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précédentes, le résultat du vice de l'organisation politique du pays, du manque de patriotisme des citoyens et de la démoralisation générale de toute la nation.
En vertu de ces « lois de réforme », l'État s'emparait sans réserve de toutes les propriétés du clergé, sauf la valeur des églises qui, plus tard, ne furent pas épargnées. Il les mettait en vente, et le produit de ces ventes était versé dans les caisses du trésor public. Les paiements se faisaient de la manière suivante : 2/5 en pagarès ou bons payables en soixante mois; 3/5 en papier du trésor, autrement dit en bons delà dette intérieure. Ces sortes de paiements eussent été fort avantageux pour l'État et l'acheteur, si l'on avait apporté dans les transactions l'esprit de justice et d'honnêteté qui auraient pu pallier l'odieux des mesures arbitraires adoptées par le gouvernement de Juarez. Mais l'État comme les acheteurs furent coupables des abus les plus injustifiables et des transactions les plus honteuses. L'État ne paya jamais la rente de 6% affectée aux bons de la dette intérieure, de sorte que ces bons se donnaient à 18 % au dessous de leur valeur réelle. L'acquéreur des biens du clergé, possesseur de ces bons, gagnait donc 90 % sur les 3/5 du prix d'achat, et, de son côté, le gouvernement de Juarez éteignait ainsi sa dette. L'État se procurait, en outre, au moyen des pagarès, des sommes importantes. Mais, je reviendrai plus loin sur les abominables fraudes commises à l'abri des « lois de réforme », rendues plus sévères encore par les décrets de 1860 et de 1861.
Au mois de janvier 1860, on trouve le Mexique dans une position désespérée; les bandits, profitant de la guerre civile, y commettent des atrocités inouïes et qu'on a vu se renouveler fréquemment jusqu'au moment où j'écris ces lignes. Le manque d'argenl paralysait le mouvement des troupes nationales. Toutes les lettres adressées au ministre de la guerre par les chefs de corps témoignent de celte pénurie qui entravait les opérations contre les guérillas, même celles de la plus urgente nécessité; on en pourra juger par cet
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extrait d'une lettre du général Woll, concernant Rojas, bandit célèbre tué, en 1865, par le capitaine Berthelin : — « (Test une honte de voir Rojas et Médellin agissant librement de la sorte. Le premier entra dans le Teul et, après avoir volé la population, il assassina hommes, femmes, enfants et vieillards ; il a violé, enlevé de jeunes femmes et de jeunes filles, et je ne puis le poursuivre parce que je n'ai pas un seul réal — soixante centimes. — Voilà deux jours que mes soldats sont sans ressources ; les officiers n'ont rien à manger et l'ennemi travaille pendant ce temps. »
Le gouvernement de Miramon avait le tort de vouloir soumettre tout le Mexique, sans une piastre pour conserver son armée; il disséminait ainsi ses forces, les affaiblissait et ne retirait aucun avantage de ses victoires, car au Mexique la déroute et la désertion suivant de près les premiers coups de feu, les combats sont rarement très meurtriers ; les vaincus se réunissent vingt-quatre heures après leur défaite, et présentent le lendemain d'une bataille le même aspect que la veille, sauf une légère diminution dans les rangs ou dans les cadres. Cette tactique contre laquelle Santa-Anna s'est toujours élevé, était également critiquée par le général Woll qui a commandé pendant quarante ans les principales campagnes faites au Mexique jusqu'à la chute de Miramon. « Il me paraît, sauf une meilleure opinion du président et de Votre Excellence, écrivait-il alors au ministre de la guerre, que nous ne devons pas faire des excursions qui ne donnent d'autre résultat que d'exaspérer les populations, que nous laissons ensuite à la merci des violences et des vengeances des factieux. Notre guerre est une guerre d'occupation, nous devons avancer lentement mais sûrement. » — Le vieux général aurait pu copier sa lettre en 1865, et l'adresser à l'empereur Maximilien, car ce qu'il critiquait sous Miramon à cause de sa vieille expérience, se reproduisit sous l'empire, sur une plus vaste échelle et donna naturellement des résultats plus fâcheux encore.
