‹ Histoire du MexiqueChapitre 20 sur 28 · II · texte numérisé non relu

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quelque chose d'utile. . La main de la Providence peut seule remédier à une situation aussi désespérée. — A. L. de Santa- Anna. »

Ne voulant pas aller au Mexique ajouter un élément de plus au désordre qui régnait dans ce pays, il écrivît te 15 février au général Woll qui se trouvait alors à la Havane... « Je crois très important que vous vous embarquiez par le prochain paquebot, afin de vous joindre aux forces assiégeantes de Vera-Cruz, sous les ordres de Miramon; il vous sera facile de débarquer à Sacrificios, pouvant vous transborder ensuite sur l'un des navires de guerre arrivés près de l'île. — A. L. de Santa-Anna. »

Ce n'était point aussi facile, mais un homme comme le général Woll valait à lui seul une armée; ce général avait la conscience de sa propre valeur; il connaissait le besoin qu'éprouvait le Mexique d'un chef expérimenté, loyal, sur lequel on pût compter; il ne voulut pas priver sa patrie adoptive des services immenses qu'il pouvait lui rendre. H partit et réussit, après bien des dangers évités, à rejoindre les forces du gouvernement qui assiégeaient Vera-Cruz. La correspondance de Santa-Anna nous apprend que les services du général Woll furent immédiatement acceptés.

« Je suis très-heureux, lui écrivait-il le 24 mai, d'apprendre que le gouvernement de Miramon vous a rendu votre emploi de général de division et vous a nommé général en chef de la divison d'opération à l'intérieur... Ten suis doublement heureux, parce que votre épée sera une charge bien lourde pour la canaille... elle coupera sans doute la tête de ce vandale Vidaurri !» — Et le 7 juin, il lui donnait le conseil suivant... «Pour aucun motif n'abandonnez comme base d'opération S. Luis Potosi, pour aller vous internera Monterey... Mieux vaut de la lenteur dans les opérations que de les aventurer. Il est difficile de réparer des revers chez nous, d'après les dispositions du pays. »

Dans les lettres que je viens de citer de l'ex-dictateur, il est fait plusieurs allusions qui doivent être expliquées.

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Maisauparavant, jedoisdirequeMiramon.peu de jours après son installation comme président provisoire ou substitut, était allé faire le siège de Vera-Cruz, laissant pour ministre à Mexico, aux affaires étrangères, D. Manuel Bonilla ; à la justice, D. Isidro Diaz; à l'intérieur, D. Teofilo Marin; aux travaux publics, D. Octaviano Munoz; aux finances, D. Gabriel Sagaseta.; et à la guerre, le général D. Severo Castillo, remplacé depuis par le général D. Antonio Corona.

En 1858, après avoir installé à Vera-Cruz le siège de son gouvernement, Juarez dépêcha à Washington un envoyé du nom de Mata, pour y négocier un emprunt, acheter des armes, des munitions de guerre et demander la reconnaissance de Juarez par les États-Unis, comme président légal. Le cabinet de Washington y était très disposé depuis que Zuloaga avait refusé d'accepter les propositions de M. Forsyth, pour la cession d'une partie des frontières du nord ; aussi, profitant d'une occasion si favorable, M. Buchanan mit pour condition à son consentement la confirmation du traité de 1850, exigea que les droits de la compagnie concessionnaire de Tehuantepec fussent précisés dans une convention nouvelle, et réclama des privilèges pour le commerce américain.

En sa qualité d'Indien Zapotèque, Juarez s'inquiétait fort peu de l'intégrité du territoire mexicain, je dirai même plus; en 1847, étant alors gouverneur de Oajaca, il menaçait, après la chute de Mexico, Santa-Ànna de le faire fusiller s'il venait sur son territoire ; depuis, les actes politiques de Juarez démontrent également, soit un égoïsme personnel poussé jusqu'au sacrifice du Mexique à son ambition privée, soit un désir secret — émanant sans doute d'une tradition de race — d'humilier, d'asservir, d'anéantir la nation mexicaine, comme son pays avait été humilié, asservi par les rois du Mexique. Un fait digne de remarque, c'est que si les gouvernements conservateurs mexicains sont loin d'être exempts de reproches, ils ont toujours su conserver l'intégrité du territoire national; le démembrement de la république et les

traités de concessions de privilèges onéreux ont toujours été faits sous des gouvernements démocrates. Le traité de la Mesilla seul serait une exception si Santa -Anna n'avait point trouvé cette question pendante en 1853; et Ton a vu que cette rectification de frontière, véritable cession après tout, était assez insignifiante et fort bien payée.

