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tant à l'esclavage et qu'on les enlèvera de force à leurs travaux, à leur famille pour les enrôler sous les drapeaux d'un chef de bande ou dans l'armée permanente. Le peuple conquis par Cortez existe de nos jours, il ne faut point l'oublier. Des trois castes qui composaient les vingt-sept millions de sujets de Moctezuma, deux, celle des guerriers et celle des prêtres ont disparu sous les rigueurs de la conquête ; la troisième, celle des esclaves a survécu seule, et dans celle-là se sont confondus les débris des deux autres. Les Indiens contemporains sont demeurés tels qu'étaient leurs ancêtres; le type physiologique et le tempérament moral se sont transmis dans toute leur pureté jusqu'à la génération actuelle; ils parleut la même langue, se logent, se nourrissent et s'habillent de la même manière qu'au temps de Moctezuma ; ils se mêlent à la civilisation moderne sans que leur caractère d'origine soit altéré. Avec de tels éléments sociaux, peut-on faire une république démocratique basée sur l'égalité des droits et des devoirs? Pourra-t-on constituer un pouvoir semblable à la convention française qui pourtant était puissamment centralisatrice? Un gouvernement républicain au Mexique sera-t-il jamais autre chose qu'une anomalie politique avec une très petite minorité aristocratique privilégiée, et une grande majorité asservie?
La monarchie n'était donc pas seulement possible en 1861, elle était une nécessité sociale, et si les monarchistes étaient rares alors, c'est que les républicains, par sentiment, et non par intérêt, étaient tout aussi rares, sinon davantage. Malgré son éloignement, la monarchie avait su donner au Mexique une vitalité assez puissante pour triompher de sa métropole, tandis que sous le régime républicain, la nation, énervée par l'instabilité, la guerre civile et la corruption, n'a pas su résister à cette poignée d'étrangers avec lesquels elle n'avait aucune affinité d'origine, de langage, de religion ni de mœurs, et qui purent, néanmoins, pénétrer et se maintenir en maîtres dans le cœur du pays , le démembrer selon leur bon plaisir, et ne se retirer que lorsqu'ils n'avaient plus rien
CANDIDATURE DE L'ARCHIDUC MAXIMIL1BN. 378
à prendre. L'idée monarchique n'était donc point une idée improvisée en 1861, encore moins une idée française ; elle était née de la force même des choses, et l'initiative, on Ta • vu, appartenait tout entière à des Mexicains.
Le 31 octobre 1861, la France, l'Espagne et l'Angleterre signaient, à Londres, une convention, dont l'esprit a été généralement méconnu, à commencer par les représentants de ces trois puissances chargés de la faire exécuter au Mexique. Certes, ce n'est point à l'influence modeste de cinq ou six Mexicains, et, uniquement dans leurs intérêts, que trois puissances appelées l'Angleterre, l'Espagne et la France envoyèrent leurs escadres et leurs légions à travers l'Océan, jusqu'aux rivages dangereux et malsains du Mexique. Une idée aussi ridiculement puérile ne pouvait venir à l'esprit de personne. Ces Mexicains n'avaient point consulté,— à l'égard du souverain de leur choix, les cabinets de Londres et de Madrid, dont ils connaissaient les antipathies nationales pour la race mexicaine; mais les renseignements qu'ils fournirent à Paris donnèrent à l'allure de notre gouvernement une marche plus loyale, plus décidée, plus conforme à l'esprit de la convention de Londres que celle de ces cabinets qui ne songeaient qu'à poursuivre des intérêts particuliers.
Les raisons primordiales qui ont motivé la convention de Londres et l'intervention des trois puissances , sont clairement indiquées dans les dépêches officielles; il suffit de réunir des extraits de ces dépêches pour montrer le caractère de ces motifs. On n'a pas oublié* le rapport de M. Wyke, minisire britannique à Mexico, dont j'ai déjà publié quelques extraits; en voici d'autres non moins importants, envoyés avant la demande de ses passe-ports, et qui donnent, en outre, des détails qui ne seront point soupçonnés de partialité. — « 27 mai 1861. — Le congrès, au lieu de donner de la force au gouvernement, pour en finir avec l'affreux désordre qui règne de long en large dans ce pays, s'amuse à disputer sur diverses théories du soi-dteant gouvernement et sur des principes ultra-libéraux, pendant que
la partie respectable de la population reste livrée sans défense aux attaques des voleurs et des assassins qui pullulent sur les routes et dans les rues de la capitale. Le gouvernement constitutionnel ne peut maintenir son autorité dans les • divers filais de la fédération qui se rendent, en fait, parfaitement indépendants.