Dans un dossier de correspondances révolutionnaires,
saisi, en 1860, a Zacatecas, j'ai trouvé de nombreuses lettres d'Ortega, d'Orellano, d'autres libéraux et d'une quantité de personnages devenus impérialistes plus tard, pour avoir des places lucratives, qui vendaient moyennant des sommes plus ou moins considérables des emplois ou des concessions importantes, au détriment du gouvernement, du public ou du fisc. L'indignation produite par la signature du traité Mac- Lane, n'était point encore calmée au commencement de 4860. Parmi la multitude de lettres de cette époque qui résument le mieux l'opinion publique sur ce sujet, je dois citer un fragment d'une lettre du colonel D. José Lopez de Santa-Anna, datée de la Havane 24 janvier, et qui donne des détails sur Juarez, que je n'ai pas enregistrés en parlant de l'invasion du Mexique par les Américains en 1847.
... « Le traité célébré par Juarez avec le funeste cabinet de Washington peut amener de graves complications pour la sainte cause de l'ordre ! Quel aveuglement ! rapprends par les lettres et journaux que j'ai reçus dernièrement, que l'indignation générale pèse déjà sur les auteurs de ce traité néfaste, et que la nation se prépare pour se défendre de la trahison la plus noire et de l'usurpation la plus honteuse. Les mêmes hommes qui, en 1847, refusèrent leur coopération pour la défense du territoire national, envahi par les Yankees, consomment aujourd'hui leur ancien désir de vendre la patrie à nos plus mortels ennemis. Les misérables! Et ces hommes sont ceux qui appelaient l'armée lâche, parce qu'elle ne triomphait pas, et traître son illustre chef, parce qu'il ne voulut pas signer la paix de Guadalupe!... D'après ce qu'on m'écrit de la Nouvelle-Orléans, en date du 21 janvier, il parait que la commission du sénat américain chargée d'examiner le funeste traité Juarez-Muc-Lane, opine pour son approbation... Le sentiment de profond dégoût causé au cœur si patriotique de mon père par la nouvelle de ce traité... ferait parler des rochers. — José L. de Santa- Anna. »
Le traité Mon-Almonte ne fut point approuvé par Juarez,
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qui, de Vera-Cruz, déclara hors la loi tous ceux qui l'avaient signé. Les traités, on le voit, n'ont jamais eu de bonheur avec le Mexique; de tous temps ils ont été inutiles et non avenus ; les Américains seuls en ont profité, en les imposant par la force. M. Pacheco, envoyé par l'Espagne comme ministre plénipotentiaire auprès du président Miramon, vit, à son arrivée à Vera-Cruz, sept Espagnols assassinés et le trois -mâts espagnol Conception saisi. Juarez , pourtant, laissa passer le ministre qui se rendit immédiatement à Mexico.
Le langage du cabinet de Washington n'était rassurant ni pour Juarez, ni pour Miramon, ni pour le Mexique. M. Seward, organe de la politique ministérielle, disait dans une séance du congrès : « qu'il ne voudrait pas voir les Etats- Unis engagés par un traité passé avec une faction, qui d'un moment à l'autre pouvait être supplantée par une autre dont le premier acte serait sans doute de répudier justement ce qu'avait fait celle qui avait eu précédemment le pouvoir. » M. Buchanan, de son côté, n'espérant plus que Juarez donnât satisfaction aux États-Unis pour des attentats commis sur des citoyens américains, demanda dans son message une intervention immédiate :— «C'est en vain, dit-il,*que nous demanderions au gouvernement constitutionnel de Vera- Cruz le remède à ses maux ; il est bien disposé, mais il est impuissant à nous rendre justice, et c'est surtout à Mexico et dans les États avoisinants, que des citoyens américains ont été victimes. Il faut pénétrer dans l'intérieur du pays pour trouver les coupables... Il est de notre devoir d'assurer a nos compatriotes une protection suffisante. Voilà pourquoi je recommande au congrès d'adopter une loi autorisant le président... à employer des forces militaires en état d'entrer dans le Mexique pour obtenir une indemnité du passé et une garantie de l'avenir... Le Mexique est un navire s'en allant à la dérive sur l'Océan et gouverné seulement par les passions des partis contraires qui s'y disputent le gouvernement. Bon voisin, le gouvernement des États-
Mil HISTOIRE DU MEXIQUE.