M. Mac-Lane fut donc envoyé, en 1859, auprès de Juarez, et bientôt le ministre américain conclut avec l'Indien rebelle un traité dont voici les principales dispositions : « Est concédé aux Américains à perpétuité le droit de transit sur l'isthme de Tehuantepec, par quelque chemin que ce soit existant ou à créer; rétablissement de deux ports, l'un sur l'Atlantique et l'autre sur le Pacifique; le gouvernement de Mexico n'aura aucun droit sur les marchandises transitant par l'isthme, si ce n'est sur celles destinées à la consommation intérieure de la république. Le Mexique s'engage à protéger par la force des armes la compagnie américaine, hommes et choses, et s'il est dans l'impossibilité de le faire, la charge en incombe de droit aux États-Unis. Est concédée la libre entrée et le transit de toutes marchandises appartenant ou consignées aux Américains de la Arizona, par les ports du golfe du Mexique, depuis Matamoros, Camargo, ou tout autre point de Rio Grande jusqu'au port de Mazatlan, à l'entrée du golfe de Californie; depuis le rancho de Nogales, ou tout autre point qui conviendra aux Américains, jusqu'à Guaymas, ceux-ci se réservent le droit de choisir les marchandises qu'ils voudront bien admettre à la vente dans les deux pays. Les Américains ont également le droit de passage pour des troupes et des munitions de guerre, par tout chemiu qui leur plaira, depuis Guaymas jusqu'au rancho de Nogales ou tout autre point à leur convenance à travers la Sonora. » Sauf une souveraineté nominale, ce traité, appelé Mac-Lane, était une vraie concession faite aux États-Unis du territoire mexicain. Dans une dernière clause, le gouvernement de Juarez indiquait son bon vouloir d'accepter le protectorat des États-Unis, en cas de besoin. Ce protectorat

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constituait une intervention militaire permanente, sous le prétexte de protéger les citoyens américains, pendant les révolutions mexicaines.

Juarez, n'ayant d'autre souci que de se voir reconnaître par le gouvernement des États-Unis, ne marchanda pas le prix auquel fut attachée cette reconnaissance. Il se contenta de quatre millions de piastres dont la moitié devait être alfectée aux créances américaines, l'autre moitié seulement devait être remise à Juarez. On se rappelle qu'en 1848, les Américains voulaient payer vingt millions de piastres, la seule concession de l'affaire de Tehuantepec! Juarez mettait le Mexique au rabais pour être reconnu président constitutionnel; mais il vendait son pays sans aucun droit, sans aucun titre et en violatit cette constitution de 1857, au nom de laquelle il se constituait lui-même président, de sa propre autorité. En effet, cette constitution, comme toutes les constitutions mexicaines, imposait l'obligation de soumettre' à l'approbation du congrès, avant de les promulguer, toute loi intérieure, tout traité international. Où donc était cette légalité constitutionnelle qui devait légitimer ses actes ? On comprend que les Américains aient cru pouvoir traiter avec Juarez; depuis longtemps ils considèrent le Mexique comme une proie légitime, naturelle ; pour s'en emparer graduellement, ils ne reculent devant aucun moyen, mais la conduite de Juarez serait inqualifiable si elle n'était expliquée par des actes plus récents; elle n'indiquait pas une simple ineptie ; ses nouvelles tentatives pour contracter des emprunts en hypothéquant la Basse-Californie, le Chihuahua, la' Sonora et le Sinaloa prouvent assez la criminalité réfléchie de son système.