« Le patriotisme, dans l'acception commune du mot, est une chose inconnue et l'on ne trouve aucun homme de quelque importance dans les rangs d'aucun parti.
« Les factions combattantes luttent pour s'emparer du pouvoir afin de satisfaire leur vengeance et leur avidité; pendant ce temps-là le pays descend tous les jours de plus en plus bas ...
« Tel est l'état actuel des affaires du Mexique. Votre Seigneurie comprendra qu'il y a peu d'espoir d'obtenir justice d'un peuple semblable, si ce n'est en employant la force pour exiger avec elle ce que la persuasion ou les menaces n'ont pu obtenir jusqu'à présent. »
« 23 juin 1861. — La lecture de mes précédentes dépêches aura fait voir à Votre Seigneurie que I on ne peut avoir aucune confiance dans les promesses , rit même dans les engagements formels du gouvernement mexicain.
« Le capitaine Aldham qui, durant trois ans, a bien étudié le caractère mexicain et la manière d'éluder ses engagements, si particulière à ses gouvernements, est d'avis que le temps de la douceur est passé et que, si nous voulons protéger la vie et les intérêts des sujets britanniques, il faut employer des mesures coercitives.
« Du moment où nous montrerons notre résolution de ne plus permettre que les sujets britanniques soient volés et assassinés impunément, nous serons respectés, et tous les Mexicains sensés approuveront une mesure qu'ils sont les premiers à reconnaître nécessaire, afin de mettre un terme aux excès qui se commettent, chaque jour et à toute heure, sous un gouvernement aussi corrompu qu'impuissant à maintenir l'ordre et à faire exécuter ses propres lois. »
« 28 octobre 1861. — L'expérience de chaque jour tend à prouver combien il est complètement absurde d'essayer de gouverner le pays avec les pouvoirs limités que la présente constitution ultra-libérale accorde au pouvoir exécutif, ci je ne vois aucun espoir d'amélioration si elle ne vient dune intervention étrangère ou de la formation dun gouvernement raisonnable composé des principaux membres du parti modéré qui, pour le moment, manquent de courage moral et craignent de se mouvoir, à moins de recevoir quelques secours matériels du dehors. »
Ces dépêches expliquent la convention de Londres et l'intervention, mais celle du 25 novembre, c'est à dire quelques jours avant l'arrivée des troupes espagnoles, est plus explicite encore, en ce sens qu'elle révèle que l'intervention étrangère était reconnue nécessaire même par un ministre de Juarez. « Heureusement, écrit sir Charles Wyke au comte Russell, dans ce moment, le département des finances fut offert à une personne d'un mérite considérable, socialement et politiquement parlant, à M. Gonzales Echeverria qui arrivait d'Europe dans le but d'arranger ses affaires dans ce pays-ci, avant de le quitter pour toujours.
