‹ Histoire du MexiqueChapitre 14 sur 28 · SOI · texte numérisé non relu

SOI

tice, D. José Luciano Becarra, évéque de Chiapas, et D. José Maria Ximénez; aux finances, D. Luis Parras, D. Manuel Gorostiza, D. Francisco Iiurbide et D. Antonio Garay; à la guerre, les généraux D. Juan Almonte, D. José Maria Tornel, et D. Ignacio Mora y Villamil. Tous ces ministres firent une très courte apparition dans leurs ministères respectifs, le système fédérai ayant été substitué , le 5 août de cette même année, à la république centrale. Dans ce bref espace de temps, le général Parédès annula tout ce qu'avait fait et défait le général Valencia qui, dans le court interrègne écoulé entre la déchéance d'Herrera et la nomination de Parédès, c'est à dire en trois jours, s'était mis à la téte des affaires publiques, pour se faire payer quarante mille piastres, quelques arriérés dus à sa famille, et avait rendu plusieurs décrets arbitraires. Le président déploya une activité sans égale pour purger les routes des bandits qui les infestaient; il fit parcourir le chemin de Vera-Cruz à Mexico par des détachements de cavalerie, pour la sûreté des voyageurs; quelques voleurs furent pendus sur les lieux où ils avaient été pris. On assurait même que quinze moines voyageaient avec la cavalerie pour confesser les bandits immédiatement après leur capture, afin de ne pas retarder leur exécution. Parédès fit aussi fermer les maisons de jeu ; les joueurs de l'armée pris en flagrant délit perdaient aussitôt leur emploi. Le « dépôt des remplaçants » fut dissous, et ses agents reçurent des passe-ports pour les frontières .Enfin, il attaqua de front une multitude d'abus; mais il ne resta pas assez longtemps au pouvoir pour les arracher entièrement du sol de la république.

Des lettres particulières de cette époque font un triste tableau de la situation du Mexique au moment où la guerre allait éclater avec les États-Unis. Le Yucatan s'était déclaré république indépendante. La séparation de plusieurs autres provinces paraissait imminente. Les Américains avaient trois mille hommes de leur armée régulière sur le Nueces, abandonné par Arista. Ils se montraient jusqu'à Matamoros, et

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les agents du gouvernement les recevaient de leur mieux. Ces agents, il est vrai, passaient pour seconder la séparation des frontières. — « Matamoros reste fidèle au gouvernement, me dit une lettre datée de cette ville, 14 janvier 1846, mais elle a ses vues particulières. Depuis longtemps, comme vous l'aviez prévu, Arista et ses dignes acolytes préparent la séparation de ce département, de l'union mexicaine... Aux dernières élections municipales, Giron, Capistran, Agapito Longono, José Maria Verra ont été nommés; comme vous le voyez, tous sont les champions de la révolution de 1838. Nous avions déjà pour préfet Jésus Cardena, et Canalès pour commandant des villes... On s'attend d'un jour à l'autre à voir proclamer la séparation du Nuevo-Leon, du Cohahuila, et de Matamoros qui formeront un État indépendant, et alors nous verrons à la tête de ce gouvernement Arista, Canalès, Jésus Cardena et autres canailles de ce genre. — Textuel.

« Mexico est divisé en plusieurs partis : les uns sont en faveur de Parédès, d'autres regrettent Santa-Anna, et le plus grand nombre sont des aspirants aux emplois lucratifs. Que deviendra ce malheureux pays au milieu de tant de crises? Nous avons à redouter l'anarchie. Peut-être avant longtemps aura-t-on besoin du bras du général Santa-Anna pour nous en sortir!... Le courrier arrivé hier soir nous apporte la nouvelle de l'entrée de Parédès à Mexico : Arista se trouve compromis jusque par dessus la tête; aussi travaillet-il ardemment à. la séparation... Après avoir confirmé Canalès dans son commandement, il lui a recommandé de s'entendre avecMejia et de vivre en bonne intelligence ensemble. Mejia est tout à fait en faveur de Parédès et se serait déjà prononcé s'il n'avait à redouter le bataillon de sapeurs, commandé par Carasco. »