La conclusion du traité Mac-Lane suscita dans tout le Mexique des cris d'indignation. Parmi les nombreuses protestations officielles et privées que je me suis procurées, presque toutes commencent par prouver que ce traité n'a aucune valeur ; qu'un traité non approuvé par le congrès est nul, lors même qu'il serait revêtu de la signature du pou-

voir exécutif légal, quand ce pouvoir n'a pas les droits discrétionnaires conférés à Sauta-Anna en 1853, et retirés depuis 1855. « Jamais, dit Miramon dans sa protestation, je n'accéderai à un semblable traité. Placé par la Providence à la tête de la nation, je suis profondément pénétré de la responsabilité qui pèse sur moi dans une crise aussi grave. Dieu m'a donné la victoire dans une guerre intestine, j'espère qu'il me la donnerait dans une guerre entreprise pour l'indépendance de ma patrie, pour la défense de sa religion et l'intégrité de son territoire. » Une autre de ces plus éloquentes protestations dit : — « Quand la presse des États- Unis a commencé à parler du traité Mac-Lane, donnant des détails sur les transactions de MM. Mata et Lerdo de Tejada avec le cabinet de Washington, les vrais -Mexicains, ceux qui savent ce qu'importent l'honneur et l'amour de la patrie, n'ont pas voulu croire aux dégradantes et honteuses manœuvres de ces traîtres. » Mais il n'est nullement besoin d'invoquer le témoignage des Mexicains pour flétrir la conduite de Juarez vis-à-vis de son pays, ces faits parlent assez éloquemment par eux-mêmes, pour que leur auteur soit jugé selon son mérite.

Les événements qui se passaient dans les plaines de la Lombardie et ceux qui se préparaient aux États-Unis, vinrent entraver l'exécution du traité Mac-Lane. L'armistice de Villafranca surprit les Américains au moment où M. Lerdo de Tejada allait contracter un emprunt pour Juarez, au moment où l'on se disposait aux États-Unis à donner le premier coup de pioche à Tehuantepec. M. Buchanan ne se dissimula point la gravité de ces événements. Il comprit que la crise européenne ainsi terminée avant que les États-Unis en eussent profité, l'Europe retrouvait sa liberté d'action avec laquelle il fallait nécessairement compter. Aussitôt il donna l'ordre de suspendre toute négociation avec Juarez. Dans son message, M. Buchanan se plaint de toutes les républiques américaines; il demande des réparations par les armes, « parce que, dit-il, l'anarchie de ces répu-

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bliques est devenue pour la liberté du transit et les intérêts généraux, un danger impossible à tolérer davantage. » En conséquence, il demande au congrès l'autorisation « d'employer les forces de terre et de mer de la confédération pour empêcher le transit d'être entravé ou fermé par le désordre et la violence. » Ën réalité x M. Buchanan demande à être investi d'une véritable dictature contre l'étranger. Son message n'est qu'une longue négation des souverainetés nationales, dont il veut pourtant admettre le principe. En général les mots liberté, droits constitutionnels, dans la bouche de ces personnages qui méprisent et foulent sans cesse aux pieds la liberté et les droits constitutionnels d'autrui, sont des mots prononcés pour les sots et cachent ce chantage politique qui n'est que de l'infamie, rarement déguisée.

M. Buchanan va plus loin, il demande également un crédit pour acheter l'île de Cuba, et laisse entrevoir que si l'Espagne se refuse à vendre « la Reine des Antilles », on la lui prendra par la force des armes. Il introduit ouvertement la nouvelle politique américaine, éclose par l'indifférence ou l'apathie de l'Europe en matières transatlantiques, c'est à dire l'expropriation des nationalités espagnole? dans le nouveau monde, pour cause d'utilité américaine/ Néanmoins, dans la question mexicaine, il insère quelques* phrases pour endormir la susceptibilité des États européens qui pouvaient se révolter en présence de pareilles prétentions : — « Est-il possible, dit-il en parlant du Mexique, qu'un tel pays soit abandonné à l'anarchie et à la ruine, sans qu'il soit fait quelque effort pour le délivrer et le sauver? Les nations commerçantes du monde qui ont tant d'intérêts engagés au Mexique, resteront-elles indifférentes à ce résultat? Les États-Unis surtout, qui doivent avoir avec le Mexique le plus grand nombre de relations commerciales, laisseront-ils cet État voisin se détruire lui-même et les ruiner? Sans appui, le Mexique ne saurait reprendre sa position parmi les nations, ni entrer dans une carrière féconde en bons résultats. Cette assistance, exigée à la fois par son intérêt et celui du com-

merce en général, c'est au gouvernement des États-Unis à la lui donner en raison de son voisinage immédiat et en raison de notre politique qui n'admet pas l'intervention d'une puissance européenne quelconque dans les affaires intérieures de cette républiques/Du moment où les États-Unis voulaient être du Mexique le maître nominal, par le commerce et l'industrie, ou le maître effectif par la conquête ou l'annexion, il était naturel qu'ils s'élevassent contre l'intervention des puissances européennes, car au lieu d'avoir en face d'eux un peuple anéanti par la guerre civile et l'absence complète de vertus civiques, les États-Unis auraient eu devant eux une

