‹ Histoire du MexiqueChapitre 15 sur 28 · II · texte numérisé non relu

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Ce congrès se composait, en majorité, de ces démocrates exaltés appelés — puros — ou démagogues par les Mexicains. Gomez Farias revenu au pouvoir, par le vote du 24 décembre, crut le moment arrivé de réaliser le rêve de toute sa vie, la confiscation des biens de mainmorte au profit de l'État et la suppression des privilèges du clergé mexicain. Sous son impulsion, les séances législatives devinrent très animées ; les discussions furent passionnées, violentes ; mais les opinions avancées de la majorité démocratique devaient naturellement triompher. Le 11 janvier 1847, après une séance qui dura vingt-quatre heures, la loi contre les biens de mainmorte fut adoptée. Cette loi n'eut pour le moment d'autre résultat que de donner le triste spectacle du pronunciamiento des Polkos et d'armer pendant vingt-trois jours les gardes nationaux contre les troupes du gouvernement, tandis que Santa-Anna se battait au nord contre les Américains, et que le général Scott arrivait sur les plages de Vera-Cruz.

Ce nom de polkos, donné aux jeunes gens qui dansaient la polka, désignait principalement une classe élevée au dessus de celle du peuple. Au nombre de trois à quatre mille, ils composaient presque toute la garde nationale de Mexico. Canalizo, alors commandant général de la place, en serait venu à bout, avec un peu d'énergie ; mais il se contenta de faire des barricades aux abords du palais; les deux partis semblaient vouloir se tenir sur la défensive ; ils se retranchaient derrière des gabions et leur feu n'atteignit guère que des malheureux qui périrent par accident ou par suite de criminelles préméditations. D'après les renseignements pris à des sources très autorisées, je crois que les polkos s'insurgèrent à l'instigation du clçrgé qui prêcha une vraie croisade contre ceux qui voulaient s'emparer de ses propriétés et fouler aux pieds les droits de l'Église. Parmi mes documents, je trouve une brochure datée de Mexico, 12 janvier 1847, intitulée — Seconde Protestation du vénérable chapitre métropolitain sur le décret d'occupation des biens ecclésiastiques. — Cette brochure se termine ainsi : — « Le

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chapitre métropolitain, au nom de l'Église mexicaine, proteste que l'Église est souveraine et ne peut être privée de ses biens par aucune autorité; proteste comme nul, d'aucune valeur et sans effet, tout acte de n'importe quelle autorité, tendant directement ou indirectement à grever, diminuer ou aliéner les biens de l'Église. » Ces protestations en précèdent quatre autres dont la dernière est celle-ci : — « Proteste, enfin, que seule la force peut priver l'Église de ses biens, et elle proteste contre cette force de la manière la plus solennelle et la plus positive. » Suivent les signatures des membres du chapitre.

On comprend que dans un pays aussi clérical que l'était le Mexique, ayant un clergé aussi influent, il était facile a ce parti de faire une révolution pour ne pas être dépossédé de ses biens. Cette révolution se fût indéfiniment prolongée si l'on n'eût appris la nouvelle de la bataille de la Angostura, de la retraite de l'armée mexicaine et du prochain retour du président, dont les deux camps invoquaient à la fois l'arbitrage. Voici sur cette bataille des détails utiles à connaître.

A son retour de la Havane, Santa-Anna se mit en devoir de réunir à Mexico les cadres des corps qui avaient brillé soiis ses précédents gouvernements. Faute d'argent, il eut beaucoup de peine à les faire parvenir à leur destination ; néanmoins, il y réussit. Il établit son quartier général à S. Luis Potosi , et pour mettre à couvert ce point stratégique, il fit élever des fortifications dans la ville et ses environs. Bientôt il arriva des départements des recrues tirées des prisons ou des villages indiens, la plupart dans un état de nudité et de malpropreté incroyable. Il fallut toute l'intelligence et l'activité du général en chef et des officiers supérieurs pour arriver à réunir, en trois mois, vingt mille hommes régulièrement instruits, équipés, et le matériel de guerre indispensable. En ce moment, l'argent manqua de nouveau; aux demandes faites par Santa-Anna, Gomez Farias lui répondait par des promesses ou des fins de non-recevoir, sous prétexte que le manque d'acheteurs pour les biens

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ecclésiastiques privait le trésor de fonds et qu'il fallait attendre. Cependant, l'armée se trouvait dans une grande pénurie, souffrait de mille privations et commençait à murmurer, tandis que les cléricaux agitaient le pays contre le gouvernement. Les mécontents, civils et militaires, attaquaient même Santa-Anna dans son honneur et sa réputation.

Cette situation, devenant intolérable, obligea Santa-Anna à se porter sans plus tarder à la rencontre des Américains. Pour subvenir aux dépenses les plus urgentes, il prit cent lingots d'argent qui se trouvaient à l'hôtel des monnaies, tira quarante-cinq mille piastres sur les fonds qu'il avait à Vera-Cruz et hypothéqua ses propriétés pour une valeur cinq fois équivalente a ces lingots. Ces deux derniers faits sont assurés par M. Vidal, grand admirateur de Santa-Anna ; aussi, je ne les donne que sous toute réserve, car le président, en maintes circonstances, révèle un tel amour de l'argent qu'il est souvent permis de douter des générosités patriotiques dont parle son biographe. Quoi qu'il en soit, à la fin de janvier 1847, l'armée mexicaine, forte de dix-huit mille deux cents hommes, de toutes armes, et de vingt pièces d'artillerie, se mit en route. Plus de quatre mille hommes désertèrent en chemin. •

Le général Taylor se trouvait alors avec neuf mille hommes et trente pièces d'artillerie à Saltillo, à la Vaqueria et à Agua-Nueva, trois positions placées à peu près à vingt kilomètres l'une de l'autre. Santa-Anna voulait le surprendre et comptait sur le trésor et les magasins de l'ennemi pour satisfaire aux dettes contractées à S. Luis Potosi et aux nécessités de ses soldats. Son armée parvint jusqu'à la Conception, à quarante kilomètres des positions ennemies, sans éveiller les soupçons des Américains, A la Conception, un cuirassier natif de Saltillo déserta et courut avertir le général Taylor du danger qui le menaçait. Celui-ci concentra rapidement ses forces à l'Angostura, position très avantageuse qu'il avait reconnue et désignée pour un cas éventuel.

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Santa-Anna, étonné de se voir découvert et frustré dans ses espérances, ne perd pas courage; il prend aussitôt ses dispositions pour livrer bataille, donne le signal de l'attaque et déloge les Américains de toutes leurs positions; le combat continue dans la plaine de Buena-Vista ; il cesse enfin, après un jour et demi d'une lutte acharnée corps à corps. Les Américains et les Mexicains s'attribuent mutuellement l'honneur du triomphe à Angostura, comme dans la plaine de Buena-Vista ; la victoire fut si douteuse et si chèrement achetée que les deux armées pouvaient hardiment se couronner de lauriers, chacune de son côté.

L'arrivée d'un exprès envoyé de la capitale, motiva la retraite de l'armée mexicaine, disent les patriotes. Je le crois un peu, mais je crois surtout que cette retraite était dictée par l'insuccès du plan de campagne de Santa-Anna, et l'impérieuse nécessité de mettre fin à la révolution qui désolait la capitale et que l'arrivée du général Scott n'avait pas calmée. Par cet exprès, la majorité du Congrès adressait au président constitutionnel un manifeste dans lequel elle demandait : — « Protection pour les pouvoirs suprêmes attaqués par une multitude armée qui s'était emparée de la moitié de la ville. » Le ministre de la guerre, de son côté, demandait le retour de l'armée, pour ne pas laisser le gouvernement à la merci de ses ennemis. Le président du congrès, démocrate radical, peignait la situation de la république de la sorte : « Il n'y a pas de finances, il n'y pas de justice; il n'y a pas d'administration, e't la race généreuse du sud se voit exposée, en ces circonstances calamiteuses, à être emportée par le torrent qui descend du nord, si elle ne réussit à revivre pour défendre et sauver sa langue, son nom, ses foyers... La patrie est en péril! Gela est, triste à déclarer... Et, en échange de la grandeur et de la sécurité perdues, nous avons une ridicule parodie de république! » M. Alaman écrivait aussi : — « Nous sommes perdus si l'Europe n'intervient avec promptitude et décision. » On le voit, démocrates et conservateurs reconnaissaient le péril dans

lequel se trouvait la patrie, mais aucun ne voulait abandonner ses rancunes et ses ambitions personnelles pour la sauver.

