‹ Histoire du MexiqueChapitre 2 sur 28 · VICE-ROIS DU MEXIQUE · texte numérisé non relu

VICE-ROIS DU MEXIQUE

Après le siège dont je viens de raconter les principaux incidents, Mexico n'étant plus qu'un amas de ruines, les conquérants se retirèrent à Coyohuacan pour y passer le reste de Tannée. Cortez occupa ses soldats, en leur faisant faire quelques expéditions peu éloignées, et se mit à chercher un lieu favorable à l'établissement de la capitale du Mexique qui prit dès lors le nom de Nouvelle-Espagne. La ville n'était encore qu'en projet, et le général avait déjà nommé toutes les autorités municipales qui demeurèrent à Coyohuacan, — aujourd'hui Cuyoacan, — en attendant l'exécution de ce projet. Après avoir hésité entre Cuyoacan, Tacuba etTexcoco, localités à l'abri des inondations et préférées par les Espagnols, Cortez se décida, contre l'avis de ses compagnons, à reconstruire Mexico.

— « Puisque, dit-il, cette ville a été sous les Indiens la maîtresse des autres provinces, elle doit l'être encore sous les chrétiens. Là, Notre-Seigneur a beaucoup été offensé par

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l'idolâtrie et les sacrifices humains; là aussi, il doit être honoré et servi plus qu'en tout autre endroit de la terre. »

Ces considérations prévalurent et la municipalité procéda de suite au plan de la reconstruction de Mexico. Les rues furent tracées selon ce plan, ainsi que les quartiers, les édifices publics et les jardins; les terrains furent partagés entre la couronne et les conquérants. Ces préliminaires terminés, Cortez donna ses ordres pour commencer la construction des édifices. Les alliés et les vaincus furent appelés à prêter gratuitement leur concours à cette œuvre ; Don Carlos lxtlilxochitl envoya des milliers de maçons, de charpentiers et d'architectes; les matériaux des monuments, en partie détruits, servirent à l'édification des nouveaux, et la nouvelle ville avec un nombre aussi prodigieux de travailleurs s'éleva comme par enchantement. Le 15 mai 1522, Cortez écrivait à Charles-Quint que, depuis quatre ou cinq mois que la réédification de la capitale avait été entreprise, elle était déjà fort belle et que chaque jour elle s'embellissait davantage.

Le premier édifice construit fut une sorte d'arsenal destiné à la conservation des brigautins et dont il ne reste plus de trace. Le général permit à tous ses compagnons, vu la situation peu sûre encore du pays, de se construire des maisons en guise de forteresse avec des tours pour se défendre. Il en fit de même pour les monuments qu'il fit bâtir sur l'emplacement des anciens palais de Moctezuma. Toutes ces habitations particulières n'avaient qu'un étage et des murs très épais en pierres cimentées avec de la chaux, de manière à pouvoir résister aux attaques des Indiens. Tel fut l'embryon de la ville dont le nom de Tenochtitlan, corrompu en celui de Temixtitan , fut définitivement abandonné pour celui de Mexico.

En 1524, il y avait déjà un hôpital et trois grands marchés, ainsi qu'une église, une boucherie, une prison et la maison de la municipalité. Mexico s'agrandit et s'embellit rapidement; ses canaux, ses fossés et la partie du lac qui séparait

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la ville de la terre-ferme furent comblés peu à peu ; les nouvelles constructions, les travaux de dessèchement entrepris sous les vice-rois et l'évaporation naturelle de l'eau contribuèrent bien vite à changer l'ancienne configuration de la capitale pour lui donner celle qu'elle a conservée jusqu'à nos jours.

Après la prise de Mexico, Cortez conserva le gouvernement général des provinces conquises, en sa qualité de chef de l'armée, comme en vertu des pouvoirs qui lui avaient été délégués à Villarica de Vera-Cruz. Au mois de décembre 1521, Cristobal de Tapia vint à Vera-Cruz avec un ordre de l'évôque de Burgos, D. Juan Rodriguez de Fonseca, présideni du conseil des Indes, pour enlever à Coriez son commandement et l'emmener prisonnier à Madrid. Fonseca, influencé par les intrigues du gouverneur de Cuba, avait arraché cet ordre au cardinal Adrien, alors régent d'Espagne, pendant l'absence de Charles-Quint. Les procureurs des municipalités espagnoles au Mexique s'opposèrent à l'exécution de ce mandat inique. Ces municipalités réparties dans les quatre colonies organisées à Vera-Cruz, Medellin, Tepeacac — aujourd'hui Tepeaca — et Mexico, formaient un congrès provincial chargé de veiller a l'administration civile de ces colonies. Cristobal, embarrassé de sa mission, dégoûté des ennuis qu'on lui suscitait pour l'empêcher d'aller à Mexico, retourna à Cuba, sans avoir exécuté les ordres de Fonseca.

De retour à Madrid, Charles-Quint reçut des plaintes, comme le cardinal en avait déjà reçues, de la famille et de hauts personnages alliés ou amis de Cortez, contre l'ingratitude et l'hostilité du président du conseil des Indes qui voulait destituer le « conquérant », — nom donné depuis à Coriez, — auquel la couronne d'Espagne devait un si grand empire. Fonseca fut blùmé, son ordre de destitution cassé, et, par un décret impérial expédié de Valladolid le 15 octobre 1522, Cortez devint officiellement gouverneur et capitaine général de la Nouvelle-Espagne, réunissant ainsi les pouvoirs civil, militaire et judiciaire. Rodrigo de Albornoz, Gonzalo

de Salazar, Alonso de Estrada et Peralmindez — abréviation de Pedro Alraindez — Chirino furent nommés administrateurs des finances, ayant chacun leur emploi particulière- 'ment spécifié dans celte administration.

Cortez, voulant étendre les limites de sa conquête, envoya son lieutenant Alvarado s'emparer du Guatemala; plus tard, il chargea Cristobal de Olid de conquérir l'État actuel de Honduras. Cristobal partit, réussit dans son entreprise et se déclara indépendant du gouverneur de Mexico. A la fin d'octobre 1524, Cortez se mit en route pour réduire à son obéissance le capitaine insurgé. Il confia le gouvernement provisoire de la Nouvelle-Espagne, pour toute la durée de son absence, au trésorier Alonso de Estrada, au licencié Alonso de Zuazo et à Rodrigo de Albornoz, puis il emmena Quauhtemotzin, le roi de Tlacopan, Coanacotzin, ex-empereur d'Acolhuacan, quelques autres personnages qu'il voulait également tenir sous la main, et Marina qui le suivait toujours dans toutes ses expéditions. Ce fut pendant ce voyage que Marina retrouva sa mère qui l'avait fait passer pour morte et l'avait remise à des marchands.

Peu de temps avant le carême de 1525, Cortez se reposait avec ses troupes dans une ville du nom d'Izancanac, capitale de la province d'Acallan; les trois souverains déchus et prisonniers eurent alors le malheur de causer ensemble sur la facilité qu'ils auraient à tuer Cortez, les Espagnols et de reconquérir leur liberté, sinon leurs couronnes. Un Mexicain, ayant entendu celte conversation, la rapporta de suite au général, et, dans l'espoir d'être rémunéré largement pour sa délation, il la dénatura et l'exagéra, lui donnant la forme d'un complot. Cortez se trouvait alors avec trois mille Mexicains et ires peu d'Espagnols, harassés de fatigue; croyant à un danger imminent, il ne vit d'autre moyen d'en sortir que de se débarrasser de ses prisonniers et lit pendre à un arbre les trois souverains. Cette triple exécution, blâmée même par les compagnons de Cortez, fut pour ce général le sujet d'un éternel remords. A son arrivée dans la province de Hon-

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duras, il apprit que Cristobal de Olid avait été décapité sur la place de Naco par ses ennemis. Ainsi mourut un de ses plus vaillants capitaines. Alvarado eut pareillement une fin tragique, son cheval le tua dans la Nouvelle-Gallicie en le jetant à terre du haut d'une montagne.

Dans le courant de l'année 1525, Salazar et Chirino s'emparèrent du gouvernement de la Nouvelle-Espagne, exilèrent à la Havane Zuazo, mirent en prison Estrada, Albornoz et persécutèrent tous les amis de Cortez. Celui-ci, averti de ces désordres, révoqua les pouvoirs qu'il avait délégués à ces deux individus et nomma son parent Francisco de Las Casas pour les remplacer. Mais Las Casas ayant été déjà renvoyé en Espagne par Salazar et Chirino, les amis du conquérant se rassemblèrent, prirent, après un combat acharné, Salazar qui était resté à Mexico, tandis que son collègue guerroyait à Oajaca, le mirent en prison et placèrent au pouvoir, le 29 janvier 1526, Albornoz et Estrada. Chirino, pris ensuite, fut pareillement emprisonné. De retour à Mexico, au mois de juin de cette même année, Cortez fut admirablement accueilli de ses compatriotes. Parmi les réjouissances publiques qui eurent lieu à cette occasion, l'on cite une «course de taureaux » ; c'est la première qui se fit dans la Nouvelle- Espagne; il y en eut ensuite d'autres à l'arrivée de chaque vice-roi, tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre, aucun monument destiné à cette fin n'ayant été construit sous la domination espagnole; le cirque qu'on voit aujourd'hui à Mexico pour les courses de taureaux ne date que de l'indépendance.

Un des premiers actes d'autorité exercé par Cortez, lorsqu'il reprit les rênes du pouvoir, fut de destituer les alcades nommés par Salazar et Chirino et de les remplacer par ses partisans. C'est à cette époque qu'il reçut de Charles-Quint le titre de Don et des armes emblématiques qui faisaient allusion à ses services. Mais cette faveur était à peine octroyée qu'elle fut suivie d'un acte de suspicion. Les continuelles accusations qui parvenaient aux oreilles de Charles-

Quint contre l'ambition prétendue du conquérant décidèrent e souverain à faire examiner la conduite de son lieutenant. A cet effet, il envoya Ponce de Léon, natif de Toledo, qu'il nomma juez de residencia, — juge de résidence, commissaire impérial. — Pour adoucir la rigueur de cette mesure, Charles-Quint, par une lettre autographe datée du 4 novembre 1525, annonçait à Gortez la nomination de Ponce de Léon qui arriva à Mexico le 2 juillet 1526. Malheureusement, aussitôt que ses titres furent reconnus par la munici- - palité, il mourut laissant à l'inquisiteur Marcos de Aguilar le pouvoir de gouverner pendant le jugement de Cortez. Les procureurs des municipalités coloniales s'opposèrent d'abord a cette élection; Aguilar pourtant triompha de l'opposition, mais ne tint pas longtemps le pouvoir entre les mains ; il mourut le 1er mars 1527, ayant nommé alors Alonso de Estrada pour lui succéder.

Cette nomination souffrit les mêmes difficultés que la précédente, et, comme Cortez refusait de reprendre ses'fonctions, la municipalité de Mexico appela Gonzalo de Sandoval à gouverner conjointement avec Estrada, sous la condition, toutefois, que rien ne se ferait concernant la guerre et les Indiens sans l'autorisation du conquérant. Le 22 août, Estrada présenta un décret impérial, daté de Valladolid, 16 mars 1527, déclarant qu'à la suite de la mort de Ponce de Léon, le successeur de son choix était approuvé, et, qu'en cas de mort ou d'absence de ce successeur, il fallait s'en tenir à celui nommé par le dernier défunt. Estrada resta donc seul au pouvoir ; il en profita pour mettre en liberté Salazar et Chirino; il persécuta Cortez et ses amis au point de les obliger à quitter Mexico. Le conquérant se retira d'abord à Cuyoacan, puis à Texcoco d'où il commença les préparatifs de son voyage en Espagne qu'il effectua en 1528.

La carrière politique de Fernand Cortez se termina de la sorte ; la grandeur des obligations qu'on lui devait était trop considérable pour que la cour de Madrid pût fermer longtemps l'oreille aux intrigues des jaloux, aux clameurs des

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petits esprits. Il partit pour l'Espagne, emmenant avec lui son cher et fidèle Sandoval qui mourut très jeune encore dans une ville de l'Andalousie en accompagnant son général à Madrid. Sauf deux ou trois compilateurs qui se sont trop affranchis, dans leur histoire du Mexique, des récits des témoins oculaires et des grands historiens de la conquête, tous s'accordent à dire que Sandoval était le type le plus parfait de l'ardeur juvénile alliée à la prudence, de la bravoure et de l'humanité, de la modération et de la modestie. Sa conduite, toujours noble, toujours généreuse, et son intrépidité dans les combats le firent aimer de ses soldats, estimer de ses ennemis, admirer et respecter de tous.

Coriez fut naturellement accueilli à la cour avec l'empressement et la curiosité qui devaient s'attacher à la personne d'un homme aussi prodigieux par ses faits héroïques. Charles- Quint le créa Marqués del Valle de Oajaca — marquis de la vallée de Oajaca — par une patente royale datée de Barcelone, 6 juillet 1529, et lui donna des domaines immenses dans le Mexique; il alla môme lui faire une visite un jour que le conquérant était malade; il le combla de bienfaits, mais il ne voulut plus lui laisser au Mexique d'autre pouvoir que celui de capitaine général. Cortez revint dans le pays qu'il avait conquis, fit quelques expéditions de découvertes, visita le golfe de Californie, situé entre la* basse Californie et les provinces continentales appelées Sinaloa et Sonora; ce golfe prit de là le nom de « Mer de Cortez »; il mit ses terres en valeur et revint en Espagne, où il mourut en 1547, accablé d'ennuis et son crédit usé, à l'âge de soixantetrois ans.

On se rappelle que ce fut au commencement de 1522 qu'eut lieu la création de la municipalité de Mexico, dont la résidence était à Cuyoacan en attendant la reconstruction de la ville. Les prérogatives de cette municipalité paraissent avoir été très étendues; elle jugeait les causes économiques et administratives en chapitre ou conseil. Ces conseils Se tenaient, depuis le 8 mars 1524 jusqu'au 10 oc-

tobre 1528, selon les expressions des registres municipaux, « dans les maisons du magnifique seigneur Hernando Cortez, gouverneur et capitaine général de cette nouvelle Espagne. » A cette époque arriva l'Audience et dès le lendemain, 11 octobre, le conseil eut lieu dans les maisons du chapitre « qui est dans la prison publique, » d'après le témoignage de ces mêmes registres, c'est à dire que la maison municipale et la prison ne formaient qu'un seul corps de logis. Ces audiences — Audiencias— * étaient des cours suprêmes de justice, dont le président avait de droit le pouvoir de gouverner toute la province placée sous la juridiction de l'Audience. Le personnel choisi pour remplir ces hautes fonctions se composait ordinairement d'hommes intègres, fidèles a la couronne, mais jaloux de leurs droits, méfiants vis-a-vis de tout esprit supérieur, inclinés a l'oppression la plus violente, inflexibles et despotes quelquefois jusqu'à la barbarie. Néanmoins, ces juges rendirent des services signalés a la race indienne, opprimée par les conquérants et leurs successeurs, en dépit des intentions chrétiennes de la cour de Madrid qui fit de généreux efforts pour améliorer la situation de la race conquise. Si ces efforts n'ont pas été couronnés de succès, c'est que les moyens étaient insuffisants et que l'Espagne ellemême souffrait de bien des préjugés dont Charles III voulait affranchir tous ses États. Il est à remarquer que la république mexicaine a conservé , sous une autre forme , ce tribunal suprême de justice dont le président était de droit vice-président de la république et remplaçait le chef de l'État lors delà vacance du fauteuil présidentiel.

Charles-Quint, ayant adopté le système des audiences pour le gouvernement des colonies espagnoles en Amérique, nomma la première qui devait régir le Mexique; elle se composait des licenciés Juan Ortiz de Malienzo, Alonso de Parada, Diego Delgadillo, Francisco Maldonado auditeurs, et de Nuno de Guzman, alors gouverneur de Panuco, président. Ce président arriva vers la fin du mois de décembre 1528 à Mexico et gouverna de la manière la plus arbitraire ; jamais

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on ne vit gouvernement plus oppressif et plus intolérant. Charles-Quint, informé par Juan de Zumarragua, premier archevêque de Mexico, de la conduite intolérable de ce fonc- • tionnaire, laissa le soin, avant de partir pour l'Allemagne, à l'impératrice doua Maria de remédier à celte situation. Cette princesse, devenue régente après le départ de l'empereur, résolut de nommer un vice-roi; mais, en attendant, elle changea le personnel de l'Audience, choisit d'autres juges, leur donna l'ordre de juger leurs prédécesseurs et de les envoyer en Espagne avec les pièces du procès. Nu no de Guzman ne les attendit pas et partit pour une expédition dans le Jalisco où il fonda la ville de Guadalajara, après avoir parcouru le Michoacan.

Le président de cette seconde Audience se nommait D. Sébastien Ramirez de Fuenleal ; il appartenait à la famille des comtes de Villaescusa et fut le premier prélat qui gouverna le Mexique. Il était évêque-de Saint-Domingue; quant aux auditeurs, le choix en fut laissé à l'évéque de Badajoz, président de la chancellerie de Valladolid, qui choisit les licenciés Juan de Salmeron, Alonso Maldonado, Francisco Ceinos et D. Vasco de Quiroga. Femand Cortez, dont l'emploi de capitaine général lui avait été confirmé, devait accompagner à Mexico cette seconde Audience; mais celle-ci ayant différé son départ, Cortez revint seul avec la marquise del Valle, sa seconde femme, fille du comte d'Aguilar et nièce du duc de Bejar; tous les deux allèrent demeurer à Texcoco en attendant la cérémonie de leur entrée solennelle à Mexico. Cette seconde Audience ne se distingua par aucun fait particulier.

Dans une lettre patente de Charles-Quint, datée de Barcelone, 17 avril 1535, D. Antonio de Mendoza, commandeur de Somellanos, de l'ordre de Santiago et chambellan de l'empereur, fut nommé premier vice-roi de la Nouvelle-Espagne et président de l'Audience. Ces deux fonctions lui valaient une solde de six mille ducats d'or et deux mille ducats de plus pour l'entretien d'une garde d'honneur qu'il devait avoir à l'effet de donner plus de prestige à sa personne. Mendoza

était fils, frère et proche parent des plus illustres personnages de l'Espagne.

Quoiqu'il eût commencé à gouverner en 1535, le premier registre de ses actes qui se trouve dans les archives générales de Mexico porte la date de 1542. Ces registres offrent des lacunes regrettables, dues à l'incurie et aux abus des administrateurs. Sous le gouvernement de ce vice-roi, les Espagnols continuèrent leurs découvertes dans le nord. Celle du Nouveau-Mexique et de Quivira, sur laquelle je donne des détails dans mon Voyage aux grands déserts, fut la plus célèbre. Les richesses fabuleuses qu'on prétendait exister dans cette province devinrent le sujet d'une rivalité entre Gortez et Mendoza.