être de les écraser. \J

On a vu, par l'histoire de l'élévation et de la chute de tous les gouvernements mexicains, que la cause de cette élévation et de cette chute était uniquement le manque d'argent ; quelquefois les lois arbitraires contre le clergé précipitaient le renversement des gouvernements démocratiques qui les décrétaient, mais c'était parce que le clergé prétait son concours pécuniaire aux généraux conservateurs disposés à se prononcer contre le pouvoir alors établi. Les convictions politiques n'avaient aucune influence sur cette bascule gouvernementale. Juarez, étant le maître de Vera-Cruz, trouvait dans le revenu des douanes des ressources précieuses qui faisaient défaut à Miramon ; tant que Juarez restait en possession de ces ressources, n'eût-il pas un seul partisan dans toute la république, il était sûr de maintenir ses prétentions à la présidence et son gouvernement fictif. Miramon ne l'ignorait pas , et c'est pourquoi il quitta la capitale pour venir assiéger Vera-Cruz.

Le soldat mexicain, arraché de force à sa chaumière, à sa famille, à ses travaux, n'avait aucune raison pour se battre en faveur d'un parti plutôt que d'un autre, il désertait aussitôt qu'il n'était plus payé; il fallait donc s'emparer de Vera-Cruz pour se procurer des ressources qui faisaient défaut, et prévenir la désertion de l'armée conservatrice. Les

à même de leur tenir tête et peut-

conservateurs et le clergé surtout, sentant que Zuloaga et Miramon étaient les défenseurs de leurs droits, apportèrent au commencement de ces deux administrations leurs deniers, pour faire rappeler la loi de 1857 sur le désamortissement des biens de mainmorte. Une fois cette loi rappelée, les secours du clergé devinrent rares et finirent par cesser tout à fait. Ne pouvant tirer aucun revenu du pays, tant épuisé par ces éternelles révolutions, et ne recevant plus de ses partisans aucun secours, Miramon se vit bientôt réduit au triste expédient des contributions extraordinaires et des emprunts forcés, pour subvenir aux nécessités de son gouvernement.

A peine Miramon était-il parti pour Vera-Cruz, queDegol- Jado arrive de Guanajuato à marches forcées sur la capitale, à la tète d une armée respectable par le nombre. Le 21 mars, il s'empare de Tacubaya, de Chapultepec, et le 2 avril Mexico est complètement entourée par les forces révolutionnaires. Le général D. Leonardo Marquez, en apprenant la marche de Degollado, quitte Guadalajara, le poursuit avec mille hommes seulement et neuf pièces d'artillerie, ne laissant que quinze cents hommes à son lieutenant le général D. Luis Tapia, et arrive à Mexico. La bataille commence le H avril à Tacubaya; les forces de Degollado sont mises en déroute par Marquez, secondé par Miramon qui arrive pendant le combat. La capitale redevenue libre, Marquez part pour Toluca, dans l'intention 4e détruire les bandes formées avec les fugitifs de Tacubaya, il traverse le Michoacan, reprend Tepic, défait à San Juan de los Lagos, les bandes de Doblado qui avait repris la campagne, malgré la convention de Silao, et retourne à Guadalajara.

A San Juan de los Lagos, Marquez avait été chargé par le général Woll de conduire provisoirement à Guadalajara un convoi d'argent qui ne pouvait être embarqué à Vera-Cruz, et qui appartenait au commerce. Arrivé à Guadalajara, Marquez se trouvait dans une position désastreuse. Le gouvernement devait à ses troupes plus de cent dix-sept mille piastres; ses soldats et ses officiers n'avaient ni solde, ni

couverture, ni chaussures, et leurs vêtements tombaient eu lambeaux, elles venaient pourtant de faire une campagne rapide et brillante. Une telle misère attirait l'admiration et la sympathie même des libéraux qui ne comprenaient pas comment ces hommes pouvaient dans de telles conditions faire de tels exploits.