Santa-Anna revint à Agua-Nueva, réunit ses généraux en conseil, et, prenant en considération les documents susmentionnés aussi bien que la déplorable situation du pays, il fut décidé que l'on retournerait à Mexico au secours des « pouvoirs suprêmes de la nation. » La retraite se fit péniblement à cause de la rareté des vivres et des difficultés du transport de plus de mille blessés. Le général en chef laissa l'armée continuer sa retraite et vint à marches forcées à Mexico. Le 21 mars, il reprit les rênes du gouvernement; mais à peine avait-il rétabli la tranquillité dans la capitale qu'il reçut la nouvelle de la reddition du fort S. Jean d'Uloa et de Vera-Cruz. Santa-Anna remit alors ses pouvoirs au général D. Pedro Anaya le 2 avril et courut au devant des envahisseurs.

Le général Scott, arrivé devant Vera-Cruz le 7 mars 4847, avait fait débarquer onze mille hommes dans la journée du 9, sans trouver d'opposition de la part du général Morales, commandant de la place. L'armée américaine, composée de trois divisions; deux régulières sous les ordres des généraux Worth et Twigs, et une troisième formée de volontaires, composée de trois brigades, l'armée américaine, dis-je, commença l'investissement de Vera-Cruz le 40, et le bombardement le 23. Le siège était secondé par une flotille de bateaux à vapeur etade canonnières, dont le feu se joignait à l'artillerie de terre. Le 26 mars, la place dut capituler, et la garnison, déclarée prisonnière de guerre, reçut les honneurs dus à sa courageuse défense. Les Américains prirent possession de la ville et du fort le 29. N'osant pas rester longtemps sur ces plages malsaines, ils se mirent immédiatement en route pour Mexico, par la voie de Jalapa.

En quittant la capitale pour aller à Jalapa, Santa-Anna s'aperçut qu'il n'y avait nulle part de préparatifs de défense, ni forces que l'on pût réunir. Les populations urbaines et rurales manifestaient la plus grande indifférence pour ce qui

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se passait dans les terres chaudes. Le pays était arrivé déjà à cette lassitude du découragement le plus absolu, produit par ces révolutions journalières, auxquelles on ne voyait plus de fin. Guerre pour guerre, celle d'envahissement n'était-elle pas préférable à la guerre civile? Ne pouvait-elle pas amener quelque chose de nouveau? Dans tous les cas, elle ne pouvait pas rendre pire la situation intérieure. De là, l'indifférence des populations. Cependant, le prestige de Santa-Anna était encore tel qu'il put réunir quatre ou cinq mille hommes et les emmener avec lui défendre le passage du Gerro-Gordo, à soixante-quinze kilomètres environ de Vera-Cruz. Ces hommes et tous les Indiens de l'hacienda del Encero appartenant à Santa-Anna, fortifièrent le passage, sous la direction du capitaine du génie D. Manuel Robles. Scott, ayant eu connaissance de ces travaux, hâta sa marche avec ses trois divisions et vint attaquer cette position. Les Mexicains, brisés par la fatigue et n'ayant eu ni le temps d'achever leurs retranchements, ni celui de monter toutes leurs batteries, se défendirent pourtant avec une admirable ténacité.

Le général Twigs, commandant l'avant-garde américaine, arrive, le 11 avril, en face des Mexicains; il n'ose pas les attaquer de front et attend jusqu'au 14 le renfort de nouvelles troupes. Le général Scott se décide à tourner la position des Mexicains pour soutenir l'attaque de front, et le combat est remis au 18. L'artillerie américaine, toujours nombreuse et bien servie, commence par détruire les retranchements élevés à la hâte au Cerro-Gordo; les colonnes d'assaut sont ensuite lancées, et après une lutte terrible qui rappelle celle de la Angostura et de Buena-Vista, les Mexicains sont obligés de se retirer en désordre. Les Américains reconnaissent avoir eu cinq cents hommes mis hors de combat durant cette sanglante affaire; les Mexicains n'élèvent pas leurs pertes à la moitié de ce chiffre. Je crois que les combattants, dans cette circonstance, comme dans toutes celles qui ont signalé cette guerre, exagéraient l'importance de leurs

succès et diminuaient les pertes qu'ils subissaient. Si les Américains remportaient des triomphes aussi complets qu'ils le disent dans leurs rapports, pourquoi l'armée de Scott mit-elle quatre mois pour aller à Mexico, après l'affaire du Cerro-Gordo? Le général Scott n'ignorait pas que depuis l'entrée des Américains au Mexique, trois révolutions avaient laissé le pays sans défense, et qu'en marchant aussitôt sur la capitale, il ne trouverait pas un canon sur sa route pour lui barrer le passage. Quant aux Mexicains, il est évident qu'ils auraient pu écraser les envahisseurs, sans beaucoup de difficultés, et que ce n'est point l'artillerie ni les forces ennemies qui ont amené le drapeau étoilé sur le palais national, comme l'avait prophétisé M. Gutierrez de Estrada en 1840, mais bien ces éternelles révolutions qui ne laissaient pas un pouvoir debout pendant une seule période constitutionnelle.

Après le combat de Cerro-Gordo, Santa-Anna se retira avec la plus grande partie de ses troupes dans la direction d'Orizaba, par des sentiers difficiles, inconnus à l'ennemi; il manquait de numéraire et n'avait aucun moyen de secourir ses soldats. Le général Léon lui amena une brigade de Oajaca, c'était amener la famine en doublant le nombre d'hommes à nourrir. Comment Santa-Anna s'y prit-il pour conserver cette petite armée? l'histoire ne le dit pas, mais elle dit qu'en apprenant que l'avant-garde américaine se dirigeait sur Puebla, il se mit aussitôt en route, marcha nuit et jour et arriva le premier devant cette ville. La belliqueuse Puebla était, cette fois, disposée à ouvrir ses portes aux envahisseurs; une proclamation du préfet affichée dans les rues, recommandait aux citoyens de bien les recevoir. Le président, qui venait la défendre, fut irrité d'une conduite aussi honteuse, aussi dégradante ; il en fit de vifs reproches aux autorités civiles et militaires qui se disculpèrent en disant : — « Que le général D. Nicolas Bravo avait emporté à Matamoros d'Izucar le parc qui existait dans la ville, et ne leur avait laissé que des forces insuffisantes. »

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Santa-Anna, désespéré mais soutenu par son patriotisme, se rendit à Mexico. Malgré les imprécations dont ses concitoyens l'ont souvent gratifié, il faut avouer qu'en lisant ces , faits, qui ont une éloquence autrement plus concluante que celle des partis, il fallait au président une singulière énergie et un vif amour de la patrie pour ne pas se décourager et se retirer tranquillement dans son hacienda, laissant les Américains imprimer sur le front de ses compatriotes le fer de rignominie. Au lieu de trouver la capitale en état de défense , il n'y trouva que des symptômes de révolution ; personne ne songeait à se défendre ; tous paraissaient disposés à se montrer hospitaliers envers les envahisseurs; le tabac, les archives et d'autres dépôts étaient déjà partis pour l'intérieur, et c'est à regret qu'on vit arriver le premier magistrat de la république avec ses troupes. — « Il va exposer la ville aux malheurs de la guerre, » disaient des Mexicains qui plus tard l'accusèrent de trahison pour cacher leur lâcheté. Santa-Anna ne leur ménagea par les épithètes les plus injurieuses et les plus méritées pour obtenir leur silence, car il ne pouvait espérer de faire vibrer en eux les cordes brisées de l'honneur. « Mexicains dénaturés, leur disait-il, hommes infâmes à qui la gloire nationale est indifférente, agents du cabinet ennemi. » Il était alors loin de se douter que l'or américain avait déjà produit son effet, et que quatre-vingts députés et personnages des plus influents buvaient à un banquet du Champagne à la santé des Américains et de l'annexion du Mexique aux États-Unis. Cet ignoble toast devait se renouveler au mois de septembre, non loin du palais national surmonté de la bannière étoilée, et quand je revis plus tard ces mêmes hommes parler d'honneur et de patrie, mon indignation n'avait pas de bornes.

