CHAPITRE X
Des différentes espèces de vases, de coupes et de vêtements, que les Indiens tributaires apportaient aux Mexicains.
Le tribut que les vassaux des Mexicains leur ap* portaient consistait aussi en vases de diverses formes et de diverses couleurs , sculptés , vernis et peints des plus brillantes .couleurs, des tecomates et des coupes pour boire le cacao; ils donnaient aussi des manteaux à la mexicaine de diverses couleurs faits de soie du pays appelée tochomîtl , des pagnes et des huépiles ou jupes pour les femmes, faites d'un fil très-fin de couleur fauve, des nattes de feuilles de palmier artistement tressées, et des sièges à dossier scuplté nommés yzhuajc pallitepot" zoyzpatli , du maïs , des haricots , du chili de diverses espèces , des citrouilles nommées huauhtli et chiantzotzolU j de l'écorce d'arbre pour brûler dans les brasiers , de la résine que Ton employait en
guise de chandelle pour éclairer pendant la nuit, du charbon et une espèce de pierre blanche et légère que les Mexicains recherchaient beaucoup pour la construction de leurs maisons ; ils fournissaient aussi de la chair de cerf et de lapin rôtie sur des barbacoasoKX claies de bambou, du poisson de toute espèce péché dans les fleuves les plus profonds et les plus éloignés ; des chevrettes , des sardines et des écrevisses , et aussi toutes les espèces de fruits que produit la Nouvelle-Espagne et qui peuvent servir à la nourriture de l'homme Tels étaient les avantages que les Mexicains avaient gagnés au prix de leur sang eu soumettant les peuples les plus puissants du Nouveau-Monde, qui s^appelait alors Zcmanahuactenuchcatlapan .
Les Mexicains cultivaient non-seulement toutes les fleurs et toutes les plantes que produit leur pays, mais encore uneinfinitédaulresqu'ils y avaient transplantées des contrées les plus éloignées, telles que le yoloxochitl , le cacahuaxochitl, Yizquixochitl, le jozochitl^ le cacaloxochitl , le tonacaxochicuahuitl et d'autres plus petites qui viennent de la terre froide. Ce fut sous le règne du roi Itzcoatl , qui im« posa le premier tribut aux Tecpanèques d'Atzcaputzalco que commença cet usage : le tribut était toujours apporté par les sujets dans le palais du roi , qui en faisait ensuite la répartition aux Mexicains auxquels il appartenait en commun.
On procéda ensuite à la répartition des terres qu avait demandée AtenpanecatI Tlacaeltzin > et
ce fut à lui que l'on distribua la première portion : on commença par le territoire de Tecpayucan et l'on continua par ceux de Ghiquitepec, Cuauhtepec, Âpepetzpan, Huexocuauhpan , Tetlaman, Ahuit* zotl , Acuenco et enfin Tlacopan et Popotlan.
Toutes ces terres appartenaient aux Atzcaputzalcos. Ceux qui reçurent les plus grosses parts furent Guauhtecoatl , Atlacahueyan et Huehue-?Joctezuma ; mais elles furent toutes données aux chefs y et celles qui dépendaient de la ville même d'Atzcaputzalco furent distribuées aux autres Mexicains par petites portions égales , encore en réservation une partie qui fut attribuée aux dieux de chaque tribu, et leur produit, qui consistait en encens , papier , ulli , et en couleur jaune , noire et bleue, était employé pour le service des dieux et pour l'ornement des temples.
Les Tecpanèques de Cuyoacan éprouvèrent une vive douleur en apprenant la défaite de ceux d'Atz^ caputzalco par les Mexicains et le partage de leurs terres. Maxtlaton, Guexcuex et les autres chefs se dirent : « Allons-nous aussi devenir les vassaux des Mexicains? Les Atzcaputzalcos ne vont-ils pas se joindre à eux, maintenant qu'ils sont leurs sujets , afin de s'emparer de nos terres , quoique nous ayons toujours été libres et indépendants? Si vous m'en croyez, ajouta Guexcuex, nous enverrons un messager aux Atzcaputzalcos au sujet de leur servitude et de la nôtre qui n'est pas éloignée. «> Cette opinion fut approuvée et Zancayatleuctl fut chargé de cette
mission. Quand il fut arrivé à Âtzcaputzalco il demanda aux habitants s'il était vrai qu'ils fussent devenus sujets des Mexicains et leur eussent abandonné leurs terres. Les chefs, qui se nommaient Alcolnahuacatl , Itzacualcatl et Itlacuitlahuac , répondirent que c*était la vérité , et qu'après avoir été vaincus ils avaient été forcés d'y consentir pour racheter leurs femmes , leurs enfants et leurs vieillards. L'envoyé leur dit alors qu'il était chargé par le vaillant Maxtlaton^et par les autres chefs de Cuyoacan de les engager à reprendre les armes pour délivrer leur patrie, en leur promettant leur appui, et qu'ils avaient déjà réclamé celui des habitants de Xochimilco et de Ciilhuacan.