Pour rémédier à pareil dénûment, Marquez eut recours à des réquisitions forcées, surtout dans les localités qui, depuis deux ans, ne payaient aucune contribution au gouvernement, et retiraient de très grands bénéfices par la vente des produits agricoles et autres; mais ces ressources, par trop insuffisantes, ne remédiaient à rien et lui suscitaient beaucoup d'ennemis. Il écrivit alors aux évêques du Jalisco, de S. Luis de Potosi, à tous ceux dont il défendait les intérêts religieux et pécuuiaires et qui s'étaient réfugiés à Mexico par pusillanimité; tous lui répondirent par des refus, disant qu'ils n'avaient pas même pu donner à Miramon tout l'argent qu'il leur avait demandé. Le chapitre de Guadalajara lui permit pourtant, par une lettre datée du 2 octobre 4859, d'hypothéquer pour trente ou trente-cinq mille piastres l'argenterie de la cathédrale, s'il trouvait à emprunter cette somme sur hypothèque. Dans une lettre du 29 octobre, l'évêque de Guadalajara motive son refus par l'insuffisance des revenus de son diocèse « qui ne sont pas à comparer avec les grandes ressources des diocèses de Mexico, Puebla et Michoacan. » Il ajoute que « son prédécesseur avait donné trente mille piastres à Santa-Anna pour combattre les Américains en 1846, et pareille somme au gouvernement national, lors de la prise de S. Jean d'Uloa par les Français. »

Cette correspondance de Marquez et des évêques est fort curieuse, mais trop secondaire pour être publiée. L'assemblée convoquée a Guadalajara par Marquez, pour exécuter le dé- ' cret du 23 septembre, favorisa les contribuables aux dépens de l'impôt décrété, à celte date, par le gouvernement, sur les capitaux de cinq cents piastres et au dessus. En pré-

sence d'une apathie aussi générale et d'un mauvais vouloir si flagrant, Marquez écrivit au gouvernement suprême, le 25 octobre 1859, un exposé de situation dans lequel il lui disait : — «Je suis revenu dans cette capitale — Guadalajara — à la tête de la division qui conduisait le convoi d'argent reçu à S. Juan de los Lagos, et qui doit continuer sa inarche jusqu'à San-Blas ou Santa-Cruz, selon l'opportunité qui se présentera pour son embarquement. » Puis il fait un tableau navrant et vrai de l'état de son armée, de celui du Jalisco et des affreux malheurs qui résulteraient de la dissolution de ses troupes arrivées au point de n'avoir pas un morceau de pain à se mettre à la bouche. Pourtant, « il ne peut pas, dit-il, s'exonérer honorablement d'une aussi terrible responsabilité, en abandonnant à d'autres mains un commandement aussi difficile dont le poids fait vaciller les siennes. » Il se décide donc à prendre une petite partie — six cent mille piastres — du convoi pour le sauver intégralement et sauver son armée, le Jalisco et les trois États dont se composait son commandement, de l'anarchie et de la ruine; il termine en priant le gouvernement de restituer à Mexico les six cent mille piastres prélevées sur le convoi qui fut embarqué à Santa-Cruz, malgré les efforts des libéraux stationnés à San Blas qui voulaient s'en emparer.

Le gouvernement national, loin de pouvoir rembourser cette somme, était lui-même à la recherche d'un moyen légal de mettre un peu d'argent dans ses coffres vides; aussi, blàma-til Marquez de son procédé et lui ordonna-t-il de restituer les six cent mille piastres prélevées sur le convoi. C'est alors que Miramon, poussé par la nécessité, émit un emprunt de quinze millions de piastres, en bons garantis par la maison Jecker. A cet emprunt, le gouvernement attribuait 6 % d'intérêt, dont 3 % payables en papier par le trésor, et 3 % en argent payables par la maison Jecker, plus la faculté réservée aux titres de cet emprunt de servir, pour 20 %, soit un cinquième, dans l'acquittement des droits de douane et des contributions de toute, nature, sauf celle de la

capitation, ce qui fut considéré comme un dégrèvement de tarif. Tous les commerçants et les contribuables étaient naturellement appelés à souscrire à cet emprunt. La maison Jecker, alors la plus considérable de Mexico, usa sans privilège de ce droit, jusqu'à concurrence de la somme de 750,000 piastres, et les particuliers pour celle de 623,000 piastres.