Ce vice-roi fit faire plusieurs expéditions maritimes au Pérou pour secourir le gouverneur de cette province pendant les guerres civiles qui s'élevèrent alors. Il envoya pareillement d'autres expéditions dans les Californies et sur le Pacifique ; ce fut dans l'un de ces voyages que les Espagnols découvrirent les îles appelées depuis Philippines, en l'honneur de Philippe II. Il fit la guerre en personne dans le Jalisco et transféra la ville de Guadalajara au lieu qu'elle occupe aujourd'hui. Sous son gouvernement on commença à battre monnaie; les premières pièces étaient en cuivre; les Indiens n'en voulaient pas, ils remettaient toutes celles qu'ils pouvaient et jetaient les autres. Pendant quatorze ans, c'est à dire jusqu'en 1535, les conquérants se servaient de la monnaie qu'ils avaient apportée avec eux ; mais elle ne dura pas longtemps ; elle fut bientôt éparpillée. Alors ils la remplacèrent par des morceaux d'or et d'argent du poids des pièces espagnoles; de sorte que le mot peso, — poids, —devint le titre du type appelé piastre aujourd'hui.

En 1522, Cortez fit fabriquer une multitude de cette monnaie informe en or et en argent dont se servirent les premiers conquérants, celle d'Espagne ayant acquis une valeur nominale d'un tiers en sus de sa valeur réelle. Celte monnaie de Cortez et des conquérants n'était pas toujours dépour-

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vue d'une marque faite au moyen d'un poinçon et d'un coup de marteau ; étant obligés d'envoyer au roi d'Espagne un cinquième des métaux précieux qu'ils exploitaient, ils fondaient ce cinquième en petite ou grosse monnaie, et, quoique informe, ils la marquaient de ce qu'ils appelaient « le coin royal.» Ces ébauches monétaires furent insensiblement améliorées jusqu'en 1535, époque à laquelle D. Antonio de Mendoza établit un hôtel de monnaies dans la maison du marquis del Valle. Cet hôtel changea de local deux fois et fut ensuite installé dans un édifice construit ad hoc par D. Nicolas Peinado en 1731, sous la vice-royauté du marquis de Casa-Fuerle; puis, étant insuffisant pour la quantité des métaux précieux qu'on y monnayait, on bâtit l'hôtel actuel qui fut terminé en 1788T

Mendoza inaugura le collège de Santa Cruz de Tlatelolco, fondé par monseigneur de Fuenleal pour l'éducation des Indiens. Plus tard ce collège fut abandonné, le gouvernement ayant eu peur que les Indiens instruits ne finissent par se révolter, lui retira tous ses moyens de prospérité. Ceux de Las Niîîas et de S. Juan de Lalran se fondèrent également à cette époque. En 1545, il y eut parmi les Indiens une peste qui en fit périr un nombre considérable. On découvrit aussi les mines de Zacatecas qui furent immédiatement mises en exploitation. Après dix-sept années d'une administration intelligente et ferme, pendant laquelle D.Antonio de Mendoza donna de grandes preuves de tact et d'intégrité, il fut envoyé l'an 1550 au Pérou en qualité de vice-roi et mourut à Lima deux ans plus tard, le 21 juillet.

A la date du 28 novembre 1550, on voit dans les archives de Mexico des ordres, donnés au nom du second vice-roi D. Luis de Velasco, de la maison des connétables de Castille; les dernières ordonnances de Mendoza sont du 4 octobre, ce qui ferait supposer que l'archevêque se serait trompé en mettant au 5 décembre l'entrée en fonction de Velasco. Remarquable par son illustre naissance et des services distingués, ce vice-roi était sage, prudent, fortement

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sympathique aux Indiens, et disposé à leur donner une grande partie de la liberté qu'ils avaient perdue sous la monarchie mexicaine et depuis la conquête; aussi le nom de « Père des Indiens » lui fut-il donné par cette classe intéressante et malheureuse que l'on opprimait de plus en plus.

Les villes de Durango, de Chametla et de S. Miguel-el- Grande furent édifiées sous le gouvernement de Velasco. La dernière fut construite dans le but d'empêcher les invasions des Chichimèques barbares qui n'avaient jamais été soumis. . En 1552, on ouvrit à Mexico l'université royale et pontificale, fondée par lettre patente de Charles-Quint le 21 septembre 1551. Cette même année vit la première inondation qui eut lieu à Mexico depuis la conquête; elle causa quelques dommages dans la ville, mais peu importants. La peste qui avait déjà fait tant de mal aux Indiens apparut de nouveau en 1555; si l'on en croit le grave témoignage du P. Sahagun, à Tlatelolco seulement il y en aurait eu dix mille d'enterrés pendant cette épidémie. Deux années plus tard, Bartholomé de Médina découvrit le procédé de l'amalgamation des métaux précieux qui devait donner un si grand développement aux richesses minières de ce pays et qui est encore en usage aujourd'hui. Vers la fin de sa carrière, D. Luis de Velasco envoya à la Floride une armée sous le commandement de D. Tristan de Arellano; celte expédition fut très malheureuse, elle échoua comme çelle de Fernand Cortez avait échouée sur les rivages du golfe de Californie.

Ce fut pendant son administration que Philippe II monta sur letrônc d'Espagne, après l'abdication de Charles-Quint, le 7 janvier 1556. Velasco conserva le pouvoir quatorze ans et mourut le 31 juillet 1564. Son gouvernement avait été si doux, si sage et si heureux que la mort du vice-roi fut un deuil public; ses obsèques se firent avec une solennité inaccoutumée. Quatre évêques portèrent sur leurs épaules son cercueil qui fut déposé à l'église de Saint-Dominique. Le chapitre ecclésiastique de Mexico, en annonçant à Philippe II la mort de D. Luis de Velasco, lui dit : — « Sa mort

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a causé une grande affliction à toute la Nouvelle-Espagne, parce qu'avec la grande expérience qu'il avait il gouvernait avec beaucoup de droiture et de prudence, sans molester personne; aussi, le considérions-nous tous comme un père. Il mourut le dernier jour de juillet très pauvre et avec beaucoup de dettes, parce qu'il a toujours eu la justice en vue, sans vouloir profiter de sa position pour s'enrichir, ne cherchant que le service de Dieu et de Votre Majesté, conservant l'État dans une grande tranquillité. »

A la mort de Velasco, l'Audience royale prit le pouvoir en main et gouverna jusqu'au 19 octobre 1566. Elle se composait du visiteur licencié Valderrama, des docteurs Ceiuos, Vasco de Paga et Villanueva. La publication de décrets oppressifs, lancés par Philippe II, causa de très vifs mécontentements parmi les conquérants et leurs fils; elle amena même une conspiration à laquelle les Ris de Fernand Gortez furent accusés d'avoir pris part. A l'occasion des fêtes données pour le baptême de deux métis nés de D. Martin Cortez, second marquis del Valle, on le soupçonna de vouloir se faire couronner empèreur du Mexique. D. Martin et ses amis furent emprisonnés et condamnés par l'Audience à la peine de mort, sans considération pour les services rendus par eux et leurs parents. Alonso de Avila, Alvarado et Gil Gonzalez, son frère, furent exécutés en face de la municipalité. Les poursuites contre les autres prisonniers se continuaient avec activité , mais le nouveau vice-roi D. Gaston de Peralta, marquis de Falces, les fit suspendre.

Gaston de Peralta, en arrivant à Vera-Cruz, visita le fort de S. Juan d'Ulùa et le fit agrandir; averti de ce qui se passait à Mexico, il pressa sa marche, et, de Puebla, il ordonna de ne pas procéder à l'exécution de D. Luiz Cortez, fils naturel du conquérant, jusqu'à son arrivée dans la capitale, qui eut lieu le 16 octobre 1566. Il arrêta prudemment les causes pendantes, renvoya en Espagne le marquis del Valle avec sa famille et rétablit la tranquillité publique. Cette conduite modérée lui valut l'animosité de l'Audience qui le fit

révoquer et repartir pour l'Espagne en 1568. C'est le premier vice-roi auquel on voit donner le titre d'Excellence, les deux précédents n'avaient que celui de seigneurie.

L'Audience gouverna huit mois en attendant l'arrivée d'un autre vice-roi. Le conseiller des Indes, licencié Alonso Muhoz, homme cruel et violent, vint à Mexico continuer l'instruction du complot et poursuivit les accusés avec la dernière rigueur. D. Martin Gortez, fils de D. Fernand et de la célèbre dona Marina, qui était resté pour administrer les biens de son père, fut mis à la torture. Munoz fit, en outre, condamner a mort nombre de personnes de toutes les classes de la société, en exila d'autres et répandit l'épouvante dans tout le Mexique jusqu'à ce que Philippe II le rappela. La première fois qu'il se trouva en présence de son souverain, à son retour en Espagne, Philippe II lui dit:— « Je vous avais envoyé dans la Nouvelle-Espagne pour gouverner et non pour détruire. » — Il lui fit ensuite de tels reproches que Munoz en mourut le lendemain de désespoir.

Le quatrième vice-roi, D. Martin Enriquez de Almansa, prit possession du gouvernement le 5 novembre 1568. Il gouverna le Mexique pendant douze ans, à la suite desquels il fut nommé à la vice-royauté du Pérou. L'administration de D. Martin de Almansa marque dans l'histoire du pays comme une des époques les plus fécondes en événements importants. Pour la sécurité des provinces occupées par les Espagnols, il établit à Portezuclos et Ojuelos, sur le chemin de Zacatecas, des presidios — sorte de pénitenciers-forteresses; — il fit lui-même la guerre aux Huachichiles qui faisaient de fréquentes excursions jusqu'à Guanajuato, et créa pour la défense de cette ville le presidio de San Felipe. En 1571, l'inquisition vint s'établir à Mexico, et l'année suivante les jésuites arrivèrent également dans cette capitale. Le premier inquisiteur, D. Pedro Moyu de Contreras, devint ensuite archevêque de Mexico et, l'an 1573, d'après les ordres de Philippe II, il posa la première pierre de la cathédrale actuelle. Cette même année vit aussi la création du collège de

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Los Santos, et, trois ans plus tard, au fameux Cerro de Totoltepec où Gortez passa de si mauvais moments après la noche triste, l'on inaugura le sanctuaire de Notre-Dame des Remèdes. En 1576, la peste tua plus de deux millions d'Indiens ; jamais la déplorable histoire du Mexique n'avait eu à enregistrer pareille calamité. Le vice-roi donna dans cette occasion un constant exemple de dévoûment envers l'humanité souffrante; aussi, fut-il regretté lorsqu'il partit pour céder sa place à D. Lorenzo Juarez de Mendoza, comte de la Coruiïa.

Ce Mendoza appartenait à la noble famille du premier vice-roi; il était en outre un vieux soldat déjà célèbre par ses talents militaires ; il entra en fonction le 4 octobre 1580. -Voyant que l'Audience ne remplissait pas ses devoirs, que les rentes de l'État étaient mal administrées, que l'autorité viceroyale, diminuée sous les administrations précédentes, ne suffisait pas à remédier au mal, il pria Philippe II d'envoyer un visiteur à Mexico. Le roi nomma pour cette importante charge l'archevêque D. Pedro Moya de Contreras. Mais avant que les lettres royales fussent parvenues à leur destination, D. Lorenzo mourut le 19 juin 1583. L'Audience, composée de Pedro Farfan, Sanchez Paredès, Francisco de Sande et du docteur Robles, gouverna seize mois.

D. Pedro Moya prit possession de la vice -royauté le 25 septembre 1584 avec l'autorité du triple pouvoir dont il était revêtu. Il s'acquitta de ses fonctions avec beaucoup de finesse, de prudence et de fermeté; il chassa de l'Audience tous les auditeurs qui avaient abusé de leur position pour s'enrichir; il châtia sévèrement, et même par le supplice de la potence, les employés et receveurs des finances coupables de vols et d'infidélités dans leur emploi ; il présida le troisième concile mexicain auquel concoururent six évéques et qui fut approuvé par le souverain pontife en 1589, ainsi que le catéchisme rédigé à ce concile pour l'usage particulier du Mexique. Après avoir rempli scrupuleusement les grandes obligations de ses différentes charges et avoir envoyé en

Espagne des sommes plus considérables que ne l'avait fait encore aucun de ses prédécesseurs, il fut élevé à la plus haute dignité du gouvernement de l'Amérique espagnole, celle de président du conseil des Indes. Telle fut la récompense de ses services. Quand il mourut, au mois de décembre 1591, il était si pauvre que le roi Philippe II fut obligé de payer ses funérailles et les dettes qu'il avait contractées pour des œuvres de bienfaisance.

Son successeur, D. Alvaro de Manrique de Zuniga, marquis de Villa Manrique, frère du duc de Bejar, fit son entrée solennelle à Mexico le 17 octobre 1585 et gouverna jusqu'au mois de février 1590. Le cérémonial usité à l'arrivée des vice-rois est assez curieux pour mériter une brève description. Naturellement, il était un peu modifié selon le temps, les circonstances et les personnes, mais en général il se suivait de la manière indiquée ci-après.

A son arrivée à Vera-Cruz, le nouveau vice-roi recevait de l'ancien des lettres de félicilation, des provisions de chocolat, de vins et tout ce qui pouvait lui être utile en route. Les autorités de Vera-Cruz l'attendaient sur le môle, lui remettaient les clefs de la ville et l'accompagnaient entre deux haies de soldats à l'église, où le clergé chantait le Te Deum. De Vera-Cruz à Mexico le vice-roi était précédé de quatre éclaireurs et de deux courriers. Son cortège se composait des personnes de sa suite et de celles de la vice-reine, d'une compagnie de cavaliers, du capitaine de YAcordada, dont je parlerai plus loin, de porte-étendards et de clairons. Sur sa route, les autorités locales et les Indiens venaient le complimenter sous des arcs de triomphe dressés au milieu des chemins, des villes ou des villages

A Jalapa, deux secrétaires du gouvernement et deux chanoines de Puebla se joignaient au cortège. De Perole, le vice-roi se rendait directement à Tlaxcala où se faisait son entrée solennelle à cheval dans l'ordre suivant : les quatre éclaireurs ouvraient la marche avec un page portant un étendard sur lequel étaient brodées, d'un côté, les armes royales

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et, de l'autre, celles du vice-roi; venaient ensuite des Indiens avec leurs tambours, des flageolets et d'autres instruments de musique dont ils jouaient constamment; plusieurs portaient des bannières sur lesquelles on voyait les patrons ou les devises qui leur étaient propres; le corps municipal, uniquement composé de nobles indiens, conduisait avec des rubans le cheval du vice-roi jusqu'à l'extrémité de la rue Royale où, devant une décoration splendide, le vice-roi recevait des compliments appropriés à la circonstance. Un Te Deum terminait cette entrée, mais non les fêtes qui duraient trois jours. Le troisième jour, le vice-roi se rendait à Puebla où il était reçu avec encore plus de solennité et demeurait huit jours. Pareille réception se faisait à Cholula et à Huexotzinco en souvenir des anciens services rendus aux Espagnols par les habitants de ces deux provinces; mais le vice-roi n'y demeurait que le jour de son arrivée.

Pendant cette marche triomphale, l'ancien vice-roi quittait le palais, le préparait pour son successeur, puis se rendait à Otumba, avec un cortège aussi riche qu'imposant, pour remettre au nouvel élu le gouvernement et le bâton de la vice-royauté. Les autorités de Mexico l'attendaient à S. Cristobal et l'accompagnaient d'abord à Notre-Dame de Guadalupe, puis à Ghapultepec où tous les grands personnages de la capitale venaient le voir. Lors de son entrée officielle à Mexico, l'Audience, les tribunaux et toute la noblesse faisaient partie du cortège, revêtus de somptueux costumes. Arrivé à la rue de Santo-Domingo, le corregidor et la municipalité prêtaient serment au vice-roi sous un arc de triomphe ; les alcades le conduisaient ensuite à la cathédrale en tenant les rênes de son cheval. L'archevêque et le chapitre le recevaient à la porte de l'église ; enfin, après le Te Deum, le vice-roi s'en allait en procession au palais avec la plupart de ces personnages. Les fêtes publiques données en cette circonstance duraient plusieurs jours. Pour l'entrée du duc d'Alburquerque, il y avait en outre des voitures de gala dans lesquelles se trouvaient la duchesse et les personnes de sa

suite, vingt-quatre mules de charge dont les harnais étaient tous en argent et en soie aux couleurs brillantes. Depuis le gouvernement de D. Mathias de Galvez, l'entrée dans la capitale se fit en voiture et perdit beaucoup de son caractère imposant.

A peine D. Alvaro Manrique de Zuniga eut-il pris possession du pouvoir, après son entrée officielle dans Mexico, qu'il eut des contestations très vives avec les pères provinciaux des couvents de Saint-François, de Saint-Dominique et de Saint-Augustin à propos de la sécularisation des paroisses ordonnée par Philippe II. Les religieux de ces trois ordres administraient un très grand nombre de paroisses en dépit des lois ecclésiastiques et des décrets royaux, promulgués pour laisser au clergé séculier l'administration des paroisses et ne pas distraire les religieux du but proposé par les fondateurs dans la création de ces ordres ; mais au Mexique les franciscains, les dominicains et les augustiniens s'étaient déjà rendus très puissants par la multitude de missions qu'ils avaient établies parmi les Indiens et des couventsqu'ilsavaienlfondés dans les villes; ils ne voulurent pas abandonner les paroisses qu'ils avaient administrées, sinon créées, lorsque le clergé séculier était insuffisant; alors ils envoyèrent au roi des procureurs pour plaider leur cause et la dispute entre eux et le vice-roi se calma momentanément.

En 1586, Thomas Gavendish, corsaire anglais, prit le galion qui venait des Philippines et se dirigeait sur Acapulco. L'année suivante, sir Francis Drake , autre fameux corsaire de la même nation, s'empara pareillement sur les côtes de la Californie du navire Sauta-Anna, chargé de richesses provenant de la Chine et du Japon. Ce corsaire fit tellement du mal aux Espagnols sur les côtes du Jalisco et du Sinaloa. que D. Alvaro de Zuniga donna des ordres pour enrôler la milice de ces provinces, armer les navires d'Acapulco et de poursuivre sir Françis Drake; mais le corsaire avait déjà quitté ces parages et sa poursuite fut vaine.

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De graves questions s'élevèrent entre ce vice-roi et l'Audience de Guadalajara sur les limites de leurs juridictions respectives. La querelle s'envenima et les deux partis levèrent des troupes. Des nouvelles exagérées de ce différend étant parvenues en Espagne, le roi craignit la guerre civile, rappela précipitamment le marquis et nomma visiteur Tévéque de Puebla, D. Diego Romano. Cet évéquc fut très sévère pour D. Alvaro ; il fit mettre sous le séquestre ses biens et jusqu'aux effets de la marquise. Quoique le conseil des Indes levât le séquestre, D. Alvaro de Zuniga mourut à Madrid avant de rentrer dans la jouissance de ses propriétés.

Son successeur, D. Luis de Velasco, deuxième de ce nom, reçut l'ordre de ne pas débarquer à Vera-Cruz et d'agir avec bien des précautions, à cause des troubles qui avaient motivé le rappel de D. Alvaro. D. Luis arriva à Tamiagua, près de Tampico; voyant que tout était tranquille, il se rendit à Vera-Cruz et de là à son poste. Ce vice-roi étant natif de Mexico, et jadis ayant été alfarez de la municipalité, le corps municipal résolut de lui faire une réception magnifique. Il fit son entrée officielle dans la capitale le 27 janvier 1590, sur un cheval richement caparaçonné et conduit parles autorités de la ville.