Unis ne doit-il pas lui tendre une main secourable pour le piloter? Si nous ne le faisions pas, il est à croire que d'autres le feraient, et qu'en dernière analyse, force nous serait d'intervenir à notre tour dans des conditions plus difficiles. »
Ce bon voisin appelait « piloter » le Mexique, lui prendre plus de la moitié de son territoire, comme il le fit en 1847; il lui aurait sans doute piloté le reste en 4861, sans la triple intervention et la guerre civile qui désola les États-Unis pendant trois ans. A la fin de 1859, les libéraux prirent onze mille piastres au consul anglais de Tepic, et sur l'argent pris à Guanajualo, quatre-vingt dix mille piastres appartenaient a des maisons anglaises. M. Lacroix, notre viceconsul à Zacalecas, ne voulant pas payer les taxes, avait été mis en prison, de sorte que du côté des États-Unis, de l'Espagne, de l'Angleterre et de la France venaient des nuages sombres qui s'amoncelaient sur le Mexique et devaient amener le traité de Londres. A l'intérieur, l'anarchie, les crimes et les excès de toutes sortes; à l'extérieur, les colères longtemps amassées, longtemps comprimées, tout s'accumulait pour rendre la situation de ce malheureux pays dans l'état le plus affreux que l'on puisse imaginer.
On sentait à l'intérieur que le Mexique traversait une crise suprême; les partis se disposaient à la lutte la plus acharnée, et leurs chefs ne reculèrent devant aucun moyen pour faire triompher leur cause. Du côté des conservateurs les impôts forcés prirent de telles proportions que les amis du gouvernement et tous les étrangers murmurèrent et désertèrent son parti. Du côté des libéraux, le vol, le pillage à main armée, l'assassinat, l'incendie, les outrages à la pudeur et les crimes les plus monstrueux répandaient l'horreur et l'effroi dans les petites villes, les villages et les campagnes. Les atrocités commises par Rojas à S. Juan du Teul dépassent ce que l'imagination la plus dévergondée pourrait imaginer. Pendant deux jours les Teultèques se dé* fendirent avec un courage admirable au milieu de leur ville
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en flammes, mais ils durent céder au nombre; eux et leurs familles devinrent les victimes d'une barbarie insensée.
Les Anglais étaient obligés de faire croiser la frégate Amethyst sur les côtes mexicaines du Pacifique pour embarquer l'argent de leurs nationaux et empêcher les bandes de Coronado et de Rojas, de renouveler les déprédations commises au consulat anglais de Tepic. Las Très Garanties, journal de Guadalajara, dans son numéro du 7 février, faisait ressortir les excès commis par ces bandes et disait en parlant du parti conservateur qu'il représentait. — « Nous défendons les garanties proclamées par le libérateur du Mexique dans son plan d'Iguala... Nous défendons la religion sans laquelle il ne saurait y avoir ni de dignité pour l'homme, ni de liberté pour tes peuples... Nous défendons I'indépendance, parce que nous aimons trop notre patrie pour la voir opprimée... La république voisine qui a toujours attisé chez nous le brandon de la discorde, pour nous affaiblir et nous détruire, croit arrivé le moment de satisfaire son ambition et ses projets... Mais cette fois, nos guerriers marcheront au combat, guidés par l'homme, — le général Woll, — qui depuis Iturbide s'est élevé au plus haut du char de la victoire... Les nations étrangères ne resteront plus froides spectatrices d'une lutte à laquelle elles doivent un actif intérêt, au nom de la civilisation et de la justice»...
Cette phrase remarquable semble indiquer que le parti conservateur espérait déjà quelques secours à l'étranger pour rétablir l'ordre dans la patrie. Dans toutes les clameurs de la presse conservatrice et libérale, on voit de nobles pensées, formulées par de belles paroles, mais les faits ne répondaient nullement à ces patriotiques théories. Jamais le Mexique n'avait été autant déchiré par les deux camps. Miramon partit pour l'intérieur au mois de février; les généraux Woll, Marquez et Vêlez battaient les troupes (i'Qrtega, de Beriozabal, d'Ogazon et de Valle; mais ces victoires ne pacifiaient en rien le pays, par les raisons que j'ai
données plus haut. Aussi, M ira mon se décida-t-il à retourner à Vera-Cruz pour en finir avec Juarez, qui prolongeait par sa ténacité la guerre civile. L'occasion ét?it assez bonne, le général Marin arrivait dans les eaux de Vera-Cruz, avec deux navires : Le Miramon et le Marquez, équipés à la Havane et chargés de munitions pour l'armée nationale.