Cinq mois plus tard, le placement de l'emprunt se trouvant fort difficile, le gouvernement sollicita la maison Jecker d'émettre le reliquat, et c'est alors qu'elle fut amenée à porter ses déboursés, intérêts compris, au chiffre de 3,214,058 piastres, soit : 16,070,290 francs. M. Jecker plaça ses bons au fur et à mesure des besoins des commerçants et des contribuables pour une somme de 1,200,000 piastres, soit : 6,000,000 de francs environ, et en servit les intérêts. A la chute de Miramon, la maison Jecker se trouva dans un embarras financier qui lui fit suspendre le payement de ses bons, Juarez ne voulant reconnaître aucune dette publique contractée par les gouvernements qui l'avaient précédé. Ce que demanda depuis M. Jecker, c'était simplement la reconnaissance d'un titre publiquement, légalement émis, et loyalement souscrit, aussi bien par M. Jecker que par d'autres maisons. On s'est beaucoup servi de l'affaire Jecker pour attaquer le gouvernement français, parce qu'on a supposé que M. de Morny avait un intérêt dans la dette Jecker, et qu'il a poussé la France à faire la guerre au Mexique dans un but tout personnel. Ceci est complètement faux. Au point de vue historique et politique, l'affaire Jecker n'a eu aucune influence sur notre expédition; elle ressemblait plus ou moins à toutes les autres transactions financières contractées entre les capitalistes étrangers «et les gouvernements mexicains, depuis le président Victoria jusqu'à l'empereur Maximilien. Si, lors de notre expédition au Mexique, les intéressés dans l'affaire Jecker et dans celle de M. Martin Duran ont fait de l'agiotage, s'ils ont commis des abus, c'est qu'il s'en fait et s'en commet toujours en Amérique, à Paris,

à Londres et partout, dans toutes les grandes combinaisons financières; mais je le répète, ces deux affaires n'entraient pour rien dans le but de notre expédition. Naturellement, une fois au Mexique, les créances Jecker et Martin Duran ont fait partie des créances insérées dans nos réclamations, comme l'Angleterre et l'Espagne mettaient dans leurs réclamations toutes les créances de leurs nationaux et dont les gouvernements mexicains s'étaient plus ou moins affranchis jusqu'à ce jour; mais il était absurde de croire que ces trois puissances allaient dépenser des centaines de millions, uniquement pour faire restituer à leurs nationaux quelques créances qui n'avaient pas été contractées sans des compensations importantes.

Tandis que Marquez et Miramon cherchaient des expédients pour donner du pain, des habits et des munitions à l'armée nationale, le général Woll battait les dissidents dans l'intérieur du Mexique. Le 21 mai 18o9, il se trouvait à Salamauca avec une petite division. Apprenant que le général Mejia se relirait devant des forces supérieures, — six mille hommes, — Woll, avec son escorte, partit aussitôt pour le rejoindre, et arriva dans la nuit à Irapuato où il était, tandis que quatorze cents hommes de sa division arrivaient à la pointe du jour au moment où les avant-postes, placés hors de la ville, se retiraient en annonçant que le détachement d'observation placé sur le chemin d'Irapuato à Silao avait été surpris, défait et son commandant pendu. Sans perdre de temps, Woll fit prendre les armes à ses soldats, se plaça à la téte de la 1" brigade et sortit de la ville avec le général Mejia ; le reste de ses troupes devait le suivre avec le général Gruz. Malgré la fatigue d'une marche de toute la nuit, les dissidents sont poursuivis jusqu'à la Calera, où deux mille carabiniers embusqués derrière un mur font un feu très nourri contre les troupes nationales. Mejia est obligé de se retirer; ses soldats fuient. Alors Woll lança trois cents cavaliers, commandés par un de ses colonels, pour rétablir le combat, et lui -môme à la tête de deux compagnies du 4* ba-

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taillon, courut pour le soutenir jusqu'à l'arrivée des trois colonnes parallèles auxquelles il avait donné Tordre de presser le pas. Les dissidents, en voyant la marche rapide des deux compagnies d'infanterie qui débordaient déjà leur ligne de bataille, commencèrent à faiblir; mais apercevant au loin les trois colonnes qui venaient les attaquer de front, ils ne les attendirent pas et se débandèrent, poursuivis par les trois cents cavaliers et cent fantassins commandés par les généraux Mejia et Cruz. Le résultat de cette journée fut immense, en ce sens que l'armée insurgée fut coupée en deux et presque détruite.