D. Luis mit fin aux excursions des Chichimèques, fit la paix avec eux et, pour les civiliser, il établit dans leurs montagnes, ainsi qu'à S. Luis de Potosi, des colonies tlaxcaltèques ; celle de S. Luis Mesquitic existe encore. Il régla les droits de l'administration de la justice aux Indiens, les délivrant de tous frais qui furent prélevés sur le tribut qu'ils payaient à la couronne. Par un décret du 1er juin 1590, il donna une grande impulsion aux manufactures de laine en rétablissant les fabriques et les ateliers. Ce mot « rétablir », qui se trouve dans le décret, semble indiquer que ces fabriques existaient déjà, mais qu'elles avaient été fermées par une cause que je n'ai pu découvrir dans les archives. Il suspendit l'exécution des ordres donnés pour la réunion des

HISTOIRE Dl' MEXIQUE.

Indiens en congrégations, à cause de la répugnance qu'ils manifestaient à quitter leurs cabanes éparpillées dans les champs et les montagnes. En 1393, il planta YAlameda ou promenade de Mexico, et, Tannée suivante, il prépara l'expédition pour la conquête définitive du Nouveau-Mexique, sous le commandement de D. Juan de Ofiate. Cette môme année 1594, il reçut l'ordre du roi de doubler le tribut des Indiens pour subvenir aux grandes dépenses occasionnées par les guerres dans lesquelles la couronne se trouvait engagée. L'exécution de cet ordre devint encore plus odieux par la manière dont se percevait ce tribut.

D. Luis, étant passé au mois de novembre 1595, au gouvernement du Pérou, fut remplacé par D. Gaspar de Zuniga y Acevedo, comte de Monterey qui gouverna le Mexique du 5 novembre 1595, jusqu'au mois d'octobre 1603, époque à laquelle il passa pareillement à la vice-royauté du Pérou. Sous l'administration de ce vice-roi la conquête du Nouveau- Mexique fut poussée avec beaucoup d'activité. Le comte envoya une expédition en Californie , sous le commandement de Sébastien Vizcaino, qui découvrit toute la haute Californie. Le nom de Monterey fut alors donné à la baie qui le conserve encore et à la capitale du Nuevo-Léon, construite à cette époque. Sur les instances de la cour de Madrid, il remit les Indiens en congrégations et en villages, mesure fort impolitique qu'il essaya de tempérer par des décrets, marqués du sceau de la prudence et de l'humanité. Il décréta la liberté du travail des Indiens qui devaient se louer pour la culture des champs et le travail des mines, au lieu d'être forcément répartis sur les terres comme ils l'étaient avant lui, d'après le système des repartimientos.

Le fatal système des repartimientos, — répartitions, — par lequel les Indiens avaient été répartis entre les conquérants et les premiers colons, détruisait la population indienne avec une effrayante rapidité; car, réduisant les Indiens à l'état d'esclaves sans garanties légales, leurs maîtres les faisaient travailler avec excès et les maltraitaient comme des

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bêtes de somme. Ce système fut remplacé d'abord par les encomiendas; puis par celui des intendencias. Les ericomiendas étaient de vraies commanderies, composées de groupes de familles, de congrégations, de villages, destinés à l'exploitation d'un domaine territorial et que le roi distribuait à son gré pour récompenser des services. Les couvents et le clergé séculier finirent par avoir un nombre considérable de ces domaines qui rappelaient les institutions analogues du moyen âge. Je parlerai plus loin du système des intendencias inauguré parCharles III, l'un des monarques les plus éclairés de l'Espagne.

Voulant veiller lui-même à la fidèle exécution de ses ordres, chaque dimanche D. Luis assistait sur les places de Mexico aux engagements qui se contractaient entre les propriétaires et les Indiens pour empêcher les natifs d'être trompés. Les Indiens des montagnes de Tapia se soulevèrent en 1601, mais l'évéque de Guadalajara, D. Ildefonso de la Mota, les pacifia au moyen de missionnaires qu'il envoya chez eux et, pour éviter de nouvelles révolutions, il établit sur le territoire plusieurs missions de jésuites. Philippe II mourut à l'Escurial le 13 septembre 1598; son successeur Philippe III concéda en 1615 le titre de ville et les honneurs de chef-lieu de province à Vera-Cruz, transférée de l'endroit qu'elle occupait alors à celui qu'elle occupe aujourd'hui, c'est à dire le premier choisi par Cortez et où il avait débarqué.

D. Luis se rendit à Otumba pour recevoir son successeur, selon l'habitude, et le traita avec tant de magnificence qu'en huit jours, disent les archives, il dépensa les revenus d'une année de sa vice-royauté. Puis il alla s'embarquer à Acapulco, accompagné d'une multitude d'Indiens qui pleuraient en le voyant partir, l'appelaient leur « père » et lui firent plusde démonstrations de respect et d'attachement qu'ils n'en avaient encore montré pour aucun de ses prédécesseurs.

Le nouveau vice-roi D. Juan de Mendoza y Luna, marquis de Montesclavos, prit possession du pouvoir le 27 octobre

M2 HISTOIRE DU MBXIQUB.

1603. La première année de son administration fut signalée par une calamité publique. L'excessive abondance de pluies» qui tombèrent au mois d'août 1604, fit déborder les lagunes; l'eau inonda Mexico et resta pendant un an dans les parties basses de la ville. Il fut alors question de transférer la capitale sur les collines voisines de Tacubaya, ce qui n'eut pas lieu à la suite d'un calcul démontrant que les édifices qu'on allait laisser tomber eu ruines valaient plus de vingt millions de piastres. On eut ensuite l'intention de procéder au dessèchement de la vallée, projet déjà formulé sous le gouvernement de D. Martin Henriquez, mais le fisc s'y opposa; on se contenta de protéger la ville par des digues et des chaussées, d'élever le niveau des rues et de les paver. A cette époque on commença l'aqueduc de Ghapultepec pour amener l'eau potable qui n'arrivait que par un ancien canal. En 1605, l'autorité royale permit aux Indiens de retourner sur leurs terres. Le marquis de Montesclavos fut élu en 1607 vice-roi du Pérou; mais par un privilège particulier, Philippe III lui permit de gouverner jusqu'au moment de son départ d'Acapulco. D. Juan de Solorzano, dans son célèbre ouvrage intitulé Politica indiana, cite fréquemment les décrets de ce vice-roi au Pérou comme modèles de sagesse et de droiture.

En 1607 , le docteur Landero de Velasco vint à Mexico en qualité de visiteur; le premier usage qu'il fit de ses pouvoirs fut de chasser de l'Audience et de renvoyer en Espagne deux*magistrats de ce tribunal. D. Luis de Velasco, deuxième de ce nom et déjà vieux, vivait tranquillement dans ses domaines d'Azcapozalco , lorsqu'il reçut les lettres royales qui l'appelaient une seconde fois au gouvernement de la Nouvelle-Espagne. Il se retira pendant huit jours au couvent des franciscains de Santiago Tlaielolco et fit sou entrée solennelle à Mexico le 2 juillet 1607. Peu de temps après, Philippe III lui envoya le titre de marquis de Salinas, perpétué au Mexique dans une branche de la maison des comtes de Santiago qui descendent de ce vice-roi.

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La grande inondation arrivée cette même année décida l'exécution de l'œuvre du dessèchement. Le 28 décembre le vice-roi partit avec les autorités de la ville pour Huehuetoca où devait s'ouvrir le canal de déversement et leva la première pellée de terre, après avoir entendu une messe en musique. Pour les dépenses de cette gigantesque entreprise, on préleva une contribution de 1 % sur les possessions et marchandises qui se trouvaient à Mexico, lesquelles furent évaluées à 106,337,775 francs; de plus, on imposa un droit très fort sur chaque pièce de vin qui entrait par les octrois. Les travaux de dessèchement furent tracés par le P. Juan Sanchez de la compagnie de Jésus. Dans la province de Vera- Cruz, il y eut un soulèvement d'esclaves noirs qui répandit la terreur partout, mais il fut, heureusement, vite comprimé. D. Luis régla le service des Indiens dont on abusait sans cesse; ce règlement lui suscita beaucoup d'ennemis. Sous son administration, le visiteur Landero fut rappelé à Madrid pour répondre à des inculpations calomuieuses dont il se justifia facilement. Ii est à remarquer que le système des délations ténébreuses, inauguré au Mexique dès le principe de la domination espagnole, allait toujours en se développant et causait autant de maux au gouvernement qu'il démoralisait les individus.

En 1611, après l'apparition d'une éclipse totale qui répandit la consternation parmi tous les habitants de la Nouvelle-Espagne, D. Luis de Velasco fut promu à la haute dignité de président du conseil des Indes, tout en conservant le pouvoir jusqu'à son embarquement à Vera-Cruz. Il eut pour successeur un dominicain nommé D. Garcia Guerra, archevêque de Mexico, qui mourut le 22 février 1612, à la suite d'une chute, n'ayant gouverné que depuis le 11 juin 1611. Sous celte courte administration, on ne signale qu'un grand tremblement de terre qui occasionna beaucoup de désastres, et des contestations interminables sur le dessèchement de la vallée, de sorte que les travaux furent interrompus et la cause fut reuvoyée à Philippe III.

Sous le gouvernement de l'Audience qui précéda l'arrivée du nouveau vice-roi, il y eut une conspiration de nègres qui devait éclater le jeudi-saint 1512. La conspiration fut découverte par hasard ; l'Audience, toujours disposée à la sévérité, fît pendre vingt-neuf hommes, quatre femmes, et infligea d'autres peines à beaucoup d'accusés. Il est digne de remarque que les deux conspirations, signalées depuis la conquête, eurent lieu sous l'administration des audiences et que celles-ci châtièrent les inculpés avec la dernière rigueur. Jusqu'à présent on a vu le gouvernement des vice-rois paternel, bienfaisant, heureux ; celui des audiences a toujours été tracassier et déplorable; ne pourrait-on pas déjà voir par la différence de ces deux régimes la forme gouvernementale la plus en rapport avec les besoins, les instincts de celte population et la plus apte à maintenir la tranquillité publique? Les audiences se rapprochaient du gouvernement de plusieurs, c'est a dire du gouvernement représentatif républicain, quoique toujours dépendant du souverain d'Espagne; celui des vice-rois était l'image la plus exacte et la plus directe du régime monarchique, c'est aussi celui qui donna le plus de calme et de prospérité au Mexique.

D. Diego Fernandez de Cordova, marquis de Guadalcazar, treizième vice-roi, gouverna le Mexique depuis le 18 octobre 1612 jusqu'au 14 mars 1621. Sous son administration, les travaux du canal de la Huehuetoca pour le dessèchement de la vallée de Mexico furent de nouveau suspendus pendant deux ans par suite de discussions sur l'utilité de celte entreprise. En 1613, les Espagnols construisirent la ville de Lerma, nom du duc de Lerma, favori du roi. Trois ans plus tard, le manque de pluie causa une famine générale dans la Nouvelle-Espagne; l'hectolitre de maïs se vendit pendant la famine au prix énorme, pour celte époque, de trente-cinq à quarante francs. En 1616, lesTepehuanes du nord du Mexique se soulevèrent et mirent à mort tous les missionnaires jésuites et autres qui les évangélisaient ; parmi ces victimes, on cite le nom du P. Ferdinando de Tovar, parent du duc

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de Lerma. Le gouverneur de Durango, D. Gaspar Albear punit les rebelles et mit fin à cette révolution tout à fait locale. En 1618, la ville de Cordova fut fondée et reçut le nom du vice-roi ; celui de son titre fut également donné aux mines de Guadalcazar, récemment découvertes et situées non loin de S. Luis Potosi. L'aqueduc qui amenait l'eau de Santa Fé, près de l'Alameda de Mexico, fut achevé dans l'année 1620, et coûta 750,000 francs. D. Diego fit agrandir ou bâtir le château fort de S. Diego d'Acapulco, d'où il s'embarqua pour aller dans sa nouvelle vice-royaulé du Pérou, à laquelle il venait d'être nommé.

Le 31 mars 1621, Philippe III mourut à Madrid. Par une cédule royale du 19 juillet 1614, ce souverain porta les appointements des vice-rois du Pérou à trente mille ducats — environ 82,500 francs — et ceux des vice-rois du Mexique à vingt mille ducats — 52,500 francs, — plus six mois de solde pour les frais de voyage d'aller et autant pour le retour. Ces sommes étaient tellement modestes que les vice-rois, principalement au commencement du règne de Philippe IV, durent, pour faire face aux nécessités de leur situation, accepter des présents; ils firent même le commerce qui dégénéra en monopoles préjudiciables au bien public. L'Audience royale, qui gouverna après le départ du marquis de Guadalcazar, était présidée par le licencié Paz de Valecillo; elle proclama l'avènement du nouveau souverain et ne fit rien de remarquable.

En choisissant pour vice-roi du Mexique D. Diego Carrillo de Mendoza y Pimentel, marquis de Gelves et comte de Priego, Philippe IV fit un très mauvais choix. D'un caractère dur, emporté, brutal, il se proposa dès son avènement nu pouvoir d'affranchir les chemins des voleurs qui les infestaient; il en fit pendre une si grande quantité que le nombre surpassa en très peu de temps celui des suppliciés exécutés depuis la conquête; malheureusement j'ai omis d'en relever le chiffre dans les archives. Croyant infondé ce qui se disait sur les inondations auxquelles était sujette la capi-

taie et pour savoir à quelle hauteur s'élevaient les eaux des lagunes, il fit couper au mois de juin 1623 les digues qui retenaient la rivière de Cuautitlan, de sorte que la ville fut inondée une nouvelle fois. Les discussions qu'il eut avec l'archevêque D. Juan Perez de la Sema au sujet d'un voleur qui s'était réfugié dans Je sanctuaire du couvent de Santo Domingo, où il fut pris par ordre du vice-roi, causèrent une grande émeute parmi le peuple, le 13 janvier 1624. D. Diego dut se réfugier au couvent de S. Francisco où il demeura jusqu'à son retour en Espagne. Il signa le dernier acte de son administration le 20 décembre 1623, laissa le gouvernement à l'Audience et partit à la fin de 1624.

Avec son successeur D. Rodrigo Pacheco Osorio, marquis de Cerralvo, arriva, le 3 novembre 1624, l'inquisiteur de Valladolid, D. Martin Carrillo, chargé de rechercher et punir les auteurs de l'émeute contre le marquis de Gelves. La modération montrée par l'inquisiteur dans cette circonstance et le caractère conciliant du vice-roi calmèrent bientôt les maux causés par celte malencontreuse affaire. En 1628 , l'amiral hollandais Pierre Hein s'empara, dans le canal de Bahama, de la flotte qui retournait en Espagne avec huit millions de piastres, faisant éprouver ainsi au commerce espagnol une perte immense.

Le 20 septembre 1629 eut lieu une grande inondation occasionnée tout autant par l'abondance des pluies que par l'état de ruine dans lequel le marquis de Gelves avait mis, avec ses expériences, les digues et les canaux de dessèchement. La ville resta inondée jusqu'en 1631. L'inondation «'étant renouvelée en 1634, il fut de nouveau question de transférer la capitale à Tacubaya; mais la valeur des monuments qu'on devait abandonner ayant élé estimée à plus de deux cent cinquante millions de francs, on trouva cette perte trop considérable. Les travaux de dessèchement furent donc continués et l'on construisit la digue de San Cristobal telle qu'elle est encore aujourd'hui. Malgré les secours prodigués généreusement par D. Rodrigo, de concert avec D. Fran-

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cisco Manso de Zuîiiga, archevêque de Mexico, ce vice-roi eut la réputation d'emporter de très grandes richesses en Espagne, lorsque ses pouvoirs furent expirés en 1634.

D. Lopez Diaz de Armendaris, marquis de Cadereila, gouverna le Mexique du 16 septembre 1635 jusqu'au mois d'août 1640. Ce vice-roi s'occupa principalement de remédier aux inondations passées et d'en éviter d'autres par des travaux intelligents. Il organisa le corps d'armée appelé Barlovento, destiné à protéger sur les côtes de Vera-Cruz le commerce des Espagnols contre les Anglais et les Hollandais toujours à la poursuite des galions. Ce fut pendant l'administration de ce vice-roi, en 1636, qu'eut lieu l'incendie qui brûla les maisons du marquis del Valle. Cet incendie et celui causé par l'émeute de 1692, qui détruisit le palais du vice-roi et les bâtiments de la municipalité, permirent d'embellir la grande place de Mexico et de l'élargir, en donnant aux édifices reconstruits la situation qu'ils occupent et la forme qu'ils ont encore de nos jours. L'administration de D. Lopez n'est signalée par aucun autre événement.

Son successeur, D. Diego Lopez Pacheco Cabrera y Bobadilla, marquis de Villena, duc de Escalona et grand d'Espagne, entra en fonctions le 28 août 1640. L'année suivante il envoya D. Luis Cetin de Cafias, gouverneur du Sinaloa, avec quelques jésuites conquérir et civiliser toute la Californie. Il enleva définitivement les paroisses aux religieux des ordres monastiques el les fil administrer pni* des curés séculiers. Le cabinet de Madrid, inquint à cette époque à cause des révolutions qui agitaient le Portugal et la Catalogne, devint soupçonneux; sous des motifs les plus futiles il suspecta la fidélité du duc de Escalona et donna des ordres en conséquence à D. Juan de Palafox, évéque de Puebla. Celui-ci, nommé tout à la fois visiteur et vice-roi, se transporta secrètement dans la capitale, réunit les autorités pendant la nuit du 9 juin 1642, fit arrêter le duc et le conduisit prisonnier au couvent de Churubusco. Transporté depuis à S. Martin Texmelucan, le duc vit tous ses biens

confisqués et vendus à l'encan. De retour en Espagne il fut déclaré innocent, et le roi lui restitua la vice-royauté; mais, l'ayant refusée, Philippe IV lui fit réparation d'honneur en le nommant vice-roi de Sicile.

D. Juan de Palafox, qui avait été si rigoureux pour le duc de Escalona et lui avait succédé, ne resta que cinq mois au pouvoir, c'est à dire depuis le 10 juin 1642 jusqu'au 13 novembre de la même année. Il s'occupa surtout de régler les études de l'université; il fit des lois spéciales pour l'Audience, les avocats et les procureurs; il leva douze compagnies de milice pour la sûreté du pays; d'une activité fébrile et d'un zèle souvent inconsidéré, il poussa le désintéressement jusqu'à refuser ses honoraires de visiteur et de viceroi. Le pétulant évoque ne réfléchit pas que ce refus n'enrichissait pas le roi d'Espagne et privait bien des malheureux des secours qu'il aurait pu leur donner avec ces sommes. Transféré a l'évêché d'Osma en Espagne, il y mourut en odeur de sainteté.