Le 29 février, Miramon campa près de Vera-Cruz, à Medellin, avec une nombreuse artillerie, des munitions et des provisions considérables. Comprenant que la partie qu'il jouait était décisive, il avait amené avec lui ses meilleures troupes, commandées par les généraux Robles et Negrete. A l'approche de Miramon, la population non combattante de Vera-Cruz abandonna la ville défendue par trois à quatre mille hommes sous les ordres des généraux Iglesias et Ampudia. Ces généraux n'avaient rien négligé pour mettre la place en état de soutenir une vigoureuse attaque. Ils firent construire des forts avancés en terre, armés de six pièces de vingt-quatre, commandés par un ingénieur anglais, le colonel Lane. En prévision d'une attaque par les navires du général Marin, Juarez fit disposer à l'embouchure de la rivière Médellin une batterie de six pièces de gros calibre, soutenue par six canonnières.
Avant d'ouvrir le feu, Miramon fait proposer à Juarez d'entamer des négociations pour faire cesser la guerre cicile. Juarez refuse et le bombardement commence dans la nuil du 7 mars. Mais une inqualifiable violation de la neutralité par les Américains fit de suite pencher la balance en faveur de Juarez. L'escadre des États-Unis aborda les deux navires mexicains à Anton Lizardo, « pour s'enquérir de leur nationalité» » affirme le commandant de l'escadre; Marin en entendant le coup de canon, répond de son côté. Le Saratoga et YIndianola font alors un feu tellement vif contre le Miramon et le Marquez que ces deux navires amènent leur pavillon et sont immédiatement conduits à la Nouvelle- Orléans. Le général Miramon se trouve ainsi frustré par cette odieuse agression des États-Unis, du secours de
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ses deux navires et des munitions de guerre qu'ils renfermaient.
Dans une longue lettre du ministre de la guerre, on voit que le matériel de siège de Miramon était insuffisant. Cette lettre, adressée au général Woll, donne les détails suivants sur la situation militaire de l'armée nationale. — « Mexico, 1er mars 1860. — Le général Vega est à la tête du 2e corps d'armée et surveille les mouvements des factieux du nord, de S. Luis Potosî, de Tula et de Zacatecas. Il parait que ces derniers n'entreprendront rien d'important... Rojas a abandonné Aguas Calienles et se dirige vers les populations du Rincon... ce dont a connaissance le général Mejia pour agir comme il le jugera à propos.
« Je vous recommande très particulièrement d'aider autant que possible le général Perez Gomez pour qu'il puisse entreprendre sa marche sur Mazatlan. Vous recevrez du ministère de la justice l'autorisation nécessaire pour que vous puissiez disposer des fonds appartenant à l'instruction publique et qui se trouvent dans cette ville — Guadalajara — s'il y a des fonds municipaux ou des propriétés municipales, vous pourrez disposer des premiers ou hypothéquer les secondes de la manière la moins onéreuse... Je voudrais faire autre chose ou mieux pour vous donner des secours, mais notre situation est positivement pénible; aussi, je me confie à votre génie, à votre autorité pour tirer le meilleur parti possible des autorisations susdites, afin que vous puissiez battre ou disperser Ogazon et Yalle avec tous leurs factieux.
« Je vous confesse que notre président n'a pas emporté pour la campagne de Vera-Cruz tous les éléments que j'aurais désiré. Quoiqu'on ait fondé des pièces de siège et des projectiles, ce n'était pas en nombre suffisant. Mais ceci était une question de finances. A moins de me mettre à genoux en demandant de l'argent, j'ai tout fait pour en obtenir. L'égolsme de notre société fait évanouir les meilleurs désirs et les meilleures combinaisons. Je me confie à la bonne étoile de Son Excellence, à ses heureuses inspirations et à
son coeur, ainsi qu'à celui de ceux qui l'accompagnent, pour espérer un brillant résultat, auquel contribuera la désunion qui règne dans cette place — Vera-Cruz — et la conscience qu'on y défend une cause antinationale.
