‹ Histoire du MexiqueChapitre 27 sur 28 · II · texte numérisé non relu

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contre le sens commun des Mexicains fatigués de les supporter. Quels titres ont pour le trône les Miramon, les Comonfort, les Doblado et cette foule d'ambitieux ignorants qui n'ont d'autre foi politique que celle de l'intérêt?

«On fait ici de grandes préparations pour bien recevoir le général Prim. Les Catalans ont collecté cinquante mille piastres pour lui faire une belle réception. On a préparé la villa de Los Molinos pour le loger, ainsi que sa famille. Si nous avions au Mexique des écrivains pour enregistrer nos faits d'armes et des typographes pour les publier, que de généraux Prim n'aurions-nous pas? qui sont ensevelis dans l'oubli et dont l'Europe ignore même les noms!

« 23 décembre. — Aujourd'hui, à midi, est arrivé le général Prim. Angel Santa-Anna est parti pour Vera-Cruz, accompagné du général Soto. Les Catalans ont rempli de drapeaux, de fleurs et d'arcs de triomphe la rue de la Mural la ; ils ont reçu leur héros comme ils le devaient; mais les Espagnols sont toujours maladroits et fanfarons; ils ont imprimé des vers qui nous insultent en quelque sorte

« 25 décembre. — Les escadres anglaise et française ne sont point encore arrivées. Le consul français vient d'acheter trois cents chevaux. Le fils de Prim a attrapé le vomito. Je montre au P. Miranda les lettres que je vous écris * comme elles renferment des choses très délicates et de grande transcendance, je ne veux pas être accusé de violer des secrets. 11 m'a approuvé

« 26 décembre. — Le fils de Prim est hors de danger. Le général ne partira pas avant l'arrivée des escadres anglaise et française

« 27 décembre. — Cette nuit, à 4 heures, le Francisco de Asis est arrivé de Vera-Cruz, annonçant l'occupation de la place par les forces espagnoles. Aujourd'hui un des navires expéditionnaires de l'escadre française est arrivé fort endommagé par la tempête. Il amène des troupes... 7 heures du soir. — L'escadre française est arrivée à 5 heures ce soir... les navires font l'admiration de la Havane... Il est

fâcheux que les Espagnols, prenant les devants, aient débarqué seuls à Vera-Cruz... ils sont prédestinés à toujours commettre des fautes ; ils font tout avec mille fanfaronnades qui discréditent les meilleures causes !

« 30 décembre. — On écrit de Mexico que Miramon a envoyé à plusieurs chefs conservateurs des lettres dans lesquelles il leur disait : « que l'intervention n'est qu'un « prétexte pour envahir le pays; qu'il s'agit d'une domina- « tion et que par conséquent il va offrir son épée aux dé- « mocrates. » Ces lettres ont eu pour résultat que Negrete et Arguelles, celui de la cavalerie, se sont mis du côté de Juarez... Uraga était à Vera-Cruz lorsque arriva l'escadre espagnole... On dit qu'Escandon est également venu à Vera- Cruz pour essayer de gagner les commissaires européens qui doivent s'occuper de la question politique; on croit qu'il travaille pour les modérés auxquels s'unirait D. Manuel Robles, mais je ne le crois pas. Le général Marquez vient de mettre en déroule une force armée qui se rendait d'Aguas Calientes à Mexico.

« 31 décembre, 3 heures de l'après-midi. — L'horizon politique s'est assombri d'une manière menaçante : je ne sais ce que fera la tempête, mais si Dieu ne nous protège pas, nous allons être très mal. Le Pajaro del Oceano, transport du gouvernement espagnol, est arrivé celte nuit. Il nous apprend que Juarez, Doblado, Comonfort, etc., se sont unis et n'opposent aucune résistance à l'intervention ; ils se préparent à gagner la lutte dans le champ de la politique. Si le général Almonte n'arrive pas par ce paquebot, j'ai peur que les démocrates ne triomphent; la conduite qu'ils observent aujourd'hui, si contraire à celle qu'ils ont suivie jusqu'à présent, est due aux lettres de Miramon qui leur révèlent le but de l'intervention, but anéanti par la nomination de Prim comme directeur de l'expédition... Le P. Miranda est allé se présenter aujourd'hui au général Prim qui s'est refusé catégoriquement à suivre ses insinuations et parait décidé à protéger ouvertement les libéraux... Le contre-amiral de la

Gravière n'a sans doute pas reçu les ordres que nous lui supposions, car il a déclaré qu'il n'avait que la mission militaire de demander au Mexique satisfaction pour les offenses causées à la France et qu'il n'a rien à faire avec la diplomatie. Ces réponses ont tellement exaspéré le P. Miranda que nous n'avons pu le dissuader de son projet de tout abandonner et de ne plus se mêler de rien puisqu'on l'a trompé de la sorte, car il prend pour une tromperie la manière dont il a été reçu par le général Prim et le contreamiral