« Cependant, lorsque M. Echeverria examina l'état de son département, il trouva tout dans un tel état de confusion, qu'il refusa de prendre sur lui celte lourde charge. Alors, comme dernière espérance, on me pria de le voir; pendant notre entrevue, je fus si frappé de sori grand bon sens et de l'idée exacte qu'il s'était formée de la situation de son pays, que je tâchai de le persuader d'accepter le poste; d'abord il s'y refusa, disant qu'il était trop tard pour faire aucun bien et qu'il était convaincu que maintenant rien ne pouvait sauver le Mexique sinon ^intervention étrangère; mais j'ai le plaisir de vous dire que j'obtins enfin qu'il accédât à ma demande. »
Outre les intérêts de ses nationaux et les réparations à exiger pour ses sujets volés et assassinés, l'Angleterre avait encore d'autres motifs pour intervenir au Mexique et contribuer à l'établissement d'un gouvernement fort qui rendit la
sécurité des routes pour le transit des métaux précieux, dont elle faisait la contrebande sur une vaste échelle. On sait que les plus riches mines de Real del Monte, de Guanajuato et d'autres localités appartiennent aux Anglais, que leurs vaisseaux de guerre se livrent régulièrement, le long des côtes, à la contrebande des piastres, de l'or et de l'argent en barres, et que dans la seule année de 1840, ils en embarquèrent pour plus de trente millions de francs. Lorsque les bandes armées rendaient impraticables les chemins, les Anglais perdaient des sommes considérables qu'ils se procuraient par ce commerce interlope. La reine d'Angleterre, dans son discours au parlement, montre la nécessité de l'intervention qu'il lui était, du reste, difficile d'éviter, après les demandes en réparation de son ministre à Mexico, et les plaintes énergiques des maisons de commerce les plus riches et les plus influentes de la Grande-Bretagne.
Dans le discours de la reine d'Espagne, on trouve les motifs généraux de l'intervention espagnole; dans ce message Sa Majesté déclare que « les désordres et les excès sont arrivés à leur comble chez ce malheureux peuple mexicain. Traités violés, droits méconnus, mes sujets exposés aux sévices les plus graves et à des dangers continuels; tout a rendu indispensable d'offrir à la fois un exemple de rigueur salutaire, et une preuve de haute générosité.
« La France, l'Angleterre et l'Espagne se sont mises d'accord pour obtenir la réparation de leurs griefs et les garan* ties nécessaires, afin qu'on ne voie plus se reproduire à Mexico les intolérables attentats qui ont scandalisé le monde et affligé l'humanité ».
N'ayant pas l'intention de faire un plaidoyer pour ou contre qui que ce soit, je vais publier des extraits des principales dépêches concernant la question mexicaine, adressées aux représentants des puissances intéressées par leurs gouvernements réciproques, pour montrer quel était l'esprit de chacun de ces gouvernements, lors de la signature de la convention de Londres. Les dates de ces dépêches,
comme leur contenu, ont une signification qu'on ne saurait trop signaler.
M. Mon, ambassadeur d'Espagne à Paris, au ministre d'État a Madrid, Paris, 6 septembre 1861. — Dépêche télégraphique. « La France et l'Angleterre vont s'emparer des douanes de la Vera-Cruz et de Tampico, afin de se rembourser de toutes les sommes que le Mexique leur doit. Dans ce but, des forces navales se dirigent vers ces points; elles * semblent ne se soucier en rien de nous. Quoique je sois sans aucune instruction de Votre Excellence, je pense parler au ministre dès qu'il arrivera de la campagne, afin de connaître sa pensée. Je sais que l'idée d'une monarchie leur est agréable; l'occasion est favorable pour une solution, parce que nous sommes tous offensés et les États-Unis très affaiblis, et je me réjouirais que nous sortissions de ceci au moins sans y perdre. »
Quatre heures après avoir envoyé cette dépêche, M. Mon reçut la suivante : « Veuillez vérifier si ce gouvernement a l'intention de faire une démonstration contre le Mexique. » Puis, le soir même il envoie à M. Mon une autre dépêche dans laquelle on voit que le gouvernement espagnol était décidé, dès le 6 septembre, à intervenir au Mexique, avec ou sans le concours de la France et de l'Angleterre. « Nos dépêches d'aujourd'hui se sont croisées. Le gouvernement est décidé à agir énergiquement. Un bateau à vapeur partira, porteur d'instructions catégoriques au capitaine général de Cuba, pour qu'il agisse contre Tampico et la Vera-Cruz avec toutes les forces dont il peut disposer. Des bâtiments seront envoyés pour renforcer l'escadre qui se présentera dans ces mers comme il convient à la dignité de l'Espagne. — Votre Excellence peut le faire connaître au gouvernement impérial. — Si l'Angleterre et la France conviennent d'agir d'accord avec l'Espagne, les forces des trois puissances se réuniront, tant pour obtenir la réparation des outrages que pour établir un ordre régulier et stable au Mexique. — Si ces puissances font abstraction de l'Espagne, le gouvernement de la
reine, qui attendait un moment opportun pour agir avec vigueur, sans donner un motif de lui attribuer des vues politiques d'aucun genre, obtiendra les satisfactions qu'il a le droit de réclamer, en se servant des forces qu'il possède, et qui sont supérieures à celles qui sont nécessaires pour réaliser une entreprise de ce genre.