Santa-Anna put enûn réunir au palais dix-huit généraux pour discuter ce qu'il convenait de faire en de si graves circonstances. On résolut de défendre la capitale et de combattre les envahisseurs. Le 20 mai, le congrès investit le président constitutionnel de pouvoirs extraordinaires et se

sépara. Mais les factieux faisaient de leur côté tout ce qu'ils pouvaient pour contrecarrer l'action du gouvernement ; les capitalistes s'absentaient ou se cachaient dans leurs maisons. Le trésor» comme toujours, était vide. Heureusement! le général Scott ne s'empressait pas d'arriver. Santa-Anna eut le temps de réunir des hommes, d'établir des arsenaux, des fonderies, des ateliers d'habillement, d'élever des fortifications dans le vaste rayon de la ville et des forts détachés au dehors. En trois mois, il sut donner une attitude imposante à la capitale. Deux armées furent créées : celle d'orient reçut pour général en chef, D. Nicolas Bravo, et en second, D. Manuel Rincon; ces deux généraux donnèrent bientôt leur démission de ce commandement et furent remplacés par D. Manuel Maria Lombardini. L'armée du nord fut confiée au général D. Gabriel Valencia, avec le général D. Mariano Salas pour second. Les généraux qui dirigeaient les fortifications étaient D. Casimiro Liceaga et D. Ignacio de Mora y Villamil. Le matériel de guerre manquait complètement; on y pourvut par des achats et par les efforts du général d'artillerie D. Martin Carrera. Enfin, lorsque le général Scott se présenta en face du Penon le 11 août 1847, les Mexicains étaient assez bien organisés, équipés et préparés pour espérer battre l'ennemi.

Santa-Anna avait disposé ses troupes de la manière suivante : au sud et sud-est, le général Bravo, libre de son commandement de l'armée d'Orient, défendait la ligne de Mexicalcingo, Churubusco et San-Antonio. A l'est -et au nord-est, le général Valencia défendait la ligne de Tescoco, et devait se replier jusqu'à Guadalupe Hidalgo dans le cas où l'ennemi prendrait la direction de Texcoco, ou tomber sur son arrière-garde dans le cas où l'attaque aurait lieu par le Penon. Le général D. Juan Alvarez alla camper avec sa division de cavalerie à Anacamilpa pour attaquer l'arrièregarde de l'ennemi, lui couper ses communications avec Puebla, aussitôt qu'il aurait dépassé San-Martin Tesmelucan, et coopérer avec Valencia dans le cas où les Américains

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marcheraient sur le Peiion.D. Joaquin de Herrera fut nommé second de Santa-Anna, et D. José Maria Tornel, quartiermattre général.

Le général Scott, en voyant ces dispositions, ne voulut pas livrer la bataille au Penon; il changea sa direction, passa pnr Mexicalcingo sans oser l'attaquer, se dirigea vers le sud, remonta versTlalpan et San-Angel, avec l'intention d'aller à Tacubaya. Santa-Anna quitte alors son quartier général, le transporte à S. Mateo Churubusco près de S. Antonio, envoie l'ordre au général Valencia de se replier immédiatement sur Guadalupe et d'aller à San-Angel, puis à Coyoacan. Le général Francisco Perez, avec une magnifique brigade de trois mille hommes, se porta aussitôt à Coyoacan, de sorte que la ligne méridionale de Mexicalcingo, le pont et le couvent de Churubusco, Coyoacan et San-Angel, étaient parfaitement couverts. La conduite du général Valencia renversa ce beau plan de campagne et causa les désastres les plus inattendus. Ce général commandait une division de cinq mille hommes et trente pièces d'artillerie; il ambitionnait le pouvoir suprême, et, se croyant capable de vaincre l'ennemi par ses propres forces, il résolut de l'attaquer, sans écouter les ordres de Santa-Anna. Au lieu de se replier de San-Angel sur Coyoacan, comme le lui commanda, le 18 août, le général en chef, il se porta à Padierna où les envahisseurs l'entourèrent le lendemain 19. Le président, désespéré par cette nouvelle, courut à son secours avec la brigade Perez, son état-major, cinq pièces d'artillerie, un régiment de hussards et le régiment de la cavalerie légère de Vera-Cruz. Les barranques, les difficultés de terrain et une tempête épouvantable retardaient sa marche. Valencia entouré de tous côtés n'avait pas même songé à s'assurer une retraite. Lorsque arriva la nuit, Santa-Anna, obligé de s'arrêter à San-Angel, lui fit dire par son aide de camp d'enclouer ses pièces et de se retirer à te faveur de l'obscurité sur San-Angel, avec les troupes qui lui restaient, l'aide de camp devant lui servir de guide pour échapper aux Américains. Valencia refusa d'obéir. Santa-

Anna fit alors venir de la Ciudadela la brigade Rangel et, s'adjoignant l'infanterie campée à San-Angel, se décida à se frayer, n'importe à quel prix, un chemin à travers les rangs ennemis pour délivrer Valencia. Mais au point du jour, il apprit la déroute complète de l'ambitieux général.

A San-Angel, Santa-Anna, ne pouvant remédier à la défaite de l'armée du nord, réunit les fuyards à ses propres troupes et se retira sur Churubusco. Les vainqueurs le poursuivirent l'épée dans les reins, et se battirent contre lui depuis huit heures du matin jusqu'à cinq heures du soir, sans pouvoir l'entamer ni le déborder. Mais la défaite du 19 avait déjà jeté le découragement parmi les soldats. Les troupes de San-Antonio se débandèrent, abandonnant tout leur matériel; celles qui occupaient le couvent de Churubusco les imitèrent, de sorte que Santa-Anna dut se replier sur sa seconde ligne de bataille, dont Candelaria était le point principal. Les succès de Scott avaient pourtant déjà coûté aux Américains mille cinquante-six hommes mis hors de combat en deux jours. Aussi, le 21 août, envoya-t-il de Goyoacan au général Santa- Anna, une proposition d'armistice ainsi conçue :

« Il a été déjà répandu beaucoup de sang dans cette guerre qu'on ne devait pas attendre entre les deux grandes républiques de notre continent. Il est temps que les mésintelligences qui les divisent se tranchent d'une manière amicale et honorable, et Votre Excellence n'ignore pas qu'il y a dans l'armée que je commande un commissaire nommé par les États-Unis, et investi de pleins pouvoirs pour cet effet. Afin que les deux républiques puissent entamer des négociations, je suis prêt à signer, sous des conditions équitables, un armistice de courte durée.