« Le 25 — février, — son excellence est arrivée à Paso de Ovegas, et le 26, elle fut attaquée par une partie de l'ennemi... Le général Robles a été légèrement blessé au bras droit, mais l'os n'a pas été touché. Il peut signer et continuer ses services dans la division. Telles sont les dernières nouvelles reçues par le télégraphe aujourd'hui. — Antônio Corona. »
Ces détails rétrospectifs prouvent que Miramon avait grandement besoin de matériel et des munitions de guerre que Marin lui apportait. Sur les champs de bataille, il est plus prudent de compter sur les canons que sur les étoiles qui, généralement, ne quittent pas la voûte du ciel pour se mettre d'un côté des combattants. Miramon, découragé parla perte de ses navires, n'hésita pourtant pas à donner l'assaut a Vera-Cruz, après cinq jours de bombardement. Il fut ro poussé et renouvela l'attaque sans plus de succès, quarantehuit heures après la première. Comprenant alors l'inutilité de poursuivre le siège avec des moyens insuffisants, il résolut de revenir à Mexico.
Les lettres du Mexique, de cette époque, signalent une irritation extrême contre les Américains, par suite de la capture des steamers de Marin à Anton Lizardo; on ne parlait de rien moins que de déclarer la guerre aux États-Unis. U commandant protesta contre la capture de ses steamers, et prétendit que les navires américains n'avaient point montré leurs couleurs en Rapprochant. Une lettre du secrétaire de la marine des États-Unis au capitaine Jarvis, dont le texte fut public dans les journaux, nous apprend que les officiers américains avaient l'ordre de ne pas tenir compte du blocus de Vera-Cruz par Miramon. Cette déplorable affaire fut portée devant le sénat, malgré l'opposition de M. Ruchanan, mais il était trop tard pour remédier au mal. Toutes les let-
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tires du Mexique, en ma possession, disent : — a II est faux que le général président se soit retiré de Vera-Cruz avec une perte de deux mille hommes, comme l'affirment les journaux de Paris et de Londres; il s'est retiré à cause de l'affaire d'Anton Lizardo qui le priva des vivres et munitions que lui apportait le général Marin; il a fait sa retraite sans précipiunion et sans être inquiété le moins du monde. » Santa-* Anna, dans une lettre du 14 avril 1860, désapprouva cette retraite dans les termes suivants : — a La retraite du génér ral Miramon devant les murs de Vera-Cruz aura de graves conséquences. C'est en vain qu'il donna au général Corona des indications sur ce qu'il convenait de faire, une fois qu'on a laissé passer la meilleure saison; les conseils de l'expérience ont été méconnus, et aujourd'hui on déplore des fautes qui peuvent devenir fatales. » La saison du vomito arrivait et renvoyait à l'hiver, c'est à dire aux calendes grecques pour le Mexique, la reprise du siège de Vera-Cruz.
Le ministre anglais, d'accord avec celui de la France, proposa, au mois de mars, un armistice de six mois. Pendant ce laps dB temps, uu congrès serait élu par lesÉtats mexicains, et se réunirait sous la protection de l'Angleterre à Jalapa comme terrain neutre. Ce congrès serait chargé d'élaborer une nouvelle constitution et de nommer le président constitutionnel. Ciitte proposition n'eut aucun résultat satisfaisant. Juarez, après son triomphe, était peu disposé à accepter des arrangements qu'il avait refusés avant le siège. Les cléricaux ne voulaient point d'un protectorat protestant qui ne pouvait leur être favorable, la neutralité des étrangers leur était; depuis longtemps, plus que suspecte, et l'affaire d'Anton Lizardo ne paraissait point propre à détruire leurs préjugés contre les étrangers.