a Si la réponse du gouvernement impérial était conforme au désir qui anime celui de Sa Majesté, d'agir collectivement, le ministre de Sa Majesté recevra des instructions identiques à celles-ci. — Galderon Collantes. »
Le 9 septembre, M. Mon adressait au ministre d'État la dépêche suivante : — « Je viens de voir M. Thouvenel, qui est arrivé de la campagne il y a une heure ; il a reçu ma communication avec plaisir; il m'a dit que, abondant dans les idées du gouvernement espagnol, il avait pris les ordres de l'empereur, et qu'il avait écrit aujourd'hui, dans le même sens, au gouvernement anglais ; qu'il s'était proposé d'écrire demain à Votre Excellence, ce qu'il ne ferait pas, puisque Votre Excellence avait pris les devants, et que ses intentions lui étaient connues. — Son idée est que les trois puissances s'emparent de la Vera-Cruz et de Tampico pour le recouvrement des sommes que le Mexique leur doit respectivement ; qu'elles fassent comprendre la nécessité d'établir au Mexique un gouvernement, et qu'elles aident ce pays à s'établir d'une manière stable et qui ne soit pas exposée aux vicissitudes continuelles du moment. Il pense que les troupes ne pourront pas débarquer avant la fin d'octobre, à cause de la fièvre jaune.
« Dans ma communication, j'ai parlé comme si l'action armée était une chose résolue par Votre Excellence, et comme si je lui en faisais part pour lui proposer de venir, avec nous et avec l'Angleterre, exiger du Mexique la satisfaction de communs outrages. »
« L'affaire du Mexique, dit M. Mon, aux Cortès, se trouve ainsi naître de la résolution énergique prise par le gouvernement espagnol , d'employer l'action d'intervention pour
obtenir parla force les satisfactions qu'il demandait, et on commença également à s'occuper de ce gouvernement stable et durable que le gouvernement espagnol demandait pour le Mexique, et que tous désiraient. »
Le 10 septembre, en allant au ministère des affaires étrangères, il rencontre le représentant anglais qui lui demande : — « Qu'y a-t-il du Mexique?— Le gouvernement espagnol est décidé à agir activement, répond M. Mon. Le ministre anglais ajouta : — La monarchie est le gouvernement qui lui convient le mieux. » L'ambassadeur espagnol répondit que telle était également sa croyance, et répéta ce colloque à la tribune des Cortès, pour prouver que les trois puissances étaient parfaitement éclairées sur la situation du Mexique et sur le caractère que devait avoir la triple intervention pour remédier à cette déplorable situation.
Dans les instructions données au général Prim, et dont ce général n'a tenu aucun compte, les traitant avec le même dédain qu'il a traité la convention de Londres, on voit que dans l'esprit du gouvernement espagnol, la guerre contre le Mexique devait naturellement suivre l'intervention. Ces instructions sont d'autant plus intéressantes à connaître qu'elles révèlent l'expérience du passé, et prévoient ce qui devait arriver au début de l'expédition et la faire avorter. — « Les nouvelles dernièrement reçues du Mexique, disant que Juarez a donné l'ordre de désarmer le château de Saint-Jean d'Uloa et la place de Vera-Cruz, semblent indiquer que Ton ne veut point s'opposer au débarquement des troupes expéditionnaires, sans doute avec l'intention de porter la guerre dans îintérieur du pays.