Par tous les renseignements déjà donnés sur le général Arista, on voit que Parédès eut dû faire n'importe quel choix, à l'exception de celui-là, pour commander l'armée mexicaine. Mais l'histoire du Mexique n'est-elle pas un tissu de fautes et de maladresses qu'on ne peut expliquer? Ce

n'était pourtant pas le moment d'en commettre de nouvelles. Le 11 mars 1846, les Américains, commandés par le général Taylor et campés au Texas, ayant reçu Tordre d'avancer sur le Rio-Grande, quittèrent leur campement de Corpus Ghristi et se mirent en route pour Matamoros. Le 20 du môme mois, Taylor arrive avec ses troupes sur les bords d'une petite rivière appelée le Colorado ; il y trouve un aide de camp du général Mejia qui lui remet une lettre de son supérieur, dans laquelle le général mexicain lui disait que le passage de cette rivière serait considéré comme une déclaration de guerre. Taylor passe outre, continue sa marche et arrive le 28 mars en face de Matamoros. Au lieu de se borner à l'envoi d'une lettre, les Mexicains auraient mieux fait d'empêcher le passage du Colorado; ils l'auraient pu; mais dans cette malheureuse guerre on ne voit qu'ineptie ou trahison. Le général Ampudia vint à Matamoros avec sa division du nord, et le 12 avril, il fit remettre au général Taylor une protestation contre la violation du territoire mexicain par les troupes américaines; il lui enjoignait de se retirer sur la rive gauche du Nueces dans les vingt-quatre heures, s'il ne voulait l'obliger à faire respecter l'intégrité du territoire par la force des armes. Le général Taylor répondit le même jour qu'il n'était qu'un militaire et que par conséquent il devait obéir aux ordres qu'il avait reçus de son gouvernement; que ses ordres lui disaient d'occuper le Texas jusqu'à la rive gauche du Rio-Grande, en attendant que les deux républiques s'entendissent sur les limites des frontières et que, naturellement, il ne pouvait pas rétrograder.

Le général Ampudia fit de nouvelles réclamations pour des actes arbitraires commis par les Américains à l'embouchure du Rio Grande contre les propriétés de plusieurs Mexicains de la rive gauche du fleuve. Les rapports s'envenimaient, les deux armées durent en venir aux mains. Le 24 avril, Arista vint prendre le commandement de l'armée mexicaine ; le même jour il écrivit une lettre particulière au général Taylor dans laquelle il lui dit : a — Votre urbanité,

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aussi bien que les usages connus entre gentilshommes, m'engagent à vous saluer amicalement par cette communication privée, vous assurant que puisque le sort nous rend adversaires dans le conflit qui va s'ouvrir entre nos deux pays, les lois de la courtoisie qui régnent entre les généraux qui font la guerre selon les lois des nations civilisées, seront observées. » Une autre lettre du général Arista, datée du 26 avril et adressée au général fl'orrejon, nous apprend que ce même jour un fort détachement d'Américains commandés par le capitaine Thornton avait été enlevé sur la rive gauche du Rio Grande par le général Torrejon. Dès ce jour, il y eut de continuelles escarmouches entre les Mexicains qui passaient le fleuve au dessous de Brownsville et les Américains qui s'éiaiènt retranchés dans un fort appelé firown et construit à la hâte au sud de Brownsville, en face de Malamoros.

Afin de conserver sa ligne de ravitaillement avec les ports du golfe, le général Taylor avait laissé à Point-Isabella, le major Munroe et deux compagnies d'artillerie. Le 27 avril, Jes communications entre le fort Brown et Point-Isabella furent coupées par les Mexicains ; pour les rétablir, le général Taylor partit avec son armée le 1er mai, laissant au fort le major Brown avec le 7e régiment de ligne et deux batteries d'artillerie. Les Mexicains profitèrent de cette circonstance pour bombarder le fort et s'opposer au passage du général Taylor. Le bombardement, commencé le 3 mai, démonta quelques batteries et tua un certain nombre d'Américains, parmi lesquels se trouvait le major Brown. Les batteries des deux camps n'étaient séparées que par le Rio Grande et se firent mutuellement assez de mal. Le 7 mai, le général Taylor laissa Point-Isabella pour revenir de nouveau sur les bords du Rio Grande. Le lendemain matin en traversant la plaine de Palo-Alto, il rencontra l'armée mexicaine rangée en bataille. Au moment où les Américains se trouvaient à six cents mètres environ de l'ennemi, les Mexicains commencèrent le feu. L'attaque fut molle, l'artillerie mexicaine, mal servie, fit peu de mal aux Américains, la cava-

lerie donna très peu, et l'infanterie presque pas. Le combat, commencé après midi, se termina à la chute du jour par la déroute des Mexicains. Voici sur cette bataille les rapports des deux généraux en chef, adressés à leurs gouvernements respectifs.