Les troupes nationales subirent d'autres échecs sérieux. Le général Romulo Diaz de la Vega fut battu par Uraga à Santa-Rosa. Vêlez , pour avoir désobéi au général Woll, fut également mis en déroute. A propos de la défaite du général Vêlez, je trouve dans line lettre adressée au ministre de
la guerre Corona, des plaintes du général Woll contre le parli conservateur dont les prétentions exagérées et l'intolérance ont été, à toutes les époques de l'histoire de la république mexicaine, la cause principale de la chute de leur gouvernement... « Le parti conservateur, est-il dit dans cette lettre datée de Guadalajara, 8 avril 1860, dominé par quelques personnes exaltées, prétend diriger tout ce qui se fait au nom du gouvernement, et jusqu'aux opérations militaires qu'il veut conduire selon ses idées. Dieu connaît l'absurdité des projets de ces personnes ; aussi, je ne doute pas qu'elles n'aient influencé le général Vêlez dans sa désobéissance, l'excitant à faire ce que je lui avais défendu... Ils désirent — les conservateurs — que tout se fasse en un jour et sans que la troupe ait des ressources pour tenir la campagne; ils se fâchent, en outre, de ce que je n'ai pas rempli les prisons de suspects dont les opinions sont très connues, mais dont la conduite ne motive pas une telle mesure. — Adrien Woll. »
L'outrecuidance du parti conservateur et ses imprudentes prétentions, surtout dans un pareil moment, rendaient pour le général Woll la situation insoutenable à Guadal?jara ; il donna sa démission; heureusement pour ses maladroits amis, elle ne fut point acceptée. Les libéraux, enhardis par quelques succès et poursuivis par Miramon qui s'était remis à leur poursuite dans l'intérieur, résolurent de profiter du pitoyable état de la garnison du Guadalajara pour s'emparer de cette ville. Les généraux Ogazon et Yalle vinrent attaquer Woll avec cinq mille hommes. Celui-ci connaissant l'esprit mexicain, savait qu'en voulant se fortifier dans Guadalajara, ville dépourvue de fossés, de murs et de bastions, il risquait de déconcerter ses troupes, d'effrayer les habitants et d'encourager les dissidents ; il préféra les tenir en ■ échec hors la ville et leur en interdire l'entrée. Cette lactique lui réussit à merveille, et pendant onze jours il tint à distance les insurgés. Sur ces entrefaites, arriva Uraga avec un corps d'armée fort de plus de dix mille combattants, sou-
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tenus par quarante-quatre pièces de canon. Woll n'avait que deux mille deux cents hommes et seize pièces d'artillerie pour lui résister et défendre une place ouverte de tous côtés. Obligé de se retirer au centre de la ville, dans la soirée du 23 mai, il attendit l'attaque. Uraga, comptant sur ses forces et se rappelant son ancienne amitié pour le général Woll, lui écrivit la lettre suivante :
« San-Pedro, 23 mai 1860. Monsieur le général. — rai donné Tordre à mes troupes de camper demain soir à Guadalajara, — et elles l'accompliront. Si je pensais que la proposition que je vais vous faire est incompatible avec l'honneur d'un vieux soldat, je me garderais bien de vous l'adresser; mais telle n'est pas mon opinion ; car si vous attirez sur cette malheureuse ville les calamités de la guerre par une défense sans espoir de réussite , votre responsabilité et celle de vos officiers seront énormes. C'est donc pour éviter de si grands maux que je vous somme de vous rendre, en garantissant la vie sauve à vous et à tous vos subordonnés, et je m'engage, en outre, à intercéder pour vous auprès du gouvernement constitutionnel, comme je l'ai déjà fait en faveur des prison- • niers de Loma-Àlta, qui sont aujourd'hui en liberté.
« Vous, monsieur le général, un des fils de la noble France, vous ne pouvez combattre dans votre patrie adoptive pour la cause de la barbarie et du fanatisme , ni reconnaître les bienfaits du pays qui vous a adopté en attirant sur lui les désastres de la guerre civile. J'en appelle donc a vos sentiments d'abnégation et de patriotisme, dans l'espoir que vous me répondrez péremptoirement avant six heures du soir. Quelle que soit votre résolution , je n'aurai pas à répondre d'un assaut, et Dieu protégera la cause juste.