« Même si cela est vrai, l'issue de la campagne en la reculant ne serait point changée» car les escadres alliées porteront des forces suffisantes pour toutes les opérations qu'exigerait le but de l'expédition... Si la sûreté des nationaux des trois puissances était menacée; si on venait à commettre contre eux de nouveaux attentats, de nouvelles violences, il ne serait pas possible de rester dans l'inaction.
Voler à leur secours... serait non seulement un devoir, mais encore une impérieuse nécessité.
« Il pourrait arriver aussi que le gouvernement insensé qui commande au Mexique, opposât une résistance passive à l'action combinée des trois puissances et que, faisant retirer ses forces dans l'intérieur, il attendit que le climat et tous les inconvénients qui accompagnent des expéditions entreprises à de grandes distances, décimassent les troupes et prolongeassent d'une manière indéfinie la fin d'une entreprise aussi importante. Dans ce cas, il faudrait aller chercher le gouvernement là où il se trouverait, en quelque lieu qu'il fut, pour lui imposer des conditions plus sévères que celles qui l'atteindraient si, dès le principe, il reconnaissait la portée des réclamations de trois gouvernements. »
En outre, le général Prim devait « formuler les réclamations du gouvernement de S. M., conformément à la communication adressée, le 11 septembre, au comtede San Antonio, capitaine général de Cuba, dont on lui remet copie et qui sont les suivantes :
« Première. Une satisfaction publique et solennelle pour la violente expulsion de l'ambassadeur de S. M. la reine. Cette satisfaction doit s'accomplir dans les termes exprès de ladite communication, à savoir : que le gouvernement du Mexique doit envoyer à Madrid un représentant pour exprimer au gouvernement de Sa Majesté que ce fut seulement dans un moment d'erreur et d'exaltation que l'on put fouler aux pieds les droits appartenant à la personne chargée de représenter l'Espagne dans cet État. Et que cette condition est si importante et de telle nature que tant qu'elle n'aura pas été acceptée et mise à exécution, on ne pourra éviter de voir éclater les hostilités.
« Seconde. L'accomplissement, l'exécution rigoureuse du traité Mon-Almonte, et le paiement des créances espagnoles indûment suspendu par le gouvernement mexicain, et ta paiement, en espèces, de dix millions de réaux, somme à
laquelle on évalue le montant des intérêts échus et non payés ; cela avant de signer un arrangement quelconque.
« Troisième. Une allocation et indemnité aux Espagnols qui y ont droit pour tous les dommages occasionnés par suite des crimes commis à San Vicente, à Chiconcuagua et à la mine de San Dimas, et le châtiment exemplaire des coupables et des autorités qui, tout en le pouvant, ne firent rien pour empêcher ces crimes.
« Quatrième. Le remboursement de la valeur du troismâts Conception, capturé par un navire de Juarez.
« Ce sont les conditions que Votre Excellence présentera, mais jamais la paix; et sans leur acceptation complète de la part du gouvernement de la république, il ne sera pas possible de suspendre les hostilités.
Le général Prim a préféré ne rien demander de ce qui était contenu dans ses instructions, proposer la paix qu'on lui défendait de proposer et de ne pas commencer les hostilités qu'on lui disait de ne pas suspendre. Sa conduite au Mexique est le prélude de celle qu'il suivit à l'égard de son propre gouvernement pour satisfaire son ambition personnelle. Après avoir agi directement contre les ordres qu'il avait reçus, il devait bientôt prendre deux fois les armes contre sa souveraine et faire massacrer ses compatriotes qu'il avait séduits, en s'assurant toutefois, malgré son courage, de ne pas tomber entre les mains des soldats fidèles à leur drapeau. Si les instructions du cabinet espagnol n'étaient point aussi belliqueuses, si la guerre n'avait pas dû résulter de l'expédition, il eût été difficile de comprendre pourquoi ce cabinet, éclairé par le passé, cherchait encore à traiter avec le gouvernement d'une république qui ne tenait point ses engagements et ne pouvait pas les tenir. Mais, à la fin de l'expédition il y avait la guerre, à la fin de la guerre l'établissement d'un « gouvernement vigoureux et durable, » avec lequel on pourrait traiter à l'avenir, et c'est pourquoi le général Prim avait ordre de ne pas suspendre
les hostilités avant d'avoir obtenu les réparations exigées dans la dépêche du 11 septembre.