« Armée d'occupation, quartier-général, camp de Palo- Alto, Texas, 9 mai 1846. — Monsieur. — J'ai l'honneur de vous annoncer qu'hier j'ai rencontré les forces mexicaines, près de cet endroit, en venant de Point-Isabella, et, après une action d'environ cinq heures, je les ai délogées de leur position et j'ai campé sur le champ de bataille. Notre artillerie, consistant en deux pièces de dix-huit et deux batteries légères, fut l'arme presque exclusivement engagée; c'est à l'excellente manière dont elle a été manœuvrée et servie que nous devons notre succès.

« La force de l'ennemi est estimée généralement à près de six mille hommes, avec sept pièces d'artillerie et huit cents cavaliers. Sa perte doit être d'environ cent hommes tués. Notre force, tout compris, n'excédait pas deux mille trois cents hommes, et notre perte est insignifiante. — Quatre hommes tués, trois officiers et trente-sept hommes blessés, dont plusieurs mortellement. — Z. Taylor. » —

Voici maintenant des extraits du rapport du général Arista.

— « Quartier général, Palo-Alto, en vue de l'ennemi, 8 mai 1846. — Excellence. — Constant dans mon projet d'empêcher le général Taylor de réunir les forces qu'il amenait de Point-Isabella avec celles qu'il avait laissées fortifiées en face de Matamoros, je quittai aujourd'hui le Ramireno et pris la direction de Palo-Alto... Arrivé en face de Palo-Alto à une heure, je vis l'ennemi qui se dirigeait sur cette position. A peine le premier coup de canon fut-il tiré, qu'arriva le général Ampudia, commandant en second, auquel j'avais ordonné de me rejoindre après avoir couvert les points qui pouvaient servir à assiéger l'ennemi dans les fôrts opposés à Matamoros. Les forces sous mes ordres s'élevaient à trois

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mille hommes et douze pièces d'artillerie ; celles des envahisseurs étaient de trois mille, plutôt moins que plus, et supérieures en artillerie, puisqu'ils avaient vingt pièces du calibre de seize et de dix-huit... L'attaque du général Taylor était plutôt défensive qu'offensive, n'employant que sa meilleure arme, l'artillerie... Je désirais charger, parce que le feu du canon nous faisait beaucoup de mal, et je donnai l'ordre au général Torrejon de charger à notre gauche avec la plus grande partie de la cavalerie, tandis qu'un autre exécuterait à notre droite le même mouvement avec quelques colonnes d'infanterie et le reste de la cavalerie.

« J'attendais le moment où ce général exécuterait la charge, et lorsque son effet commencerait à s'apercevoir, pour donner l'impulsion à la droite ; mais il en a été empêché par le feu de l'ennemi... Quelques bataillons, s'impatientant par les pertes qu'ils subissaient, se désordonnèrent, demandant d'avancer ou de reculer. Je leur ordonnai alors de charger avec une colonne de cavalerie sous le commandement du colonel Gaetano Montero. Le résultat de cette opération fut que ce corps dispersé répara sa faute autant que possible, marchant vers l'ennemi qui , à cause de sa distance de nous, pu se replier sur sa réserve, et la nuit arrivant la bataille se termina, le champ restant en notre pouvoir...

« Le combat fut long et sanglant; d'après les calculs faits par le général d'artillerie D. Thomas Requena, on estime à trois mille les coups de canon tirés par l'ennemi depuis deux heures de l'après-midi, — commencement de la bataille, — jusqu'à sept heures de la nuit, quand elle a été terminée. De notre côté, nous avons tiré six cent cinquante coups. Nos troupes ont perdu deux cent cinquante hommes dispersés, blessés ou tués... — Mariano Arista. »

Dans la journée du 9 mai, les Mexicains se replièrent sur la Resaca de la Palma,— ancien lit desséché du Rio-Grande, à deux ou trois kilomètres de Browusville ; — les Américains continuèrent leur marche en avant. Ce soir même, une autre bataille fut livrée dans cet endroit. Je n'ai pas le

rapport du général Arista sur cette affaire, mais voici des extraits de celui du général Taylor.