Le 23 novembre 1642, D. Juan Garcia Sarmiento de Sotomayor, comte de Salvatierra et marquis de Sobroso, fit son entrée solennelle à Mexico en qualité de vice-roi de la Nouvelle-Espagne. Le comte était un homme très religieux, comme on l'était alors, c'est à dire jusqu'à la cruauté; ce qui n'empêche pas les archives de son temps de dire qu'il « gouverna avec justice et modération. » En 1644, il envoya en Californie, sous le commandement de D. Pedro Portel de Casanate, une expédition qui échoua, deux navires ayant pris feu au moment de mettre à la voile; elle fut réorganisée quatre ans plus lard à destination de la Basse-Californie; mais le commandant de la flotte, ayant trouvé cette province trop stérile, revint sans y avoir laissé aucune colonie. En 1645, Mexico fut encore inondée par l'obstruction du canal de dessèchement. Deux ans après cette inondation, le vice-roi fit construire sur le territoire de Guanajuato une ville à laquelle il donna son nom de Salvatierra. Les années de 1647 et 1648 virent à Mexico les premiers auto-da-fé;

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dans celui du 30 mars 1648, il y eut vingt-huit suppliciés; l'un d'eux, Gaspar de los Reyes, appelé Yabbé de Saint- Antoine, était un religieux qui avait administré les sacrements el disait la messe sans être prêtre; les autres étaient également de faux prêtres, des religieux mariés, des polygames et des hommes accusés de professer le judaïsme, la religion mahométane ou d'avoir des rapports avec le diable.

D. Marcos de Torres y Rueda, évêque deYucatan, nommé gouverneur du Mexique, fit son entrée officielle dans la capitale le 43 mai 1648, venant de Tacuba et non de Chapultepec, selon la coutume ; le comte de Salvatierra partit ce même jour pour le Pérou dont il allait prendre le gouvernement. Ce prélat avait des ordres qui limitaient assez ses pouvoirs; aussi, ne voit-on rien de remarquable se passer pendant son administration, si ce n'est un grand auto-da fc qui eut lieu sur la place du Volador le dimanche de Quasimodo, 11 avril 1649. Voici quelques extraits de la narration qui en est faite dans les archives de la ville :

« Beaucoup de monde fut occupé à la construction de l'échafaud ; les tribunes avaient des escaliers et des portes et furent édifiées aux frais de ceux à qui elles étaient destinées. Ledit jour, avant six heures du matin, les pénitents sortirent de la maison de l'inquisition ; ils passèrentau milieu de deux barrières qui prenaient depuis cette maison jusqu'à l'échafaud, et dans lesquelles se trouvaient alignées cinq compagnies de soldats, les quatre du bataillon » — municipal sans doute, — « et celle destinée à la flotte et au presidio de Vera-Cruz ; les soldats avaient leurs arquebuses, la mèche allumée et faisaient feu de temps à autre. Il passa d'abord soixante-six effigies d'hommes et de femmes morts dans la secte de Moïse; elles étaient portées par des Indiens des environs qui en précédaient d'autres portant les ossements des défunts dans des cercueils fermés à clef et peints en gris et en noir ; à côté de chaque effigie se trouvaient deux parrains espagnols républicains. Treize personnes venaient ensuite, huit hommes et cinq femmes qui furent brûlés. Parmi les

hommes il y avait le capitaine Vaez Castelblanco, Duarde de Léon, marchand de celle ville, Thomas, Tremino de Campo, » — ce nom est parfois écrit Trevino et Tcmino, — « marchand et marié dans cette ville et ayant des fils qui lurent pénitenciés,y>—\\ faudrait lire suppliciés,— «avec lui; la femme de Luis Fernandez Tristan, homme puissant, citoyen de cette ville, représenté en effigie et brûlé avec les autres, ainsi que plusieurs parentes très proches de la femme de Simon Vaez.

« Ils précédaient vingt-sept autres personnes, hommes et femmes, parmi lesquels on voyait Simon Vaez et sa femme dona Juana Enriquez; Malias R. de Olivera, Sebastien Vaez de Acevedo, beau-frère du docteur D. Antonio de Esquivai Castaneda, prébendier actuel de la cathédrale ; les autres étaient également très connus dans ce royaume. Derrière eux venaient les trois croix des trois paroisses de la Sainte- Croix, de Sainte-Catherine martyre, et du Sagrario de la cathédrale avec tout leur clergé, les curés et les propriétaires » — probablement des tribunes — « tous avaient des surplis. Trois clercs portaient trois petits crucifix à la main, trois autres avaient des missels et trois autres des rituels ; puis, marchaient les familiers » — de l'inquisition — « avec leurs baguettes noires ; derrière eux venaient un beau cheval sellé sur lequel on voyait le coffre renfermant les causes des pénitenciés; ce coffre était recouvert d'un linceul en taffetas cramoisi ; le cheval était conduit par deux personnes et gardé par des hallebardiers; enfin, venaient à cheval le grand alguazil et le notaire public dans des costumes somptueux.

« Les pénitents montèrent par l'escalier principal , construit à dessein en face de l'université; on les fit asseoir du côté de l'orient sur un échafaudage de quatorze gradins, surmonté d'un baldaquin fort riche. Tandis que les pénitenciés arrivaient, tous les tribunaux quittaient le tribunal de l'inquisition avec leurs officiers ordinaires et D. Geronimo de Banuelos, corregidor de l'université royale, le fiscal du

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tribunal, D. Antonio de la Gaviola, avec l'étendard de la foi, à ses côtés se tenait l'inquisiteur nouveau, le licencié D. Barnabé de la Iguera y Àmarilla; derrière eux venait monseigneur D. Juan Manosca, archevêque de celte ville, comme visiteur général dudit tribunal, ayant à son côté droit le docteur D. Francisco de Estrada y Escobedo, inquisiteur le plus ancien, et à son côté gauche le docteur D. Juan de Manosca, second inquisiteur... ils vinrent directement au collège de Porta-Cœli où ils s'arrêtèrent, entrèrent dans le couvent et vinrent s'asseoir aux fenêtres qui regardaient l'échafaud et qui étaient disposées de manière à pouvoir servir de portes pour entrer et sortir; » — sans doute on avait construit des tribunes contre les fenêtres basses de cet édifice, car on lit plus loin — «la plate-forme du tribunal était fort spacieuse... lesdits messieurs de l'inquisition, présidés par l'archevêque, s'assirent en face de grandes tables, et aussitôt les membres du clergé, le corrégidor, les alcades ordinaires, les régidors, le consulat, » — chambre de commerce, — « l'université prirent leurs places. Le tribunal royal et l'audience n'assistèrent pas à la cérémonie, l'évéque gouverneur étant in articulo mortis.

« Le bref apostolique concédant aux assistants les facultés nécessaires, après avoir été lu par le notaire public Eugenio de Saravia, celui-ci fit lever le doigt à tous les assistants, leur fit baiser la croix et mettre ta main sur les Évangiles... Avant de commencer la lecture des procès, le docteur Nicolas de la Torre, archidiacre de la cathédrale, évêque élu de la Havane, prêcha... A la fin de sou sermon on commença la lecture du procès de Castelblanco, comme chef de sa secte ; on le mit ensuite entre les mains de la justice ordinaire dont D. Geronimo Banuelos était le corrégidor, en le priant d'user de miséricorde envers le coupable qui fut déclaré excommunié, sectaire et anathématisé. Après lui vint Duarte de Léon qui fut également remis à la justice; puis, Thomas Treraino de Campos, pareillement remis à la jusiice; celui-ci fut contumace et très rebelle, il se mit à

HISTOIRB DO MEXIQUE.

invectiver les religieux et l'on ne pouvait s'en rendre maître; quand on lui donnait la croix a baiser il devenait furieux de sorte qu'il paraissait moins un homme qu'un démon et qu'on fut obligé de le bâillonner.

« On continua les procès des premiers treize, hommes et femmes,qui furent remis au bras séculier; puis on commença ceux des soixante-trois effigies, et quand tout fut fini, il était environ deux ou trois heures de l'après-midi; on les emmena en procession à l'audience ordinaire du corrégidor lequel se tenait assis sous un baldaquin, placé sur une plate-forme élevée, adossée contre les piliers de la ville » — de la grande place — « et entourée d'une barrière. Après une relation succincte des procès, il condamna aux flammes les effigies et les personnes vivantes, et Thomas Tremino à être brûlé vivant à cause de sa rébellion, etc. Ces sentences étant notifiées, on conduisit les condamnés au grand alguazil de la ville qui était l'exécuteur... Les religieux les plus vénérables et les plus doctes accompagnaient les condamnés et les exhortaient en pleurant à se repentir et à mourir réconciliés avec Dieu; c'est surtout auprès de Tremino que leur zèle s'exerçait avec le plus de ferveur. Arrivés au brasier » — sorte de four construit exprès — « élevé par le tribunal à cet effet sur le lieu de l'exécution, environné au sud, au couchant et à l'orient d'échafaudages en bois, loués très cher, pour voir l'exécution de ces misérables, les condamnés furent conduits à l'échafaud, puis étranglés par legarrote, après avoir vu brûler les effigies qui, étant de roseaux, furent vite consumées. Une fois morts, les suppliciés furent aussi placés sur le brasier et prirent bientôt feu, grâce aux vieux vêtements qu'ils portaient, a leur san-benito » — sorte de scapulaire, dont on habillait les pénitenciés de l'inquisition — « et à leur cuirasse de carton.

« Tandis que l'exécution se continuait, on avait attaché Tremino à un poteau, dans l'espérance que la crainte du feu et la vue des cadavres embrasés des suppliciés l'induiraient à se convertir; mais il n'en devenait que plus furieux, de

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sorte que les religieux l'abandonnèrent ; alors les Indiens et les enfants mirent le feu à ses habits, lui donnèrent tant do coups de bâton, lui jetèrent tant de pierres, les soldats lui tirèrent tant de coups d'arquebuse et Tremino faisait tant de résistance qu'il mourut brûlé vif, ayant ainsi un avant-goût du supplice qui l'attendait... Le corrégidor laissa une garde au brasier et des personnes chargées de rejeter dans le feu les ossements afin qu'ils se consumassent ; le feu dura toute la nuit et jusqu'à midi du lundi, où le corrégidor arriva avec des gens qui mirent les cendres dans des tombereaux et les jetèrent ensuite dans un canal qui passe derrière le couvent de San Diego. »

Les autres pénitenciés furent condamnés à l'exil, au fouet ou à la prison. C'est à cette époque que l'inquisition déploya sa plus grande activité dans la Nouvelle-Espagne, et les scènes barbares que je viens de détailler se renouvelèrent plusieurs fois. Malgré l'esprit du temps qui trouvait ces supplices fort naturels, plusieurs vice-rois paralysèrent les rigueurs du tribunal de l'inquisition, devenu odieux longtemps avant sa suppression.

Quoique l'évêque gouverneur fût un homme intègre, son secrétaire D. Juan de Salazar, marié avec la nièce du prélat, dona Pedronilla de Rueda, abusa de sa position et de l'infirmité de son oncle par alliance. L'évêque étant mort le 22 avril 1649, et son corps étant encore exposé dans l'église de Saint-Augustin pour les funérailles, l'Audience fit mettre le séquestré sur tous les biens du défunt pour prélever dessus une somme de plus de deux millions de francs, détournée par Salazar de différentes manières et de laquelle il s'était approprié. L'Audience gouverna quinze mois et son président fil continuer les travaux de dessèchement interrompus par ordre du gouverneur. Pendant ce laps de temps, rien de remarquable ne se passa dans le Mexique à part l'inauguratiou de la cathédrale de Puebla, et des querelles très vives entre l'évêque de cette ville, D. Juan de Palafox, et les jésuites, à propos d'abus de pouvoir de part et d'autre.

D. Luis Enriquez de Guzman, comte d'Albe, de Lista et marquis de Villaflor, vingt et unième vice-roi de la Nouvelle-Espagne, prêta serment le 28 juin 1650, mais ne fit son entrée solennelle que le 3 juillet. Il gouverna jusqu'au mois d'août 1653, époque de sa nomination à la vice-royauté du Pérou. Depuis Tannée 1629, un décret royal limitait à trois ans la durée du gouvernement de chaque vice-roi, mais ce " décret fut rarement mis en vigueur; la mort, la longueur des voyages, la multitude des corsaires qui interceptaient fréquemment les communications, pillaient, prenaient ou coulaient les navires qui venaient du Mexique donnaient à cette mesure une certaine difficulté d'exécution. La tranquillité dont jouissait alors le Mexique rendait l'histoire de la domination espagnole dans ce pays assez insignifiante au point de vue de l'intérêt. Les travaux du dessèchement de la vallée, quelques séditions d'Indiens dans les provinces éloignées, des conflits de pouvoir entre le clergé et les autorités civiles, entre le vice-roi et les autorités ecclésiastiques ou politiques, des luttes d'influence pour obtenir les fonctions supérieures dans différents ordres religieux ou pour conserver des privilèges, le départ et l'arrivée des flottes, tels étaient les événements ordinaires qui occupaient l'attention publique. Rien autre ne signala l'administration du comte d'Albe qui passa au Pérou après les trois années réglementaires indiquées plus haut.

Son successeur, D. Francisco de la Gueva, duc d'Alburquerque, grand d'Espagne, vint à Mexico le 15 août 1653 et n'en sortit qu'au mois de septembre 1660 pour aller gouverner la Sicile. Les Anglais, coma.andés par l'amiral Penn, s'emparèrent de la Jamaïque en 1655 , après avoir été repoussés de Saint-Domingue. Le duc, à cette nouvelle, s'empressa de lever des troupes pour chasser les Anglais ; «mais cette expédition Tut très malheureuse et presque tous les soldats qui la composaient y trouvèrent la mort. Les registres civils nous apprennent que les chemins étaient infestés de voleurs, que le duc en ût pendre un grand nombre et

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qu'en 1659 il y eut treize sodomites brûlés à Mexico sur la place de San Lazaro. Le vice-roi hâta les travaux de la cathédrale et quoiquelle ne fût pas complètement achevée, il en fit l'inauguration solennelle le 30 janvier 1656. Il faillit être assassiné le 12 mars 1660 par un soldat du nom de Manuel de Ledesraa qui le frappa sur l'épaule d'un coup de poignard tandis qu'il priait dans la chapelle de la Soledad. Aimant la représentation et les grandes fêtes, le duc fit célébrer la naissance des infants de Philippe IV par des mascarades et toutes sortes de réjouissances publiques. C'est en 1660 que se fonda dans le Nouveau-Mexique la ville d'Alburquerque.

D. Juan de Leiva y de la Cerda, marquis de Leiva y de Labrada, comte de Banos. vingt- troisième vice-roi, fut assez mal reçu dès son entrée officielle, qui eut lieu le 16 septembre 1660, probablement a cause de son peu de sympathie pour les Mexicains. Son fils aîné, D. Pedro, ayant à Chapultepec mal parlé des Mexicains, le comte de Santiago lui répondit vertement. Une querelle s'ensuivit; D. Pedro tira l'épée, tua un serviteur du comte qui voulait défendre son maître et provoqua celui-ci en duel, après la conclusion du gouvernement de sou père. Ce moment venu, monseigneur Escobar qui remplaça le comte de Banos consigna les deux adversaires chez eux, leur imposa mille ducats d'or s'ils sortaient sans son ordre et empêcha de la sorte le duel d'avoir lieu.

Plusieurs décrets arbitraires ou puérils, publiés par ordre du vice-roi, augmentèrent la mauvaise humeur des Mexicains contre le comte de Banos. Les archives de la cathédrale nous disent qu'en 1662 il modifia le trajet de la procession de la Fêle-Dieu et voulut la faire passer devant le palais afin que la comtesse pût la voir du haut de son balcon. Les chanoines se révoltèrent contre ces prétentions, les plaintes de part et d'autre furent vives et l'on renvoya la cause à Madrid pour une solution. Le comte fut blâmé et condamné à payer une amende de douze mille ducats. A celte époque il y eut une sédition à Tehuantepec, occasionnée pur

des ordonnances de D. Alonso Cuevas y Davalos, évéque de Oajaca, né à Mexico, dont il fut ensuite un des archevêques les plus exemplaires. Le 24 juin 1664, le volcan du Popocatepelt vomit une grande quantité de fumée, ce qui ne s'était pas vu depuis 1530. Le comte de Banos, dégoûte des ennuis qu'il avait éprouvés au Mexique, revint en Espagne et se ût carmélite a Madrid, à la mort de sa femme:

D. Diego Osorio de Escobar y Llamas, évôque de Puebla, reçut par accident le pli qui le nommait à la vice-royauté; le comte de Banos qui ne l'aimait pas, avait jusqu'alors intercepté toutes les lettres qui lui donnaient avis de sa prochaine nomination. Monseigneur Osorio prit possession du pouvoir le 29 juin 1664 et gouverna seulement jusqu'au 15 octobre de la même année. Il ne fit autre chose que de rétablir dans leurs emplois ceux qui en avaient été privés par son prédécesseur et de faire payer les amendes auxquelles plusieurs employés avaient été condamnés.

En voyant si fréquemment la vice-royauté occupée par des prélats, on devine l'influence qu'exerçait alors le clergé dans toutes les dominations espagnoles et dans les conseils du roi. La prépondérance des principes religieux dans les seizième et dix-septième siècles, fit édifier dans tout le Mexique une immense quantité de couvents et d'églises. Grâce à leur nombre vraiment prodigieux, la Nouvelle-Espagne ressemblait plutôt à un État monastique qu'à une colonie destinée à produire de gros revenus à la couronne. Ces couvents, presque tous construits avec les deniers des familles riches, étaient pour la plupart excessivement vastes; ils avaient de beaux jardins, de grandes possessions et pouvaient contenir beaucoup de monde; celui de S. Francisco à Mexico contenait, m'a-t on dit, plus de trois cents cellules ou chambres. Le zèle religieux, la charité individuelle, le désir de gagner le cTel au moyen de bonnes œuvres contribuèrent à multiplier ces institutions, ainsi que les hôpitaux, les maisons de bienfaisance, les écoles publiques et les collèges pour les créoles comme pour les Indiens ; mais si les soins donnés

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aux malheureux, si les refuges créés pour abriter les misères humaines, les esprits contemplatifs, les maltraités par le sort, les disgraciés de la fortune, en un mot, toutes les personnes qui s'enferment dans les couvents par un motif quelconque, laissaient peu à désirer par leur nombre, il n'en était pas de même de l'instruction qui fut toujours pitoyable et donnée avec parcimonie. La mère patrie ne s'occupait que de l'intérêt religieux de ses sujets et des mines d'or et d'argent de ses colonies; elle négligeait, elle étouffait même le développement de l'intelligence, des connaissances utiles, du commerce et de l'industrie de ses possessions transoeéa-; niques. Des réformes heureuses se firent en ces matières au dix-huitième siècle, principalement par l'initiative de Charles III et même de Charles IV, mais elles furent insuffisantes, le Mexique resta toujours un pays qu'on appellerait aujourd'hui exceptionnellement clérical dans ses goûts, ses tendances et ses habitudes.

Monseigneur Osorio de Eseobar renonça volontairement à la vice-royauté après une administration de quelques mois, il refusa le siège archiépiscopal de Mexico qu'on lui offrait, et céda le pouvoir à D. Sebastien de Toledo, marquis de Mancera, le 15 octobre 1664. Sous le gouvernement de ce vice-roi, il y eut une nouvelle dédicace de la cathédrale qui coûtait déjà au trésor royal 8,760,000 francs. Un service funèbre y fut célébré en l'honneur de Philippe IV, mort à Madrid le 17 septembre 1665. On vit également un auto-da-fê, dans lequel se trouvait parmi les pénitenciés D. Diego de Penalosa, gouverneur du Nouveau-Mexique « coupable d'abus de langage contre les inquisiteurs » ; on ne dit pas quelle fut sa peine. En février 1670, le marquis de Mancera descendit à Vera-Cruz pour visiter la forteresse de S. Juan d'Ulùa, menacée par les Anglais. Les archives de la Havane nous apprennent que sur la flotte qui partit de Vera-Cruz pour l'Espagne à la fin de 1672, et passa à la Havane le 22 janvier de l'année suivante, il se trouvait enregistrés, pour le roi , 8,905,140 francs , une caisse de perles et une d'éme-

raudes, et pour des particuliers, 83,606,615 francs. Le marquis de Mancera revint à Madrid en 1673, après avoir vu proroger deux fois le temps ordinaire de i'adininisi ration vice-royale.