« J'attendrai avec impatience une réponse jusqu'à la matinée du jour qui suit celui de la date de cette note; mais en attendant, je prendrai possession, en dehors de la capitale, des points nécessaires pour abriter mes troupes... — Windfield Scott. »

Santa-Anna accepta l'offre du général Scott, et une sus-

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pension d'armes de quinze jours fut signée entre les belligérants. Le premier nomma D. José Bernardo Gonto, D. Ignacio Mora y Villamil, D. Miguel Atristain et, en qualité d'interprète, D. José Miguel Arroyo, pour ses commissaires; quant au général Scott, il présenta M. Trist, autorisé par un décret du président Polk, daté du 15 avril, de négocier la paix sur les bases de la cession du Texas jusqu'au Rio-Grande, du Nouveau-Mexique et de la Haute-Californie. Azcapozalco fut choisi pour les conférences des commissaires américains et mexicains. Les prétentions des États-Unis étaient exorbitantes et faisaient présager l'impossibilité d'une entente. Santa-Anna voulait limiter la question à celle du Texas; puis, tout en ménageant les intérêts des Mexicains et leurs sentiments religieux, il fut un peu plus conciliant dans la question des limites du territoire concédé, mais il ne voulut pas entendre parler de la cession du Nouveau-Mexique qui était une question sine qua non pour les États-Unis. Le 7 septembre, les commissaires se séparent, ne pouvant rien conclure. Déjà la veille les deux généraux en chef avaient échangé deux notes déclarant violée la convention de l'armistice. Scott reprochait aux Mexicains d'avoir interrompu plusieurs fois le commerce entre les deux nations et d'avoir réparé des batteries. Santa-Anna nie l'interruption des transactions commerciales, affirme que les réparations des batteries endommagées avant l'armistice et dont les travaux de réparation avaient été commencés aussitôt, ne violent pas la convention , et accuse les Américains d'avoir volé les églises, les vases sacrés, profané les objets consacrés au culte, violé des filles et des femmes mexicaines et d'avoir méconnu toutes les lois observées par les nations civilisées.

L'armistice expiré, les Américains marchèrent le 8 septembre sur le Molino del Rey, à portée de canon de Chapultepec. Les brigades des généraux Léon etRangel défendaient cette ligne; derrière ces deux brigades se trouvaient celles du «général Perez à Gasa-Mata et du général Ramirez, encore plus près de Chapultepec. A une lieue de cette colline,

et devant soutenir les combattants, Alvarez attendait à Moraies avec ses quatre mille cavaliers. La première attaque des Américains fut repoussée et les Mexicains se mirent à leur poursuite, mais n'étant point soutenus par la cavalerie d'Alvarez qui ne donna pas, ils perdirent enfin leurs positions de Molino del Rey et de Casa -Mata, laissant plus de mille Américains sur le champ de bataille. Le 9, l'ennemi se reposa; le 10, il entreprit une marche sur les points du Nino Perdido et de la Candelaria d'où Santa-Anna surveillait ses mouvements. Le 11, ce mouvement s'affirme, il dissimulait une attaque sur Chapultepec. Le 12, à six heures du matin, les Américains font un feu assez vif sur ces trois points. Après un bombardement de vingt-quatre heures, Chapultepec fut attaqué avec vigueur, et mal défendu par le général Bravo. Pourtant, avant de quitter la place, les Mexicains laissèrent le parc et la colline jonchés de cadavres ennemis.

Les Américains ayant pris possession de Chapultepec, se dirigèrent sur les défenses de Belen et de San-Cosme qui protégeaient les premiers faubourgs de la capitale. Le général en chef, avec d'autres généraux leur disputèrent le terrain pied à pied, depuis huit heures du matin jusqu'à huit heures du soir; mais il était facile de prévoir que la lutte était arrivée à son terme, A huit heures du soir, le 13, Santa-Anna réunit un conseil de généraux, auquel assistait le gouverneur de Mexico, pour délibérer sur les opérations ultérieures. Après avoir déploré la situation « causée, dit le document qui en donne les détails, par la désobéissance des uns, la lâcheté des autres, la démoralisation de l'armée, nos continuelles révolutions, notre désorganisation sociale et notre mauvais système de recrutement », on résolut de sauver les restes de l'armée, d'évacuer la capitale et de réunir toutes les troupes à Guadalupe Hidalgo, sous le commandement du général Lombardini. Les Américains trop éprouvés par les pertes considérables qu'ils avaient faites dans les derniers combats, ne songèrent pas un instant a poursuivre l'armée nationale.

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Une fois toutes les forces réunies à Guadalupe, Santa- Anna donna le commandement de l'infanterie au général Herrera qui se mit en route pour Queretaro ; le président garda la cavalerie et quatre pièces légères, et prit le chemin de Puebla avec Alvarez. Le 16, Santa- Anna renonça à la présidence, et remit les pouvoirs suprêmes au président de la suprême cour de justice, 31. Pena y Pena, qui fixa le siège de son gouvernement à Queretaro. A Puebla , l'ex-président voulut assiéger les Américains retranchés dans les environs de la ville, mais, faute de troupes, il les prit par la famine et les somma, le 25 septembre, de se rendre. Le commandant, Thomas Childs, refusa. Sur ces entrefaites, Santa- Anna apprit qu'il partait de Vera-Cruz une division de trois mille hommes, avec cent cinquante chariots, au secours des assiégés. Il vole aussitôt au devant de cette colonne, avec des gardes nationaux de Puebla, mais ceux-ci se débandent en route, et Santa-Anna se voit condamné à jouer le rôle de guérillero, dans les environs d'Huamantla.

Les Américains, en entrant à Mexico, se rendirent coupables de bien des excès qui les exposèrent, pendant plusieurs jours, à de vives représailles. Contre eux, toutes les armes étaient bonnes. Le général Scott se vit obligé de menacer la ville du pillage, si Ton n'y mettait ordre. La tranquillité se rétablit peu à peu , et Scott ne songea plus qu'à se retirer. D'après les statistiques les plus autorisées, les Américains avaient perdu depuis le commencement de la guerre, en 1846, vingt-quatre mille hommes, morts sur les champs de bataille, des suites de leurs blessures ou parles maladies, et dépensé plus de deux cents millions. Étant à Jalapa, le général Scott avait dit dans sa proclamation au peuple mexicain : — « Il y a parmi vous un parti monarchique , et les Étals-Unis ne peuvent consentir à ce que ce parti se lève et forme un gouvernement qui tende au rétablissement de la monarchie ; ils ne peuvent tolérer la monarchie en Amérique; je suis venu pour combattre par les armes ce parti, je suis venu pour l'anéantir. » Dans sa proclamation de Mexico, datée du

HISTOIRE Dl MEXIQUE.

14 septembre, il n'a plus cette prétention, il se borne à déclarer que les habitants et leurs propriétés sont placés sous la protection des États-Unis. Scott jugea prudent de ne pas s'occuper des affaires intérieures du Mexique, d'amener par la force ou la corruption le gouvernement provisoire à ratifier le projet de M. Trist, et de quitter au plus tôt ce malheureux pays.

L'avocat-président , D. Manuel de la Pefia y Pena , n'avait , à Queretaro que deux ministres; D. Luis de la Rosa qui remplissait les fonctions de ministre des affaires étrangères, de la justice et des finances, et le général D. Pedro Anaya, titulaire du portefeuille de la guerre. Ce président gouverna le Mexique jusqu'au 3 juin 1848, n'ayant été remplacé provisoirement par le général Anaya que depuis le 12 novembre 1847, jusqu'au 8 janvier de l'année suivante. Le cabinet mexicain desirait autant la paix que celui de Washingtoa ; mais Santa-Anna libre sur le territoire, il n'était point facile de conclure une paix honteuse pour le Mexique. Il fallait donc commencer par lier les mains à l'ex-président. Tandis qu'il guerroyait contre les Américains qui allaient de Vera- Cruz à Puebla, il reçut un jour, de don Luis de la Rosa, une dépêche dans laquelle on lui disait : — « Le chargé du pouvoir exécutif, convaincu que la nation souhaite ardemment la paix, ordonne à Votre Excellence de suspendre les hostilités et de remettre votre commandement au général de division D. Manuel Rincon, — absent et rallié à l'ennemi ! — et de se retirer au lieu qu'elle voudra choisir jusqu'à nouvel ordre... » Ce procédé indigna Santa-Anna, néanmoins, il ne voulut pas augmenter les embarras du Mexique par un refus d'obéir. Il réunit à Huamantla les officiers de sa division et remit le commandement de ses troupes au général D. Isidro Reyes, comme étant le plus ancien des généraux présents. Puis il se rendit à Tehuacan pour attendre de nouveaux ordres.