« Quartier-général, armée d'occupation, camp de la Resacade la Palma, trois milles de Matamoros, dix heures du soir, 9 mai 1846. —Monsieur. — J'ai l'honneur de vous annoncer que je suis parti aujourd'hui à deux heures avec l'armée, étant précédé d'un corps d'infanterie légère... Près de l'endroit où je suis campé maintenant, mon avant-garde découvrit qu'un ravin qui traverse la route était occupé par l'ennemi avec de l'artillerie. Je donnai l'ordre aussitôt à une batterie de campagne de balayer la route, et je la fis appuyer par le 3e, le 4" et le 5e d'infanterie déployés en tirailleurs, a droite et à gauche. Un vif feu d'artillerie et de mousquetterie s'ensuivit pendant quelque temps, jusqu'à ce que la batterie ennemie fût enlevée par un escadron de dragons, et les régiments d'infanterie qui se trouvaient sur le terrain. Il — l'ennemi — fut bientôt chassé de sa position et poursuivi jusqu'au fleuve par un escadron de dragons, le troisième régiment d'infanterie, un bataillon d'artillerie et une batterie légère. Nous avons pris huit pièces de canon, une grande quantité de munitions, trois étendards, cent prisonniers, parmi lesquels se trouve le général Vega et quelques autres officiers... L'ennemi a repassé le fleuve et ne nous inquiétera plus, j'en suis sûr, de ce côté. La perte de l'ennemi en tués a été sérieuse. La nôtre est très grande... — Z. Taylor. »

Les Mexicains ont accusé Arista d'avoir trahi son pays, dans cette malheureuse affaire, en ne prenant aucune des mesures de prudence usitées en pareil cas. Étant à Brownsville, mon ordonnance, qui servait dans les rangs de l'armée mexicaine m'aflirma qu'on avait donné l'ordre aux soldats de démonter leurs fusils pour les nettoyer; des officiers racontaient des choses encore plus étranges qui faisaient peser sur leur général en chef une terrible responsabilité. Les pertes des Américains prouvent que l'accusation de trahison qui pèse sur Arista était fausse. Ce général s'est

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battu de son mieux; s'il a perdu ces deu\batailles, c'est que ses talents militaires étaient plus ou moins nuls et que l'armée du géuéral Taylor avait une forte artillerie bien commandée et bien servie.

Le 18 mai, le général Arista commença sa retraite dans l'intérieur, tâchant de soustraire à l'ennemi tout ce qu'il ne pouvait emporter avec lui. Les Américains entrèrent à Matamoros ce môme jour et trouvèrent néanmoins des munitions de guerre, des provisions et des effets d'équipement pour une valeur estimée par eux à trois millions de francs. Bientôt toutes les petites villes échelonnées sur les cours du Rio-Grande se soumirent aux envahisseurs. Le général Taylor continua sa marche triomphante jusqu'à Monterey, capitale de Nuevo-Leon. Cette ville, mal défendue par Ampudia, capitula le 25 septembre. Cette capitulation termina les opérations de la première campagne et mécontenta, d'un côté les Mexicains qui ne pardonnèrent pas au général Ampudia de l'avoir si mal conduite, et de l'autre, le gouvernement américain qui blâma le général Taylor d'avoir accordé les honneurs de la guerre et la liberté à des soldats qui devaient infailliblement devenir prisonniers.

Tandis que ces événements se passaient sur le Rio-Grande, le contre-coup s'en faisait sentir à Mexico. Les races latines douées d'un orgueil excessif ont peu le courage de subir dignement un échec fait à leur amour-propre et de regarder de face la cause des désastres publics ; en faisant retomber la culpabilité de leurs malheurs sur leurs gouvernements, elles croient s'affranchir du déshonneur et ne voient pas qu'elles ajoutent souvent l'injustice à leurs fautes premières et qu'elles empirent le mal au lieu d'y remédier. C'est ce qui se renouvela contre Parédès. Les revers essuyés à la frontière lui furent attribués et le mécontentement se généralisa. Parédès alors retire au général Arista son commandement, remet à D. Nicolas Bravo le soin de gouverner pendant son absence et part le 29 juillet pour venger l'honneur des armes mexicaines. Apprenant que plusieurs provinces se sont sou-

levées, non pas pour se battre contre les Américains, mais contre le gouvernement même, il change sa direction et marche sur Guadalajara contre les révoltés. Le 4 août il est fait prisonnier. L'insurrection des provinces faite au cri de ' « Vive Santa-Anna ! » trouve un écho dans la capitale. Le générai D. Mariano Salas soulève les troupes casernées dans la citadelle ; toute la garnison de Mexico imite son exemple, et le 5 août le général Bravo est remplacé par le général Salas au fauteuil de la présidence qu'il occupait provisoirement.

