ».

De cette conférence il en résulta un armistice entre les

belligérants, tandis qu'on devait discuter les bases d'un projet de paix. Le 12 décembre, les bases du plan de pacification étaient posées, et MM. Cortazar, Gil-Perez, Anaya etBasadre, commissaires des généraux Bustamante et Santa-Anna, partirent pour les faire accepter par le gouvernement. « Les traités célébrés entre Santa-Anna et Bustamante, écrivait à ce sujet le générai Caslillo Negrete au colonel Woll, ont été mal accueillis par les deux partis, bien que je les croie favorables au second. Les Chambres font de l'opposition... mais, sans forces, que feront-elles? — Guadalajara, 24 décembre 1832. » — Les Chambres refusèrent d'adopter les bases de la pacification comme étant contraires à la constitution. Alors le 21 décembre, à l'hacienda de Zavaleta, située dans un des faubourgs de Puebla, les généraux Santa-Anna, Pedraza, le chanoine Ramos Arizpe, l'avocat Gonzalez Angulo, se réunirent avec Bustamante et les principaux chefs de sa division et rédigèrent le plan de Zavaleta par lequel on déclarait : — « 1° Que l'armée soutiendrait le système fédéral républicain ; 2° que le général Manuel Gomez Pedraza serait reconnu président légitime de la république, jusqu'au 1er avril 1833, conformément à la loi fondamentale; 3° que Ton renouvellerait le congrès général et la législature de tous les États; l'ouverture de leurs sessions était fixé au 15 février 1833 ; 4° le 25 mars les Chambres devaient se réunir pour l'élection du président et du vice-président; 5° on proclamait une amnistie générale pour tous les délits politiques commis depuis le 1er septembre 1828. Enfin, ce plan devait être considéré comme juste et légal, et s'opposer à son exécution était devenir traître à la patrie et risquer de perdre ses emplois civils ou militaires ».

Ce plan, divisé eu treize articles, porte la date de « Hacienda de Zavalela, 23 décembre 1832 »; il mit ûn à l'administration provisoire du général Muzquizetà l'existence du congrès. Le 26, le général Pedraza prêta le serment constitutionnel, comme président de la république, entre les mains du conseil du gouvernement présidé par le gouver-

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neur de Puebla. Il donna le portefeuille des affaires étrangères à Gonzalez Angulo; celui de la guerre, au général I). Joaquin Parres; celui de la justice à Ramos Arizpe, et celui des finances à Gomez Farias. Son premier soin fut d'écrire au congrès des divers États pour aplanir les difficultés qui pouvaient se présenter contre l'adoption du plan de Zavaleta, et de détourner la tempête qui le menaçait du côté du. sud, Alvarez et Bravo montrant une attitude hostile au nouveau pouvoir. Enfin, le 3 janvier 1833, il fit son entrée triomphale à Mexico, accompagné du général Sarita-Anna.

Le 16 janvier, Pedraza lança un décret pour expulser les Espagnols rentrés au Mexique, après l'expulsion du 20 mars 1829. Ce décret fut une faute ; néanmoins, il suscita peu d'ennemis au président. A la fin de février, tous les États avaient terminé leurs élections pour le renouvellement des pouvoirs suprêmes. Alvarez et Bravo s'étaient pacifiquement ralliés au nouvel ordre de choses. Il paraissait que l'ordre et la raison allaient finalement régner dans cette pauvre république. Santa-Anna, avant de retourner à sa solitude de Manga-de-Glavo, publia, le 19 janvier, un manifeste à ses concitoyens pour les engager ù la concorde; on y lit les phrases suivantes : — « Indulgence pour les erreurs d'opi- "nion, plus de rancunes, effacez de la mémoire le mot vengeance; c'est ainsi que vous atteindrez le but de vos désirs et de vos sacrifices, des jours longs, heureux pour la république, un bonheur durable pour tous. Si mes efforts et mon dévoûment pour la liberté méritent une récompense, répondez à mes vœux. Toute mon ambition se limite à laisser mon épée pour la charrue. Si quelque main revenait a troubler la paix publique et l'ordre constitutionnel, ne m'oubliez pas, je volerais à votre appel. »

Pedraza avait trop peu de temps à rester au pouvoir pour organiser quoi que ce soit. Ne désirant pas et ne pouvant pas être réélu, mais sachaut que le bien-être de la nation dépendait du président, il employa toutes ses ressources pour faire nommer Santa-Anna à la présidence, et Gomez