« Le général Serrano conduisait très bien les affaires de l'intervention, et maintenant il est très fâché de l'arrivée de Prim; en outre, il dit que tout ce qui est déjà fait va être perdu; il a donné sa démission et ne veut plus ni entendre ni parler de cette affaire. Voilà dans quel état se trouve aujourd'hui la question. Juarez acceptera tout ce que lui demanderont les alliés, le parti démagogue restera au pouvoir, ne fera rien ensuite de ce qu'il aura prorais, parce qu'il ne le peut pas, ou bien il présentera pour toute résistance la force d'inertie, comme il a fait à Vera Cruz, et alors les alliés seront obligés de le prier de s'entendre avec eux.

« Neuf heures du soir. — Je reçois une lettre du général Castillo, qui m'a été apportée par le Pajaro del Oceano... il me dit en parlant des démagogues : « Ces amis font de « grandes démonstrations de patriotisme et disent qu'ils « vont se battre contre toute l'Europe... seulement, il leur « manque de l'argent, des fusils, des vêtements et un maté- « riel de guerre... Uraga commandera en chef la division de « l'armée d'Orient, il 'a déjà commencé à emmener quelques « pauvres malheureux tout nus, qui ne savent même pas où « on les conduit. » Doblado a dit qu'il n'y avait aucun élément pour faire résistance. Le général Parrodi a été nommé ministre de la guerre.

« 1er janvier 1862. — ... Ce matin, le journal nous a annoncé l'arrivée de Miramon à Malanzas, et à dix heures et demie il était ici. La première chose qu'il a faite en descen-

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danl du chemin de fer fut d'aller à la recherche de D. Antonio Haro y Tamariz et de me faire appeler... Il regimbait en Europe parce qu'on ne savait pas le prendre, mais ici nous le dompterons... on ne peut nier que c'est un homme énergique; ne trouvant pas de navire pour l'amener, il en a frété un pour Matanzas, et maintenant il parle d'en fréter un autre pour aller à Vera-Cruz.

« 2 janvier. — Il est quatre heures de l'après-midi, et, dans ce moment, le général Prim, l'escadre française et deux mille Espagnols de renfort partent pour Vera-Cruz. Miramon a déjà parlé au P. Miranda qui parait peu satisfait; néanmoins, il est décidé que nous partirons avec Miramon, parce que s'il ne peut pas nous être utile, il faut l'empêcher de nous être nuisible... D. Antonio Haro y Tamariz est le seul — Mexicain — qui n'est point encore disposé à partir. » Je dois dire ici entre parenthèse que Miramon avait frété pour Vera-Cruz le même navire avec lequel il était arrivé à Matanzas; au moment de mettre à la voile, le capitaine se désista, peut-être avait-il été influencé par des agents anglais ou espagnols qui surveillaient Miramon, sans qu'il s'en doutât; il dut donc attendre le paquebot anglais qui ne devait arriver à Vera-Cruz que le 27 janvier.

« 4 janvier. — D. Antonio Haro y Tamariz et le P. Miranda sont hostiles au général Santa-Anna; n'est-il point douloureux de voir tous ces éléments de discorde s'élever du sein de notre parti, maintenant que nous devrions être plus unis que jamais? Nous avons vu aujourd'hui le texte de l'amnistie accordée par Juarez... Tous nos chefs sont exceptés : les généraux Santa-Anna, Almonte, Woll, Miramon, Marquez, D. Antonio Haro y Tamariz; du reste, voici les exceptions :

1° Ceux qui ont été présidents depuis 1857 jusqu'à la chute de Miramon ;

2° Les chefs qui ont autorisé et exécuté les fusillades de Tacubaya et d'Orampo ; 3° Tous ceux qui ont été exilés par Alvarez et Comonfort; 4° Tous les chefs et officiers qui ne sont pas nés au Mexi-

que, et qui ont pris part à la réaction et au gouvernement de Miramon ;

5° Tous ceux qui ont signé le traité Mon-Àlmonte;

6° Les chefs qui ont autorisé et exécuté l'extradiction des six cent mille piastres de la légation anglaise.

« Ceux qui ne sont pas compris dans ces articles sont amnistiés, mais ils perdent les emplois et grades qu'ils ont ou qu'ils avaient avant la révolution de 1857. Que vous semble-t-il d'une pareille amnistie?