Quoique l'Espagne ait proposé l'action commune le 7 septembre, je crois qu'à cette époque la France et l'Angleterre avaient déjà l'intention d'intervenir séparément ou en commun, comme l'indique la dépêche du 6, et que l'Espagne n'a point fait naître l'affaire du Mexique, mais uniquement la triple intervention commune. L'Espagne, pourtant, se conduisit étrangement; elle précipita son action de manière à faire supposer qu'elle voulait arriver avant les alliés, pour des motifs qu'elle n'avouait pas. Les dépêches suivantes font connaître le mécontentement suscité par cette précipitation et les motifs secrets qu'elle n'avouait pas. M. Mon, se faisant l'écho des plaintes formulées, surtout par l'Angleterre, sur la précipitation de l'Espagne, le ministre d'État lui répondit le 8 octobre... » Le gouvernement de la reine ne s'est point écarté des propositions qu'il a faites dès le principe de cette grave question, et que j'ai communiquées à Votre Excellence par dépêche télégraphique, le 6 septembre.
« Les apprêts militaires ont été aussitôt commencés et n'ont pas été suspendus un seul instant. Gela était naturel ; il est nécessaire que le gouvernement de la reine s'occupe, sans discontinuer, de réunir les éléments indispensables pour que le glorieux pavillon de l'Espagne apparaisse sur les côtes du Mexique avec la splendeur qu'il a toujours conservée.
« Il était à espérer, et nous n'avons pas renoncé à cet espoir, que l'accord tant désiré entre les trois puissances, pour agir collectivement, pût s'établir pendant le temps employé aux apprêts de tout genre.
« Dans ce cas, nous serons préparés de manière que l'action commune ne soit pas retardée, et si, par malheur, cette action commune n'était pas possible, le gouvernement delà reine donnerait les ordres opportuns pour obtenir les satisfactions demandées et les réparations aux préjudices causés, et pour commencer les hostilités, si on ne les obtenait pas...
« Les plaintes qui ont été formulées, ainsi que Votre Excellence l'exprime, sur la précipitation supposée du gouvernement de la reine et l'abandon de ses premiers projets, sont donc sans fondement.
« Loin d'y renoncer, il est chaque jour plus persuadé que l'accord des trois gouvernements, en prouvant la satisfaction des offenses reçues et la réparation de tous les dommages, contribuera plus ou moins directement, à créer au Mexique une situation régulière et bien assise qui permettra rétablissement <fun gouvernement donnant de la sécurité et du repos aux malheureux habitants de ce territoire, et des garanties aux intérêts et à la vie des étrangers... »
Malgré cette réponse, le corps expéditionnaire n'en partit pas moins de la Havane, sans attendre l'action commune. Le 13 octobre, M. Mon écrivait de Paris au ministre des affaires étrangères, la dépêche confidentielle qui suit. — a Par ma dépêche télégraphique du 10, Votre Excellence aura eu connaissance de ce que M. Thouvenel me dit le même jour en me racontant la conversation qu'il venait d'avoir avec lord Cowley sur les affaires du Mexique. — Le lendemain au soir, je reçus du même ministre l'invitation de passer le jour suivant, à midi, à son cabinet afin de me faire une communication relative à ces mêmes affaires. Je fus au rendez-vous, et il me dit : « Hier, j'ai rendu compte à l'empereur de la conversation que j'ai eue avec lord Cowley et avec vous, et il approuve ce que je vous ai dit. — Il croit que l'expédition en commun des trois puissances doit avoir pour objet d'obtenir la réparation des offenses connues ; mais aussi que si, en présence de notre nation, les Mexicains veulent rétablir l'ordre dans le gouvernement de leur pays, nous devons leur prêter secours de la manière qui sera possible. Que si, par le moyen d'un congrès ou tfun vote spontané, ils voulaient établir une monarchie, nous devrons aussi leur prêter le même appui; et que, s'ils ne voulaient rien de cela, nous devrons nous contenter ^exiger et d'obtenir la réparation de nos griefs. — Je lui répondis que ces désirs étaient
les mêmes que ceux de Votre Excellence, selon qu'ils étaient exprimés dans la communication de Votre Excellence datée du 8, que je venais de recevoir dans la soirée du 11. M.Thouvenel me Ut voir la difficulté qu'il y aurait d'admettre, parmi nos réclamations, des demandes qui n'auraient pas le même caractère et qui pourraient, non seulement entraver notre action, mais lui donner une fausse direction, faisant allusion à la présence des États-Unis dans la convention, ce dont je convins avec lui.