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Farias à la vice-présidence. Dans un document daté de Mexico, 30 janvier 1833, adressé aux législatures de tous les États, il prie les gouverneurs et députés de ne point prêter l'oreille aux instigations des ennemis du repos public qui voudraient le réélire ou priver la république de « l'intelligence, du mérite et du prestige » de deux hommes comme Santa-Anna et Gomez Farias. Ses efforts furent couronnés de succès ; à l'exception de Chihuahua et de Guanajuato, tous les autres États nommèrent, le ïer avril 1833, Santa- Anna président constitutionnel, et Gomez Farias vice-président. Pendant l'absence du premier, qui était toujours à sa campagne, le vice-président prit immédiatement les rênes du pouvoir. Du 16 mai, jusqu'au mois d'avril 1834, Santa- Ànna et Gomez Farias eurent alternativement le pouvoir en main, le général Santa-Anna ayant dû plusieurs fois quitter Mexico, soit pour se mettre à la tête de l'armée , soit pour se reposer à Manga-de-Clavo.

Valentin Gomez Farias, médecin de Zacatecas, s'était fait remarquer dans toutes les législatures par son radicalisme et sa fermeté. Sous son administration et celle de Santa- Anna , D. Darlos Garcia et Francisco Lombardo se succédèrent au ministère des affaires étrangères; Ramos Arizpe et Quintanar Roo, à celui de la justice , José Maria Bocanegra et Antonio Garay, aux finances , et Joaquin de Herrera et Miguel Barragan, à la guerre. Parvenu au pouvoir, Gomez Farias suivit le contre-pied de la marche de Bustamante. Dans son discours d'ouverture aux Chambres, il déclara que l'unique moyen d'éviter les désordres et de doter la nation d'un gouvernement stable, était de faire de grandes réformes. Le congrès parut le comprendre, mais il se borna à destituer un grand nombre d'employés, afin de faire place aux favoris ; il livra les emplois aux démocrates, attaqua le clergé dans ses prérogatives et dans ses biens, frappa de proscription les chefs du parti déchu et commença une réaction politique qui déconcerta toute la nation.

Pour combler le déficit du trésor, il s'appropria les biens

RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE

que les missions des Philippines possédaient au Mexique, depuis le temps des Espagnols; puis un second décret confisqua les propriétés du duc de Monteleone, comprises dans le district fédéral. Ces diverses mesures firent beaucoup de mécontents et donnèrent lieu à de nouvelles protestations à main armée. L'esprit public ne permettait pas qu'on passât d'un extrême à l'autre en si peu de temps. Treize jours après l'installation de Gomez Farias, le général Jean Arago écrivait de Mexico au colonel Woll, une lettre dans laquelle je lis les passages suivants : — « Rien de nouveau ici, si ce n'est des projets de réforme encore en herbe, des propositions à pleines mains faites aux chambres qui les approuvent ou les refusent, des cancans dont s'alarment les cœurs pusillanimes, beaucoup de pamphlets contre nous, parce que nous avons toujours triomphé... Santa-Anna, à qui il a pris envie de se rendre malade, préfère, à ce qu'il parait, au fauteuil de la présidence, le hamac de Manga-de-Clavo... Mille autres choses, aussi peu claires, mais plus indifférentes encore... »

Un mois plus tard, ces alarmes dont faisait si peu de cas le général Arago prirent le caractère d'une révolution, seulement, on n'allait plus combattre, cette fois, pour un changement de personnes, mais pour le renversement de la forme gouvernementale. Les essais de république fédérale avaient été si déplorables et si malheureux pour le pays, que ne pouvant chercher un remède dans une monarchie, à laquelle on ne pensait guère, on voulut tenter une république centrale. La lutte s'engagea donc entre les démocrates fédéralistes qui étaient au pouvoir et les conservateurs centralistes opprimés par le vice-président. Des écrivains français ont insinué que cette révolution avait été ménagée par Santa- Anna pour se faire nommer dictateur; plus de cinq cents lettres écrites à cette époque par différents personnages des deux partis me prouvent que cette assertion est inexacte. Elle eut pour cause cet ancien antagonisme de deux principes intéressés à prévaloir l'un sur l'autre, et qui depuis

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