Le 30 mai, le général Woll poursuit les débris de cette armée, commandés par le général Zuazua et les colonels Zaragoza et Guadalupe Garcia; il les atteint à la Calera, les attaque immédiatement et les défait de nouveau. Dans cette affaire, les dissidents laissent sur le champ de bataille quatre cents hommes tués, blessés ou prisonniers. Le SI juin, Woll revient à Irapuato avec les généraux Alfaro, Vêlez et Cruz au secours de Mejia attaqué par cinq mille révolutionnaires; il le dégage et met de nouveau les dissidents en déroute. Le 23 juin, après avoir accordé vingt-quatre heures de repos à ses troupes, il court à Silao, espérant y trouver les insurgés; mais ceux-ci l'ont évacué pendant la nuit pour aller se fortifier à la Luz — riche mine d'or et d'argent. — Le 25, Woll se dirige sur Luz et Marfil, près de Guanajuato; mais les révolutionnaires ne l'ont point attendu ; ils s'étaient sauvés, emportant avec eux cent soixante-dix mille piastres prises à l'hôtel des monnaies de Guanajuato. Ils se sauvaient avec tant de rapidité, perdant par la désertion plus de la moitié de leur effectif, que le général, renonçant à les poursuivre, établit son quartier général à Celaya, ordonna à Mejia de se rendre à Queretaro, et fit occuper Guanajuato par le général Vêlez et sa brigade.

Le 31 août, Woll part de Guanajuato, où il se trouvait en ce moment, avec huit cents fantassins et quatre pièces de canon, et se dirige sur Léon occupé par Doblado, Quiroga et

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d'autres chefs avec deux mille hommes et cinq pièces d'artillerie. A Silao, lè général Cruz se joint à lui avec sa cavalerie. A six heures du soir il se trouva en face des dissidents à une lieue de Léon. Le combat commence et ne se termine qu'à neuf heures sur la place principale de la ville, les troupes nationales ayant poursuivi les insurgés l'épée dans les reins sans relâche, malgré la fatigue, la soif et la faim qui les accablaient. Doblado put se sauver à la faveur de la nuit, mais deux escadrons, de l'artillerie et plusieurs chefs restent au pouvoir des vainqueurs.

Le 11 septembre, Marquez, avec deux escadrons, battait de son côté douze cents hommes de Rojas et de Valle, dans le Jalisco. Une proclamation du général Degollado, datée de San-Luis Potosi 11 septembre 1859, nous apprend la défection de Vidaurri. Ce général, démocrate, fédéraliste et partisan de Juarez, avait été l'un des plus violents ennemis du parti de l'ordre; on a vu par ses faits et gestes qu'il ne brillait ni par son humanité, ni par son désintéressement, ni par sa délicatesse; pourtant, il se fatigua des désordres engendrés par les révolutionnaires et des excès auxquels se livraient partout les libéraux, pillant les propriétés privées, tuant les citoyens inoffensifs et inaugurant une guerre d'extermination et de ruine. Il retira ses troupes de l'intérieur de la république et les concentra à Monterey, en attendant de les employer pour son propre compte. Degollado le destitua et mit à sa place le général Aramberri: Cette destitution ne pouvant avoir aucun effet, ne signifiait rien, car il était peu prudent d'aller l'imposer par la force des armes. A S. Miguel de Allende, devant le général Vêlez, à Juan de Los Lagas, devant Marquez, à Aguas- Calientes, devant le général Woll, les insurgés fuyaient partout sans attendre le combat. Si l'armée nationale eût été payée de manière à poursuivre ses triomphes sans trop souffrir de la faim, de la nudité et du manque de munitions, la guerre civile aurait été terminée à la fin de 1859; mais le manque d'argent causait la désertion dans ses rangs,

tandis que le pillage maintenait l'abondance dans les corps insurgés.