« M. TUouvenel voulut aussi me faire quelque indication sur la convenance qu'il y aurait à ce que ce fût un bon prince qui régnât au Mexique, si les Mexicains voulaient un roi; mais nous tombâmes d'accord que je ne connaissais de la part de Votre Excellence d'autre volonté que celle d'aller ensemble au Mexique pour obtenir le redressement de nos griefs, pour protéger et appuyer l'établissement d'un gouvernement d'ordre et même de forme monarchique, si tel était le désir des Mexicains, car à eux appartient la liberté de l'établir... — Alexandre Mon. »
Dans la dépêche du 15 octobre à M. Barrot, notre ministre à Madrid, M. Thouvenel est encore plus explicite. — « M. l'ambassadeur de S. M. Catholique, dit-il, étant venu avant-hier m'entretenir sur le même sujet, je me suis expliqué avec lui ainsi que je l'avais fait avec lord Gowley. Je lui ai dit particulièrement en ce qui touche le retour éventuel du Mexique à la monarchie, que ce pays aurait avant tout à exprimer ses sentiments aussi bien à l'égard de la forme monarchique qu'à l'égard du choix d'une dynastie. J'ai fait ensuite remarquer à M. Mon que le gouvernement de l'empereur, envisageant cette éventualité avec un complet désintéressement, écartait d'avance toute candidature d'un prince de la famille impériale, et qu'il ne doutait pas que les deux autres puissances ne lussent dans de pareilles dispositions; enfin, qu'en ce qui concernait le choix de la dynastie, dans l'éventualité indiquée, nous n'avions aucun candidat à proposer, mais que, le cas échéant, un archiduc d'Autriche aurait notre assen-
timent. Un tel choix, en effet, indépendamment des autres motifs qui pourraient être invoqués, pour y adhérer, aurait l'avantage d'écarter de l'action collective des trois puissances toute cause de froissement ou de rivalité nationale, en même temps qu'il laisserait toute son autorité à l'appui moral qu'elles seraient appelées à donner à la nation mexicaine. En un mot, les trois puissances tiendraient icioine conduite analogue à celle que la France, l'Angleterre et la Russie observèrent à l'égard de la Grèce, lorsqu'elles s'engagèrent à n'accepter pour aucun de leurs princes le nouveau trône élevé par leurs communs efforts. »
Avant de continuer la publication des autres dépêches sur le même sujet, je publierai les articles de la convention de Londres pour conserver l'ordre des dales. Pour le moment, je me borne à constater que les trois puissances étaient, jusqu'alors, parfaitement d'accord sur le double but que devait avoir l'intervention, et que ce double but avait été nettement déclaré avant la signature de la convention qui eut lieu le 31 octobre 1861.
a 1° S. M. la reine d'Espagne, S. M. l'empereur des Français et S. M. la reine de la Grande Bretagne sont convenus de prendre, aussitôt après la signature de la présente convention, les dispositions nécessaires pour envoyer sur les côtes du Mexique des forces de mer et de terre, dont l'effectif sera déterminé par un échange de communications ultérieures entre leurs gouvernements, mais dont le total sera suffisant pour pouvoir prendre et occuper les différentes forteresses et positions militaires du littoral du Mexique.
« Les chefs des forces alliées seront en outre autorisés à mener à bonne fin les autres opérations qui, là-bas, leur paraîtront ensuite les plus propres à réaliser le but spécifié dans le préambule de la présente convention et particulièrement pour mettre à l'abri de tout danger la sécurité des résidents étrangers.