Son successeur D. Pedro Nuiïo Colon de Portugal, duc de Veragnas, marquis de la Jamaïque, grand d'Espagne et chevalier de la Toison d'or, ne gouverna que du 8 au 13 décembre 1673 ; il mourut laissant le pouvoir eulre les mains de l'archevêque de Mexico, D. Payo Enriquez de Rivera, religieux de l'ordre de Saint-Augustin, Ce prélat, nommé provisoirement par le défunt, était fils du duc d'Alcala, gouverneur de l'Andalousie ; il avait été successivement évéque de Guatemala* et du Michoacan avant de passer à l'archevêché de Mexico. 11 fit battre des pièces d'or en 1675 dans la capitale; jusqu'à cette époque on n'avait encore battu que de la monnaie d'argent. 11 fit construire en pierre la chaussée qui conduisait au sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe, et l'aqueduc qui devait y ameuer de l'eau ; il s'occupa d'améliorer pareillement les autres entrées de la ville. En 1678, sous sou administration, les pirates ravagèrent Campéche, lts Indiens du Nouveau-Mexique établis dans des missions se révoltèrent et mirent à mort vingt et un misionnaires franciscains.

Monseigneur Payo se démit de ses doubles fonctions d'archevêque et de vice-roi; Charles II, après avoir refusé sa démission, dut l'accepter sur de nouvelles instances et l'appela . à la présidence du conseil des Indes tout eu le nommant à i evéché de Cuença. Avant de quitter le Mexique, ce prélat partagea le peu d'argent qu'il avait entre les établissements de charité du pays et donna sa bibliothèque au couvent de Saint-Philippe Nen. Il partit de la capitale le 30 juin 1681, accompagné de sou successeur, de l'Audience, des autorités municipales et des bénédictions du peuple qui le regrettait sincèrement. Arrivé en Espagne, il écrivit au roi pour le remercier des nouveaux honneurs que Sa Majesté venait de lui conférer et se retira dans un monastère des augusti-

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niens déchaussés de l'évêché d'Avila , où il mourut le S avril 1684.

D .Thomas Antonio -ds te Cerda y Aragon, comte de Paredès, mrrauis Je la Laguna, pri^ds^sion de la vice-royauté le 30 novembre 1680. Pour assurer la tranquillité du Nouveau-Mexique il envoya des troupes et une colonie de trente familles d'Espagnols et de mulâtres qui s'établirent dans les environs de Santa-Fè, la capitale. La nouvelle de la prise de Vera-Cruz par le fameux pirate Lorencillo et ses compagnons, qui s'étaient en même temps emparés, le 17 mars 1683, de grosses sommes d'argent, prêtes à partir pour la mère patrie, décida le comte de Paredès à faire prendre les armes à tous les habitants de cette province, âgés de 'quinze à soixante ans. Il nomma les auditeurs Delgado et Solis chefs de l'armée qui devait aller à Vera-Cruz; mais celte expédition devint inutile, les pirates s'étant retirés après avoir saccagé la ville; ils passèrent triomphants devant une flotte espagnole attendue et qui ne se doutait de rien. Le comte se rendit ensuite 5 Vera-Cruz et condamna à mort le gouverneur de cette place pour indifférence dans son service en cette occasion; celui-ci, en ayant appelé de ce jugement à celui du roi, fut envoyé en Espagne sur la flotte qui venait d'arriver.

De retour h Mexico, le v ice-roi apprit que de nouvelles déprédations avaient été commises sur les côtes des deux mers par des corsaires; ces déprédations se renouvelèrent fréquemment, mais le comte ne pouvait les empêcher n'ayant pas de flottille ni de gardes-côtes. Il envoya une expédition en Californie, aussi dispendieuse que les précédentes, et sans en tirer plus de profit. Enfin, après six années d'ennuis et de déboires, il revint à Madrid, fut nommé grand d'Espagne, grand majordome de la reine et son fils reçut le titre de duc de Guastala.

Son successeur D. Melchior Porlocarrero Laso delà Vega, comte de Monclova, gouverna depuis le 30 novembre 1686 jusqu'au même mois de l'année 1688, où il abandonna le

pouvoir pour a{]er au Pérou. On l'appelait : « Bras d'argent », parceque ayantYert,u le bras droit dans une bataille, il s'en était fait mettre u\autre en argen^jy^ire à ses frajs ur> aqueduc pour conoSrtii^J^'^e Chapultepec à Sal& 'del Agua dans Mexico. Les corsaires qui infestaient les côtes le mirent-dans de continuelles alarmes; quelques-uns s'étaient installés et retranchés sur les borJs du golfe, parmi ceux-ci se trouvaient des Français tranquillement établis dans la baie de Saint-Bernard au Texas; le comte de Monclova se disposait à marcher lui-même contre eux, lorsqu'il apprit que cet établissement venait d'éire détruit par les Indiens. Il fonda la ville de Monclova dans le Cohahuila, et fil continuer les travaux de dessèchement interrompus pendant treize ans. Il ne quitta Mexico que le 13 avril 1689, quoique il eût remis, dès le 11 novembre de l'année précédente, le gouvernement entre les mains de D. Gaspar de Sandoval Silva y Mendoza, comte de Galve.

Ce nouveau vice-roi, un des hommes les plus remarquables de son temps, envoya à la baie de Saint-Bernard au Texas une colonie pour empêcher le retour des Français, mais elle fut bientôt abandonnée. En 1689, les Tepehuanes et les Tarahumares se soulevèrent, mirent à mort leurs missionnaires et ne rentrèrent dans l'ordre et le devoir qu'à la voix inspirée du père jésuite Jean Marie Salvatierra de Milan. L'année suivante le comte expédia des troupes au gouverneur de Saint-Domingue pour chasser les Français, qui furent mis en déroute à Guarico. Le 30 janvier 1690, arriva à Mexico D. Fernando Valenzuelo, favori de Marie- Anne d'Autriche, régente d'Espagne pendant la minorité de Charles II, et depuis très persécuté; quoique exilé, le roi avait donné l'ordre de le bien traiter. Le dernier jour de cette année, il reçut dans la poitrine un coup de pied de cheval et mourut cinq jours après, avant d'avoir signé le testament par lequel il nommait le comte de Galve son exécuteur testamentaire. Ses funérailles furent celles d'un prince et firent événement à Mexico.

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Le 23 août 1691, à neuf heures du matin, la capitale fui plongée dans une obscurité profonde « par une éclipse de soleil qui permit devoir les étoiles pendant un grand quart d'heure et d'entendre chanter les coqs», disent les archives de l'époque. Le peuple attribua à cette éclipse la maladie des grains qui causa presque une famine Tannée suivante. Le 8 juin 1692, il y eut à Mexico une émeute pendant laquelle le peuple brûla le palais et la municipalité. Durant l'incendie, le savant historien D. Carlos de Sigùenza, au risque de sa vie, réussit à sauver les archives municipales. D. Juan de Velasco, comte de Santiago, à la tête des troupes et de la garde nationale dispersa les insurgés. Des mesures de sûreté furent aussitôt prises parmi lesquelles on cite, après la punition des coupables, la prohibition de la vente et de l'usage du pulque, boisson nationale avec laquelle les Mexicains s'enivraient. Le gouverneur de Tlaxcala vint avec beaucoup d'Indiens au secours du vice roi, mais il dut repartir en toute hâte pour calmer une nouvelle émeute qui éclata dans cette ville et plusieurs autres des environs. Il est fâcheux que les causes de ces petites révolutions locales ne soient pas connues; il est à supposer que des lois coloniales, les mauvais traitements infligés aux Indiens et les rivalités de race entre les Espagnols et les créoles n'y étaient pas étrangers.

Les autres événements consignés dans les registres municipaux, sous l'administration du comte de Galve, se limitent à de nombreux tremblements de terre; la conquête totale et pacifique du Nouveau-Mexique, la pose de la première pierre de l'église actuelle de Notre-Dame de Guadalupe et du grand séminaire, et la mort de la célèbre poétesse mexicaine, sœur Jeanne Inèz de la Croix, religieuse de Saint-Jérôme, et dont les compositions poétiques sont très nombreuses. Le 21 janvier 1696, le comte remit ses pouvoirs à l'évêque de Puebla, D. Manuel Fernandez de Santa- Cruz, mais celui-ci ayant refusé la vice-royauté, l'Audience ouvrit alors le second pli de réserve, dans lequel se trou-

vait la nomination de l'évoque du Michoacan, D. Juan deOrtega Montanes. Sous le gouvernement de ce prélat qui dura seulement du 27 lévrier au 18 décembre 1696, on ne signale autre chose que l'établissement eu Californie de missions présidées par les pères jésuites Salvatierra et Kino, et une émeute d'étudiants qui voulaient brûler un petit échafaud sur lequel on exposait les malfaiteurs.

D. José Sarmiento Valladares, comte de Montezuma et de Tula, trente-troisième vice-roi, avait épousé dona Maria Andréa Montezuma Jofre de Loaïsa, troisième comtesse de Montezuma, et quatrième petite-fille du second empereur de ce nom par D. Pedro Johualicabuatzin Moclezuma. En faisant son entrée solennelle à Mexico le 2 février 1697, son cheval s'abattit et le démonta, ce qui fut considéré de mauvais augure. Un mois après cet accident une disette de grains causa une nouvelle sédition ; le peuple se rendit sous le balcon du vice-roi pour lui demander du pain et ne se retira que sur la promesse qu'on lui fit de prendre immédiatement des mesures pour approvisionner la ville. L'usage et la veute du pulque furent permis de nouveau par un décret royal. Les travaux de reconstruction du palais incendié en 1692 étant à peu près terminés, le comte de Montezuma vint s'y installer au mois de mars. Le 16 juillet, sa tille dona Fausta Doininga mourut de la petite vérole ; son autre fille dona Melchora mourut également en 1717, de sorte que le comte, restant sans postérité, son titre et la pension de deux cent mille francs qui y était attachée passèrent, par la seconde ligne féminine, aux marquis de Tenebron, dont le majorât était dans la Caslille et appartenait au cardinal D Francisco Ximenès de Gisneros.

Le 20 octobre 1697 vit une nouvelle éruption du Popocatepelt. Deux ans plus tard il y eut un auto-da-fé; parmi les dix-sept péniteuciés qui figuraient au jugement, l'un d'eux, du nom d'Albert Moïse Goraez, fut brûlé comme étant israélite. Le 22 août s'éteignit à l'hôpital de l'^imor de Dios le chapelain de cet hôpital D. Carlos de Sigùenza y Gongora,

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né a Mexico et l'un des plus érudits historiens et littérateurs qu'eut le Mexique.

En passant un soir de fête par la rue S. Francisco, le viceroi rencontra la voiture du comte de Santiago qui s'arrêta pour laisser passer les équipages de Montezuma, selon les règlements de la municipalité; mais ayant donné Tordre à son cocher de continuer son chemin avant l'arrivée des pages, ceux-ci se prirent de querelle avec le comte et les hommes de sa suite. On dégaina et l'un des combattants fut grièvement blessé. Le vice-roi, averti de ce qui passait, revint sur ses pas et commanda au comte de s'en aller chez lui par une autre rue; puis il le fit arrêter et conduireà San Agustin de las Cuevas. Le jour suivant l'archevêque alla trouver le viceroi pour empêcher que cet incident ne prît de graves proportions ; mais la vice-reine, impérieuse et altière, ne voulut pas entendre raison ; l'archevêque s'en retourna sans avoir rien obtenu, et le comte fut condamné à l'exil à Gampèche pour dix ans. Cette sentence ne s'exécuta pourtant pas.

Le 7 mars 1701, à neuf heures du soir, arriva dans la capitale la nouvelle de ta mort de Charles II, dernier roi de la dynastie autrichienne en Espagne, décédé le 1er novembre de l'année précédente à Madrid. Son successeur, Philippe V, croyant le comte de Montezuma plus dévoué à la maison d'Autriche qu'à la sienne, le rappela en Espagne par un navire français qui portait des munitions de guerre à Vera-Cruz. Le nouveau souverain s'empressait d'approvisionner cette ville, craignant qu'elle ne fût attaquée pendant la guerre qui menaçait l'Europe pour la succession au trône d'Espagne.

D. Juan de Ortega Montanes fut appelé une seconde fois à la vice-royauté du Mexique et gouverna depuis le 1er novembre 1701 jusqu'au 27 du même mois de l'année suivante. Il avait été nommé archevêque de Mexico le 22 mai et reçut tout à la fois le pallium et sa nomination de vice-roi. Ce prélat s'occupa beaucoup de corriger les vices de ses subordonnés, celui de l'oisiveté surtout le mettait en fureur. Un jour,

le 2 mai 1702, il alla visiter la prison, et, passant par la salle des audiences, il la trouva remplie de gens oisifs qui s'amusaient à entendre les plaidoiries des avocats; la mauvaise humeur le prit, il fit aussitôt fermer les portes de la salle et mettre en prison tous ceux qui n'étaient pas intéressés dans les procès en voie de jugement : — « Puisqu'ils n'ont rien à faire , dit-il pour justifier cette mesure , et qu'ils s'amusent à écouter plaider, je les occuperai dans la prison. »

Sous son administration, une flotte, portant quatre-vingtcinq millions de francs, partit de Vera-Cruz accompagnée d'une escadre française, commandée par le comte de Château-Renaud, et parvint à tromper la vigilance d'une escadre anglaise qui la guettait; mais, n'ayant pu pénétrer dans le port de Cadix, bloqué par les flottes anglaise et hollandaise, elle entra à Vigo, dans la Gallicie, où elle fut attaquée, étant à l'ancre, par les escadres ennemies; quelques navires espagnols furent pris et les autres coulés bas. Plus tard on voulut repêcher l'argent perdu dans un de ces navires coulés, mais sans succès.

Au mois d'octobre, D. Francisco Fernandez de la Cueva Enriquez, duc d'Alburquerque, nouveau vice-roi, vint à Vera- Cruz sur l'escadre française commandée par l'amiral Ducas. D'après le traité de Madrid, en 1700, il fut établi dans ce port le comptoir français des nèçres pour fournir des esclaves à un prix déterminé aux Antilles et à tout le continent américain.

Le duc d'Alburquerque fit son entrée dans la capitale le 8 décembre 1702; ce fut la plus somptueuse dont parlent les archives de la ville; il gouverna jusqu'au mois de janvier 1711. Jamais la vice-royauté n'atteignit un si haut degré de splendeur que sous ce duc. Il aimait le luxe avec frénésie, et lorsqu'il reçut l'ordre de la Toison d'or en 1708, il donna des fêtes magnifiques qui lui coûtèrent des sommes colossales. Il habilla les soldats et les officiers du palais à la française ; l'introduction des chapeaux à trois cornes

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parmi ses gardes attira vivement l'attention des Mexicains qui commencèrent dès lors, ainsi que leurs femmes, à suivre les modes françaises. Un incident assez curieux arriva sous ce vice-roi.

D. Jaïme Cruzat, ancien gouverneur des îles Philippines, résidait alors à Mexico ; il avait une fille remarquablement belle, appelée dona Ignacia Maria, qui devint très riche à la mort de son père. Parmi les fils des plus grandes familles qui se disputaient sa main, on citait le comte de Santiago, D. Domingo Sanchez deTagle et quelques autres jeunes gens. Tagle obtint la préférence et se maria le 14 juin 1703 au couvent de S. Lorenzo, oii l'archevêque avait fait mettre la fiancée pour la soustraire ù des gens armés qui voulaient l'enlever. Cette même nuit, le duc d'Alburquerque fit prendre le marié et l'envoya à Vera-Cruz pour l'exiler ensuite à Pen- * sacola , le condamnant en outre à une amende de cent mille francs. Il exila pareillement à Acapulco le père du marié, D. Pedro Sanchez de Tagle, avec une amende semblable, et son second fils, D. Luis eut également à payer cinquante mille francs d'amende. La duchesse qui favorisait les Tagle, probablement parce que le duc aimait en secret doua Ignacia Maria et qu'elle désirait la marier au plus tôt, se sépara de son mari, dont la conduite en cette circonstance la blessait profondément; ce ne fut qu'après plusieurs jours de négociations qu'elle consentit à revenir auprès de lui sur les instances de l'archevêque. Ces mesures arbitraires et violentes furent adoucies plus tard; mais le vice-roi n'en poursuivit pas moins cette affaire avec aigreur; il consigna les deux frères de la mariée dans leur maison avec une amende de cinquante mille francs pour chaque fois qu'ils en sortiraient. Ce drame se compliqua par l'apparition d'une femme qui prétendait avoir été épousée par le mari de dona Ignacia, et se termina peu de temps après par la mort de dona Ignacia elle-même qui mourut d'une fièvre maligne dans le couvent où elle s'était réfugiée. Elle laissa toute sa fortune à son aïeule et à sa sœur aînée, sauf les sommes nécessaires

pour payer les procès, les amendes et les pertes que D. Domingo Tagle son mari avait éprouvés à cause d'elle.

Les besoins d'argent pour couvrir les frais de guerre décidèrent Philippe V à faire payer au clergé mexicain le dixième de ses revenus. Le clergé de Mexico et celui de plusieurs autres villes refusèrent de se soumettre à cette dîme; l'archevêque Ortega Montanes dut faire employer la force pour obliger son clergé à exécuter les ordres du roi. Les ecclésiastiques du Michoacan et ceux de Durango, dans l'intention d'éviter les déplorables discussions sur les droits du souverain en cette matière, et ne voulant pas se mettre en rébellion, lui firent des dons volontaires équivalant à cette dîme.

Les flottes de la Chine et de l'Asie n'étant point venues au Mexique depuis deux ans à cause de la guerre, les objets de provenance étrangère furent élevés à un taux tellement extraordinaire, que le vice-roi le fit régler et condamner à des peines très sévères ceux qui ne se conformeraient pas à ce règlement. Parmi les autres événements consignés dans les archives sous cette administration, on remarque la confirmation de la fille du vice-roi qui se fit avec une solennité sans égale; « on lui donna cinquante-trois noms de saints i> disent les registres. — La pauvre enfant les a-t-elle jamais appris tous par cœur? — Il y eut également la dédicace du sanctuaire de Notre-Dame de Guadalupe qui se fit en grande pompe.