« Je vous prie d'agréer l'assurance de ma vieille estime pour vous, et de me croire votre ami et serviteur. — José L. Uraga. »
A cette lettre, le général Woll répondit :
« Guadalajara, 24 mai 1860. Monsieur le général.— Vieux soldat et n'ayant d'autre devise que celle de l'honneur et du
devoir, je ne puis rien faire de contraire à l'un ou à l'autre. Il est douloureux que le sang des Mexicains soit versé dans la guerre civile; il est déplorable que les villes soient exposées aux horreurs d'une pareille guerre; mais il serait encore plus douloureux et plus déplorable pour moi de souiller une longue carrière militaire, à la fin de ma vie, en acceptant les propositions que vous me faites dans votre lettre d'hier, datée de San-Pedro, à laquelle je réponds aujourd'hui.
« Si, après avoir pesé mûrement et consciencieusement les raisons exposées plus haut, vous persistez a entreprendre une attaque, soyez sûr que je ferai mon devoir, et Dieu donnera la victoire à qui la mérite. Quelle que soit l'issue du combat, ma conscience sera tranquille ; j'aurai rempli mon devoir de soldat et de gentilhomme.
« Je suis, avec les sentiments d'estime que je vous ai professés autrefois, votre ami et serviteur. — Adrien Woll. »
Au point du jour, le 24 mai, Uraga lança cinq colonnes, de mille hommes chacune, commandées par ses meilleurs chefs, Contreras, Médellin, Bravo, Avilla, Langlois et autres; luimême donna l'exemple du courage, en payant bravement de sa personne. L'artillerie des dissidents, par un feu très violent, soutint celte vigoureuse attaque. La défense fut plus tenace encore que l'attaque. Le général Woll, voyant une colonne ennemie se diriger sur un point occupé par une seule compagnie d'infanterie qui commençait à se replier, descend de de cheval, prend le fusil d'un sergent, anime ses soldats tandis qu'un de ses aides de camp va chercher la seule pièce d'artillerie restée en réserve et qui arriva au moment où la colonne allait pénétrer par ce point. La pièce chargée à mitraille fait h bout portant des ravages considérables dans la colonne qui s'arrête bientôt et se disperse ensuite.
A neuf heures du matin, Woll blessé grièvement à la jambe droite, par un éclat d'obus, continue à donner ses ordres et se fait porter sur les bras de ses aides de camp, refusant des soins avant la déroute complète de l'armée dissidente. Celle-ci est enfin battue de tous les côtés, et son
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général en chef blessé , s'est retiré dans une maison. Après sa victoire et la dispersion des insurgés, Woll envoie chercher Uraga pour lui sauver la vie menacée par l'exaspération du peuple et des soldats , le fait amener près de lui, ordonnant aux médecins de s'en occuper avant de panser sa propre blessure. Uraga fut amputé à côté du vainqueur, qui refusa de le faire fusiller selon les ordres qu'il avait reçus et quoique tel eût été son sort, d'après les aveux du vaincu, s'il avait perdu la bataille. Pendant l'affaire du 24 mai, les dissidents perdirent mille hommes tués ou blessés, laissèrent douze cents prisonniers , sept pièces d'artillerie et presque tout leur matériel entre les mains des troupes nationales. Le général Woll fut obligé de se démettre de son commandement; sa blessure le retint au lit pendant plus de six mois et revint en France pour se rétablir complètement. Après la chute de Miramon, Uraga intrigua pour ôter à Degollado le commandement de l'armée juariste et se fit nommer général en chef. Il échoua dans plusieurs tentatives pour renverser Juarez à son profit, et finit par passer au service du président contre les troupes françaises.
Miramon vint à Guadalajara et en repartit le 8 juin, à la tête de six mille hommes commandés par les généraux Thomas Mejia et Severo del Gastillo, dans l'intention de battre les troupes dissidentes commandées par Ortega et Degollado. Battu à Silao, il n'échappa à la mort qu'en tuant de sa propre main ceux qui l'entouraient. I! revint à Mexico presque seul. C'est à cette époque que Zuloaga, influencé par les ennemis de Miramon, voulut reprendre ses fonctions de président substitut qu'il avait déléguées au jeune général. Celui-ci comprenant que la réussite de ce complot amenait le triomphe des démocrates, enleva Zuloaga et l'emmena avec lui dans sa nouvelle expédition à l'intérieur. Peu de jours après ce coup de main, Miramon fut nommé président intérimaire à la place de Zuloaga, par l'assemblée des notables qu'il convoqua. Quelques écrivains affirment que cette nomination fat causée par la disparition subite de l'ex-président. Les
deux versions peuvent s'accorder, en ce sens que la disparition de Zuloaga n'était peut-être pas volontaire.