Le gouvernement ne se borna pas à cette mesure odieuse, il persuada le général Scott qu'il fallait arrêter Santa-

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Anna, — « parce que, disait-on, c'était un homme capable d'entraîner le pays à la guerre, s'il restait libre , ce qui rendrait, sans aucun doute, impossible la conclusion des négociations pendantes. » Scott s'empressa de suivre ces conseils et envoya le général Lanne, avec cinq cents cavaliers, surprendre Santa-Anna. Celui-ci, ayant été averti, se sauva avec sa famille et l'escorte qui l'accompagnait, en abandonnant ses équipages. La route de Tehuacan à Vera-Cruz était occupée par des Américains qui, sachant que Santa-Anna se retirait à l'étranger, lui firent un accueil des plus flatteurs, et blâmèrent ouvertement l'ordre donné au général Lanne par Scott. L'ex - président se réfugia à la Jamaïque ; mais, étranger aux mœurs et au langage des habitants, il quitta cette île pour aller à Carthagène, dans la Nouvelle-Grenade, et enfin dans la commune voisine de Turbaco où l'attirait la douceur du climat.

D. Manuel Pena y Pena, voulant terminer au plus tôt l'occupation américaine, n'avait pas hésité à envoyer des délégués à Guadalupe-Hidalgo, pour conclure la paix sur les bases présentées par M. Trist et rejetées par Santa-Anna. Ën acceptant ces bases, les négociations devaient promptement arriver à des résultats pacifiques, mais déshonorants pour le Mexique. Les vainqueurs se firent la part du lion, et le traité de Guadalupe-Hidalgo, signé le 2 février 1848, par les délégués, fut ratifié le 10 mars par le sénat américain. L'échange des ratifications eut lieu le 30 mai à Mexico, et douze jours après, Scott commença son mouvement de retraite.

Par ce traité, la sécession du Texas était ratifiée, les États- Unis enlevaient au Mexique tout le territoire situé à Test du Rio-Grande, le Nouveau-Mexique et la Haute-Californie. La république mexicaine perdait ainsi plus de la moitié de son territoire national, cent dix mille lieues carrées environ; elle recevait en échange de ces vastes possessions, à titre d'indemnité, une somme de quinze millions de piastres, dont le gouvernement de Washington retenait trois millions II. îs

deux cent cinquante mille pour les appliquer aux réclamations de ses nationaux. Les ministres qui se trouvaient dans les conseils des présidents Pena y Pena et Anaya, et qui eurent le courage de combiner et sanctionner un pareil traité, méritent d'être nommés : la postérité les jugera, comme dit M. Lafragua dans son opuscule historique. Aux affaires étrangères, il y eut D. Fernando Ramirez, D. Manuel Baranda, D. Domingo Harra et D. Ramon Pacheco; à la justice, 0. Andrès Rava, D. L. de Guevara, D. José Jauregui, D. Francisco Suarez lriate, D. Luis de la Rosa et D. Vicente Romero ; aux finances, D. Pedro Zubieta, Suarez IriarteetD. Juan Rondero; à la guerre, les généraux Canalezo, Vizcayno, D. Ignacio Gutierrez et D. Lino Alcosta.

Aussitôt après l'échange des ratifications du traité de Guadalupe, les élections constitutionnelles eurent lieu comme d'habitude et le général Herrera fut nommé président le 3 juin 1848. Deux jours après, il vint à Mexico prêter serment. Ce général conserva la magistrature suprême jusqu'au 15 janvier 1851. En tenant compte du temps qu'il fut au pouvoir, lorsque Parédès prit sa place, c'est le seul, depuis Victoria, qui ait atteint le terme légal fixé par la constitution. Ce fait, inouï dans l'histoire du Mexique, n'est certes, point dû aux talents, à l'énergie d'Herrera, mais aux circonstances dans lesquelles il s'est trouvé. Sa présidence, pourtant, ne fut pas exempte de troubles; on se rappelle la révolution de Parédès qui le renversa du fauteuil présidentiel; depuis la guerre des États Unis, il y eut les pronunciamientos du moine-bandit Jarauta qui fut fusillé, la dissolution à main armée de la municipalité de Mexico, le meurtre du député Canedo, assassiné le vendredi-saint , enfin le grand incendie qui suivit cet événement et fut le motif des plus lamentables désordres dans la capitale.

Sous cette administration, le portefeuille des affaires étrangères passa srecessivement entre les mains de D. Mariano Otero, D. Luis Cuevas et D. Jésus Maria Lacunza; celui de la justice fut donné à D. Jésus Maria Ximenès et

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D. Marcelino Castanedo; celui des finances à D. Mariano Riva Palacio, D. Manuel Pena y Cuevas, D. Francisco Arrangoiz, D. Bonifacio Gutierrez, D. Melchior Ocampo et D. Manuel Payno, et celui de la guerre à D. Mariano Arista. Ce ministère représentait le parti modéré; le 14 octobre 1850, il régla la dette du Mexique qui s'élevait à deux cent cinquante-six millions quarante et un mille deux cent cinquante francs, avec un intérêt annuel de trois pour cent. Une des fautes de ce ministère fut le traité de Tehuantepec, convoité par les Américains depuis longtemps.

On sait que l'isthme de Tehuantepec, formé par un rétrécissement du territoire méridional du Mexique, sépare le golfe de l'océan Pacifique par une bande de terre dont la largeur est d'environ deux cent cinquante kilomètres. Quoique beaucoup plus étendu que l'isthme de Panama, et n'offrant pas à la construction d'un canal maritime les facilités d'exécution que l'on pourrait trouver dans les lacs de Nicaragua, il présente néanmoins, au point de vue des relations commerciales des côtes de l'est, avec celles de l'ouest, l'immense avantage d'une route courte, facilitant les communications entre les grandes cités commerciales de l'Amérique du nord, des Antilles et du golfe du Mexique, avec les centres commerciaux de la côte orientale du continent américain, l'Océanie, les Indes, la Chine et le Japon. Une voie ferrée traversant l'isthme de Tehuantepec devait donc rapporter des bénéfices considérables, non seulement à la compagnie, mais encore à la nation qui la ferait construire. Lorsque le prince Louis Napoléon, en 1846, publia sa brochure intitulée Le Canal de Nicaragua ou Projet de jonction des océans Atlantique et Pacifique au moyen d^un canal , il ne voyait pas seulement dans ce projet la nécessité « d'ouvrir de nouvelles voies au commerce et de nouveaux débouchés aux produits européens, » mais il reconnaissait encore l'intérêt commun de tous les peuples d'assurer la neutralité de ces communications centro- américaines et leur indépen-

m HISTOIRE DU MEXIQUE.

dance de toute possession personnelle, de tout privilège particulier. Le cabinet de Washington, profitant de la politique de clocher et des vues étroites, en matière d'économie politique, des gouvernements européens, s'empressa de conclure, avec celui de Mexico, un traité par lequel était concédé à une compagnie américaine le droit, a perpétuité, de faire passer par les routes existantes ou par toutes autres qu'il plairait à celle-ci d'établir, les marchandises transitant d'un océan à l'autre. Le gouvernement mexicain s'engageait à protéger par les armes, s'il en était besoin, les ouvrages et le personnel de la compagnie. Il était dit, en outre, que dans le cas où le gouvernement de Mexico se trouverait incapable de remplir cette condition, celui des États-Unis se chargerait de le suppléer, et « prêterait l'appui de ses forces de terre et de mer, le présent traité ayant pour but de former entre tes deux nations une alliance défensive capable de garantir la protection de l'œuvre. » Le secret de la politique américaine est tout entier dans ce dernier article. A la suite de ce traité, M. Webster reput, le 9 août 1850, l'exéquatur en qualité de consul américain à Tehuantepec et Huatulco. Cette malheureuse convention donna lieu, comme on le verra plus loin, au traité Mac-Lane, et deviendra un jour ou l'autre, le sujet de nouveaux conflits entre les États-Unis, le Mexique et, peut-être même, l'Europe.