Avec D. Fernando de Alencastre Norona y Silva, duc de Linares, marquis de Valdefuentès, commence la série des grandshommesquigouvernèrent la Nouvelle-Espagne sous la maison de Bourbon jusqu'à Charles III. Cette série se compose de sujets vraiment remarquables par leur intelligence, leur probité, leuramour du bien publicet leurs capacités hors ligne. Le Mexique fit des progrès immenses, sous leur administration, dans la voie des sages réformes et du bien-être général ; il vit abolir, par l'initiative de Charles III, le système des encomiendas qui fut remplacé par celui de intendencias. Douze

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intendances furent créées dans la Nouvelle-Espagne pour donner aux Indiens de ces différentes provinces des protecteurs et des juges indépendants des autorités locales, et plus à portée de leur rendre justice que les audiences et tes vice-rois. Les intendants étaient généralement très bien choisis; hommes intègres, aimant la justice, ils surveillaient avec attention les intérêts des Indiens dont ils étaient pour ainsi dire les tuteurs et les grands justiciers.

Le duc de Linarès gouverna le Mexique depuis le lo janvier 1711, jusqu'au 15 août 1716; il institua le tribunal de la Acordada destiné à poursuivre et punir les voleurs d'une manière exceptionnelle. Dans l'instruction qu'il laissa à son successeur, il dit à propos de ce tribunal : « Le sonneur de la cathédrale et le sacristain de Notre-Dame des Remèdes furent deux des plus fameux voleurs que j'aie découvert^» Cette instruction donne une haute idée de l'intelligence de ce vice-roi ; écrite avec finesse et précision, elle peint le caractère des principaux personnages de l'Église et de l'État, au Mexique ; elle révèle les défauts et les qualités des uns et des autres, et toutes les ruses dont ils se servaient pour amener le gouvernement à suivre leurs vues, leurs plans et faire leurs volontés.

Le tribunal de l'Acordada fut établi à Mexico en 1710; la prison, construite pour les accusés que ce tribunal devait juger et qui a pris également son nom, était à côté de l'édifice actuel ; détériorée par le temps et trop petite pour l>e nombre des détenus, on en bâtit une autre qui fut étrennée le 14 février 1781. Une statistique de ce tribunal nous montre que depuis le jour de sa fondation jusqu'à la fin de 1810, il condamna 62,900 accusés, dont 888 à mort, 1,729 au fouet, 777 à l'exil, 19,410 aux présidios, 68 à l'inquisition et les autres à différentes peines; 1,280 moururent en prison, et 35,058 furent renvoyés comme non coupables, « corrigés et purgés. » Le duc de Linarès, d'après cette statistique, ne serait pas le fondateur de ce tribunal qui avait une maréchaussée particulière, mais plutôt son organisateur officiel,

et l'aurait, en outre, chargé plus spécialement de s'occuper des malfaiteurs publics.

C'est à ce vice-roi que l'on doit la construction de l'aqueduc qui conduit l'eau de Belen à Mexico; il fonda pareillelement une nouvelle colonie dans la province de Monterey, qui reçut le nom de Linarès; il répara les désastres causés par le grand tremblement de terre de 1711, <c qui dura une demi-heure, disent les relations de cette époque, pendant laquelle toutes les cloches sonnèrent d'elles-mêmes. » La paix célébrée entre l'Espagne et l'Angleterre en 1714, puis, étendue à toutes les autres puissances belligérantes, assura la couronne de Castille à la maison de Bourbon ; alors furent renouvelées avec la Grande Bretagne les conventions concernant la traite des nègres qui devinrent l'origine des plus graves abus et le sujet de continuelles contestations entre ces deux puissances.

Le duc de Linarès étant malade ne retourna pas en Espagne à l'arrivée de son successeur D. Balthazar de Zuïiiga, marquis de Valero et duc d'Arion; il resta à Mexico et mourut le 3 juin 1717. Le marquis de Valero fît son entrée solennelle dans la capitale le 16 août 1716. Un fou du nom de Nicolas Camacho se jeta sur lui le jour de la Fête-Dieu, lui enleva son épée et l'aurait tué sans l'intervention des hallebardiers du palais. Sous l'administration de ce vice-roi, les Nayarits, restés sauvages jusqu'alors, se soumirent grâce à l'influence de deux membres de l'illustre famille Flores Alatorre. Leur chef vint à Mexico demander des jésuites pour instruire et civiliser ses compatriotes; il fut gracieusement accueilli du marquis auquel il promit d'envoyer l'idole principale et la plus vénérée des Nayarits; elle fut brûlée par Finquisition dans un auto-da fé. Par cette soumission tout le pays situé entre les États de Zacatecaset deJalisco fut pacifié. Le 20 janvier 1722, un violent incendie détruisit le théâtre construit dans le cloître principal de l'ancien hôpital royal. On avait représenté ce jour-là une pièce intitulée la Ruine et rincendie de Jérusalem, et l'on avait annoncé pour

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le lendemain une autre pièce ayant pour titre Ici fut Troie. Deux titres pareils devaient naturellement porter malheur à l'édifice. Le nouveau théâtre, reconstruit sur l'emplacement de l'ancien, ne s'acheva qu'en 1753. Le marquis de Valero fonda un monastère de capucines pour les Indiennes et son cœur y fut transporté de Madrid où il mourut.

D. Juan de Acuna, marquis de Casafuerte, lui succéda le 15 octobre 1722. Né à Lima, dans le Pérou, il devint un des plus remarquables vice-rois de la Nouvelle-Espagne, chevalier de Santiago, commandeur d'Adelfa dans l'ordre d'Alcantara , il avait été gouverneur de Messine et Sicile et comptait cinquante-neuf ans de services publics. Il fit construire, agrandir ou réparer l'hôtel de la Monnaie et la douane, deux des plus beaux monumentsquise voient encore a Mexico. Il envoya le brigadier D. Pedro de Rivera visiter tous les presidios de l'intérieur pour mettre de l'ordre dans ces établissements ; cette visite dura quatre ans. En janvier 1728, D. Juan Francisco Sahagun de Arèvalo commença la publication de la Gazette de Mexico qui s'imprimait à l'imprimerie de D. José Bernardo de Hogal, rue de Saint-Bernard. Il paraissait un numéro par mois, rempli de nouvelles curieuses du temps. Celte gazette avait déjà paru en 1722 sous la direction de monseigneur Caslorena, évêque de Yucatan, né à Zacalecas, mais sa publication avait été interrompue par faute de succès et ne fut reprise régulièrement qu'en 1728. Deux ans plus tard on plaça dans le chœur de cette cathédrale la magnifique grille en métal de Chine qui avait été exécutée à Macao sur les dessins envoyés de Mexico.

La grande confiance que témoignait Philippe V au marquis de Casafuerte lui fit expédier des pouvoirs exceptionnels, pour gouverner à sa guise et prolonger le temps de son administration jusqu'à sa mort qui arriva le 17 mars 1734. Il fut enterré au couvent des franciscains de Saint-Cosme. Les cérémonies de ses obsèques furent imprimées et servirent de guide pour celles des autres vice-rois et des présidents de la république. Les progrès faits dans la Nouvelle-Espa-

HISTOIRE DU MEX1QUB.

gne, au point de vue du commerce, de l'industrie et de la bonne administration depuis le commencement du dix-huitième siècle, étaient déjà si considérables que la monnaie battue dans les différents hôtels spéciaux du Mexique avait doublé son chiffre sous le marquis de Casafuerte.

En 1724, Philippe V avait abandonné la couronne en faveur de son fils qui mourut sans succession six mois après ; le roi remonta donc sur le trône, et pour remplacer le marquis défunt, nomma D. Juan Antonio de Vizarron y Eguiarrete, archevêque de Mexico. Sa nomination, conservée dans un pli cacheté, fut publiée par l'Audience royale assemblée en conseil secret le jour même de la mort du vice-roi. En 1736, une nouvelle épidémie ravagea Mexico, ses environs et presque toute la Nouvelle-Espagne. Le vice-roi, la municipalité, les communautés religieuses et de grands personnages se dévouèrent généreusement au secours des victimes du fléau et de leurs familles. D'après les registres de l'époque, il serait mort dans la capitale et les cinq hôpitaux, construits extra muros pour les pestiférés, 40,150 personnes sans compter celles qui n'ont pas été enregistrées, et celles enterrées clandestinement par les Indiens. A Puebla, le chiffre . officiel des pestiférés décédés s'éleva à 54,000; des rues et des quartiers entiers de ces deux villes demeurèrent déserts et complètement dépeuplés à la suite de cette peste.

Monseigneur Vizarron* fit rebâtir « comme archevêque et non comme vice-roi, «dit une inscription qu'on voyait encore dernièrement, le palais archiépiscopal de Mexico; il fit aussi construire celui de Tacubaya et le collège de San Fernando. Dans les lettres qu'il adressa au roi après lui avoir fait accepter sa démission qu'il offrit plusieurs fois, l'archevêque fait ressortir avec modération les services qu'il a rendus à la couronne, parmi lesquels il signale celui d'avoir envoyé les plus fortes sommes qui jamais aient été expédiées du Mexique, et cela sans avoir eu recours aux dépôts de fonds ni à toute autre mesure financière irrégulière, mais seulement par la probité de son administration et sa vigi-

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lance sur la conduite des administrateurs. Il mourut en 1747 et Tut enterré dans la cathédrale.

Son successeur, D. Pedro de Castro y Figueroa, duc de la Conquête et marquis de Gracia Real, devait son avancement et ses litres à ses services pendant la campagne d'Italie, entreprise par le cabinet de Madrid pour rétablir les (Ils du second mariage de Philippe V sur les trônes de celte péninsule. De crainte d'être pris par les Anglais avec lesquels l'Espagne était alors en guerre, il s'embarqua sur un navire marchand hollandais; poursuivi et plusieurs fois sur le point d'être pris, il dut abandonner ce navire sans ses effets personnels ni même ses papiers, se jeter dans une chaloupe et débarquer à Porto-Rico, d'où il se rembarqua pour Vera- Cruz. Malgré l'absence de ses dépêches l'Audience le reconnut pour vice-roi. Il gouverna le Mexique depuis le 17 août 1740 jusqu'au 22 du même mois de l'année suivante. Dans un si court espace de temps, il alla présider les travaux de fortification qu'il fit exécuter à Vera-Cruz pour empêcher cette ville de tomber entre les mains des Anglais ; il fil construire à fleur d'eau les deux batteries de Guadalupe et de S. Miguel; il leva des troupes pour la défense des côtes; puis, atteint de la fièvre jaune, il vint mourir à Mexico, laissant à l'Audience le soin de gouverner le pays jusqu'à l'arrivée du nouveau vice- roi.

D. Pedro Cebrian y Agustin, comte de Fuenclara et dernier vice-roi décoré du titre de graud d'Espagne, fit son entrée solennelle dans Mexico le 3 novembre 1742. Il s'occupa dès son arrivée du pavage des rues, des réparations à faire à l'aqueduc de Chapultepec et de la chaussée de S. Antonio qui conduit à Churubusco, au sud de la capitale. En 1743, l'amiral anglais Auson s'empara du galion qui venait de Manille avec plus de huit millions de francs eu lingots d'or. L'année suivante D. José de Escandon vint établir les colonies de Nuevo Santander, maintenant province de Tamaulipas. Un ordre du roi fit réunir tous les documents de statistique concernant la Nouvelle-Espagne, ce qui donna lieu à la publication du

Teatro americano de Vïllasenor dont le premier volume parut en 1746. Cet ouvrage est rempli d'informations précieuses sur l'état du Mexique à cette époque.

En passant par Jalapa, le comte de Fuenclara reçut de l'alcade de cette ville la lettre circulaire que lui avait remise le chevalier D. Lorenzo Boturini, italien de Milan qui venait chercher des aumônes avec l'autorisation du pape pour le couronnement de l'image de Notre-Dame de Guadalupe. Le comte fît faire une enquête par le fisc, sur le chevalier; il en résulta que Boturini fut emprisonné pour être venu sans la permission du conseil des Indes, permission alors nécessaire à tous les étrangers qui voulaient se rendre dans les colonies espagnoles; la bulle du pape, dont il était porteur, n'avait pas non plus obtenu la sanction de ce conseil, et par conséquent elle fut considérée comme non avenue. En emprisonnant Boturini on se saisit de tous ses papiers et de sa précieuse collection de manuscrits hiéroglyphiques mexicains.

Malgré la bonne foi du chevalier, il resta longtemps en prison; puis, ne sachant que faire de sa personne, on l'envoya en Espagne où le roi lui rendit la liberté et lui donna le titre de « Chroniqueur » avec les appointements annuels de cinq mille francs; mais ses manuscrits ne lui furent jamais rendus; quelques-uns s'égarèrent au Mexique et d'autres tombèrent entre les mains des Anglais. Retiré chez l'historien Veytia, qui écrivit presque sous sa dictée une histoire ancienne du Mexique, le chevalier Boturini publia, en 1746, à Madrid, un ouvrage intitulé Idée d'une nouvelle histoire générale de V Amérique septentrionale. La persécution soufferte par le chevalier et son exil causèrent la perte irréparable de sa précieuse collection, en partie retrouvée par mon savant ami M. Aubin, et que l'on regrette encore comme étaut indispensable à l'histoire complète des anciennes monarchies mexicaines.

Le comte de Fuenclara laissa de très bons souvenirs de son administration; il revint en Espagne après avoir remis

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les rênes du pouvoir à D. Francisco de Guemes y Horcasitas, premier comte de Revilta Gigedo, qui entra solennellement dans Mexico le 9 juillet 1746, c'est à dire trois jours avant l'avènement de Ferdinand VI; il venait de la Havane dont il était gouverneur. Sous son gouvernement D. José de Escandon fonda onze villes d'Espagnols et de mulâtres et quatre missions d'Indiens dans le Tamaulipas; ce fameux colonisateur reçut en échange de ses services le titre de comte de Sierra-Gorda et beaucoup de terres dans la province qu'il peuplait ainsi. Peu d'événements remarquables sont signalés par les archives de cette époque ; les chroniqueurs enregistrent seulement une famine dans les provinces du nord et particulièrement dans celles de Zacatecas et de Guanajuato; une éclipse de soleil — 13 mai 1752 — qui répandit la terreur parmi la population, et l'incendie du couvent des religieuses de Sa nia-Clara qui fut reconstruit en grande partie aux frais de D. Juan Gaballero y Osio, prêtre immensément riche du diocèse de Queretaro. Le comte de Revilla Gigedo améliora considérablement l'administration des finances, dont il augmenta les revenus. De retour en Espagne, il fut nommé capitaine général de l'armée et président du conseil de guerre.

D. Augustin de Àhumada y Villalon, marquis de las Amarillas* lieutenant général des armées royales et quarantedeuxième vice-roi du Mexique, avait été lieutenant colonel des gardes espagnoles et gouverneur de Barcelone. Il entra en fonction le 10 novembre 1755; mais, souffrant de plusieurs infirmités, il vécut presque constamment à Cuernavaca jusqu'à sa mort arrivée le 5 février 1760. Il mourut tellement pauvre que sa veuve se trouva sans ressource pour vivre et retourner en Espagne; l'archevêque D. Manuel Rubio y Salinas vint à son aide dans cette circonstance en lui donnant généreusement ce dont elle avait besoin peur son voyage. L'étal maladif de ce vice-roi ne lui permit pas d'entreprendre rien de sérieux; aussi ne voit-on que deux dates mémorables indiquées pendant son administration;

celie de 1756, époque à laquelle mourut un fameux capitaine de l'Acordada, du nom de D. José Vclazquez de Lorca, qui détruisit presque toutes les bandes armées qui désolaient Tintérieur du Mexique, et celle de 1758 qui vit la célèbre éruption du Jorullo dont parle M. de Humboldt.

A la mort du marquis de las Amarillas, l'Audience, présidée par D. Francisco Antonio de Echavarri, gouverna deux mois, c'est à dire jusqu'au 28 avril 1760, jour de l'arrivée du vice-roi par intérim, D. Francisco Gagigal de la Vega, ancien gouverneur de la Havane. L'année précédente Philippe VI étant mort sans successeur, son frère Charles III, roi de Naples, vint en Espagne et prit possession du trône le 9 décembre 1759. Prince libéral, éclairé, il voulait donner de très grandes libertés à ses sujets de l'ancien et du nouveau continent et favoriser le progrès social, industriel et commercial dans toutes ses vastes possessions , mais ses bonnes intentions furent paralysées par l'esprit du temps et les personnages craintifs ou intéressés à maintenir le statu quo. Le commerce du Mexique n'était permis qu'avec la mère patrie et ses colonies; il devait se faire par Vera-Cruz pour les marchandises destinées à l'Espagne, et par Acapulco pour celles destinées aux Philippines ; deux villes espagnoles seulement pouvaient communiquer avec le Mexique, Cadix et Séville ; Charles III permit à quatorze ports de l'Espagne de trafiquer directement avec les colonies. On a vu déjà que ce souverain avait changé le système du parquement des Indiens dans des congrégations, villages ou domaines en celui des intendances; il défendit également aux corrégidors, qui avaient remplacé les alcades mayores, de vendre aux Indiens les objets dont ils avaient besoin, ces autorités inférieures se créant par ce moyeu un vrai troupeau d'esclaves qui, ne pouvant payer les objets qu'ils achetaient à des prix excessifs, se trouvaient forcés de travailler indéfiniment pour le compte de leurs débiteurs. Les réformes décrétées par ce souverain eu matières économiques et administratives prirent le nom pompeux de « liberté de commerce. » Je n'ai

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pas lu l'ouvrage de M. Lucas Alaman sur le Mexique, mais je me suis laissé dire qu'il contenait des renseignements très curieux sur la situation économique et sociale de cette contrée sous le régime colonial et particulièrement sous Charles III; les personnes qui voudraient s'instruire minutieusement de cette situation feront bien de consulter cet ouvrage, M. Alaman étant un des écrivains les plus distingués du Mexique.

Charles III nomma vice-roi de la Nouvelle-Espagne D. Joaquim de Monserrat, marquis de Cruillas, qui fit son entrée solennelle à Mexico le 6 octobre 1760, huit mois après la mort du marquis de Las Amarillas. Pendant la guerre qui venait d'éclater entre l'Espagne et l'Angleterre, les Anglais résolurent d'envahir l'Ile de Cuba, et le général comte d'Albemarle s'empara du port et de la ville de la Havane malgré la résistance héroïque des Espagnols et des insulaires. Le marquis de Cruillas, craignant un sort semblable pour Vcra- Cruz, descendit deux fois dans cette place organiser luimême ses moyens de défense. La milice dont il disposait alors avait peu l'esprit de discipline; aussi le vice-roi, vrai militaire, se proposa-t-il d'améliorer cette troupe. H forma les cadres avec tous les officiers ou soldats qui avaient servi en Espagne; il les retira de leurs emplois civils et mit dans leurs rangs des hommes capables de supporter les fatigues du service et de se plier à la discipline. Le tribunal de commerce de Mexico l'aida de son côté en levant à ses frais un régiment de dragons qu'il équipa et qui devint le premier corps de troupes nationales qu'eut le Mexique.