« Toutes les mesures dont il est fait mention dans cet article seront prises au nom et au compte des hautes par-
lies contractantes, sans faire attention à la nationalité particulière des forces employées pour les exécuter.
« 2° Les hautes parties contractantes s'engagent à ne chercher pour elles-mêmes dans l'emploi des mesures coercitives, prévues dans la présente convention, aucun avantage particulier, et à n'exercer sur les affaires intérieures du Mexique aucune influence capable de porter atteinte au droit de la nation pour se choisir et constituer librement la forme de son gouvernement.
« 3° Il sera établi une commission composée de trois commissaires, nommés respectivement par chacune des parties contractantes, ayant pleins pouvoirs pour décider toutes les questions que peuvent susciter l'emploi et la distribution des sommes qui se recouvreraient au Mexique, tenant en considération les droits respectifs des parties contractantes.
« 4° Les hautes parties contractantes, désirant, en outre, que les mesures qu'ils ont l'intention d'adopter ne soient pas d'un caractère exclusif, et sachant que le gouvernement des États-Unis a, de même qu'elles, des réclamations contrela république mexicaine, conviennent qu'aussitôt qu'elles auront signé la présente convention, il en sera donné copie au gouvernement des États-Unis, lui proposant d'accéder à ses dispositions, et en cas d'accession de la part des États-Unis, les hautes parties contractantes autorisent leurs ministres à Washington à conclure et signer avec le plénipotentiaire désigné par le président des États-Unis , une convention identique, séparée ou collective, supprimant le présent article. Mais, comme quelque retard à effectuer les stipulalations contenues dans les articles 1 et 2 de la présente convention pourrait frustrer les vues proposées par les hautes parties contractantes, elles conviennent que le désir d'obtenir l'accession 'du gouvernement des États -Unis ne retarde pas le commencement des opérations mentionnées ci-dessus plus de temps qu'il n'en faut pour réunir des forces alliées dans les eaux de Vera-Cruz.
« 5° La présente convention sera ratifiée, et les ratiûca-
CANDIDATURE DE L'ARCUIDUC MAX1MILIEN. m
tions seront échangées à Londres dans l'espace de quinze jours. »
Celte convention, que j'ai traduite du texte espagnol, indique clairement le double but signalé dans les dépêches et les conférences préliminaires : 1° les réparations demandées par des « mesures coercitives et l'occupation par les forces alliées des forteresses et positions militaires qui paraîtront le plus propres à réaliser les vues » des trois puissances, — n'est-ce point la guerre? — 2° ne chercher aucun avantage particulier dans le choix et la constitution du gouvernement que se donnera la nation mexicaine. La France, l'Espagne et l'Angleterre étaient d'accord sur le double but que devait avoir l'action commune. L'Espagne, néanmoins, ignorant qu'elle n'avait plus aucune sympathie au Mexique, fit partir ses troupes avant celles des alliés, espérant qu'un mouvement monarchique en sa faveur se produirait à son arrivée. Je reviendrai sur ce sujet. L'empereur Napoléon seul ne perdit jamais de vue la convention de Londres, son but, ses intentions et les engagements qu'il avait pris.
Non seulemenMes États-Unis n'acceptèrent pas la proposition des puissances alliées, mais ils essayèrent même de neutraliser les effets de la convention de Londres. M. Corwin reçut l'autorisation de négocier un traité avec le gouvernement de Juarez, dans le but de désintéresser, par le paiement des réclamations pécuniaires, les trois puissances. Le 28 février 1862, ie Sénat rejeta le traité. En avril de la même année, M. Corwin conclut avec le gouvernement mexicain une deuxième convention, par laquelle on lui prêtait onze millions de piastres à 6 °/c -d'intérêt, moyennant hypothèque sur les territoires du nord et la partie invendue des biens du clergé. Ce traité, si peu patriotique, eut le même sort que le premier. Il servit pourtant à Juarez, en ce sens que le président donna des traites payables sur ces onze millions, aux individus qui se décidèrent à trahir la cause des conservateurs pour paralyser l'action de l'intervention étrangère contre le gouvernement de Juarez.