Lorsque les pouvoirs d'Herrera furent près d'expirer, trois candidats se présentèrent : le général Arista , démocrate pur; le général Bravo, conservateur et même monarchiste, et le général Pedrazza, libéral modéré. En choisissant Arista, la nation crut se donner un maître énergique; elle se trompa, Arista n'était point à la hauteur des exigences du moment Il prit possession de la présidence le 5 janvier 1841, « devint le jouet des partis, ne sut rien faire d'utile ni de bien, et sa courte administration ne servit qu'à lui-même, » assure un écrivain de cet époque. Il jouissait d'un pouvoir moral très grand; il pouvait tenter toutes le réformes que réclamait l'administration du pays, sans trouver d'opposition; mais il

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n'osa pas assumer sur lui cette responsabilité; il attendit des Chambres ce que la nation n'attendait que de lui seul. Cette faute eut bientôt ses naturelles conséquences. Ces mêmes Chambres, composées de gens nuls, prirent à tâche de repousser ses moindres initiatives, de le contrarier en tout. Deux ans s'écoulèrent sans qu'une seule question importante, administrative ou diplomatique, pût être décidée. Il eut pour ministres : D. Fernando Ramirez , D. Mariano Yafiez et D. Mariano Macedo , aux affaires étrangères ; D. Jésus Maria Aguirre, D. Urbano Fonseca et D. Pon'ciano Arriaga, à la justice; D. Ignacio Esteva, D. Manuel Peiïa y Cuevas, D. Marcas Esparza et D. Guillermo Prieto, aux finances ; D. Manuel Robles et D. Pedro Anaya, à la guerre.

Sous la présidence d'Arista, les insurrections se renouvelèrent à Mazatlan, à Guadalajara, à Vera-Cruz, sur la Rio- Grande et dans le Yucatan. Les Indiens du Yucatan se révoltèrent, et la guerre qui s'ensuivit fut aussi désastreuse pour les troupes du gouvernement que pour la péninsule. La révolution du Rio-Grande avait pour chef Carvajal et pour but apparent la proclamation de « la république de la Sierra- Madré. » Avant de parler de son but secret, je dois dire que j'ai eu entre les mains la correspondance du général Arista avec son ancien ami Canalès, pendant les années 1851 et 1852. Ces lettres révèlent une grande intimité entre le président et le général-bandit-contrebandier. Aussi, n'est-on point étonné (te voir Arista charger Canalès, en 1851, de secourir les frontières menacées par Carvajal. Dans une lettre adressée à D. Jésus Cardena, gouverneur du Tamaulipas, Canalès raconte que son compère, le général indien Avalos, commandant à Matamoros, lui prêta cent fantassins et qu'avec quatre-vingt quinze autres qu'il avait, il cerna la maison municipale et mit en prison six membres de la municipalité qui, le flétrissant du nom de voleur de grand chemin, ne voulaient pas le reconnaître pour un commissaire du gouvernement, dont il songeait à remplir les fonctions dans cette malheureuse ville.

23i HISTOIRE DU MEXIQUE.

Carvajal était un Mexicain élevé aux États-Unis; il nourrissait le projet de soulever les États mexicains des frontières, soit pour forcer le gouvernement à des réformes administratives, soit pour former une république indépendante du Maxique, qui eût pris le nom de Sierra-Madre. Le général Avalos, commandant les forces mexicaines du Tamaulipas, Nuevo-Leon et Cohahuila, apprit ce qui se préparait et manda une compagnie de lanciers pour arrêter Carvajal qui se trouvait alors à Camargo. Celui-ci s'échappa avant leur arrivée, et se rendit à Rio-Grande-City, sur la frontière texienne, d'où il s'entendit avec les négociants américains de cette localité, de Brownsville et de Matamoros, pour avoir de l'argent, des munitions et organiser un corps de flibustiers. Vingt-cinq piastres par mois furent promis à quiconque s'enrôlerait sous le drapeau de ce fameux guérillero. Aussitôt une foule d'aventuriers américains et mexicains qui avaient guerroyé en 1846 et 1847, attirés par l'espoir du pillage et l'amour de l'inconnu, se joignirent à Carvajal. Lorsque celui-ci se vit à la tête de cinq à six cents hommes, il marcha sur Camargo qui, faute de défenseurs, fut prise sans coup férir. Après ce facile exploit, il perdit un temps précieux dans cette ville, attendant sans doute l'effet des promesses faites par les négociants de Brownsville et de Matamoros.

Ceux-ci changèrent de tactique ; après avoir promis de l'argent, ils craignirent le triomphe de Carvajal. Les principaux d'entre eux, riches marchands et vice-consuls d'Angleterre, d'Espagne, des États-Unis et de France, invitèrent Avalos à conférer avec eux sur les mesures à prendre contre les flibustiers. Dans celte conférence, il fut démontré que les troupes du gouvernement n'étant pas assez nombreuses pour défendre Matamoros, il fallait mettre sur pied la garde nationale et se procurer des fusils et de l'argent. Les négociants, peu disposés à des contributions personnelles, conseillèrent au général de permettre l'entrée de la cotonnade américaine, en la grevant seulement d'un droit léger, dont

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une partie serait consacrée à la répression du mouvement insurrectionnel, et l'autre à payer les sommes que le commerce voulait bien avancer au général. Cette mesure sourit à Avalos qui décréta d'urgence la diminution du tarif ordinaire, en dépit du directeur des douanes. Alors les négociants, profitant de cette circonstance, introduisirent à Matamoros une quantité de cotonnades américaines, estimée à plusieurs millions de piastres. Tous les dépôts de contrebande furent écoulés à la suite de cette mesure.

En apprenant cette transaction, Carvajal, furieux, se porta sur Matamoros. brûlant en chemin tous les convois de ces marchandises que Ton importait dans l'intérieur. Les autorités mexicaines allèrent au devant de lui , le prier de renvoyer les Américains, ensuite on traiterait avec lui. Carvajal refusa. Le lendemain soir, il s'installa au fort Parédès, situé près de Matamoros et de Brownsville ; son unique canon tonna aussitôt , mais un accident le mit hors de service au troisième coup. Le lendemain , les troupes de Carvajal allèrent se loger dans les faubourgs et commencèrent l'attaque. Un feu très vif, mais assez inoffensif, s'engagea dès lors entre les combattants. Avalos fut atteint à la jambe par une balle morte et courut se cacher chez un des curés de la ville; quatre ou cinq curieux ou gardes nationaux furent tués ou blessés dans cette journée. Les Américains, au lieu de s'avancer hardiment sur le centre de la défense, c'est à dire sur la place, jugèrent plus prudent de se mettre à l'abri dans les maisons, et de n'avancer qu'en perçant les murs. Les Mexicains faisaient feu du haut des terrasses, derrière des sacs de terre. On avait tiré ce jour-là six cents coups de canon et trente mille coups de fusil. Croyant que Matamoros devait être une nouvelle édition des batailles de Palo-Alto et de laResaca de la Palma, que les rues étaient jonchées de morts et de mourants, je me rendis le surlendemain dans cette ville pour administrer les secours de la religion aux blessés.

Je pénétrai, sans mésaventure, dans la grande rue qui conduit du Rio-Grande à la Plaza-Mayor; le bruit du canon

m HISTOIRE DU MEXIQUE.

et de la fusillade, le sifflement des boulets et des balles excitaient mon cheval, étourdissaient mes oreilles; mais des combattants, je n'en vis nulle part, ils étaient tous cachés. Grâce à la maladresse des tireurs, à la frayeur qu'ils avaient de se montrer, j'arrivai à vingt pas de la principale barricade, sans avoir reçu la moindre égratignure. Mais là, trente fusils me couchèrent en joue; n'ayant pas le temps de me mettre à couvert, je tirai brusquement la bride de mon cheval, et deux violents coups d'éperon le firent cabrer. Un feu de peloton retentit, et ma monture tomba frappée de trois balles. Avant que les fusils fussent rechargés, je courus à la barricade, le capitaine qui la défendait me reconnut et fut très mortifié de ce qui était arrivé. Je l'informai du but de ma visite et le priai de m'indiquer l'endroit où se trouvaient les blessés. Je m'y rendis en toute hâte; il y en avait quatre!