« 5 janvier. — Le paquebot anglais est arrivé; il apporte du Mexique les nouvelles suivanles : Pedro Hinojosa est devenu ministre de la guerre! I). José Gonzalez Echeverria a le portefeuille des linances, Doblado celui des affaires étrangères; ce dernier est devenu l'homme de la situation. Les démocrates espèrent triompher de l'intervention par la politique, sinon par les armes. »

Je n'ai pas besoin de faire ressortir l'importance de ces communications; elles prophétisent assez clairement ce qui devait arriver à la Soledad et se dénouer à Orizaba; les causes qui devaient compromettre l'intervention, dès son début ne sont qu'effleurées, mais elles sont indiquées suffisamment pour faire prévoir les orages qui allaient bientôt éclater, conséquence fatale de la réunion de tant d'éléments hétérogènes, obéissant chacun à des sentiments, à des intérêts privés. La convention de Londres semblait n'exister pour aucun des personnages qui devaient aborder le port de Vera-Cruz pendant ce mois de janvier 1862. Les instructions données au contre-amiral Jurien de la Gravière et publiées par la presse prouvent, en effet, qu'elles étaient dirigées dans le sens de la convention, mais, comme l'indique mon correspondant, elles laissent deviner que le général Prim était réellement le chef politique de l'intervention , et qu'on avait confié à son énergie, le soin de réaliser promptement les vues des trois puissances. L'empereur, se rappelant les conversations qu'il avait eues avec ce général, à Vichy, effaça trop le rôle de ses représentants, par égard

pour le comte de Reus ou pour l'Espagne, il avait trop espéré dans le désintéressement ou l'habileté du comte. La lettre de l'empereur au général Prim et la conduite du général au Mexique justifient entièrement cette appréciation. Le chiffre des forces expéditionnaires des trois puissances lui donnait également une incontestable supériorité sur ses collègues. Les troupes espagnoles étaient au nombre de sept mille hommes environ , celles de la France ne comptaient guère plus de deux mille trois cents hommes et celles de l'Angleterre s'élevaient à sept cents tout au plus.

La première escadre espagnole, commandée par l'amiral Ceballos, arriva à Vera-Cruz dans la première quinzaine de décembre, car le manifeste de Juarez contre l'intervention et publié en décembre 1861, dit : — « Le 14 de ce mois, le gouverneur de Vera-Cruz a reçu l'intimation du commandant des forces navales espagnoles d'abandonner cette place et la forteresse d'Uloa. Le général espagnol annonçait en même temps que l'occupation du château servirait de garantie pour les droits et les réclamations qu'il avait à faire valoir, de concert avec la France et l'Espagne contre le gouvernement mexicain. » Celte escadre devait partir le 30 octobre, comme l'apprend une lettre de la Havane du Maréchal Serrano qui s'excuse de n'avoir pu l'envoyer à cette époque. Lorqu'elle partit, son commandant ignorait encore la signature de la convention de Londres. M. Thiers dit dans son discours du 9 juillet : — « A la fin de décembre, les Espagnols, les Fran- « çais et les Anglais arrivent, en effet, à la Vera-Cruz, etc. » On voit que, comme toutes les affirmations historiques de M. Thiers sur cette question, celle-ci est inexacte. M. Thiers connaissait imparfaitement le terrain sur lequel il s'avançait; les détails qu'il a donnés ne renferment que des erreurs, la raison en est qu'il a cru devoir uniquement s'appuyer sur des autorités opposées à l'œuvre de l'intervention.

L'ultimatum envoyé par le maréchal Serrano, d'après les ordres de Madrid, au général Gasset, qui commandait la pre-

mière expédition , montrait toute 1 énergie avec laquelle on devait procéder et combien le gouverneur de la Havane avait compris les intentions de son gouvernement. Dans cet ultimatum, il y avait : « Remise du fort de Saint-Jean d*Uioa. Engagement de payer les frais de l'expédition. Si, dans le délai de vingt-quatre heures de la remise de l'ultimatum, une réponse affirmative et sans condition n'y est pas faite, on le considérera comme refusé et on ouvrira les hostilités. » Si le général Prim eût imité le maréchal Serrano, dans son intelligence à comprendre, dans son obéissance à suivre les vues de son gouvernement, le 25 janvier il eût été, à Mexico, maître de la situation, dictant ses volontés, entouré d'un prestige justement mérité, et l'intervention n'aurait pas été humiliée comme elle le fut à la Soledad. Les faits qui vont suivre prouvent que cette marche directe sur Mexico était possible, facile même, et qu'elle aurait dû avoir lieu de suite, quoiqu'elle ne fut pas spécifiée dans les ordres donnés aux représentants des trois puissances. Si ces représentants n'avaient dû prendre aucune initiative, à quoi leur servaient les pleins pouvoirs qu'on leur avait donnés, et dans quel but leur aurait-on donné dos pleins pouvoirs, s'ils ne devaient suivre que la lettre de leurs instructions '(

FIN Dl TOME DEfXlKME.

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