Le marquis de Cruillas avait écrit au roi pour l'informer de la situation déplorable dans laquelle se trouvait la défense du pays, et, quoique la paix fût rétablie, Charles III résolut d'organiser une force respectable pour la sécurité du Mexique. Dans ce but il envoya, avec le titre de commandant général, le lieutenant général D. Juan de Villalva qui arriva le 1er novembre 1765 à Vera-Cruz accompagné de quatre maréchaux de camp, de beaucoup d'officiers de diflfé-

rents grades du régiment d'infanterie Amérique royale, et de plusieurs détachements d'autres corps pour servir de cadres aux troupes qu'on voulait lever. Villalva commença de suite l'organisation projetée sans songer le moins du monde au vice-roi et sans le consulter; il réunit quelques compagnies isolées et créa le régiment des Dragons de l'Espagne; il reforma le bataillon de la Couronne, spécialement destiné à la garnison de VeraCruz, et l'incorpora dans le ré- %\menl Amérique espagnole, dont il devint le troisième bataillon. Les deux anciennes compagnies d'infanterie et de cavalerie appelées Gardes du palais, uniques troupes régulières de la Nouvelle-Espagne, furent fondues dans d'autres corps. Le gouvernement de Madrid ne pouvait permettre à Villalva d'agir aussi arbitrairement sans tenir compte des volontés^ et de l'autorité du vice-roi; il blâma le commandant général, le rappela en Espagne et laissa le marquis de Cruillas créer lui-même l'armée coloniale; celui-ci leva les régiments provinciaux de Puebla, de Queretaro et d'autres provinces, jetant ainsi les bases d'une force imposante qui devint plus tard très considérable.

Le visiteur D. José Galvez était arrivé au Mexique dès l'année 1761, mais n'ayant pas les mêmes vues en matières administratives que le vice-roi, il retarda l'accomplissement de sa mission jusqu'à ce qu'il eût reçu de nouvelles instructions et des pouvoirs absolus. Doué d'un caractère énergique qu'aucun obstacle ne pouvait abattre, Galvez commença sa visite en 1764; il priva de leurs emplois plusieurs hauts fonctionnaires, dirigea spécialement tous ses efforts vers l'augmentation des rentes royales, créa le monopole au tabac, établit des droits administratifs sur les marchandises et réforma toutes les branches industrielles, commerciales, financières, administratives et politiques de la Nouvelle- Espagne. Il visita môme la Sonora et les Californies, accompagné d'un secrétaire nommé D. Miguel José de Azanza. Dans la Sonora, Galvez tomba malade et fut momentanément privé de sa raison; Azanza, en ayant averti le vice-roi, fut

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mis en prison au collège de Tepozotlan par le visiteur lors de son retour a Mexico en 1769.

Le marquis de Cruillas et l'archevêque Rubio y Salinas se distinguèrent par leur dévouaient et leur charité pendant une de ces effrayantes épidémies qui paraissent avoir fréquemment ravagé le Mexique dès les temps les plus reculés. Le vice-roi fit numéroter les maisons, opération qui ne souffrit aucune difficulté dans la plupart des villes; mais à Puebla, le peuple, craignant que cette mesure ne cachât l'intention de lever de nouvelles contributions, s'ameuta et chassa à coups de pierres les numéroteurs. Le marquis de Cruillas eut à subir un jugement en compte de gestion très rigoureux, pendant lequel il alla s'installera Cholula, s'étant vu refusé la permission de retourner en Espagne. Ces jugements appelés juicio de residencia étaient assez communs, presque tous les vice-rois y furent soumis par ordre du conseil des Indes et se terminaient ordinairement par un verdict de non-culpabilité.

Son successeur D. Carlos Francisco de Croix, marquis de Croix, gouverna le Mexique depuis le 25 août 1766 jusqu'au 22 septembre 1771. C'était un illustre Flamand né à Lille ; il avait occupé plusieurs emplois importants en Espagne, entre autres celui de colonel des Gardes walonnes, et possélait l'estime et la confiance particulières de Charles Ifl. Son désintéressement et son intégrité furent tels qu'il refusa les cadeaux habituels qui se faisaient aux vice-rois dans des circonstances déterminées par les corporations. Il écrivit au roi que la somme de deux cent mille francs donnée annuellement aux vice-rois du Mexique était insuffisante pour y vivre convenablement; Charles III lui en donna trois cent mille, somme attribuée depuis a ces hauts fonctionnaires. Il avait pour unique principe l'obéissance absolue, et, comme il ne parlait jamais du roi sans ajouter « mon maître », il ne permettait aucune contradiction dans l'exercice de son autorité.

Le 25 juin 1767, par ordre royal , il fit mettre à la même

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heure tous les jésuites en prison, les envoya à Vera-Cruz sous bonne escorte pour les embarquer à destination de l'Italie ; il fit aussi séquestrer leurs propriétés. Cette mesure ca.usa une émeute à Guanajuato et dans d'autres provinces où les jésuites étaient très aimés, mais elles furent réprimées avec beaucoup de sévérité par le visiteur Galvez. Ces émeutes et les guerres continuelles qui eurent lieu contre l'Angleterre, sous le règne de Charles III, décidèrent le cabinet de Madrid à renforcer l'armée de la Nouvelle-Espagne. Le 17 juin 1768, arrivèrent successivement de la mère patrie les régiments de Savoie, de Flandres, à'Aîtonia, et, plus tard, ceux de Zamora, de Guadalajara, de Castille et de Grenade, tous composés de trois bataillons, formant un effectif de plus de dix mille hommes. Ils retournèrent ensuite en Espagne laissant au Mexique les officiers et les sergents organiser les cadres de la milice levée dans le pays.

Pour prix de ses services prêtés dans ces circonstances, le marquis de Croix reçut les titres et fonctions de capitaine général de l'armée de Valence. Sous son gouvernement le fort de Perote fut construit ; il était destiné à conserver en dépôt les sommes qui devaient être expédiées en Espagne, et a servir de magasin pour les troupes cantonnées à Jalapa et dans les environs. Le système des presidios, établis pour la sécurité des frontières et des provinces peuplées d'Indiens barbares, fut perfectionné. Ce vice-roi s'occupa pareillement d'embellir la capitale et ses promenades ; il détruisit le Quemadero ou brasier de l'inquisition dans lequel on brûlait les victimes condamnées par cet odieux tribunal. Sous le marquis de Croix, la manière de vivre des Mexicains se modifia ; les repas à la française, imités de ceux donnés par le vice-roi, se généralisèrent dans les hautes classes de la société. Le quatrième concile mexicain, convoqué par lettres royales du 21 août 1769, ouvrit ses sessions le 13 janvier 1771, sous la présidence de l'archevêque D. Francisco Antonio de Lorenzana, depuis archevêque de Tolède et cardinal. Ce concile se termina le 26 octobre de la même année et,

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noyant élé approuvé ni par le conseil des Indes ni par le saint-siége, ses résolutions restèrent sans résultats.

Quand le marquis de Croix partit pour l'Espagne il laissa d'unanimes regrets, avec une réputation de droiture et d'intégrité longtemps proverbiale au Mexique. Son successeur D. Antonio Maria de Bucareli y Ursua, bailli de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem , quarante-sixième vice-roi, gouverna depuis le 25 septembre 1771 jusqu'au 9 avril 1779, époque à laquelle il mourut. Les historiens nationaux affirment que le laps de temps pendant lequel le bailli administra le pays « fut une époque de félicité non interrompue pour la Nouvelle-Espagne. La Providence divine parut vouloir récompenser les vertus de ce vice-roi, en répandant sur le pauvre pays qu'il gouvernait toutes sortes de prospérités. »

Le bailli, né à Séville, avait élé gouverneur de la Havane. A peine débarqué à Vera-Cruz et voyant les champs environnants dévastés par les sauterelles, il organisa pour les empêcher de se reproduire et les tuer, des escouades de malheureux qui en tuèrent dix mille hectolitres en quelques jours. Voulant établir un fond nécessaire pour une banque à l'hôtel des Monnaies, le commerce lui prêta sans intérêt et sans autre garantie que sa parole environ quinze millions de francs. Non seulement le vice-roi remboursa religieusement cette somme, mais avec les économies et les bénéfices réalisés par cette institution, ce fond avait au mois d'avril 1778 un capital d'environ treize millions de francs.

D. Antonio Bucareli créa un mont-de-piélé, l'hôpital militaire de Saint-André dans une ancienne maison de jésuites et le tribunal des mines; il dota une maison pour recueillir les filles repenties, organisa un hospice pour les pauvres et les enfants trouvés, termina le fort de Perote, fit presque achever les travaux de dessèchement et réparer l'hôtel des Monnaies, la douane et l'Acordada. Il fit reconstruire le fort de Saint-André d'Acapulco et améliorer celui de S. Juan d'Ulùa ; enfin il obtint ce qu'on appelait alors « la liberté de

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commerce», en vertu dune loi décrétée le 12 octobre 1778, et dont j'ai parlé plus haut. Ayant eu connaissance du degré de misère dans laquelle se trouvaient les fous, il sollicita la charité du consulat — chambre de commerce— qui lui donna un secours immédiat de trente mille francs pour les besoins les plus urgents de ces malheureux, et construisit ensuite pour eux l'hôpital, l'église et le couvent qu'on voit encore aujourd'hui. Ces édifices soûlèrent au consulat plus de deux millions de francs.

En 1777, l'excellent bailli, ayant demandé par ordre de la cour un donativo, — don gratuit fait au roi pour des besoins exceptionnels, — reçut en quelques jours près de sept millions des corporations particulières, chambres de commerce, municipalités de Mexico et de Vera-Cruz, du comte de Régla, — je suppose que les chroniqueurs ont voulu mettre Tagle et non Régla, — de l'archevêque et du chapitre ecclésiastique de la capitale. Le vice-roi créa dans cette ville, une promenade qui porte encore le nom de : « Paseo Bucareli. » Considérant les contrebandiers comme des voleurs , ii chargea le tribunal de i'Acordada de les poursuivre. Aristimuùo, capitaine de ce tribunal, se rendit à Tampico avec tant de promptitude qu'il s'empara de sept navires uniquement occupés à faire la contrebande; l'alcade de Tampico et les contrebandiers furent tous mis en prison.

Après avoir reçu le nom de « Père du peuple » par l'opinion publique, le bailli mourut à la suite d'une attaque de pleurésie et fut enterré à Notre-Dame de Guadalupe, selon ses désirs, près de la porte par laquelle il avait coutume d'entrer pour aller prier dans ce sanctuaire. D. Joaquin Dongo, devenu célèbre pour avoir élé assassiné quelques années plus tard avec toute sa famille, fut son exécuteur testamentaire. Le roi Charles III, qui avait donné au bailli une gratification de cent mille francs en sus de ses appointements, par une lettre royale, honora la mémoire de ce vice-roi par des éloges publics et ne permit pas \ejuicio de residtnàa à son égard.

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La mort du vénérable baitli mit au pouvoir l'Audience qui gouverna jusqu'au 25 août 1779. A celle époque la guerre fut proclamée solennellement contre la Grande-Bretagne, pour soutenir l'indépendance des États-Unis. A Cuernnvaca mourut le 30 mai 1778 le fameux D. José de la Borde, Français venu dans la Nouvelle-Espagne en 1716 a l'âge de seize ans, et qui s'était appliqué à l'exploitation des mines. Il gagna dans cette industrie plus de deux cent millions de francs qu'il dépensa dans le pays en œuvres de bienfaisance et de piélé. C'est lui qui ût cadeau à la cathédrale de Mexico de son ostensoir en or massif vendu par Juarez quatre cent mille francs et qui avait pour plus d'un demi-million de pierreries. Cuernavaca et Tasco surtout reçurent d'immenses bienfaits de cet homme charitable et de son fils.

D. Martin de Mayorga devint vice-roi intérimaire par un incident assez singulier. Le visiteur D. José de Galvez, dont j'ai déjà parlé, obtint à son retour à Madrid le ministère universel des Indes, lors de la mort du bailli D. Julien de Arriega, arrivée en 1776. Désirant nommer a la vice-royauté <ïu Mexique son propre frère D. Mathias de Galvez, il lui avait conféré la présidence du Guatemala, Tt, pour le faire passer à Mexico sans attirer l'attention sur ses vues, il nomma vice-roi du Mexique le président du Guatemala sans désignation de nom. A la mort de Bucareli, l'Audience ouvrit selon la coutume le pli dans lequel se trouvait le nom du successeur et vit la nomination du président du Guatemala sans que le nom fût spécifié. On envoya de suite un courrier dans cette province pour avertir le président qui s'appelait Mayorga. Ce courrier était un Andalous du nom de F. Varo; il lit le trajet de Mexico à Guatemala — quatre cents lieues — en sept jours. Galvez n'étant pas encore arrivé et le président Mayorga, ignorant son remplacement à Guatemala par le frère du ministre, décacheta la lettre que lui envoyait l'audience, apprit sa nomination et vint promptement, à Mexico, prendre possession du pouvoir. Cet incident, ou pour mieux dire ce quiproquo qui le fit vice-roi, lui valut

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l'inimitié du ministre et des chagrins incessants qui abrégèrent ses jours.

La guerre étant déclarée contre la Grande Bretagne, le nouveau vice-roi s'occupa de mettre en état de défense Vera- Cruz qui devait être terriblement fortifiée depuis le temps qu'on y travaillait ; il envoya des secours à la Havane pour son escadre, sa garnison et la flotte de D. Bernardo de Galvez qui s'empara de Pensacola et d'autres points fortifiés de la Floride. Pendant cette guerre les Anglais prirent la place d'Omoa sur les côtes du Guatemala, et les Espagnols détruisirent l'établissement de Wales sur les rivages du Honduras. D. Martin de Mayorga descendit à Vera-Cruz pour voir de ses propres yeux si ses ordres avaient été exécutés ; il augmenta l'effectif de l'armée coloniale et la régularisa. En 1779, la petite vérole fil de tels ravages au Mexique que cette date fut appelée « l'année de la grande épidémie; » le vice-roi veilla lui-môme au traitement des malades et favorisa l'usage du vaccin qui commençait à se répandre dans la Nouvelle- Espagne.

Pendant cette même année il créa l'Académie de San Carlos pour l'étude et la propagation des beaux-arts. Cette institution prit son origine dans l'école de gravure à l'hôtel des Monnaies, dirigée par D. Fernando José Mangino; à l'instigation de cet habile professeur, Mayorga en fit une académie des beaux-arts qui fut approuvée par un décret royal de Charles III, daté du 23 décembre 1783. Avant de quitter le pouvoir que Galvez lui retirait, D. Martin envoya une supplique au roi dans laquelle il exposait ses griefs contre le ministre et se plaignait, non seulement d'avoir perdu toute sa fortune depuis qu'il était vice-roi, mais encore de n'avoir jamais reçu que la moitié de sa solde. Il s'embarqua pour se faire rendre justice lui-même et mourut la veille de son arrivée à Cadix. Sa vuuve reçut de Charles III une indemnité de cent mille francs, somme bien faible en comparaison de celles perdues par D. Martin au service de son souverain, mais offrant le caractère d'une réparation.

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D. Mathias de Galvez pritenfin possession de la vice- royauté du Mexique, le 29 avril 1783. C'était un homme honnête, simple, désintéressé, ancien laboureur de Malaga, avant l'éléva- • tion de son frère qui le sortit de son champ pour l'élever peu à peu jusqu'à la dignité de vice-roi. Infirme et vieux lorsqu'il arriva dans la capitale, il ne laissa pas de travailler avec ardeur pour remplir dignement les devoirs de sacharge. Il fut le dernier vice-roi qui fit son entrée solennelle a cheval, selon l'ancien cérémonial ; il voulait entrer en voiture à cause de son âge et de ses infirmités, mais comme l'Audience et la municipalité se prirent de querelle à ce sujet, il y coupa court en se conformant à l'usage.

D. Mathias s'occupa beaucoup d'améliorer les rues de Mexico, de leur empierrement, du nettoyage des égouts et des canaux, et protégea l'académie des beaux-arts, fondée par son prédécesseur. Le 22 novembre 1783, D. Manuel Valdès, imprimeur, obtint le privilège de publier une gazette; il n'y en avait plus au Mexique depuis que celle de Sahagun cessa de paraître, soit par la mort de son propriétaire, soit par tout autre motif; seulement, celle de Valdès ne pouvait publier aucune nouvelle étrangère au gouvernement, de sorte que chaque numéro ne contenait que des élections municipales, l'arrivée et le départ des navires et autres « faits divers » sans intérêt pour la majorité du public. Sous l'administration de Galvez on entendit à Guanajuatodes bruits souterrains épouvantables et prolongés qui plongèrent les habitants dans une indicible frayeur. On fit le dénombrement des voitures qui se trouvaient dans la capitale et l'on en compta six cent trente-sept.

Le vice-roi sentant approcher sa fin remit le pouvoir entre les mains de l'Audience le 20 octobre et mourut le 3 novembre 1784. Les lettres de succession n'étant pas encore arrivées, l'Audience gouverna jusqu'au 17 juin 1785, époque à laquelle D. Bernardo Galvez, comte de Galvez, fils du défunt, prit les rênes du gouvernement. La glorieuse campagne de la Floride et la prise de Peusacola valurent une

réception enthousiaste à ce vice- roi. Deux mois après son entrée officielle, c'est à dire le 27 août 1785, il y eut une gelée générale qui fit perdre la récolte du maïs et causa une telle famine que cette année fut appelée : « Tannée de la faim». Les suites de cette famine occasionnèrent une épidémie qui fit donner à Tannée suivante le nom de : « Tannée de la peste ». Galvez tâcha de remédier à cette double calamité, mais ayant commis, pour se rendre populaire, quelques étourderies indignes de la gravité de ses fonctions, il écorna la considération dont il jouissait; sa\onduite devint suspecte et lui valut de sérieux ennuis.

Désirant montrer ses talents de cocher et la beauté de la vice-reine, il sortait fréquemment en calèche découverte, conduisait lui même les chevaux et leur faisait faire en présence du public mille évolutions dans le cirque où se tenaient les courses de taureaux. Il plaça son fils, encore enfant, dans le régiment de Zamora, pour lui donner rang de soldat et fit dîner tout le régiment sur la terrasse du palais en souvenir de cet événement. En revenant un jour de Tacuba, il rencontra trois criminels qui allaient être pendus par sentence du tribunal de TAcordada; la foule qui suivait ces malheureux demanda leur grâce et le vice-roi la leur accorda de suite. Quoique la cour de Madrid ne lui fît aucun reproche d'avoir empiété de la sorte sur les privilèges royaux, elle le prévint de ne plus recommencer. Lorsqu'on faisait la distribution de mais aux plus nécessiteux, pendant Tannée de la faim, il allait présider presque journellement à cette distribution sans suite et souvent sans chapeau.

Ces excentricités, si peu conformes â la dignité que les vice -rois avaient montrée jusqu'alors, firent soupçonner qu'il avait quelque projet secret de se déclarer indépendant de la couronne d'Espagne; ces soupçons augmentèrent encore à Madrid, lorsqu'on apprit qu'il faisait construire un palais à Chapullepec pour les vice-rois. Au sommet de la colline on voyait un ermitage dédié à saint François Xavier, sur l'emplacement d'un ancien teocalli aztèque; au pied

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de cette colline se trouvait la petite maison dans laquelle se logeaient les vice-rois à leur arrivée, en attendant leur entrée dans la capitale. L'administration de cette localité avait passé d'un alcade mayor à la municipalité de Mexico. L'ancienne maison n'avait été réparée qu'une seule fois par le duc d'Alburquerque; le marquis de Croix, voulant y faire de nouvelles réparations, en demanda l'autorisation à Madrid ; cette autorisation n'arriva que sous Bucareli, et ce ne fut que te comte de Galvez qui reçut des secours convenables pour commencer les travaux. Celui-ci entreprit la construction d'un vrai palais sur le sommet de la colline; il fit tracer des jardins et des ouvrages en maçonnerie qui lui donnaient l'air d'une fortification; mais, soit insuffisance des moyens, soit par ordre supérieur, les travaux furent suspendus jusqu'après l'indépendance où Chapultepec devint une école militaire.