Le soir même, Garvajal me fit appeler pour retourner à Matamoros visiter, dans une cabane près de son quartier, cinq déserteurs, blessés grièvement et qui ne pouvaient être transportés à Brownsville. Il me donna son guide et je partis à pied pour courir moins de danger. Arrivé dans la rue du Commerce, au bout de laquelle on voyait une barricade et deux canons de gros calibre, j'entendis une forte détonation; une maison de brique s'effondra derrière moi, mon guide tomba; un boulet lui avait traversé le bas-ventre et le haut de la cuisse. Ignorant l'endroit où l'on avait recueilli les blessés, je me trouvai dans une situation fort embarrassante. Heureusement , un officier américain qui passait me l'indiqua. Dans cette cabane , un médecin irlandais soignait les blessés; je l'envoyai auprès de mon guide et donnai les soins de mon ministère aux cinq déserteurs. En retournant à Brownsville où se trouvait ma résidence , je rencontrai une centaine de cavaliers de Garvajal qui allaient se battre près du cimetière, contre un nombre égal de lanciers d'Avalos. Les deux partis se rencontrent dans une petite prairie, s'examinent à distance, puis, chacun rentre chez soi, tout fier de ce que l'ennemi n'a pas osé l'attaquer.

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Après douze jours d'un siège dont je viens de raconter les principales péripéties et l'incendie de quelques maisons brûlées par les Américains, Garvajal se retira, en apprenant que Ganalès venait au secours de Matamoros avec un millier d'hommes. Ce général, pour des raisons personnelles, détestait autant Avalos que Garvajal ; espérant que le premier serait battu par le second, qu'il pourrait ensuite battre à son tour, il venait à petites journées. Trouvant Avalos victorieux, il était de très mauvaise humeur. Après quelques jours de repos, il partit pour Gamargo, dans le but de détruire les bandes de Garvajal. Les deux partis se rencontrèrent dans le bois qui sépare Gamargo de Rio-Grande- City. Les soldats, cachés derrière les arbres, tiraient des coups de fusil, déjà depuis plusieurs heures, sans blesser personne, lorsque le colonel Nunez , commandant la cavalerie de Carvajal, s'écria : — « Nous sommes trahis! sauve qui peut! » On prétend que c'est lui qui trahissait. La cavalerie prit alors le galop dans la direction du Rio-Grande, laissant l'infanterie américaine continuer la fusillade jusqu'à la nuit. Garvajal, jugeant qu'il n'avait plus assez de troupes, se replia sur le Texas, qui était à quelques centaines de mètres du champ de bataille. Ganalès , craignant d'être surpris pendant la nuit, se retira de l'autre côté du San-Juan, qui passe au nord de Gamargo. Un espion avertit Garvajal de cette retraite inattendue, et celui-ci rebroussa chemin pour entrer dans la ville avant le jour. En même temps, des Mexicains annonçaient à Ganalès que l'ennemi s'était sauvé au Texas. Le général, enhardi par ce succès inespéré, revint à Gamargo. Au lever du jour, les deux armées se trouvèrent de nouveau en présence , fort étonnées de se rencontrer à force de s'éviter. Le combat était inévitable et dura deux ou trois heures; il y eut quelques blessés et même des tués. Les Américains, manquant de munitions, durent céder, et retournèrent à Rio-Grande-City; ils publièrent que leur retraite n'était qu'un mouvement stratégique. Ainsi se termina ce pronuaciamiento qui donne une idée très exacte de la

manière dont se font, en généra), les révolutions et les guerres au Mexique.

Dans mon Journal a" un missionnaire au Texas et au Mexique f je donne des détails sur les conséquences de cette guerre, et mes efforts inutiles pour sauver la vie des prisonniers faits pendant le siège de Matamoros. Arista fut inflexible et donna Tordre de les exécuter en masse. Dans un numéro del Universal de Mexico, en date du 30 octobre 1851, on lit un acte d'accusation contre le général Arista, adressé au peuple mexicain par le général Woll, mis arbitrairement à la retraite par ce président. Dans cet acte, on voit qu'Arista aimait beaucoup l'argent et que ses sentiments d'humanité étaient fort peu développés... « M. Arista, est-il dit dans ce journal, préfère employer son épée, vierge du sang ennemi, à couper les têtes de ses concitoyens et les mettre dans de la saumure, comme il l'a lait pour celle du malheureux Zapata qui serait si nécessaire sur les frontières »... Ce curieux document prouve que Santa-Anna avait eu raison de faire faire une enquête sur la conduite d'Arista lorsqu'il commandait l'armée du nord, et qu'il avait eu tort de lui rendre ce commandement après avoir ordonné de l'enchaîner et de le faire venir à Mexico pour y être jugé. Du reste, voici sur ce sujet une lettre qui mérite d'être publiée à plusieurs titres.

« Carthagène, 25 mars 1859... L'élévation d'Arista au pouvoir a été l'œuvre de ses artifices et de ses viles intrigues, quand le pays était encore étourdi par la guerre injuste que le gouvernement des États-Unis porta jusque dans la capitale. Il sut profiter du désordre général et, flattant les uns, menaçant les autres, il se fit nommer président. Mais... il est maudit de tous les Mexicains, à très peu d'exceptions, et, malgré la protection que lui donne le gouvernement de Washington parce qu'il favorise ses vues, sa chute et son châtiment sont, tôt ou tard, inévitables. D'un autre côté, il faut considérer que lorsque un peuple se prostitue, il revient difficilement au sentier du devoir, de

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l'honneur et de la gloire ; il n'est donc pas étonnant que ce misérable occupe un poste dont il est indigne pour bien des raisons, avilissant ainsi davantage sa malheureuse patrie.

« Quant à moi, je n'ai jamais manifesté à personne la résolution de ne plus retourner dans la patrie. J'ai dit et répété plusieurs fois : que si par un appel national mes services étaient réclamés, je ne refuserais pas de les prêter aussitôt, mais jusqu'à cette circonstance, je ne retournerai pas me mêler des affaires publiques. Ce n'est donc pas abandonner la patrie... Ma conscience est tranquille dans cette retraite que j'ai choisie pour ne pas voir des faits infâmes, et ne pas me confondre avec ceux qui portent sur leur visage la honte et l'opprobre. Le peuple mexicain mérite le sort qui l'attend, parce que, connaissant l'abîme vers lequel on le conduit, il reste tranquille. Qui pourra-t-il accuser de son malheur? Il sut se lever en masse le 6 décembre 1844, quoique la" nation prospérât, salissant l'homme qu'il appelait tyran, et quand elle était respectée de l'étranger. Et maintenant il ne peut le faire pour éviter qu'un pervers, auquel il ne saurait devoir plus de maux, ne la vende à l'odieux Yankee et ne consomme sa ruine... — A. L. de Santa-Anna. »

Le 25 avril de la même année il écrivait au général Woll... « Vous avez raison de m'accuser d'être excessivement clément et généreux. Je l'ai été à l'extrême, et les résultats m'ont prouvé qu'avec cela j'avais causé de grands maux à la patrie, quoique mon intention fût toute différente. Si, à Guanajuato, j'avais fait appliquer au misérable Arista le châtiment qu'il méritait, il ne commettrait pas les mauvaises actions qui causeront la ruine de la malheureuse nation mexicaine. Et si, à l'égard de bien d'autres que vous connaissez, j'avais agi de même, l'aspect du pays serait incontestablement tout autre. Oh! combien il coûte, mon cher ami , d'apprendre et d'acquérir l'expérience ! Il est de l'homme de se tromper avant d'apprendre, et mes erreurs

