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CHAPITRE XII

Les Tecpanèques de Guyoacan envoient des messagers à Gulhuacan , à Xochimiko , à Ghalco et à Tezcuco pour proposer une alliance contre les Mexicains.

Les Tecpanèques envoyèrent Zangacallleuctli et Tecpanecâtlteuctli aux habitants de Gulhuacan » de Xochimilco , de Ghalco et de Tezcuco, pour leur dire: a Les Mexicains , venus d'un pays éloigné , ont fait la conquête du pays des Tecpanèques et s'y sont établis. Ils ont pris la ville d'Âtzcaputzalco et toutes les terres qui en dépendent. Ils traitent les vaincus comme des esclaves, et le temps est venu d'arrêter les progrès de leurs armes. » Xilomautzin , seigneur de Gulhuacan , répondit : « Nous y consentons , car nous éprouvons la même crainte ; allez vous acquitter de votre mission à Xochimilco , et nous verrons ce qu'on vous répondra. » Tecpanquizque , roi de cette ville, consentit également en son nom ainsi

qu'en celui de ses vassaux , et proposa de convoquer une réunion dans le palais de Cacamall , roi de Ghalco.

Après avoir rapporté cette nouvelle à leur roi Maxtlaton , les ambassadeurs se rendirent auprès de Tzumpanteuctli , roi de Cuitlahuac. Celui-ci ayant demandé ce qu'avaient décidé les chefs de Gulhuacan et de Xochimilco , ils lui répondirent que ceux-ci avaient consenti et devaient se réunir dans le palais du roi Cacamatl de Ghalco , pour délibérer sur la conduite qu'on devait suivre. Tzumpanteuctli leur répondit que c'était bien , mais qu'il fallait encore gagner Quetzaltototzin , seigneur de Mizquic. Quand ils furent arxivés près de ce dernier , les ambassadeurs lui exposèrent également les griefs des Tecpanèques contre les Mexicains et la crainte queues progrès de cette nation leur inspiraient. Mais Quetzaltototzin leur répondit: « Je descends des Toltèques, peuple adroit et rusé , et je veux, ayant de m'engager dans une pareille entreprise, voir d'abord quelles sont vos forces et votre expérience militaire. Je ne puis donc consentir, quant à présent, à votre proposition ; allez rendre ma réponse aux Tecpanèques de Cuyoacan. Dites-leur que je préfère me tenir en repos et ne pas attaquer une nation qui ne m'a jamais fait de tort. Il est donc inutile que vous reveniez ici. »

Les ambassadeurs retournèrent alors à Gulhuacan ,,mais ils y trouvèrent un nouveau roi, nommé ^etzahualcoyotl, qui leur dit : « Écoutez-moi, envoyés des Tecpanèques de Cuyoacan, et sachez que

— Soles Mexicains ont été conduits jusque dans ce pays par leur dieu Huitzilopochtii, qui est fort et puissant. Refléchissez avant de prendre les armes et de convoquer une assemblée des chefs. Car moi , qui suis savant dans la magie et dans la nécromancie , je vois que l'avenir vous est contraire. Dites à ceux de Cuyoacan que j'ai résolu de rester tranquille dans mes Etats et au milieu de mes vassaux ; qu'ils réunissent , s'ils le veulent) tous les autres chefs dans le palais du roi Gacamatl de Chalco; quant à moi, je ne veux prendre part à rien de ce qui se trame contre les Mexicains; exterminez-les si vous pouvez. Mais moi, je ne veux leur donner aucun sujet de plainte. » Les Mexicains ne savaient pendant tout ce temps rien de ce que Ton méditait contre eux, mais les Culbuas agirent avec prudence dans cette occasion , <Ar leur roi Netzahualcojotl était magicien et connaissait l'avenir.

Les ambassadeurs se rendirent auprès de Gacamatl , roi de GhalcD , et lui dirent que les Tecpanèques avaient décidé que ce serait dans son palais que les chefs se l^éuniraient pour traiter de la guerre contre les Mexicains, et qu'ils le priaient de faire les préparatifs nécessaires. Le roi leur répliqua qu'il fallait d'abord qu'il communiquât cette proposition aux Ghalcas assemblés , et qu'il les engageait en attendante se reposer. Cuatcatl, seigneur de Zihualecpan, et Tonteoziuhteuctli d'Amecamecan , exposèrent l'affaire aux Ghalcas et répondirent ensuite aux ambassadeurs : «Nous accueillons avec

joie votre proposilion; car nous désirons comme vous la destruction des usurpateurs mexicains. Nous attendons ici les chefs qui doivent assister à Vassem blée ; allez leur porter notre réponse. »

Les ambassadeurs , en arrivant à Cuyoacan, rendirent compte à Maxtlaton et aux Tecpanèques du résultat de leurs missions et des refus qu^ils avaient éprouvés par tout , surtout à Mizquic et «i Culhuacan ; car les Cbalcas seuls avaient accepté leur alliance. E<b bien , mes pères , leur répondit Maxtlaton, allez vous reposer des fatigues du voyage et nous ferons ensuite nos préparatifs pour nous rendre à Chalco. En effet, au bout de dix jours, tous les chefs se mirent en route prêts à combattre et à détruire les Mexicains. En arrivant h Chalco , ils allèrent loger au palais de Cacamatl où ils étaient attendus par deux chefs nommés Guazcotl et Teneoruchteuctli. Après les avoir salués et leur avoir fait les compliments anciennement usités, les deux chefs leur dirent : « Que voulez-vous? que nous deman* dez-vous. » Les Tecpanèques leur expliquèrent tranquillement et avec une grande éloquence , que leur but était d'exterminer les Mexicains si complètement, qu'il n'en restât pas même le. souvenir, et de délivrer ainsi les habitants d'Atzcaputzalco qui étaient leurs frères et de la même race qu'eux.

Le roi Cacamatl, qui avait écouté. leur discours avec attention , leur répondit au nom des Cbalcas : « Que venez-vous nous proposer , Tecpanèques ? avez-vous bien considéré le résultat de votre entre-

prise? Pourquoi voulez-vous ainsi exposer la vie de vos misérables sujets qui n'ont rien fait pour mériter la mort ou devenir les esclaves des vaillants Mexicains. N'avez-vous pas pitié des vieillards , des femmes et des enfants de votre patrie? L'entreprise que vous voulez tenter est une folie; que celui qui veut y persister ne s'en prenne qu'à lui-même des malheurs qu'il éprouvera : nous ne voulons pas en être responsables. Ce serait devenir volontairement l'esclave des Mexicains et s'attirer une foule de maux. Quant à nous , nous ne voulons être les esclaves de personne , mais surtout des Mexicains , dont le dieu est le plus forl et le plus grand de tous les dieux , telle est la volonté de tous les Ghalcas. »

Les chefs de Gulhuacan, de Xochimilco , de Cuitlahuac et tous les autres qui faisaient parlie de l'assemblée , firent la même réponse aux Tecpanèques , en déclarant qu'ils ne voulaient pas faire la guerre aux Mexicains parce qu'ils étaient persuadés que l'esclavage serait le prix de leur audace.

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