Galvez, accablé de chagrins et de déboires, qui lui venaient de Madrid, à cause de sa conduite, tomba malade, remit ses pouvoirs à l'Audience le 15 octobre 1786, et mourut le 30 novembre'de la même année. Malgré le peu de temps qu'il gouverna, il fit restaurer et peindre le palais, commencer ou continuer les tours de la cathédrale, reconstruire les chaussées de Vallejo, de la Piedad et de San Agustin de la$ Cuevas, éclairer et paver beaucoup de rues. Sous ce vice-roi l'on vit établir à Mexico, dans la rue de Tacuba, le premier café; un garçon, placé à la porte, appelait, chaque matin, le public en criant : — a Venez prendre du café au lait et du pain au beurre à la mode française! »

Le successeur du comte de Galvez, monseigneur l'archevêque de Mexico, D. Alonso Nunez de Haro y Peralta, n'était entré en fonction qu'en qualité de vice-roi intérimaire, le 8 mai 1787 ; mais il fut ensuite confirmé dans ce poste et reçut en même temps le cordon de Charles III. Il mourut le 16 août de la même année, après avoir consolidé le système des intendances organisé par le visiteur Galvez, et fait inaugurer l'hôpital de Saint-André.

Le nouveau vice-roi, D. Manuel Antonio Florès, prit en main les rênes du gouvernement le 17 août 1787. Il était ancien vice-roi de Santa Fè et lieutenant général de l'armée royale. Son fils épousa une demoiselle Teran, de Mexico, devint comte de Casa Florès, vice-roi de Buenos-Ayres et ambassadeur d'Espagne en France. Ce mariage obligea D. Antonio Florès à se démettre de ses fonctions, la soupçonneuse, mais saine politique du gouvernement espagnol, à cet égard, ne permettant pas à ses hauts fonctionnaires d'avoir des intérêts de parenté dans le pays qu'ils administraient. Le ministre Galvez, ayant résolu de séparer au Mexique l'administration des rentes des attributions de la vice-royauté, nomma surintendant des finances D. Fernando Mangino; mais les complications et les embarras soulevés par celte mesure la firent abandonner de suite. Mangino fut appelé au conseil des Indes et les finances furent administrées par le vice-roi comme avant. En 1786, D. Antonio Florès leva les deux régiments d'infanterie appelés « Vétérans de la Nouvelle-Espagne et de Mexico; » l'année suivante il organisa celui de Puebla. Sous le gouvernement de ce viceroi, on essaya pareillement de partager le pays en deux grands commandements des provinces intérieures; cette mesure adoptée, puis abandonnée, fut reprise en 1810 à cause de la révolution.

Le 14 décembre 1788, Charles III mourut laissant la couronne à son lils Charles IV. Pendant les vingt-neuf années de règne du roi défunt, grâce à l'habile administration des vice-rois qu'il avait su choisir, l'hôtel des Monnaies de Mexico frappa 480,083,975 piastres, dont 474,358,663, soit environ deux milliards deux cent soixante-douze millions de francs, entrèrent en Espagne. Voilà ce que produisait le Mexique seulement avec ses mines; si l'on songe maintenant à ce qu'il pourrait produire avec les nouveaux procédés qui ne laissent plus perdre la prodigieuse quantité de métaux précieux qui se perdaient et se perdent encore par les procédés imparfaits qui s'emploient dans ce pays; si l'on réfléchit aux

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trésors immenses qu'il renferme comme métaux de toutes sortes, bois précieux et de construction, à la fécondité de son sol si peu cultivé, aux éléments de commerce et d'industrie qu'il possède, on comprendra facilement que pendant bien des siècles l'Europe pourrait retirer des milliards et des milliards de ce pays qui ne peut, depuis qu'il est en république, payer aucun de ses créanciers!

Charles IV nomma D. Juan Vicente de Guemes Pacheco de Padillo, deuxième comte de Revilla Gigedo, à la vice-royauté du Mexique; il fit son entrée solennelle dans la capitale le 17 octobre 1789 et gouverna jusqu'au 11 juillet 1794. Ce fut sous ce vice-roi qu'eut lieu l'assassinat de D. Joaquin Dongo, exécuteur testamentaire du bailli Bucareli; Dongo et toutes les personnes de sa maison furent assassinés ; mais les archives ne disent pas si ce crime avait pour mobile le pillage ou la vengeance. Le comte montra dans cette circonstance tant d'énergie et d'habileté que les coupables, trois Espagnols nommés Aldama, Blanco et Quintero, furents découverts et exécutés quinze jours après par le ganote sur la place de Mexico. Cette promptitude à punir les meurtriers d'une famille honorable valut au vice-roi le titre de « Vengeur de la justice » qui se mit à ses portraits. La ville, consternée par un tel crime, le fut encore davantage par l'apparition d'une aurore boréale, phénomène qui ne s'était jamais vu au Mexique. Aussi, la population en voyant le ciel tout en feu crut-elle à la fin du monde et se précipita en foule dans les églises pour se préparer à la mort.

Toute l'administration du comte de Revilla Gigedo n'est qu'une série de mesures intelligentes pour améliorer et réformer les différentes branches administratives, embellir la ville, soulager la condition des Indiens et répandre le bienêtre dans les basses classes de la société. Il protégea les sciences et les découvertes utiles et se suscita de nombreux ennemis par ses hautes capacités et son inflexible amour de la justice. Malgré les ordres du roi, le conseil des Indes ne voulut pas le dispenser du jugement à l'égard du rendement

BISTOIRB DU MBXIQUB.

des comptes juicio de residencia. Nommé directeur général de l'artillerie, pendant le procès, le comte mourut avant de connaître la sentence qui rendait hommage à son intégrité et condamnait la municipalité de Mexico a payer les frais du procès pour s'être constituée son accusatrice.

Son successeur, D. Miguel de la Grua Talamanca y Branciforte, marquis de Branciforte, était un Sicilien de la famille des princes de Carini; il avait épousé dona Antonia Godoy, sœur du prince de la Paix, ce qui lui valut après son mariage1 le titre de grand d'Espagne de première classe et la Toison d'or. Il prit possession du pouvoir le 12 juillet 1794, et, trouvant qu'il u'avait pas assez d'honneurs, il voulut qu'on le traitât dans les cérémonies publiques c omme la personne du souverain; il recevait l'Audience et les autres autorités assis sur un trône, taudis que les autres vice-rois les avaient toujours reçues debout. Désirant s'enrichir, il se servit de l'intermédiaire d'un certain D. Francisco Perez Sonanes, comte de Contramina qui devint le canal par lequel passaient les faveurs et les concessions du vice-roi d'un côté, et l'argent des pétitionnaires de l'autre. Le rétablissement des corps provinciaux dissous, comme étant inutiles, par le comte de Revilla Gigedo, devint une mine d'or pour le marquis de Branciforte. La révolution française ayant amené la guerre entre l'Espagne et la France, le vice-roi crut devoir persécuter les quelques Français qui se trouvaient alors au Mexique; cette .petite persécution ne fut pas infructueuse pour ce fonctionnaire.

Quoique le gouvernement des vice-rois eût été presque constamment des plus paternels, des plus sages et des plus intelligents, ou commença en 1795 à remarquer au Mexique des symptômes de révolution contre la mère patrie. La première conspiration découverte à cette époque, et qui n'eut aucune suite, avait pour chef un Andalous du nom de D. Juan Guerrero. L'histoire reste muette sur la cause de ces symptômes ; il est probable qu'on les devait moins à la conduite du marquis qu'à la rivalité des créoles et des Espagnols, aux

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lois prohibitives qui maintenaient le Mexique dans une déplorable situation économique, le rendant dépendant de l'Espagne jusque dans les objets de consommation que le pays pouvait produire. Les créoles, on le sait, ne jouissaient d'aucun droit politique, ils étaient laissés à l'écart dans tous les emplois administratifs et judiciaires, et ne participaient en aucune manière au gouvernement de leur patrie ; les Espagnols seuls occupaient les fonctions importantes quelles qu'elles- fussent. Les créoles comme les Indiens étaient frappés d'interdit et formaient deux classes de parias ou de suspects que les Espagnols traitaient avec dédain.

En interdisant les libertés les plus élémentaires et les plus indispensables, en étouffant l'instruction publique et le développement de l'intelligence, en plaçant ses colonies dans une sorte de blocus qui leur interdisait toute relation avec l'étranger, l'Espagne espérait conserver éternellement ses possessions transocéaniques à l'état de provinces humbles, soumises, incapables de se révolter contre la mère patrie et toujours fécondes en immenses richesses dont elle seule profiterait; l'Espagne se trompait. L'activité humaine est une force qui ne se comprime que pour un certain temps et dans certaines limites; les gouvernements sages et prévoyants doivent diriger cette force et non la comprimer, car tôt ou tard elle se tourne contre eux et les comprime à-son tour, quand elle ne les brise pas. Le gouvernement espagnol fit une triste expérience de cette incontestable vérité; bientôt on verra les créoles et les Indiens profiter des circonstances, unir leurs forces, demander les armes à la main la revendication de leurs droits politiques et se déclarer indépendants, voyant que la cour de Madrid leur refusait ces droits et méconnaissait ainsi ses propres intérêts.

Avec le marquis de Branciforte commença la décadence du pouvoir de la métropole dans la Nouvelle-Espagne; ce vice-roi ne sut guère que s'enrichir. En 1796, il inaugura sur la place de Mexico la statue équestre de Charles IV; il donna le nom de la reine Louise à la route royale de Vera-Cruz à

Mexico qu'il fit tracer, élargir et passer par l'itinéraire qu'elle suit actuellement et proclama la liberté de fabrication de l'eau-de-vie de canne. Le 17 mai, son successeur D. Miguel José de Azanza étant arrivé à Vera-Cruz sur le Monarca, après avoir trompé la vigilance des Anglais qui bloquaient Cadix, le marquis remit ses pouvoirs au nouveau vice-roi et s'embarqua sur le Monarca pour le Ferrol, avec quinze millions de francs pour le roi et dix pour lui!

D. Miguel de Azanza avait été, l'on s'en souvient, secrétaire du visiteur Galvez qui l'avait fait mettre pendant quelque temps en prison pour avoir révélé sa folie momentanée. Dans la vice-royauté, D. Miguel se conduisit avec beaucoup de probité et se fit généralement estimer. Ayant envoyé des troupes dans les environs de Vera-Cruz pour défendre les côtes, il eut la douleur de les voir presque toutes mourir en très peu de temps de la fièvre jaune. Il essaya d'augmenter la population des deux Californies par des envois d'enfants trouvés d'un certain âge. Il établit des brigades, composées des corps de milice, et donna le commandement de celle de S. Luis Potosi au général D. Félix Calleja, dont je parlerai longuement dans le second volume de cet ouvrage, et qui devint vice-roi. Une nouvelle conspiration, appelée des Machetes — énormes couteaux qui se portaient ordinairement contre les bottes ou à la ceinture, — fut dénoncée à D. Miguel ; elle lui révéla le danger qu'il y avait pour le pays de faire jouer le ressort révolutionnaire qui existait dans la rivalité entre les créoles et les Espagnols, déjà désignés sous le nom injurieux de Gachupinos. En laissant le gouvernement, D. Miguel de Azanza épousa sa nièce, veuve du comte de Contramina, fut fait prisonnier par les croiseurs anglais, puis nommé conseiller d'État, après être rentré en Espagne ; il devint duc de Sanla-Fè, sous le roi Joseph, et mourut finalement à Bordeaux en 1826.

Le cinquante-cinquième vice-roi, D. Félix Bérenguer de . Marquina, prit possession du pouvoir le 30 avril 1800. On ne sut jamais par quel mystère cet officier parvint à une si

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haute dignité. Chef d'escadre de la marine royale, fait prisonnier par les Anglais et conduit à la Jamaïque, il oblint la permission de venir au Mexique. Homme de bonne intention et d'une grande probité, mais dénué des capacités nécessaires à la position qu'il occupait, il ne sut que presser les juges d'accélérer les causes en litige dans les tribunaux. Aussi son administration n'est-elle signalée que par la paix qui se fit en Europe entre l'Espagne, l'Angleterre et le Portugal, une conspiration des Indiens de Tepic et un tremblement de terre.

Ce fut sous le gouvernement de son successeur, D. José Iturrigaray, que commença la guerre de l'indépendance du Mexique. Le jour de son entrée au pouvoir, — 4 janvier 1803, — il y eut pendant la course des taureaux donnée en son honneur une éclipse de soleil presque totale qui interrompit un instant la fête. Dans le mois de juin, le vice-roi fit un voyage à Guanajuato pour visiter les raines et fut reçu comme un monarque; les ouvriers mineurs, splendidement habillés, traînèrent spontanément sa voiture à son entrée comme à sa sortie de Guanajuato; la députation des mines et les propriétaires lui tirent de magnifiques cadeaux en minerais d'or et d'argent. Lors de son retour dans la capitale, il permit à la municipalité de Celaya de faire courir des taureaux, à la condition que le produit de ces courses serait destiné à la construction d'un pont sur le Rio de la Laja. Le 9 décembre de cette même année , la statue équestre en bronze de Charles IV, commandée par Branciforte étant terminée, on détruisit la statue provisoire en plâtre inaugurée en 1796, et l'on inaugura celle de bronze; elle se trouve aujourd'hui presque à l'entrée de la promenade Bucareli, en face du cirque; M. de Humboldt se trouvait à cette inauguration.

En 1804 arriva la commission dirigée par D. Francisco Xaxier de Balmis pour la propagation du vaccin ; Iturrigaray avait déjà développé l'usage du vaccin qu'il avait fait venir de la Havane par le docteur D. Juan de Arboleya; le propre

fils du vice-roi fut le premier enfant vacciné au Mexique par ce célèbre docteur. L'année suivante, on apprit au mois de mars la. nouvelle déclaration de guerre contre la Grande- Bretagne, à la suite d'une agression inqualifiable de cette puissance qui s'empara de quatre frégates espagnoles, allant à Cadix et chargées de métaux précieux venant de l'Amérique méridionale. Le vice-roi reçut des ordres pour mettre le pays en état de défense, et l'armée qu'il organisa alors avec les corps de vétérans et de milices devint la pépinière d'où sortirent les troupes qui combattirent la révolution de 1810.

On verra dans le second volume de cet ouvrage , lorsque je raconterai l'histoire de l'indépendance, que dans la nuit du 16 septembre 1808, trois cents Espagnols, dirigés par D. Gabriel de Yermo, s'emparèrent de la personne du viceroi, le dépouillèrent de ses fonctions et mirent provisoirement à sa place D. Pedro Garibay. Ferdinand VII était déjà sur le trône depuis le 19 mars 1808, après l'abdication de son père. Pedro Garibay avait été choisi pour remplacer son prédécesseur, parce qu'il était le plus élevé en grade dans l'armée et que l'Audience n'avait pas voulu ouvrir la lettre de succession. Ce vice-roi ne gouverna que jusqu'au 19 juillet de l'année suivante. Pendant les dix mois qu'il resta à la téte du gouvernement, ses actes révèlent qu'il était sous la pression du parti qui lui avait donné le pouvoir; il ordonna la dissolution des troupes organisées par Iturrigaray et envoya beaucoup de numéraire en Espagne, ce qui lui valut le titre de capitaine général et le grand cordon de Charles III, lorsqu'il dut remettre le gouvernement entre les mains de son successeur.

Le nouveau vice-roi, D. Francisco Xavier de Lizana y Beaumont, était archevêque de Mexico; pendant son administration les partisans d'Iturriguray triomphèrent et l'esprit d'indépendance se propagea avec une effrayante rapidité; à Valladolid, — appelée depuis Morelia — dans le Michoacan, il y eut une conspiration qui fut découverte et

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comprimée au moment d'éclater. La régence déposa l'archevêque, ne le trouvant pas assez énergique, et l'Audience, présidée par D. Pedro Calani, gouverna le pays depuis le 8 mai 1810 jusqu'au 14 septembre de la même année.

L'histoire du cinquante-neuvième vice-roi D. Francisco Xavier Venegas est celle de la guerre de l'indépendance, proclamée dans l'État de Guanajuato par le curé Hidalgo ; elle se continua pendant ia vice-royauté de D. Félix Maria Calleja qui gouverna depuis le 4 mars 1813, jusqu'au 20 septembre 1816, et de D. Juan Ruiz de Apodaca, son successeur, qui conserva le pouvoir jusqu'au 5 juillet 1821. Avant d'esquisser l'histoire de cette révolution, je dois ajouter, pour terminer la nomenclature de ces vice-rois, que D. Juan O'Donoju, soixante-deuxième et dernier vice-roi de la Nouvelle-Espagne, vint à Vera-Cruz le 21 juillet 1821, et, trouvant toute cette contrée en insurrection, accepta le traité de Cordova, se rendit à Mexico le 26 septembre de la même année et mourut le 8 octobre suivant d'une attaque de pulmonie.

Avec lui s'éteignit la domination espagnole qui dura trois siècles, pendant lesquels le Mexique avait joui d'une ère de calme et de prospérité qu'il n'a pas su conserver depuis son indépendance et dont il avait peu joui sous la monarchie aztèque. Pendant ces trois siècles, il est vrai, ce malheureux pays était privé de bien des libertés que le gouvernement espagnol aurait dû lui donner; ses habitants furent maintenus dans une ignorance, un obscurantisme, une tutelle puérile des plus déplorables, mais il ne faut pas oublier qu'avant notre révolution de 1789, l'Europe n'était guère mieux partagée à ce point de vue et qu'elle ne jouissait ni du calme, ni de la prospérité, ni d'une administration aussi paternelle, aussi intelligente, aussi morale que le Mexique. Bien des fois j'ai causé longuement dans cet infortuné pays avec des vieillards qui avaient servi sous les vice-rois, et lorsqu'ils me disaient qu'ils regrettaient cette époque de paix et de bonheur relatif, je les croyais sans difficulté ; quand on aura lu l'histoire de la république et celle du nouvel empire, on le

H1ST0IBE Dl MEXIQUE.

croira pareillement, car l'indépendance du Mexique ne lui a pas donné la liberté mais la ruine , la misère ainsi qu'un esclavage plus dur et plus odieux que celui dont il souffrait sous les Moctezumas et les Espagnols. Pourtant, chose étrange, si le temps et le régime passé sont regrettés, les Espagnols ne le sont pas; ils ont laissé des inimitiés ineffaçables et des souvenirs encore récents qui rendent impossible toute tentative de rapprochement entre la mère patrie et ses colonies. La race latine a cela de malheureux qu'elle est plus portée vers la conquête que vers la colonisation, vers le despotisme que vers la liberté; elle a l'esprit plutôt chevaleresque que positif, elle est la race du passé et non celle de l'avenir, mais elle est assez puissante, assez virile pour ne point se laisser dominer par les races saxonnes qui semblent vouloir diriger la civilisation moderne au point de vue politique, industriel et commercial ; espérons qu'elle se régénérera au Mexique comme ailleurs, et ne se laissera pas enlever le sceptre qu'elle a su conserver depuis tant de siècles.

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