Après l'occupation d'Aguas-Calientes, Woll poursuivit jusqu'à Zacatecas, avec mille hommes, le corps d'armée commandé par Ortega. L'avant-garde de Woll atteignit Ortega à l'hacienda de la Conception ; un engagement eut lieu, mais le peu de vigueur mis par la cavalerie nationale à maintenir le combat jusqu'à l'arrivée du général permit à Ortega d'échapper. A la cathédrale de Zacatecas, se trouvait alors des fonts baptismaux en argent massif et d'un travail admirable, donnés par la comtesse de S. Mateo, riche dame de Sombrerete, en échange des anciens fonts qu'elle voulut avoir parce qu'ils avaient servi à son baptême. Ortega, après sa déroute de la Conception, passa par Zacatecas, prit ces fonts baptismaux dont la valeur intrinsèque était considérable, les porta à Fresnillo et les fit fondre en lingot pour avoir de l'argent. De Zacatecas, Woll continua sa marche en avant jusqu'à Durango; mais au moment d'entrer dans celte ville, il reçut l'ordre de retourner à Zacatecas et d'aller prendre à Guadalajara le commandement du 1" corps d'armée.

Dans la correspondance du général Corona, ministre de la guerre, je trouve une lettre datée de Mexico, 5 octobre 1859, en réponse au général Woll qui lui demandait des nominations aux grades supérieurs pour les officiers qui s'étaient distingués dans cette brillante campagne; cette lettre me paraît assez curieuse pour mériter d'en publier l'extrait suivant : — « Vous, moi et tout le monde, dit le ministre, nous déplorons l'existence d'une armée de chefs et d'officiers que le gouvernement ne peut, ni n'a les moyens de soutenir, et qui végètent dans la misère, étant un affront pour les administrations prodigues qui les ont créés. Il n'est ni rationnel, ni juste de nommer de nouveaux colonels, avant d'avoir placé les cinq cent cinquante qui sont dans la rue. D'un autre côté, si pour chaque fait d'armes nous donnons de l'avancement, nous aurons bientôt formé une

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armée de généraux; de division, et nous aurons à déplorer de n'avoir pas un rang supérieur pour continuer les ascensions. — Antonio Corona. »

Soit besoin d'argent, soit pour enlever désormais au parti clérical, qui l'avait évincé du pouvoir, l'influence de la fortune, Juarcz avait décrété, les 12 et 13 juillet 1859, les « lois de réforme », parmi lesquelles se trouvaient les lois de nationalisation des biens du clergé. On a dit que Juarez n'était pas un homme assez intelligent pour avoir imaginé ces lois et qu'elles sont dues à l'initiative des deux frères Lerdo de Tejada, qui avaient déjà préparé les lois de désamortissement sous Comonfort. Je ne sais si cela est vrai ; dans tous les cas, ces lois qui ruinaient à jamais l'Église mexicaine, anéantissaient plus ou moins l'influence directe et matérielle du clergé sur les événements politiques et soulevaient des cris d'indignation contre Juarez, ne servirent en rien la cause de Miramon. Le clergé mexicain, sans prévoyance et sans vues élevées, ne sut pas donner une obole au président conservateur pour le faire triompher de son antagoniste, et sauver les propriétés menacées par les lois de réforme. Cette conduite inconcevable du clergé le perdit, et je crois qu'il donnerait volontiers maintenant les quelques millions qu'il refusa alors, qu'il n'a plus aujourd'hui et qui auraient incontestablement sauvé les immenses capitaux dont il jouissait encore en 1860. M. Guttierrez de Estrada attribue, dans un de ses écrits, les dernières révolutions qui ont ensanglanté la république avant l'arrivée de l'empereur Maximilien, à la publication de ces lois de réforme, à la perturbation générale qu'elles amenèrent dans les affaires intérieures, en détruisant le crédit et les ressources financières dont disposait le clergé en faveur des petites fortunes. On a vu que les révolutions n'ont pas manqué depuis l'indépendance jusqu'à Juarez; les décrets de juillet 1859 ont ajouté un aliment nouveau à la haine des partis, ils ont peut-être accéléré l'avènement de l'empire, mais il est ridicule de leur attribuer les dernières révolutions ; ces dernières étant, comme les

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