Degollado s'emparait alors, à Laguna-Seca, d'un autre convoi d'argent, provenant de Zacatecas, de Guanajuato et de S. Luis Potosi. Miramon continuait ses emprunts forcés. Les ressources financières manquaient des deux côtés ; chacun s'en procurait à sa façon, pour soutenir la guerre. Les forces juaristes concentrées à Queretaro et à Guanajuato se dirigent sur Guadalajara ; Marquez se met à leur poursuite; mais il est battu près de Zapotlaneja et obligé de retourner en arrière. A Mexico, l'assemblée des notables convoquée par le président, pour discuter les moyens de faire cesser l'anarchie et de rendre la paix au pays, n'aboutissait qu'à nommer officiellement Miramon à la présidence intérimaire. Le ministre anglais, M. Mathiew entre en correspondance avec Degollado pour obtenir un armistice. Severo Castillo, assiégé à Guadalajara depuis quarante jours, conclut un armistice avec les assiégeants et quitte le 2 novembre la ville qui doit rester neutre pendant quinze jours. M. de Saligny arrive à Mexico, mais au milieu d'un tel chaos social, politique et financier, il ne peut qu'attendre en silence la fin prochaine de cette crise inouie.
Miramon reprit vaillamment la campagne et poursuivit sans relâche les forces disséminées de Juarez. Berriozabal, chef de l'avant-garde d'une armée qui venait assiéger la capitale, arrive jusqu'à Toluca; Miramon part avec une section de la garnison de Mexico, le fait prisonnier ainsi que Degollado, D. fienito Gomez Farias et toutes leurs troupes. Les emprunts forcés ne lui procuraient pourtant que des ressources insuffisantes et tout à fait précaires; le clergé dont il défendait la cause et l'aristocratie foncière dont il était le protecteur militant ne lui venaient plus en aide. Voyant sombrer sa barque par l'épuisement complet de ses finances, espérant la remettre à flot par une action éclatante, mais sans argent pour payer et réorganiser son armée, il se décida à une mesure dont il paya cher les conséquences, qui
Jigitizeo Dy
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entacha sa réputation, et qui pourtant fut justifiée par bien des Mexicains et des étrangers respectables et neutres dans ce conflit. Je veux parler de la saisie des fonds destinés au paiement des dividendes de la dette anglaise et déposés à la légation britannique.
On a raison de déplorer la situation morale, politique et matérielle du Mexique et des Mexicains; on a raison de flétrir ces gens qui, depuis un demi -siècle, font le malheur de leur patrie et de leurs concitoyens, pour satisfaire uniquement leurs passions individuelles, mais il ne faut pas oublier que les consuls et les ministres étrangers ont puissamment contribué à empirer cette situation. On sait que les consuls, au Mexique, sont tous négociants, et qu'ils sont rares les ministres étrangers qui n'ont point cherché à s'enrichir par des spéculations financières, plus ou moins honnêtes, ou par un abus de leurs immunités diplomatiques. Lorsque le général Bravo se présenta comme candidat à la présidence, il disait : « Si je suis élu, j'adresserai immédiatement une dépêche à tous les gouvernements étrangers pour les prier de ne pas nous envoyer de ministres plénipotentiaires et de ne nous laisser ici que des consuls. » Il avait parfaitement raison. Sans parler des haines de partis, du développement des passions fratricides et du désordre social, proposés par le ministre américain M. Poinsett, avec l'introduction des sociétés secrètes, l'action des ministres étrangers sur les finances mexicaines a causé des perturbations sociales telles que le Mexique ne pourra rentrer dans un état normal qu'après une banqueroute générale ou vingt années d'ordre, de paix et de prospérité.
Au lieu de me borner à faire l'historique rapide des révolutions mexicaines, si j'avais eu le temps et l'espace pour révéler les désastres causés par les emprunts onéreux* contractés, depuis le président Victoria, avec les nations étrangères, les odieuses exigences des représentants américains et européens, les honteux trafics des consuls et les manœuvres entachées d'improbité ou d'illégalité des uns et des