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HISTOIRE DU MEXIQUB.

méritent de l'indulgence parce qu'elles émanent de mon cœur et des sentiments dont la nature m'a doué. — A. L. de Santa-Ânna. »

Cette lettre était une réponse à quelques passages de ce que lui écrivait le général Woll, alors à la Havane. La correspondance de ces deux personnages, à cette époque, est trop instructive pour ne pas en citer d'autres extraits... « Vous avez raison, lui disait le général Woll, de vous plaindre de l'odieuse Conjuration de 1844. Ce 6 décembre a précipité la ruine du Mexique qui se relèvera difficilement, si les Mexicains, reconnaissant leurs erreurs, ne rappellent pas Votre Excellence pour les sauver... Avec toute la franchise qui me caractérise, je vous dirai que le salut de la nation se trouvait en vos mains, si, sans hésiter, vous aviez, ce jour marché sur Mexico; un peu de sang versé et quelques heures de combat auraient suffi pour vous rendre maître de la capitale. L'occasion était alors opportune; avec l'exécution de l'hypocrite traître Herrera, de Cespédès et quelques autres, votre pouvoir se serait cimenté, Parédès aurait fui pour s'embarquer, Alvarez et Bravo auraient désarmé, Inclan aurait traité, le Quijanito aurait été annihilé, et pour longtemps, peut-être pour toujours, les pronunciamientos auraient disparu. Je vous ai déjà dit et je vous répète que vous avez une vertu qui fait honneur à votre cœur, mais qui est incompatible avec l'homme d'État; c'est une générosité excessive, pour ne pas dire imprudente. Une seule fois dans votre vie, vous n'avez pas écouté les aspirations de votre âme, lors de la mort de Mejia, et vous devez vous rappeler combien cet acte de vigueur augmenta le prestige de votre puissance et de votre nom. Si vous en aviez fait autant avec Arista et Parédès, dites-moi si le général Santa-Anna serait à Carthagène aujourd'hui, etc. — Adrien Woll. »

Les amis de Santa-Anna le prièrent, à cette époque, de revenir au Mexique, et comme il subordonnait son retour a l'appel de la nation, on l'accusait d'indifférence. A cette accusation il répondait le 25 juin : « La preuve que je n'ai pas

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abandonné ce peuple dans ses conflits, c'est que, malgré son horrible conduite contre moi depuis la conspiration du 6 décembre 1844, je me suis rendu à son appel en 1846, et, prenant sa défense sans éléments pour sortir vainqueur, j'ai dû souffrir toutes sortes de maux. Il est notoire tout ce que j'ai fait pour obtenir un triomphe sur l'ennemi commun et tout ce qu'ont fait pour l'éviter les misérables Mexicains renfermés dans le sein de cette malheureuse nation. Non seulement ils ont fait cela, mais encore ils m'ont enlevé l'épée de la main et se sont servis des envahisseurs pour vouloir cou* per le fil de mes jours dans ma pacifique résidence. Ils m'ont fait quitter le sol de la patrie, parce que je ne voulais pas alors respirer l'air où se trouvaient ces monstres d'iniquité qui vendaient leur pays pour une écuelle de lentille et dont ils se partageaient ensuite le misérable butin. — A. L. de Santa- Anna. »

Les lettres des mois d'août, de septembre et de novembre, écrites par l'ex-dictateur à ses amis, en 1852, révèlent la douleur la plus profonde de voir son pays s'avilir et se ruiner de plus en plus. On y voit la haine la plus invétérée contre « l'odieux Yankee, » et le pressentiment de son retour, « Le Mexique est- tellement versatile, dit-il, que je pense être bientôt rappelé pour panser, sinon guérir, les blessures faites par l'administration d'Arista, ce petit tyran... Les faits se précipitent à Mexico d'une manière extraordinaire; il est certain que le petit tyran va disparaître; sur ce point, tous les partis sont d'accord. La différence des opinions consiste dans la marche qu'il faudra suivre postérieurement. Ceci va produire des maux d'un autre genre, mais toujours funestes à notre malheureuse patrie. »

Voici ce qui se passait au Mexique, tandis qu'on sollicitait Santa-Anna d'y revenir. La population de Mazatlan s'était soulevée contre le gouvernement; les garnisons du Jalisco proclamèrent la destitution du président Arista ; ce mouvement insurrectionnel fut imité par Vera-Cruz. Le général D. José Lopez Uraga marcha sur Mexico, à la téte des troupes

2i2 HISTOIRE DU MEXIQUE.

insurgées. Le but de cette nouvelle révolution était « la destitution du pouvoir exécutif qui avait démérité la confiance publique, l'organisation d'un gouvernement provisoire. La convocation d'un congrès extraordinaire pour réformer la constitution, et l'adoption de plusieurs réformes dans les diverses branches de l'administration. » Le gouvernement réprima d'abord la liberté de la presse, pensant ainsi étouffer la révolution; puis, il fit marcher le général Robles contre les révoltés. Mais l'armée d'Arista ne pouvait atteindre à la fois tous les points menacés ou déjà soulevés; du reste, étant considérée plus dangereuse qu'utile au pays, elle n'avait pas été réorganisée depuis la retraite des Américains; en outre, différents chefs envoyés pour combattre l'insurrection, se prononçaient selon l'habitude en faveur des révoltés. La république continuait les sanglantes pages de ses éternelles révolutions. A toutes ces complications intérieures se joignaient au dehors des difficultés avec les États-Unis pour la rectification des frontières du nord, avec la France et l'Angleterre dont les intérêts étaient sans cesse compromis dans la personne de leurs nationaux.

Le congrès, convoqué en séances extraordinaires le 15 octobre, se réunissait jusqu'au 31 décembre, sans pouvoir améliorer la situation, tant au dedans qu'au dehors. Arista, effrayé de cet horizon, chaque jour plus assombri, abdiqua le pouvoir le 15 janvier 1853, et quitta Mexico subitement. D. Juan Cevallos, nommé président intérimaire, donna le portefeuille des affaires étrangères à D. Juan Antonio de la Fuente, celui de la justice à D. Joaquin Ladron de Guevara; celui des finances, à D. José Maria Urquidi, et celui de la guerre au général D. Santiago Blanco. Le 19 janvier de cette môme année, les chambres furent dissoutes par ordre du gouvernement. Celle des députés mit en jugement Cevallos, et déclara président provisoire le gouverneur de Puebla, D.Juan Mugica qui refusa cet honneur. Enfin, le 6 février 1853, à la suite d'un arrangement conclu à l'Arroyo-Zarco, entre Uraga, chef des insurgés du Jalisco, et D. Manuel Robles Pezuela,

commandant les troupes du gouvernement , le général D. Manuel Lombardini prit possession du fauteuil de la présidence, destiné à Santa-Anna avec la dictature. Ainsi se termina la seconde période de la forme fédérale dans la république mexicaine.

DICTATURE

La révolution qui venait de renverser Arista n'avait pas eu, dans son principe, le même but partout, c'est à dire le retour de Santa-Anna au pouvoir, mais la majorité des insurgés finit par se prononcer en ce sens. Il faut bien l'avouer aussi, les amis de l'illustre exilé travaillèrent activement en sa faveur. Les correspondances de MM. Lombardini, Woll et Pacheco nous donnent des détails assez curieux à ce sujet et sur les événements qui s'accomplirent dans la république avant le 20 avril 1853, époque à laquelle Santa- Anna fut de nouveau investi du pouvoir dictatorial. Des extraits de ces correspondances vont me servir de texte pour l'histoire morale et politique de ces quelques mois. Le 16 février 1853, le président Lombardini écrivit de Mexico à l'un de mes amis : — a Je vous remercie de la satisfaction que vous me manifestez de m'ôtre chargé du pouvoir exécutif, dont j'ai pris possession, en me sacrifiant pour délivrer le pays du torrent impétueux des ambitions particulières et de parti. — Lombardini. »

Le général Woll, qu'Arista avait mis à la retraite, était de

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