Le nouveau président par intérim suivit le contre-pied de la marche de Parédès. Il proclama le rétablissement de la fédération et de la constitution de 1824. Il protégea les démocrates et dut envoyer une commission à la Havane prier Santa-Anna de reprendre le pouvoir. L'armée redemandait à grands cris le retour de l'ex-dictateur, et les démocrates, trop faibles par eux-mêmes pour imposer silence à ces modernes prétoriens, s'unirent à eux, espérant obtenir des réformes et ne songeant point à laisser leurs querelles intestines de côté pour sauver la patrie. Hélas! le mot patriotisme rayé du dictionnaire politique des Mexicains, ne devait pas y reparaître de sitôt. Les Américains venaient de s'emparer de San Francisco et de Monterey en Californie; ils venaient de s'annexer cette province où l'or abonde partout, et le général Castro se sauvait de Los Angeles dans la Sonora, sans oser combattre les envahisseurs. Le général Kearny entrait également, sans coup férir, à Santa-Fé, et déclarait officiellement le Nouveau-Mexique annexé aux États-Unis. Tandis que l'ennemi, maître de toutes les provinces des frontières de l'est et du nord, se disposait à poursuivre ses conquêtes, la guerre civile continuait au Mexique ses tristes méfaits.

Santa-Anna, à l'arrivée de la commission qui lui apportait les pièces relatives à son rappel, étouffa les ressentiments qu'il avait contre son ingrate patrie; les injures qu'il avait si profondément ressenties, depuis la guerre du Texas, s'évanouirent de sa mémoire ; il s'empressa de manifester sa re-

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connaissance pour la confiance qu'on avait en lui et revint à Vera-Cruz le 15 août. Il refusa la présidence autant par aversion pour le pouvoir que pour être plus libre de marcher Lui-même contre les Américains. Le générai Salas garda donc le fauteuil présidentiel provisoirement; il eut pour ministres D. Manuel Crescencio Rejon et D. José Maria Lafragua, aux affaires étrangères; D. José Ramon Pacheco et D. Joaquin Ladron de Guevara, à la justice; D. Valentin Gomez Farias, D. Antonio Haro y Tamariz et D. Lazaro Villamil aux finances, et le général Almonte à la guerre. Pendant cette administration on organisa la garde nationale et les archives publiques, on rétablit la bibliothèque publique et les académies d'histoire et de langues; on créa un fonds judiciaire et l'on permit les réunions populaires.

Le 6 décembre 1846, le nouveau congrès se réunit et nomma Santa-Anna président constitutionnel, et Gomez Farias vice-président. Santa-Anna, voulant s'occuper exclusivement de la guerre contre les Américains, laissa gouverner à sa place le vice-président qui prit possession du pouvoir le 24 décembre. Les démocrates purs avaient ainsi leur idole à la tête du gouvernement dans la personne de Gomèz Farias. D'après une lettre de M. Haro y Tamariz, datée de Mexico, 28 décembre 1846, et dont je vais citer quelques extraits, on verra que cet événement ne présageait rien de bon... « Une fois, dit le ministre des finances, installé le congrès convoqué par le dernier mouvement politique du 4 août, la législation a procédé, il y a quatre jours, à l'élection du président et du vice-président, le vote étant tombé pour le premier sur le général Santa-Anna, et pour le second sur D. Valentin Gomez Farias... La chose publique entre chaque jour dans une condition pire, due à l'anarchie dans laquelle se trouvent les partis qui se disent puros> — démocrates— ou exaltés et modérés. Ceci... nous conduira à la ruine totale, si la Providence n'y porte remède. Le jugement se perd, quand l'imagination contemple le tableau présenté par notre nation! — Haro y Tamariz. »

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